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Corre l'ase

Corre l’ase « charivari » voir ase, ay

Ase, ay

Ase s.m. « √Ęne » du latin asinus. Les deux fomes latines asinus ou asilus se retrouvent dans presque toutes les langues europ√©ennes. Voir √† ce propos par exemple le dictionnaire allemand des fr√®res Grimm.¬†

L’anglais ass « b√™te de somme », probablement par l’ancien celte *as(s)in « √Ęne », dans les compos√©s asshead « t√™te d’√Ęne » = « personne stupide; jackass « personne stupide » vient √©galement du latin asinus.. Ne pas confondre avec ass « cul » qui vient d’un prononciation r√©gionale de arse. !! A propos de l’√©l√©ment jack- qui vient du fran√ßais Jacques, cf.l’article Jacouti . Allemand Esel et n√©erlandais ezel « √Ęne; chevalet » (> anglais easel « chevalet).

Un √Ęne √† la recherche d’ amourous d’ase ou de pam blan d’ase pour se farci l’ase¬†?

La forme ase s’est maintenue dans le languedocien et le catalan. En proven√ßal il y a eu une √©volution ase > ay attest√©e depuis 1530.Voir p√®bre d’a√Į.¬† Dans les patois de la langue d’o√Įl, le franco-proven√ßal et le nord-occitan on ne trouve que la forme asne devenu √Ęne.

L’√Ęne jouait un r√īle tr√®s important dans la vie de tous les jours. De nombreux sens se sont d√©velopp√©s par m√©taphore ou m√©tonymie. Pour ceux qui s’y int√©ressent je ne peux que renvoyer au FEW vol.25, pp.437-457 (en fran√ßais¬†!). Je me contente de donner ici quelques expressions et m√©taphores languedociennes puis√©es dans la documentation extr√™mement riche du FEW.

Lhomme pense qu’un √Ęne est stupide¬†: b√®stio coumoun ase¬†; Al√®s ase « sot, ignorant, imb√©cile, butor »¬† asnas ¬†« grosse t√™te (au fig.) »¬†¬†; en Loz√®re asen√° »¬†faire l’√Ęne »¬† ( voir aussi mon article vi√© d’ase ) et obstin√©¬†: Gard testo dase  »¬†t√™te dure ».

Un visiteur m’envoie les renseignements suivants sur lase de Basacle;

le Basacle, lieu situ√© sur la Garonne √† Toulouse. (Wikipedia) et fameux par son moulin m√Ľ par les eaux du fleuve. Alasan de Basacle, alezan du moulin, un √Ęne (Jean DOUJAT, Dictiounari moundi, 1638, r√©imp. Toulouse, 1895, 242 pages ; p. 298). Rossin del Basacle, √Ęne (G. VISNER, Dictiounari moundi, 1638, r√©imp. Toulouse, 1895, 242 pages ; p. 212). Es un ase del Basacle, c’est un cr√©tin qui ne comprend rien. Es estudiant al Basacle, c’est un gar√ßon meunier, un √Ęne, un ouvrier posant pour l’√©colier, etc. Enfin, m√≤l pas tant qu’al Basacle, il n’y a pas tant de travail que √ßa – on n’y moud pas autant qu’au B. (G. VISNER, Id., p. 36). Que s’enane al Basacle, qu’il s’en aille pa√ģtre 119.I.238. Trimar coma l’ase dal Basacle, travailler dur comme l’√Ęne du B. (A. MIR, Glossaire des comparaisons populaires du Narbonnais et du Carcassez, 1882, r√©√©d. Carcassonne, GARAE, 1984, XV + 133 pages ; p. 18). Aqu√≤ sembla lo Basacle, c’est une cohue, un bruit √©tourdissant. Veja aqu√≠ tot son basacle, voil√† tout son mobilier. N’i a un basacle, il y en a une grande quantit√©. (Abb√© VAYSSIER, Dictionnaire Patois-Fran√ßais du d√©partement de l’Aveyron, Rodez, Soci√©t√© des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron, 1879, 656 + XLIII pages ; p. 44). Ce moulin disparut dans un incendie en 1814.

Mounta sus l’ase « chevaucher l’√Ęne »¬† par contre est ridicule¬†: ¬†« c√©rmonie infamante qui consiste √† monter une personne sur un √Ęne, la figure tourn√©e vers la croupe et tenant la queue dans les mains en guise de bride¬† ce qui se faisait surtout pour des maris battus¬†par leur femme! Cette c√©rmonie s’appelait asenado.


Sagit-il dune vieille tradition romaine¬†? Ci-dessus une mosa√Įque de Meknes au Maroc (de quel si√®cle?.)

Pour « remettre √† sa place » les membres d’un couple, les villageois n’h√©sitaient pas promener le mari sur un √Ęne, plac√© √† l’envers, comme le rappelle R.M. Lacuve ou Jol Thezard, le tout avec force bruit et commentaires. Un autre site

Corre l’ase. Un visiteur m’envoie ses notes tr√®s document√©es sur une tradition du Lauraguais, corre l’ase: « A Castelnaudary nous constaterons, depuis le XVIe si√®cle, la f√™te du Corre-l’ase qui s’est perp√©tu√©e presque sans interruption jusqu’en 1870. Le Corre-l’ase avait lieu le jour du Mardi gras. On promenait sur un √Ęne un mannequin de paille que l’on br√Ľlait, le lendemain… Jusqu’en 1870, les organisateurs de la f√™te du Corre-l’ase formaient une confr√©rie parfaitement organis√©e… L’usage des Corre-l’ase √©tait tr√®s r√©pandu dans le Lauraguais ». 99.10. « …divertissement en usage le jour du mardi gras appel√© corre l’ase, quand un mari se laisse maltraiter par sa femme » Revue Folklore, Carcassonne,1971.2. n¬į 142, p. 12, Ren√© NELLI, L’essai historique de Castelnaudary de Jacques de Gauzy (1780) ; Cf. idem, 1949.4. n¬į 57, p. 77, Andr√© AZA√ŹS, Soci√©t√© asinienne √† Castelnaudary en 1867 ; Ibid., 1950.1. n¬į 57, pp. 13-17, H. AJAC, Courses de l’√Ęne en Lauragais, Exemples pour 1680 et 1775 au quartier de la Baffe, √† Castelnaudary.

« A TOULOUSE les Corre-l’ase firent fureur ; Vestrepain, dans la premi√®re moiti√© de ce si√®cle [le XIXe], √©crivit souvent des chansons de Corre-l’ase« . (JOURDANNE Gaston, Contribution au Folk-Lore de l’Aude, deux tomes 1899 et 1900, r√©√©d., Paris, Maisonneuve et Larose, 1973, 243 pages ; p. 10, note 2. Cf. Cansou al suchet d‚Äôun courri d‚Äôazi, in-8¬į, Toulouse, 1828).

LECTOURE (Gers).
Lo carnaval es pròche
. (Le carnaval est proche.)
Lo jorn de dimarts gras
, (Le jour du mardi gras, )
Julherac, Julheraca, (Jullierac, femme Jullierac,)
L’ase que correr√†… (L’√Ęne courra… )

(Jean-Fran√ßois BLAD√Č, Po√©sies populaires de la Gascogne, Paris, Maisonneuve, 1881-1882, II.288-294. Can√ßon de Brenada.)

OS-MARSILLON (Pyr√©n√©es-Atlantiques). L’asoada d’√ís, Il √©tait d’usage de faire monter sur un √Ęne, la t√™te tourn√©e vers la queue et de promener ainsi, par les rues, un mari qui s’√©tait laiss√© battre par sa femme. Affaire en 1704, ceux qui avaient fait c√≥rrer l’ase ont √©t√© condamn√©s.(Vastin LESPY, Dictons du pays de B√©arn, r√©√©d. par la lib. Limarc Andr√© Cadier, Bayonne, s.d. – la premi√®re √©d., est de 1875 -, XVI + 285 pp. ; p. 121).

L’√Ęne a une grosse t√™te: languedocien ase ¬†tr√®s petit poisson de rivi√®re √† la t√™te large et plate du genre des malacopterigiens¬†; chabot¬† (abb√© de Sauvages) Il semble ne plus exister¬†. Une attestation pour le Gard ase  »¬†lotte ».

cap d'ase pè d'ase

t√™tard¬†¬†¬† cap d’ase¬†¬† pe d’ase

Ase signifie galement  »¬†t√™tard¬†« (S). Le sabot de l’√Ęne ressemble aux feuilles du¬†: cap dase ¬†« centaure noire ou jace »

L’√Ęne est une b√™te de somme¬†: Al√®s ase de ressare ¬†« un banc trois pieds sur lequel les scieurs de long l√®vent et placent horizontalement leur bogue ».

L’√Ęne doit travailler dur¬†: pati coumo lous ases de la jhipieiro ¬†« souffrir comme les √Ęnes des mines de gypse »¬† (S).

Farci l’ase. Enfin √† Toulouse, √† Foix et dans le B√©arn il y avait l’expression farci l’ase  »¬†remplir la panse, manger copieusement », s√©mantiquement √† partir de la notion « charger ». De l√† , notamment dans le Gard et l’H√©rault ase¬† « gros boyau farci, estomac du porc, caecum du porc »¬† √† partir de la notion « sac √† charger ».

Pour des raisons phon√©tiques et de r√©partition g√©ographique il me semble peu probable que le verbe a√Įsin√°  » pr√©parer » du latin adjacens soit √† l’origine de ce mot, m√™me si par-ci par-l√† a√Įsin√° devient asin√° notamment dans le pays de Foix, Vicdesssos. Mais partout ailleurs c’est la forme ai- ou ey- qui domine. Dans la r√©gion de Foix on pourrait rattacher le mot ase dans l’expression farci l’ase √† azinat « mets fait de choux et de pommes de terre’ soupe » qui provient de l’√©tymon adjacens, contrairement √† FEW 25,448b, mais certainement pas dans tout le domaine occitan.

Un visiteur m’a fait parvenir des t√©moignages du mot ase « gros boyau farci  » √† ROQUEBRUN (H√©rault). Los manja ases, les mangeurs d’√Ęnes. « On les accusait de tuer et de manger un √Ęne pour la f√™te du village ». Cette accusation vient de Cessenon (M. Roger Delher). Le suivant donne l‚Äôexplication: SAINT-JEAN-de-CORNI√ąS (H√©rault). Les habitants ont pour sobriquet Los manja l’ase, les mangeurs d’√Ęne. L’ase, « l’√Ęne » √©tant le foie du porc boucan√© ou un gros boyau farci. Et : SAINT-JEAN-de-MARU√ČJOLS (Gard). Manja ase blanc, amateurs de boudin blanc. Rien √† voir avec un √Ęne albinos comme le croit Andr√© BERNARDY (Les sobriquets collectifs. Gard et pays de langue d’Oc. Anecdotes, dictons, l√©gendes, Uz√®s, Ateliers Henri P√©ladan, 1962, 273 pages ; p.100).

Labb√© de Sauvages qui en 1756 a not√© le dicton suivant¬†: l’ase de la coumuno fough toujhour mou embast. ¬†l’√Ęne de la commune est toujours le plus mal b√Ęti , ce qui donne √† Valleraugue (30570) : Un as√© om√©djiorat es toudjour mal bostat. (om√©djiorat est √©crit amejairat par Alibert, et veut dire « qui est poss√©d√© par moiti√© »).

Un emploi tr√®s local: MARGERIDE (Loz√®re). FORTUNIO. « U√®i matin « Fortuni√≤ » a cargat l’ase… tranar√† davant mi√®gjorn (ce matin, Fortunio (point le plus √©lev√© de la Margeride, 1552 m.) a mis son bonnet de nuages… il fera orage avant midi ).

 

 

 

 

Arcana

Arcana s.f. « craie rouge, ocre rouge, sanguine, oxyde rouge de mercure ». L’√©tymologie est le nom du « lawsonia inermis », appel√© henn√© en fran√ßais moderne, Henna ou echte Alkanna en allemand. C’est un arbuste de l’Orient dont les feuilles servent √† fabriquer un colorant rouge depuis la nuit des temps. Il s’agit du¬† hinna en arabe et au XIIe si√®cle ce nom a √©t√© latinis√© par Gerardo di Cremona (1114-1187) en alchenna. Ensuite il¬† a √©t√© vulgaris√© par les m√©decins dans les langues romanes. FEW XIX,71

           

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† lawsonia inermis.…………….. alkanna tinctoria

En ancien occitan le diminutif arcaneta a √©t√© donn√© √† une plante locale, « alkanna tinctoria » orcanette en fran√ßais moderne qui donne une couleur comparable ( or- au lieu de ar- probablement sous l’influence du mot or).
Dans notre r√©gion et en franco-proven√ßal le mot sert aussi √† d√©signer « l’ocre rouge » dont se servent les charpentiers pour marquer les poutres et les marchands de bestiaux pour marquer les b√™tes. Un N√©erlandais occitanophone (oui √ßa existe !) m’√©crit : »arcana » √®is un mot coneissut en Droma per desinhar lo marcaire roi de fias (fedas).
Beaucoup de d√©riv√©s sont attest√©s dans la r√©gion de Loriol et de la vall√©e de la Dr√īme, comme arcanayre « ouvrier employ√© aux mines de fer », arcanŇďyro « coloration en rouge » et arcan√†¬† « marquer √† la craie rouge », mais je pense que ces mots existent √©galement dans la r√©gion de Roussillon.

     

Les cari√®res d’arcana √† Roussillon.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Avoir les¬† arcanettes ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Arcanettes, avoir les arcanettes « le sang qui monte √† la t√™te »¬† expression tr√®s courante en fran√ßais r√©gional.

Raset

Raset ou razet dans la course camarguaise « action qui conduit le rasetaire, raseteur √† fr√īler la t√™te du cocardier pour lui subtiliser les attributs √† l‚Äôaide du crochet ».

Pour ceux qui n’ont jamais assit√© √† une course camarguaise, suivez ce lien vers la page de la FFCC (disparue) , pour une excellente description de la course camargaise. Le raset est « le point de rencontre du taureau et du razeteur. » Voir aussi R.Domergue, Petit vocabulaire illustr√© de la course camarguaise intitul√© « Avise, le bi√≤u ».

Une description moins pr√©cise tir√© du Midi Libre du 20 ao√Ľt 2006:
« Le d√©roulement d’une course camarguaise se fait selon un rituel immuable. En premier lieu, les raseteurs d√©filent et saluent le public et la pr√©sidence de la course. Puis s’ouvre la porte du toril et le premier taureau s’√©lance dans l’ar√®ne Il dispose alors d’une minute pour effectuer la reconnaissance du lieu et s’habituer √† la lumi√®re du jour. Les raseteurs, tout en blanc, peuvent commencer √† enlever les attributs avec leur crochet. Cette partie de la course dure quinze minutes.L’enl√®vement des attributs se fait toujours dans le m√™me ordre: la cocarde, les glands,
le frontal et les ficelles Une fois √īt√©s, ils sont comptabilis√©s et permettent aux raseteurs de totaliser des primes et des points. Les raseteurs sont aid√©s par les. tourneurs √©galement v√™tus de blanc, mais d√©pourvus de crochet. Leur r√īle est de placer le taureau en l’attirant dans la position la plus favorable pour le travail du raseteur. »

 

un cocardier et le raseteur

Raset, razet,¬† raseteur etc. vient du latin populaire rasare « raser » au sens « couper la barbe » un verbe qui a √©t√© form√© √† partir du participe pass√© rasus de radere « racler ». Un raseteur coupe donc les attributs de la course au ras de la peau du taureau.

Anoublo

Anoublo s.m. »taureau d’un an » (Camargue) est attest√© en occitan depuis le 16e s. Du latin annuculus (une transformation de anniculus) qui aurait d√Ľ donner anoulho, une forme qu’on trouve e.a.dans l’Aude. La terminaison -bl- s’explique par contamination du mot doublo « pouliche ou g√©nisse √Ęg√©e de deux ans ».

 

Il est √©vident que la notion « ag√© d’un an » est centrale. Le mot s’applique √† d’autres animaux; cela d√©pend de l’√©l√©vage local: anolh« agneau d’un an » et ailleurs, « ch√®vre, vache d’un an » . Dans l’agriculture c’est une « jach√®re ».

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