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coudoulous ‘pierreux’

C√īdou « caillou, pierre »¬† (Sauvages), cou√®de √† Aix et Marseille, kou√≤dou en aveyronnais, vient d’un d√©riv√© du latin cŇćs piere √† aiguiser » :¬†¬† * cŇćtulus. Le mot est proven√ßal et languedocien. Nous le trouvons jusqu’√† Castres. Voir les attestations dans le FEW II,1259¬† et aussi sur la carte 196 « caillou » de l’Atlas linguistique de la France une occasion d’admirer ce travail du d√©but du XXe si√®cle.

Mistral conna√ģt aussi le d√©riv√© coudoulous « pierreux » comme toponyme au Vigan et √† Bellegarde. Le nom est maintenant attribu√© au ruisseau.

 

CoudoulousMistral

 

 

 

 

 

 

Le_Coudoulou_à_Avèze,_vieux_pont_et_bief-barrage Wikipedia:

Le Coudoulous est une rivi√®re fran√ßaise du d√©partement Gard de la r√©gion Occitanie et un affluent en rive gauche de l’Arre, c’est-√†-dire un sous-affluent de l’H√©rault.

Mais il y a aussi une ancienne voie romaine Coudoulous en Lozère, qui consiste en un vestige de route antique taillée dans le schiste et se caractérise par de profondes ornières en deux sillons parallèles.

-Coudoulous ornières,_Lozère Wikipedia

On y a trouvé des inscriptions en latin ? ou gaulois?

CoudoulousInscriptionPersée étude sur ce coudoulous

En googlant « images » vous en trouverez beaucoup plus.

Il y a deux coudoulous antique dans le Lot!  des grottes.

 

 

 

Coudougn√©ro ‘cognassier; borne’

 cognassier

¬†Coudoun√©ro, coudoougn√©ro « Cognassier »¬† et dans certaines r√©gions aussi « borne »¬† une √©volution s√©mantique qui demande une explication.

C’est Michel Prodel qui a attir√© mon attention sur cette √©volution quand il √©crit dans son article Arbustes et diverses autres plantes dans la toponymie de la Corr√®ze,p2 :

Si les toponymes Coignac, Cognac peuvent √™tre des anciens domaines du d√©nomm√© Connus, nom romain attest√© (probablement ¬ę celui qui hoche la t√™te ¬Ľ), mais ils peuvent √™tre √©galement compris comme √©tant des anciens ¬ę domaines aux cognassiers ¬Ľ…

L‚Äôoccitan coudoun ou goudoun ¬ę coing ¬Ľ [MIS ; I ; 595] permet d‚Äôinterpr√©ter les deux toponymes la Goudoun√®che, le
Goudounet.

et il¬† a trouv√© l’explication de ce sens dans le Dictionnaire languedocien-fran√ßais.¬† par Maximin d’Hombres et Gratien Charvet. Alais,1884, qui a √©crit :

CoudougneBorneHombres

RollandFlore vol.V p.17¬† nous donne l’extension g√©ographique de ce ph√©nom√®ne de l’utilisation du cognassier comme borne : dans l’Orl√©anais, le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne, le Toulousain et le Lauraguais.¬† On ne sait si l’attestation d’Hombres et Charvet¬† est localis√©e¬† √† Al√®s dans le Gard1 ou simplement copi√©e sur celle de P√®ire Godolin (1580-1649), la premi√®re √† notre connaissance. .

Note 10 de Rolland avec bibliographieLe FEW II, 1605¬† fournit le sens »borne »¬† √† Agen et Toulouse et √©crit dans le commentaire qu’il y a beaucoup de toponymes¬† bas√©s sur coudoun dans les parlers saintongeais (Charente maritime, Charente et nord de la Gironde) et renvoie vers plusieurs sources que je n’ai pas pu consulter.¬† P√©gorier nous renseigne : coudounh√© nom de lieu √† Toulouse, en Dordogne et Languedoc coudounier, coudougnado, en Gascogne coudouni√®ro « bosquet de cognasiers », mais le sens « borne » n’y est pas mentionn√©.

Coudougn√©ro est d√©riv√© de coudoun « coing ». Voir coudoun pour l’√©tymologie.

En ce qui concerne la proposition de Michel Prodel d’y rattacher les toponymes corr√©ziens Goudoun√®che, le Goudounet il faut remarquer que la forme avec g- initial est limit√©e au dauphinois d’apr√®s Mistral et le FEW II, 1605 qui l’atteste √† Cordeac,¬† Die, Tr√©minis (Is√®re) et Lall√© mais pas pour la Corr√®ze. La carte 1510 « cognassier »de l‘Atlas linguistique de la France non plus.

CognassierCreuseALF

 

Notes
  1. D’apr√®s la notice de la BDP ce dictionnaire repr√©sente le patois d’Al√®s.

Cusa ‘grotte’

CUSA (nf) : (Cantal) caverne, grotte ; pauvre maison ( Alibert). CUSÒL (Auvergne, Cantal, Rouergue, Tarn) : petite grotte => Toponymes Cuse, Cuset, Cusol (Pégorier, Morlet : + nom de famille). Syn. de cauna.

Pierre Gastal, auteur de¬†Nos racines celtiques, du gaulois au fran√ßais,¬† m’a fourni l’√©tymologie¬† et une riche documentation¬† de¬†cusa , cus√≤l,¬†class√© par le FEW dans les mots d’origine inconnue. Je lui ai pos√© la question:

Bonjour,Les attestations de¬† cusol, cusou¬† « cabane, pauvre maison » etc. se trouvent¬† dans le volume 23 Incognita¬† du FEW. XXIII,2b √† Carlot etc.¬†¬† A Cahors cuzoul « grotte ou cachette naturelle o√Ļ se cachaient les ermites reclus » FEW XXI,373a

Il m’ a r√©pondu :
Cher Monsieur,
Retombant sur votre r√©ponse, d√©j√† quelque peu ancienne, je peux vous indiquer que j’ai trouv√© quelques informations sur l’occitan cusa => toponymes cuse/couse/couze.
Ci-dessous un article tir√© cette fois d’un fichier de noms de lieux.Bon dimanche, amicalement.
P. Gastal

COUSE/COUZE/CUSE (nf, de l’occ.) : endroit caché, secret => caverne, grotte => (occ.) pauvre maison.

De l‚Äôoccitan cusa => cus√≤l, d‚Äôune rac. celtique voire pr√©-celt. signifiant ¬ę¬†cach√©, retir√©, secret¬†¬Ľ, cf. anc. fr. cuter (cacher), bret. kuzh, v.bret. cud (cach√©, adj.¬†; cache, n.), gallois cudd (id.).

* Communes¬†: Couze-et-Saint-Front/Dord. (grotte orn√©e de La Cavaille), Lissac-sur-Couze/Cor. (grotte du Moulin de Laguenay), Cousance/Jura, Cousances-les-Forges/Meuse, Cuse-et-Adrisans/Dbs (grottes d‚Äôo√Ļ sort le Gondenans), Cusey/HM., Cusy/HSav.-Yon., Cuzy/S&L. Cuise-la-Motte/Oise¬†?

* Lieux-dits aussi dans le Massif Central : Cuse, Cuze (grotte du Cuze à Charmensac/Cant.), Cuset/Av., Cusol… ou ailleurs : Cousancelles/Meuse (com. Cousances-les-Forges).

* Cours d’eau : Cette racine convient évidemment à des rivières sortant d’une caverne ou bordées de grottes. La Couze/Cor. près de la grotte de Noailles, La Couze/Cor.-Dord.-HV, 3 autres riv. La Couze-d’Ardes/PdD (qui a pour affl. Le Ruisseau de Cuzol). La Cuse/Dbs, source du Cusancin dans une grotte ; La Cuse/Dord., affl. Dordogne (rivus de Cusa 1495). ; Le Cusancin/Dbs,  La Cozance/Ain, La Cozanne/CdO (Vauchignon) qui sort d’une grotte dans le Cirque du Bout du monde ; Le Cuzoullet/Lot, affl. Lot.

Au regard de si nombreuses occurrences, NR et NL, la traduction vague ¬ę rivi√®re de montagne, torrent¬†¬Ľ est peu cr√©dible.

Classé dans les Incognita par FEW. Ce classement et le suff. -incos du Cusancin, NR, suggèrent une origine ligure.

Rapport avec Cusset/Allier, com. (aussi quartier de Villeurbanne + Cussey/Dbs, 2 com., et Cussey/CdO + Cussay/I&L…) ?

Cf. breton kuzh (caché, secret).

Cadereau, cadaraucus

Cadereau « foss√© d’√©coulement des eaux de pluie et immondices d’une ville ». Il s’agit d’un mot typique¬† de N√ģmes et Al√®s et qui est inconnu ailleurs. La graphie¬†avec -eau¬† est francisante. L’√©tymologie est inconnue. JohannesHubschmid propose dans la revue Romance Philology 8, pp.12-26[1.¬† Pour le moment je n’ai pas encore r√©ussi √† me procurer l’article de Hubschmid.]¬† une racine pr√©romane *katarouko-.

cadereau à sec

Dans le Dictionnaire de Germer-Durand sont mentionn√©s cinq cadereaux,¬† dont quatre apparaissent pour la premi√®re fois dans le compoix de N√ģmes de 1380, √† savoir le Cadaraucus de Payrello, le Cadaraucus de Mirabellis, le Cadaraucus Sancti-Cezarii et le Cadaraucus itineris Bellicadri. Le cinqui√®me est d√©j√† mentionn√© dans un document de 1233 le Cadaraucus de Carceribus , maintenant le Cadereau de Montaury.

Cadarau est attest√© pour la premi√®re fois en 1627 dans l’Inventaire des proverbes du Languedoc par Anne Rulman .

Dans la note 1) Mazel écrit: "Lisez lous bouton"

Cette¬† attestation qui se trouve dans un manuscrit conserv√© √† N√ģmes

et un autre à la BNF.  Dans un article intitulé Les proverbes du Languedoc de Rulman,  publiée dans la RLR 17 (1880 )42 ss. , Mazel  écrit:

« Anne Rulman est n√© √† Nimes en 1583. Son p√®re, d’origine allemande, avait √©t√© recteur du coll√®ge de Montpellier. Sous la direction d’un tel ma√ģtre, Rulman prit de bonne heure le bonnet de docteur, plaida comme avocat, et, en 1612, se rendit a Toulouse o√Ļ il se fit recevoir au Parlement en la charge d’assesseur criminel √† la pr√©vot√© g√©n√©rale du Languedoc. De retour √† Nimes, Rulman se livra √† son go√Ľt pour la litt√©rature et l’√©tude des antiquit√©s. Ses oeuvres, rest√©es manuscrites, formant plusieurs volumes, dont six in-folio, apr√®s avoir pass√© de main en main, furent donn√©s, en 1747, √† la Biblioth√®que du Roi par l’archidiacre de la ville de N√ģmes, neveu du c√©l√®bre √©v√™que Fl√©chier. Le volume √† la fin duquel se trouve l’Inventaire des proverbes porte la date de 1627, pendant laquelle l’auteur y mit la derni√®re main. Rulman mourut √† Montfrin dans la charge de juge de cette petite localit√©, vers la fin de 1639, au moment m√™me o√Ļ il venait d’entreprendre la publication de ses ouvrages »

Dans le site de l’Association Sauve Garrigue vous trouviez l’historique des inondations de N√ģmes avec un film de 15 minutes en m√©moire de l’inondation de 1988; dommage que cela a √©t√© supprim√©.

L’√©tymologie propos√©e par JohannesHubschmid dans la revue Romance Philology 8, pp.12-26 est une racine pr√©romane *katarouko-.¬†

Margouline, Font Marjolaine

 

La Font Margouline est devenue la Fontaine Margouline d’apr√®s Google. ??

MargoulineMapChemin de Font Margouline √† N√ģmes.

Dans les vieux documents, le cartulaire de Notre Dame de Nismes (1144)¬† jusqu’au compoix de 1671, elle est appel√©e¬†Margolina, Mangolina, d’apr√®s Aim√© Serre,¬†Les rues de N√ģmes.¬†Il rattache ce nom au mot¬†margolh¬† « boue » qui¬† vient d’un ‘√©tymon gaulois marga¬† « calcaire ».¬† Il y a en effet¬† pas mal de mots du type margouiller¬† avec le sens « patauger » ou « boue »1, mais la Font s’appelle¬†Margoulina et non pas *Margoulhina ou *Margouillina. Un probl√®me de phon√©tique historique.

C’est pourquoi je propose une autre √©tymologie, un peu plus po√©tique d’ailleurs, √† savoir le nom d’une plante assez courante l’oreganum vulgare ou marjolaine,¬† marjolena ¬†¬† marjoul√©no , mardŇĺoul√©no ou majourana dans les parlers occitans[2. FEW XXIV,384 article amaracus].

A l’origine du type¬†marjolena se trouve¬† le mot du bas latin¬† majorana,¬† conserv√© dans l’occitan majourana, majhour√Ęno (Sauvages). ¬† Dans la langue d’o√Įl ¬†majorana a √©t√© associ√© au nom de la Vierge¬† Maria , ce qui a donn√© l’insertion d’un¬† -r- : mariorana.¬† Ensuite a eu lieu une¬† dissimilation des deux -r-, ce qui a donn√©¬† mariolana, marjolena.¬† Margoline « marjolaine » esr attest√© dans l’Orl√©anais au XVe si√®cle.

Le FEW suppose que la forme marjolena est n√©e dans la langue d’o√Įl et a gagn√© du terrain au cours des si√®cles dans le domaine occitan. Si mon interpr√©tation de¬† Margolina dans le cartulaire de Notre Dame de Nismes qui date de 1114 !, est juste, c’est peut-√™tre l’inverse qui a eu lieu.

marjolaine

Notes
  1. Voir FEW VI/1, 320
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