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Cusa ‘grotte’

CUSA (nf) : (Cantal) caverne, grotte ; pauvre maison ( Alibert). CUSÒL (Auvergne, Cantal, Rouergue, Tarn) : petite grotte => Toponymes Cuse, Cuset, Cusol (Pégorier, Morlet : + nom de famille). Syn. de cauna.

Pierre Gastal, auteur de Nos racines celtiques, du gaulois au français,  m’a fourni l’Ă©tymologie  et une riche documentation  de cusa , cusòl, classĂ© par le FEW dans les mots d’origine inconnue. Je lui ai posĂ© la question:

Bonjour,Les attestations de  cusol, cusou  « cabane, pauvre maison » etc. se trouvent  dans le volume 23 Incognita  du FEW. XXIII,2b Ă  Carlot etc.   A Cahors cuzoul « grotte ou cachette naturelle oĂą se cachaient les ermites reclus » FEW XXI,373a

Il m’ a rĂ©pondu :
Cher Monsieur,
Retombant sur votre rĂ©ponse, dĂ©jĂ  quelque peu ancienne, je peux vous indiquer que j’ai trouvĂ© quelques informations sur l’occitan cusa => toponymes cuse/couse/couze.
Ci-dessous un article tirĂ© cette fois d’un fichier de noms de lieux.Bon dimanche, amicalement.
P. Gastal

COUSE/COUZE/CUSE (nf, de l’occ.) : endroit caché, secret => caverne, grotte => (occ.) pauvre maison.

De l’occitan cusa => cusòl, d’une rac. celtique voire pré-celt. signifiant « caché, retiré, secret », cf. anc. fr. cuter (cacher), bret. kuzh, v.bret. cud (caché, adj. ; cache, n.), gallois cudd (id.).

* Communes : Couze-et-Saint-Front/Dord. (grotte ornée de La Cavaille), Lissac-sur-Couze/Cor. (grotte du Moulin de Laguenay), Cousance/Jura, Cousances-les-Forges/Meuse, Cuse-et-Adrisans/Dbs (grottes d’où sort le Gondenans), Cusey/HM., Cusy/HSav.-Yon., Cuzy/S&L. Cuise-la-Motte/Oise ?

* Lieux-dits aussi dans le Massif Central : Cuse, Cuze (grotte du Cuze à Charmensac/Cant.), Cuset/Av., Cusol… ou ailleurs : Cousancelles/Meuse (com. Cousances-les-Forges).

* Cours d’eau : Cette racine convient évidemment à des rivières sortant d’une caverne ou bordées de grottes. La Couze/Cor. près de la grotte de Noailles, La Couze/Cor.-Dord.-HV, 3 autres riv. La Couze-d’Ardes/PdD (qui a pour affl. Le Ruisseau de Cuzol). La Cuse/Dbs, source du Cusancin dans une grotte ; La Cuse/Dord., affl. Dordogne (rivus de Cusa 1495). ; Le Cusancin/Dbs,  La Cozance/Ain, La Cozanne/CdO (Vauchignon) qui sort d’une grotte dans le Cirque du Bout du monde ; Le Cuzoullet/Lot, affl. Lot.

Au regard de si nombreuses occurrences, NR et NL, la traduction vague « rivière de montagne, torrent » est peu crédible.

Classé dans les Incognita par FEW. Ce classement et le suff. -incos du Cusancin, NR, suggèrent une origine ligure.

Rapport avec Cusset/Allier, com. (aussi quartier de Villeurbanne + Cussey/Dbs, 2 com., et Cussey/CdO + Cussay/I&L…) ?

Cf. breton kuzh (caché, secret).

Cadereau, cadaraucus

Cadereau « fossĂ© d’Ă©coulement des eaux de pluie et immondices d’une ville ». Il s’agit d’un mot typique  de NĂ®mes et Alès et qui est inconnu ailleurs. La graphie avec -eau  est francisante. L’Ă©tymologie est inconnue. JohannesHubschmid propose dans la revue Romance Philology 8, pp.12-26[1.  Pour le moment je n’ai pas encore rĂ©ussi Ă  me procurer l’article de Hubschmid.]  une racine prĂ©romane *katarouko-.

cadereau Ă  sec

Dans le Dictionnaire de Germer-Durand sont mentionnés cinq cadereaux,  dont quatre apparaissent pour la première fois dans le compoix de Nîmes de 1380, à savoir le Cadaraucus de Payrello, le Cadaraucus de Mirabellis, le Cadaraucus Sancti-Cezarii et le Cadaraucus itineris Bellicadri. Le cinquième est déjà mentionné dans un document de 1233 le Cadaraucus de Carceribus , maintenant le Cadereau de Montaury.

Cadarau est attestĂ© pour la première fois en 1627 dans l’Inventaire des proverbes du Languedoc par Anne Rulman .

Dans la note 1) Mazel Ă©crit: "Lisez lous bouton"

Cette  attestation qui se trouve dans un manuscrit conservé à Nîmes

et un autre à la BNF.  Dans un article intitulé Les proverbes du Languedoc de Rulman,  publiée dans la RLR 17 (1880 )42 ss. , Mazel  écrit:

« Anne Rulman est nĂ© Ă  Nimes en 1583. Son père, d’origine allemande, avait Ă©tĂ© recteur du collège de Montpellier. Sous la direction d’un tel maĂ®tre, Rulman prit de bonne heure le bonnet de docteur, plaida comme avocat, et, en 1612, se rendit a Toulouse oĂą il se fit recevoir au Parlement en la charge d’assesseur criminel Ă  la prĂ©votĂ© gĂ©nĂ©rale du Languedoc. De retour Ă  Nimes, Rulman se livra Ă  son goĂ»t pour la littĂ©rature et l’Ă©tude des antiquitĂ©s. Ses oeuvres, restĂ©es manuscrites, formant plusieurs volumes, dont six in-folio, après avoir passĂ© de main en main, furent donnĂ©s, en 1747, Ă  la Bibliothèque du Roi par l’archidiacre de la ville de NĂ®mes, neveu du cĂ©lèbre Ă©vĂŞque FlĂ©chier. Le volume Ă  la fin duquel se trouve l’Inventaire des proverbes porte la date de 1627, pendant laquelle l’auteur y mit la dernière main. Rulman mourut Ă  Montfrin dans la charge de juge de cette petite localitĂ©, vers la fin de 1639, au moment mĂŞme oĂą il venait d’entreprendre la publication de ses ouvrages »

Dans le site de l’Association Sauve Garrigue vous trouviez l’historique des inondations de NĂ®mes avec un film de 15 minutes en mĂ©moire de l’inondation de 1988; dommage que cela a Ă©tĂ© supprimĂ©.

L’Ă©tymologie proposĂ©e par JohannesHubschmid dans la revue Romance Philology 8, pp.12-26 est une racine prĂ©romane *katarouko-. 

Margouline, Font Marjolaine

 

La Font Margouline est devenue la Fontaine Margouline d’après Google. ??

MargoulineMapChemin de Font Margouline à Nîmes.

Dans les vieux documents, le cartulaire de Notre Dame de Nismes (1144)  jusqu’au compoix de 1671, elle est appelĂ©e Margolina, Mangolina, d’après AimĂ© Serre, Les rues de NĂ®mes. Il rattache ce nom au mot margolh  « boue » qui  vient d’un ‘Ă©tymon gaulois marga  « calcaire ».  Il y a en effet  pas mal de mots du type margouiller  avec le sens « patauger » ou « boue »1, mais la Font s’appelle Margoulina et non pas *Margoulhina ou *Margouillina. Un problème de phonĂ©tique historique.

C’est pourquoi je propose une autre Ă©tymologie, un peu plus poĂ©tique d’ailleurs, Ă  savoir le nom d’une plante assez courante l’oreganum vulgare ou marjolaine,  marjolena    marjoulĂ©no , mardĹľoulĂ©no ou majourana dans les parlers occitans[2. FEW XXIV,384 article amaracus].

A l’origine du type marjolena se trouve  le mot du bas latin  majorana,  conservĂ© dans l’occitan majourana, majhourâno (Sauvages).   Dans la langue d’oĂŻl  majorana a Ă©tĂ© associĂ© au nom de la Vierge  Maria , ce qui a donnĂ© l’insertion d’un  -r- : mariorana.  Ensuite a eu lieu une  dissimilation des deux -r-, ce qui a donné  mariolana, marjolena.  Margoline « marjolaine » esr attestĂ© dans l’OrlĂ©anais au XVe siècle.

Le FEW suppose que la forme marjolena est nĂ©e dans la langue d’oĂŻl et a gagnĂ© du terrain au cours des siècles dans le domaine occitan. Si mon interprĂ©tation de  Margolina dans le cartulaire de Notre Dame de Nismes qui date de 1114 !, est juste, c’est peut-ĂŞtre l’inverse qui a eu lieu.

marjolaine

Notes
  1. Voir FEW VI/1, 320

Ventabren ‘fanfaron’, NĂ®mes

Ventabren est un quartier de NĂ®mes et le nom d’un village dans les Bouches-du-RhĂ´ne. Étymologie. AimĂ© Serre pense que le sens « ventar lo bren1  » c’est-Ă -dire  « venter le son » est peu plausible parce que l’on n’a jamais ventile le son, Ă  moins qu’il s’agisse d’une dĂ©rision.  Et il cite Mistral qui traite le fanfaron de venta-bren.

Je ne peux pas savoir si les habitants de Ventabren et du quartier de Nîmes étaient-ils des fanfarons, mais ce toponyme existe comme substantif  avec ce sens à Nice et à Aix-en-Provence  . FEW XIV, 268 :

VentabrenFEW14_268

Ailleurs  c’est vento-boulofo, boulofo est une « balle de blĂ© », dĂ©rivé  de bulla FEW I, 610.

Dans Wikipedia vous trouverez d’autres hypothèses, dont une qui vaut le peine d’ĂŞtre vĂ©rifiĂ©e:

Le Larousse illustré nous précise qu’en 1145 le nom du village s’écrivait Ventabran, pour devenir Ventabren en 1154. L’étymologie en serait Vin’t (celto-ligure), vent, et Bren (gaulois), colline, rocher escarpé.

Notes
  1. bren  vient d’une racine brenno- dont nous ne connaissons pas l’origine. FEW I,516

Allée des Anglores, à Nîmes

A NĂ®mes  c’est une allĂ©e, Ă  Manduel une rue.  A Manduel c’Ă©tait un quartier : Anglores, Les. (Cadastre 9-10). A l’origine Les Anglores sont une section de Manduel. Le sens du mot anglores est « terrain Ă  l’angle de deux routes« .(PĂ©gorier.). C’est le cas Ă  Manduel. Le secteur se trouve entre le chemin de Garons et le chemin de St-Gilles.

Sur le plan de NĂ®mes  l’AllĂ©e des Anglores est pratiquement une impasse, ce qui permet de supposer que la configuration du terrain Ă©tait bien diffĂ©rente autrefois.  Peut-ĂŞtre y a-t-il un NĂ®mois que peut me renseigner? J’ai vu qu’il y a deux rues qui y forment une pointe: la rue Eloy Vincent et ke chemin du Puech du Teil.

Mais, AimĂ© Serre Ă©crit dans Les rue de NĂ®mes, qu’il s’agit de l’AllĂ©e des lĂ©zards gris  « Anglòra en occitan ».

Georges Maton, auteur du site formidable d’histoire locale nĂ®moise, m’Ă©crit : « Je crois savoir que Mistral dans un de ces rĂ©cits parle d’Anglore, comme un petit lĂ©zard gris. » et joint un extrait de Introduction Ă  Mistral de Jean Soulairol:

Anglores_SOULEn effet dans le Chant du RhĂ´ne L’Angloro est le personnage principal:

Angloro_Rhonemais un peu plus haut il la compare à un lézard qui  se réchauffe au soleil et écrit lesert:

Lesert_MistralRhoneet dans son Trésor :

AnglporoMqu’il s’agit d’un mot nĂ®mois, l‘abbĂ© de Sauvages donne rengloro  pour Alès. Ci-dessous les donnĂ©es du FEW V,163 languria du type lexical avec chute du l-  initial:

AngroloFEWLes informateurs de Manduel et du Grau du Roi  pour l’Atlas linguistique du Languedoc oriental ont  aussi donnĂ© anglòra, Ă  Genolhac et ailleurs lengloro. ! (Cf. Thesoc) L’inversion du -l- et du -r- , gloro au lieu de grolo, est donc plus frĂ©quente que je ne pensais.  On peut donc supposer que l’AllĂ©e des Anglores est l’AllĂ©e des lĂ©zards comme l’Ă©critAimĂ© Serre.

Mais il y a aussi une Rue Anglore Ă  Avignon  et dans la Vaucluse le lĂ©zard est nommĂ© lagremusa,(Cf. Thesoc) ce qui renforce mon hypothèse qu’il s’agit d’un dĂ©rivĂ© de angulus « terrain entre deux routes qui se croisent ».

D’autres toponymes du type angle dans le Gard :

AnglasDictTopodont  un Angulares

 Pour être sûr il faudra connaître les noms anciens de cette allée ou du quartier.

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