cat-right

Eiris

Eiris ‘hĂ©risson’.  Un visiteur me demande comment Ă©crire Deleris, son nom de famille, en occitan. Un problème …Ă©pineux. Si je lui rĂ©ponds que cela s’Ă©crit comme cela se prononce, j’attire les foudres des « maĂ®tres de la graphie classique », mais je serai Ă  l’abri du Mistral :

Mistral ;  Alibert a une autre variante graphique : eiriç.

Etymologie : le latin avait deux mots pour nommer l’hĂ©risson : erinacius et ericius. Seul le dernier a survĂ©cu dans les langues romanes. En occitan ericius a abouti aux formes donnĂ©es par Mistral. Nous n’avons pas d’attestations d’ericius dans le domaine de la langue d’oĂŻl, mais il a dĂ» exister vu le grand nombre de dĂ©rives directs comme ancien français hericier ‘dresser les cheveux’ > français hĂ©risser.

La forme eiris a subi une très forte pression de la langue d’oĂŻl qui avait crĂ©e très tĂ´t un dĂ©rivĂ© avec le suffix -one : hĂ©risson, qui l’a remplacĂ© presque partout, comme languedocien eirissoun (Mistral). Eiris ne s’est maintenu que loin de Paris comme dans l’Aveyron. Voir la page consacrĂ©e Ă  l’histoire des  mots qui dĂ©signent le  tablier pour comprendre le progrès du patois de l’Ile de France dans le domaine galloroman.

Le transfert de sens Ă  ‘bogue de châtaigne’ se trouve non seulement en occitan et en franco-provençal, mais aussi en italien et espagnol. Par la suite beaucoup d’outils ont pris le nom de hĂ©risson.

    

Comme sobriquet urisson est attestĂ© depuis le moyen âge en dauphinois. Le passage d’un surnom Ă  nom propre est très courant. D’autre part j’ai trouvĂ© dans un dictionnaire Ă©tymologique des noms propres, que le nom Leiris ou Leyritz viendrait d’un nom de lieu identique qu’on trouve dans l’Ardèche, la Haute Loire, l’HĂ©rault et la Lozère, ce qui correpond Ă  peu près de la gĂ©ographie du mot eiris. S’agit-il de notre eiris ou de Leyris qui signifie ‘friche’ d’après PĂ©gorier? Le problème est que  je n’ai retrouvĂ© leyris avec ce sens dans aucun parrler occitan.
Le nom de famille Leyris est le plus frĂ©quent en Corrèze et dans le Gard. Le nom Deleris dans le Tarn et l’Aveyron.

Espinchar

Espinchar « lorgner, Ă©pier, observer, regarder du coin de l’oeil », espincher en français rĂ©gional.

Etymologie : germanique, probablement la forme francique *spehĂ´n « Ă©pier, guetter, regarder », croisĂ© avec le reprĂ©sentant d’un autre mot germanique, le verbe *wenkjan « chanceler » > occitan guinchar « gauchir, pencher », ancien occitan far ganchia  » recourir Ă  des subterfuges, refuser » (environ 1190).

Espinchar
est limitĂ© au provençal et Ă  l’est-languedocien. D’après le Thesoc espinchar « regarder », dans le Gard, l’Ardèche et la Lozère. En francoprovençal nous le trouvons dans le Lyonnais et le Forez. A NĂ®mes il est très vivant en fr.rĂ©g. Joanda, journaliste Ă  la Gazette de NĂ®mes, y a consacrĂ© un paragraphe, oĂą il Ă©crit que le verbe guinchar est un synonyme d’espinchar. D’après lui, una espinchada est « un coup d’oeil rapide » et l’espincha « la vue; les yeux ».
Il y a un village Espinchal dans le Puy de DĂ´me, dont l’Ă©tymologie doit ĂŞtre le mĂŞme  que celle de  espincher  « Ă©pier, guetter, regarder » un endroit qui permet de surveiller les environs.

NĂ©erlandais spieken « copier » utlisĂ© uniquement dans le langage scolaire, oĂą il faut regarder obliquement ! Français epier, espion etc. voir TLF; allemand spähen. Pour 30 autres langues suivez ce lien.

NOUVEAU : Il y a maintenant des vidéos étymologiques (!!!) e.a. espincher sur le web!

Esperar

EspĂ©ra(r) « patienter » espĂ©rer en fr.rĂ©g.(Camargue) vient  du latin sperare « attendre, s’attendre Ă  ».

Cette Ă©volution sĂ©mantique s’est produite principalement dans le Midi et plus spĂ©cialement dans le milieu des chasseurs, oĂą « attendre le gibier » est souvent synonyme de « patienter ». On n’y fait pas la chasse Ă  courre (du verbe courrir!). ĂŠtre Ă  l’espère « ĂŞtre Ă  l’affĂ»t » (Camargue), a l’espĂ©ro « Ă  l’affĂ»t »(S); espĂ©re Ă©tant le « lieu oĂą on l’attend un gibier »(Camargue). Dans la rĂ©gion d’Uzès un esperaire est devenu un « braconnier ».

Grâce Ă  Stendhal (Chartreuse, p.52) l’expression est entrĂ©e dans le TLF : comme rĂ©gional « Midi et Lyonnais »Â  :

« Il Ă©tait presque nuit; il lui (Fabrice) semblait ĂŞtre Ă  l’espère, Ă  la chasse de l’ours, dans la montagne de la Tramezzina.. »

Atger donne le dicton : (Ă©coutez espere) Cal bol de bel tens, cal quĂ© l’espèrĂ© : « Celui qui veut du beau temps doit l’attendre »

 

                    

L’Esperou (Valleraugue, Mont Aigoual), Ă©tait autrefois un endroit oĂą les chasseurs ou braconniers Ă©taient Ă  l’affĂ»t, mais maintenant c’est un endroit oĂą les skieurs patientent au pied du tĂ©lĂ©phĂ©rique.

Voici les plus anciennes attestations du nom de l’EspĂ©rou. A l’Ă©poque le  -n  final Ă©tait peut-ĂŞtre encore prononcĂ©.

(E.Germer-Durand, Dictionnaire topographique du Gard)

Bois des Espeisses

Le mot Bois dans le nom actuel Bois des Espeisses a une histoire spĂ©ciale. Voir l’article  Espeisses

Espeisses

Espeisses, Bois des – . Nom du poumon vert et lieu de promenade de NĂ®mes. Etymologie.

Espeisses vient du latin spissus « Ă©pais, touffu, gros »; utilisĂ© comme substantif spissus prend le sens « fourrĂ©, broussailles », synonyme de garrigue dans notre rĂ©gion. PĂ©gorier donne Espesse « bois touffu » en ancien français.

Le Bois des Espeisses
Au Nord-ouest de la ville, à moins de deux kilomètres du centre, ce site boisé de 83 hectares est considéré comme le « poumon vert » de Nîmes. Quatre parcours découverte, fléchés et balisés sont proposés aux promeneurs.
Cliquez!

Le mot Bois dans le nom actuel Bois des Espeisses a une histoire spĂ©ciale. La première mention date de 1144, d’après le dictionnaire topographique  de Germer-Durand : Divisia d’Espeissal. La graphie change au cours des siècles : Devesia de Speissas en 1195 > Devesia de Espeissas en 1463 > Devois des Espeisses en 1671 > Les Espeisses en 1704 > Bois des Espeisses sive Puech Mazel, Puech MĂ©zel en 1706.

Le nom Bois  est très rĂ©cent.  Avant le XVIII siècle le nom dans la langue parlĂ©e  Ă©tait Devois, Debois, en languedocien v et b sont confondus.  Dans les textes en latin nous trouvons  Devesia.  La forme Devois est une francisation de Devesia ( le -e- long latin devient -oi- en français). Les plus anciennes attestations Divisia, devesia sont une latinisation de la forme occitane deveza « terrain rĂ©servĂ© »Â  qui vient du latin defensum « interdiction » (voir ci-dessous), que le premier copiste a compris comme ancien occitan deviza « division », dĂ©rivĂ© d’un verbe *divisare « partager ».

Devèze, devèse; deveso, debes en Rouergue, defès en PĂ©rigord, est un toponyme très courant; voir par ex. pour le Gard Germer-Durand. Ancien occitan deveza signifie « terrain rĂ©servĂ© ». D’après PĂ©gorier devèse s.f. « dĂ©fens, rĂ©serve, jachère, friche » dans les noms de lieux. Dans l’Aude (cf. Thesoc) et le Cantal debezo « jachère », dans le Cahors debĂ©so « pâturage ». La forme fĂ©minine est limitĂ©e Ă  l’occitan et dĂ©signe le plus souvent une jachère. L’Ă©tymon est latin defensum « interdiction » > ancien occitan deves.

La devèse Ă©tait une jachère, du terrain oĂą le bĂ©tail ne pouvait paĂ®tre qu’avant le labourage et qui lui Ă©tait interdit après cette pĂ©riode de l’annĂ©e.

Conclusion : une mauvaise interprétation au XII siècle du mot occitan Devese a abouti au nom actuel Bois des Espeisses.

Puech Mazel, Puech MĂ©zel. La remarque dans le Dictionnaire topographique du Gard, m’a poussĂ© Ă  jeter un coup d’oeil Ă  ce nom : « Montagne commune de NĂ®mes, dans le bois des Espeisses. Première attestation date de 1144 : Medium leprosum c’est-Ă -dire le « domaine des lĂ©preux », plus tard le Medium Mezel et depuis 1596 le Puech Mazel. A partir d’ici, c’est aux historiens de rĂ©vĂ©ler l’histoire.

Page 20 sur 30« Première page…10…1819202122…30…Dernière page »