cat-right

Negochin, negafol, neguati

Negochin « petit bateau de pĂȘcheur »Â  est  un mot plutĂŽt provençal,  mĂȘme s’il est attestĂ© aussi dans leGard. L’Ă©tymologie est le latin necare + cane « chien ».  Le verbe necare   signifie « tuer qn avec violence » en latin classique, mais son sens s’est restreint Ă  « noyer » dans presque toutes les langues romanes.

Ce nom est mĂȘme passĂ© en français. Dans le Grand Larousse de 1874  est Ă©crit: 

NÈGUE-CHIEN s. m. (nĂš-ghe-chiain – du provenç. nĂ©gar, noyer, et de chiain, Ă  cause du danger de se noyer que l’on court en montant un de ces bateaux. Le mot pĂ©rissoire a une origine toute semblable). TrĂšs-petit bateau dont on se sert pour chasser le gibier d’eau. On dit aussi NÈGUE-FOL.  NOIE-CHIEN  synonyme de nĂšgue-chien. 

Negofol qui vient de necare + follis 1 est le mot courant de la rive droite du RhĂŽne jusqu’à  Toulouse, le Tarn et Agen, mais dans cette derniĂšre ville nĂšgo-fol dĂ©signe la « renoncule aquatique ».

nĂšgofol agenois

Mistral connaĂźt beaucoup d’autres composĂ©s avec nĂ©go-:

        

Dans le Midi Libre du 25 juillet 2011, il y avait un article sur les activitĂ©s de l’association Siloe. « Le neguati a Ă©tĂ© sorti de l’eau il y a quelques jours; les travaux de restauration supervisĂ©s par Siloe commenceront Ă  la fin du mois. »

neguati article ML

J’ai l’impression que la forme neguati « barque traditionnelle des Ă©tangs de  Camargue »Â  donnĂ© par le Midi Libre est une adaptation rĂ©gressive au français de la prononciation locale nĂ©gatchi > negati  mais je n’en suis pas sĂ»r.

 Voir aussi l’article ganchou

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Notes
  1. en latin classique « soufflet pour le feu; outre gonflée; ballon; bourse de cuir » qui a pris à basse époque en emploi adj. le sens de « idiot, sot » TLF

NouvĂš, Nau, Nadau, Nadal

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Nouve(l) « NoĂ«l ». Le mot courant pour NoĂ«l en provençal et est-languedocien est Calenda. Pourtant il y a pas mal d’attestations de NouvĂš,  e.a. dans le TrĂ©sor de Mistal :

L’Ă©tymologie est l’adjectif latin natalis « relatif Ă  al naissance » qui Ă©tait Ă©galement utilisĂ© comme substantif avec le sens « jour de naissance, anniversaire ». Dans la langue de l’Église le sens est devenu « le jour de la naissance de JĂ©sus ». Nous le retrouvons en italien natale, catalan nadal, portugais natal et en galloroman principalement dans le Nord jusqu’Ă  la Loire et dans l’Ouest du domaine occitan. (Cliquez sur  la carte)Il y une belle carte des noms de NoĂ«l :  Nau, Nadau, Nadal, NouvĂ©, Chalendes  dans le livre de  Lectures de l’ALF ((Voir Source, s.v. ALF), qui ne donne pas les mĂȘmes rĂ©sultats, en particulier pour Calendas,  malgrĂ© le fait que la source est identique.  Il faudra vĂ©rifier avec l’ALF.

Nous trouvons dans le Gard, à AlÚs  nadàou, St-Jean du Gard, Valleraugue nadal, etc. Voir aussi le Thesoc, qui atteste nadal dans pas mal de départements 1

Natalis a abouti dans la rĂ©gion parisienne Ă  une forme avec -o- ancien français noĂ©, nouvel, probablement par dissimilation des deux -a-, et dans de nombreux dialectes la forme parisienne a supplantĂ© la forme indigĂšne nadal. Cette invasion est de date relativement rĂ©cente. Cecii est illustrĂ© par une comparaison des donnĂ©es de l’Atlas Linguistique de la France (1908-1910), avec celles des dictionnaires plus anciens. En Provence, la forme NoĂ«l est plus ancienne et dĂ©signe la « cantique populaire, chantĂ© le jour de NoĂ«l; l’air de cette cantique », attestĂ© depuis Cotgrave 1611.

Un nouĂ«l Ă©tait aussi le « cri de rĂ©jouissance que poussait le peuple Ă  la naissance d’un prince, etc. ». Cela ne se fait plus de nos jours!

Le mot nouĂ«l, nouvelet « refrain ou chorus d’un chant de NoĂ«l ». Cliquez ci-dessous:  le  NouvĂ© 35 de Saboly.

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Notes
  1. ARIEGE, CORREZE, CREUSE, DORDOGNE, GERS, GIRONDE, HAUTE-GARONNE, HAUTE-VIENNE, HAUTES-PYRENEES, INDRE, LANDES, LOT-ET-GARONNE, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE), PUY-DE-DOME, PYRENEES-ATLANTIQUES, TARN-ET-GARONNE.

Fougnar

Fougna,  fonhar a deux significations  en occitan 1. « pousser, cogner, soulever, presser » etc. 2. « bouder,  faire la tĂȘte ». Le composĂ© fougne-merde prouve que le verbe languedocien fougna a (eu) deux sens

  • 1) fouiller, fureter, pĂ©joratif ou parlant des animaux
  • 2) grogner, bouder. .
Il représente un verbe latin*fundiare « fouiller la terre  (en parlant du sanglier) » dérivé du latin fundus « fond ; terre ».

Le sens « fouiller » est attestĂ© Ă  Nice et dans le dictionnaire d’Alibert s.v. fonhar « pousser, cogner, soulever, fouiller ». On le retrouve dans le Nord-est de la France et en Wallonie.

Le sens « bouder » est issu du premier par la comparaison d’un animal qui fouille la terre aux joues gonflĂ©es d’une personne qui boude. Fougner en français .rĂ©grĂ©gional (Lhubac). Il  se trouve en Normandie, Le Maine, Poitou, Franche-ComtĂ©, en provençal et en est-languedocien : par ex. AlĂšs « faire grise mine », jusqu’en Velay et au PĂ©rigord, mais pas en gascon.

. Se fougner veut dire « s’Ă©viter » : « Toutefois Ă  certaines occasions… on se fougnait » (Domergue p.161). Fougna  est Ă  l’origine de nombreux dĂ©rivĂ©s comme fougnaire « boudeur »  et de

Fougnarello « ancienne danse provençale mentionnĂ© par C.Brueys » (Mistral, mais il m’est impossible de retrouver le passage exact. Il n’est pas impossible qu’il s’agit d’un mot « fantĂŽme », mais il me permet une petite excursion dans le moinde de la danse et de la musique[1.Vu les liens Ă©troits entre la Provence et la GrĂšce avant l’arrivĂ©e des Romains, il est intĂ©ressant de noter que cette danse provençale correspond Ă  l’AngrismĂšne  une danse  qui est toujours trĂšs populaire en GrĂšce et cela depuis l’AntiquitĂ©. ]).

Ce dĂ©rivĂ©.  de fougna « bouder ». « La Fougnarello (“Boudeuse”)  paraĂźt se rattacher au mythe de la Mort de l’Hiver  qui ressemble Ă  l’AngrismĂšne des Grecs et Ă  la FachĂ©e française ». (Christian Mandon ‘L’origine de l’arbre de mai’ A paraĂźtre). Cette danse est exĂ©cutĂ©e en honneur de VĂ©nus.


CorĂ© d’Eutydichos dite « Boudeuse »,

Il y a aussi un ballet dont Stravisky a composĂ© la musique. Dans La FĂąchĂ©e les acteurs dansent  l’histoire d’une belle qui refuse les avances d’un amant.  Quand, dĂ©sespĂ©rĂ©, il tente de se suicider, elle accourt et tout finit bien. L’histoire complĂšte de cette danse  se trouve dans le site : http://www.streetswing.com/histmain/z3angry.htm  (en anglais).

 

Farda

Farda « habits, linge, hardes, robes » reprĂ©sente le mot arabe farda «balle de marchandise » ou plus prĂ©cisĂ©ment « la moitiĂ© de la charge d’une bĂȘte de somme ».

una mummia del PerĂč ancora avvolta nel fardo; circa XII sec.

esp., pg. fardo « paquet de marchandises »,

Italien fardo, cat. farda « ensemble de choses inutiles » et « paquet de nourriture pour un voyage d’une journĂ©e », comme Ă  PĂ©zenas fardo  « besace dans laquelle les journaliers portent leurs provisions de bouche ».  Dans le Tarn fardel « paquet  de tripes »  et en Rouergue a la fardoulho « en dĂ©sordre, Ă  la hĂąte » (M).

D’aprĂšs le FEW le mot aoc. fardel « paquet », comme français fardeau 1, ont Ă©tĂ© empruntĂ©s Ă  l’italien ou directement Ă  l’arabe comme terme technique de commerce. Ensuite on a crĂ©Ă© une ‘racine’  *farda  avec les mĂȘmes sens. Le mot arabe farda signifie aussi « étoffe, habits »  car, quand on voyage le ballot  ne contient souvent que des habits. De lĂ  languedocien fardo « vĂȘtements, hardes », AlĂšs fardos « trousseau de la nouvelle mariĂ©e » (S), et des dĂ©rivĂ©s comme languedocien. fardetos « layette d’enfant », fardĂĄ « habiller, Ă©quiper, ajuster » Aveyron fardasses « chiffons ».

les anges boutis font partie des  fardos  à AlÚs.

La répartition géographique du  type farde « étoffe » est limité au gascon et languedocien.

Fargasse s.m. « homme nĂ©gligé ». DĂ©rivĂ© de farda avec un –g- sous l’influence de quel autre mot ?

Petite excursion :

Au XVIe s. les soldats gascons ont introduit le mot farda dans le français de Paris  avec leur prononciation Ă  eux : h- au lieu de f- : hardes et cette forme s’est rĂ©pandue de la capitale vers les provinces du nord principalement. Le sens pĂ©joratif  du mot  hardes qui au XVIe s. signifiait «  bagage, vĂȘtements, linge et coffre d’une personne »,  n’est attestĂ© que depuis 1771. Le dictionnaire de l’AcadĂ©mie de 1762 parle encore de « belles hardes » ! De nos jours c’est un terme historique comme dans « les hardes et uniformes de matelots ». Voir TLF.

Notes
  1. Les mots farde, fardeau et le verbe farder en français, ont la mĂȘme origine; voir le TLF

Farandoulo

Farandoulo « farandole » est passĂ©e dans  le Dictionnaire de l’AcadĂ©mie depuis 1835 (TLF) . Le nom farandole n’est pas attestĂ© avant le XVIIIe siĂšcle.

L’Ă©tymologie d’aprĂšs le TLF, qui suit le FEW , est  » incertaine; peut-ĂȘtre altĂ©ration du provençal barandello, brandello « farandole »  un dĂ©rivĂ© de branda « remuer, branler », de mĂȘme origine que brandir*, sous l’influence de dĂ©rivĂ©s occitans tels que flandina « cajoler », flandrina « lambiner », flandrin « fainĂ©ant » 1

Je ne suis pas trĂšs convaincu par cette Ă©tymologie et ceci  d’autant plus que b(a)randello est dĂ©finie comme une « farandole languedocienne »! Voir aussi mon article brandado.

Hector Rivoire Statistique du département du Gard, Tome premier, Nßmes, 1842, p.343 cette danse est décrite ainsi:

Dans un trĂšs petit nombre de communes des arrondissemens de Nimes et d UzĂšs et en traversant les cantons de St Quentin d UzĂšs de Montaren de Blauzac et de Lussan toute la musique se compose d un hautbois et d un trĂšs petit tambour qui sert d accompagnement Dans quelques unes de ces localitĂ©s la danse y est appelĂ©e branle ou baran delle C est une sorte de valse russe extrĂȘmement prĂ©cipitĂ©e dans laquelle on tourne continuellement sur un mĂȘme plan »

 

une  farandoles (en bas de l’image)

Catalan : farandola « Dansa popular que hom practica actualment encara a Provença, perĂČ que tambĂ© havia estat ballada a Catalunya ».

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Notes
  1. FEW t. 15, 1, p. 252, note 14 et t. 15, 2, p. 136b; v. aussi Coromines.
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