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Brodo

Brodo s.f. « paresse, fain√©antise » (S2) est encore tr√®s vivant dans le fran√ßais r√©gional : avoir la brode, av√© la broda (Camps) , la brode le prend (Lhubac). D’apr√®s Camps il y a de nombreuses attestations dans le Gard et les C√©vennes (o√Ļ?). Dans le FEW il n’y a que les attestations de l’abb√© de Sauvages (S2), reprises par Mistral et deux attestations dans le Puy-de-D√īme o√Ļ brodo signifie « envie de dormir ». S2 donne aussi le verbe broud√† « lambiner ».

Je viens de trouver une attestation c√©venole, dans le Vocabulaire de mots occitaniques¬†¬† de Fabre d’Olivet:

Mistral ajoute les composés abroudi et abroudimen:

Mistral_ abroudiTout ce groupe de mots est limit√© au languedocien, √† part les deux attestations du Puy-de-D√īme. L’√©tymologie en est inconnue.

En cherchant dans les Incognita du FEW, j’ai encore trouv√© d’autres attestations, qui du point de vue s√©mantique et phon√©tique peuvent appartenir √† la m√™me famille: limousin brodo s.f. « homme l√Ęche qui manque de vigueur et de courage; mauvais cheval »; « personne capable de rien, nulle »; dans le Puy-de-D√īme brodo « envie de dormir »; dans le Dauphin√© brodo « sobriquet des montagnards alpins; mal √©lev√©, grossier ».

Barbajàou,barbajòl

Barbaj√†ou,barbaj√≤l s.m. »joubarbe ». L’origine du mot occitan et du mot fran√ßais est identique : latin barba + Jovis le g√©nitif de Jupiter. La diff√©rence du genre s’explique par l’inversion des deux composants.¬† D’autres noms¬† de la joubarbe des toits : Artichaut b√Ętard, Artichaut de murailles, Artichaut des toits, Grande Joubarbe, Herbe du tonnerre ».

D’apr√®s les donn√©es du FEW le type barbaj√†ou est limit√© √† l’est-languedocien, au Velay et au P√©rigord. Il se retrouve en wallon. Il faudra attendre la publcation du Dictionnaire de l’Occitan M√©dieval, pour savoir si ce type √©tait plus r√©pandu autrefois et qu’il couvrait la m√™me zone g√©ographique que le type dies + jovis > dij√≤us « jeudi ».

      

Pedanius Dioscoride né vers 40 après J.-C. à Anazarbe dans la Cilicie (Turquie) écrit dans sa De materia medica que la Jovis barba protège contre la foudre et que pour cette raison on la cultivait dans dans des bacs et sur les toits.

Le Capitulare de villis vel curtis imperialibus, l’ordonnance de Charlemagne concernant la gestion de l’agriculture et l’horticulture des domaines imp√©riaux, r√©dig√© vers 812, prescrit la plantatation de la joubarbe pour la m√™me raison.

D’apr√®s le Thesoc barbajaou est le nom de l’hirondelle dans le Gard, l’H√©rault et l’Ard√®che (??). Ailleurs l’hirondelle s’appelle cul blanc. Il doit s’agir du barbaj√†ou le « martinet √† ventre blanc »; le barbeirou-pies blanc le « grand martinet √† ventre blanc » (Mistral), qui est le plus grand martinet d’Europe.¬† Je crois que c’est le m√™me oiseau; je n’ai pas trouv√© deux esp√®ces de martinets √† ventre blanc diff√©rents. Ce sens s’explique √† partir de la notion « barbe blanche ».

Un visiteur m’informe : barbajou serait aussi le sobriquet collectif des habitants de Bezouce ou St-Gervasy, dans le Gard.

 

Bar(r)aquet

Baraquet, barraquet

  • haricot blanc ;
  • escarole (Tarn; FEW).
  • esp√®ce d’endive
  • poulie (maritime) ;
  • surnom des Espagnols √† Carcassonne.

Ce dernier sens m’a √©t√© signal√© par un visiteur qui l’a entendu √† la radio, dans un refrain sur la Trivalle un quartier de Carcassonne situ√© au pied de la Cit√©, typique pour sa population majoritaire issue de l’immigration espagnole (les barraquets) et gitane ( voir le site carnaval de Lavalette).

Un autre visiteur me signale : « A B√©ziers aussi les Espagnols √©taient surnomm√©s « los barraquets« , ind√©niablement « les haricots verts », car apr√®s ’36 ils arrivaient minces. Les haricots blancs sont « los favariols« . Voir √† propos de ce dernier favasso etc.

¬ę Aquela Trivala, aquel polit quarti√®r, i a que de gitanas, e de baraquets.
An pas de sandalas, an pas de soli√®rs. E van far la valsa, aqu√≠ jol Pont Vi√®lh !¬Ľ

Baraquet n’est pas dans le TLF, mais appara√ģt dans l’ Arr√™t√© du 4 ao√Ľt 1955 concernant les semences potag√®res : « Nain extra-h√Ętif et son synonyme Baraquet « . En surfant j’ai constat√© que les jardiniers et les cuisiniers ne sont pas d’accord sur le sens exact des bar(r)aquets. Certains disent qu’ils sont plats et verts, pour d’autres ils sont blancs cern√©s de jaune, ou gros et verts,¬†¬†¬†¬† s’ ils n’ont pas √©t√© ramass√©s √† temps et bons pour la soupe. Pour le dictionnaire Panoccitan le barraquet nom m. est le « haricot mangetout (vert) ». Cela vient peut-√™tre du fait que la Commercialisation [des semences n’√©tait] possible [que] jusqu’au 31 d√©cembre 1997.(Arr√™t√© du 4 ao√Ľt 1955 ).

Baraquets Rue La Trivalle Carcassonne.

Les noms des f√®ves et des haricots servent souvent comme surnom. Voir l’article favasso, favalise et Mr Bean. A Fleury d’Aude certaines personnes sont appel√©s Manja-favas. Voir √† ce propos cette page. Voir aussi ci-dessusbajana.

Un visiteur me donne le compl√©ment d’information suivant: A B√©ziers, comme √† Carcassonne, les immigr√©s espagnols √©taient los barraquets, « les haricots verts. » Peut-√™tre consommaient-ils ce l√©gume mais je crois surtout que ces malheureux arrivaient fort maigres d’Espagne.

L’√©tymologie de barraquet ¬† n’est pas eniti√®rement √©lucid√©e.
J’ai rassembl√© les mots qui sont dans le FEW et qui pourraient avoir un rapport avec baraquet :

  1. Carcassonne barraquet  » haricot blanc dont on mange les gousses avant la maturit√© « ; Tarn barrak√©to f. « escarole » ( FEW 21/131b Incognita. et FEW21/122a).
  2. Arrens (HtesPyr.) barraquet ‘cheval court  » p.36 dans l’article brakko « chien de chasse « . (FEW 15/1, 237a¬†).
  3. Mdauph barak√©to f. « gourme des petits chats » > barraqueto M. – (FEW 22/1,299b Incognita. suivi de cette remarque: Probable d√©riv√© de Basses Alpes braquet  » furoncle  » ici 15/1,237b *brakko1. (Chauveau)
  4. Vaux (Ain) barkadol√† adj.  » bariol√© de couleurs diverses..  » p.ex. la robe d’un animal; Dr√īme baraca  » bariol√© « , Puyb bouraka , -edo  » qui a plusieurs couleurs « ; Yonne baraque « pie ». ( FEW 23/187b Incognita et p.224)

C’est le dernier groupe qui a fait sonner une petite clochette dans ma t√™te.

Dans l’article barrakan « tissu en poil de chameau » (mot arabe), sont mentionn√©s : occitan barracan « gros camelot qu’on fa√ßonnait autrefois avec des raies blanches » (tir√© du Dictionnaire d’Aza√Įs), ailleurs √† Marseille, Al√®s, Toulouse, et en Limousin avec des d√©fintions moins pr√©ces « √©toffe de laine, camelot ». L’abb√© de Sauvages donne Baracan « sorte d’√©toffe qui rejette la pluie ». L’espagnol barrag√°n « sorte d’√©toffe qui rejette la pluie »¬† a la m√™me d√©finition que celle de l’abb√© Sauvages. Dans le m√™me artcle du FEW sont cit√©s les d√©riv√©s occitans barracan√° v.tr. « barioler de blanc«  ou adj. « bariol√© » , languedocien bracan√° « bariol√© » (Sauvages)¬† attest√© depuis 1060! , Velay braccanoda « se dit d’une vache qui a deux couleurs tranchantes sur le pelage ».

Je pense que le groupe mots d’origine inconnue n¬į 4 ci-dessus , appartiennent √† la famille barrakan. C’est la d√©finition pr√©cise donn√©e par Aza√Įs « avec des raies blanches » qui permet d’y attacher √©galement le mot de l’Yonne baraque « pie ».

Pour la m√™me raison je pense que le baraquet « haricot blanc » de Carcassonne devenu « sobriquet des Espagnols » fait √©galement partie des d√©riv√©s de l’arabe barrakan.. Une autre possibilit√© est que les travailleurs espagnols √©taient habill√©s de » tissus grossiers bariol√©s imperm√©ables » (barrag√°nos), quand ils sont arriv√©s √† Carcassonne.

On peut penser qu’un « cheval court  » appel√© barraquet √† Arrens est √©galement compar√© √† un « haricot » et non pas √† un braque. En ce qui concerne la « gourme des petits chats » je dois avouer mon ignorance. Je n’ai trouv√© des renseignements que sur « la gourme des chevaux ». Il faudra consulter un v√©t√©rinaire. Mais si la gourme des chats est identique √†  » des vers » ( fran√ßais gourme < germanique worm « vers ») , qui ressemblent √† des petits haricots, alors la conclusion s’impose. Le sens « poulie » (Alibert) reste un myst√®re. Peut-√™tre √† cause de sa forme qui ressemble √† un haricot blanc : ?

L’arabe barrakan a donn√© en allemand Barchent [arab. Barrakan ==> grober Wollstoff] einseitig der beidseitiggerauhte Baumwoll- oder Viskosefasergewebe mit Flanellcharakter.

Barchent

Le dictionnaire de Grimm donne les formes Barchat, Barchet et pour le moyen allemand barkan. Comme origine il cite une forme du latin m√©dieval barchanus, parchanus. que je n’ai pas retrouv√©, mais DuCange donne barracanus :

Petrus Venerab.  est Pierre de Montboissier dit Pierre le Vénérable, né entre 1092 et 1094 et mort en 1156,  était le neuvième abbé de Cluny dès 1122. Il  interdit aux moines de porter des tissus barracanos ou des burellos pretiosos.
Sur bouracan attesté depuis 1150, espagnol barragan depuis le IXe siècle, voir bouracan! (TLF et pour le moyen français le Godefroy.) Ce dernier donne les deux formes bouracan et barragan.

Espagnol: barrag√°n2. (Del √°r. hisp. bar[ra]k√°n[i], este del √°r. barkńĀnńę, tipo de pa√Īo negro indio, y este del persa pargńĀr o pargńĀl).

1. m. Tela de lana, impenetrable al agua.

2. m. Abrigo de esta tela, para uso de los hombres.

Bar(r)aquet est aussi un nom de famille. « Mangeurs d’haricots » ou « d’origine espagnole » ?

Fava, favasso

Favasso, s.m. ¬ę¬†fanes de f√®ves ¬Ľ. Dans les dictionnaires on ne trouve dans le languedocien que ce sens . Le sens ¬ę¬†grosse f√®ve » est attest√© dans la r√©gion de Mont√©limar et √† N√ģmes (Job).¬† Au figur√© ¬ę¬†qqn de lourd, pas d√©gourdi¬†¬Ľ (Andolfi). faviol, faviolas « √©tourdi, imb√©cile » C√©vennes et Montpellier dans Alibert s.v. fava et .favar adj. « bavard ». Conserv√© √©galement √† Clermont l‚ÄôH√©r.¬† fabard ¬ę¬†imb√©cile¬†¬Ľ. Cf. aussi faviolet
D√©riv√©s¬† du latin faba ¬ę¬†f√®ve¬†¬Ľ.¬† Dans l‚Äôantiquit√©, la faba √©tait la nourriture des Romains « d‚Äôen bas » et des porcs. De l√† le sens p√©joratif en latin. Mais les historiens ne sont pas d’accord √† ce propos.¬† En tout cas il √©tait interdit aux Flamines de Jupiter de toucher ou m√™me de nommer ¬† des f√®ves¬† : ¬†XII. Capram et carnem incoctam et hederam et fabam neque tangere Diali mos est neque nominare.

Pourtant , la f√®ve, de couleur noire ou blanche servait √† √©lire les rois pendant les Saturnales, f√™te du solstice d’hiver. Wikipedia :

« Les Saturnales (en latin Saturnalia, -ium,) √©taient, durant l‚Äôantiquit√© romaine, des f√™tes accompagn√©es de grandes r√©jouissances, c√©l√©br√©es en l’honneur du dieu Saturne, pendant lesquelles les esclaves jouissaient d’une apparente libert√© et o√Ļ tout √©tait permis. D‚Äôabord du 17 au 21 d√©cembre, puis plus tard du 17 au 24 d√©cembre, cette f√™te de la libert√© inversait l‚Äôordre des choses et pendant un temps, les esclaves devenaient les ma√ģtres et inversement.. On servait du cochon de lait dans des banquets qui donnaient lieu √† de v√©ritables ripailles. On suspendait des figurines au seuil des maisons et aux chapelles des carrefours »

Cette coutume s’est perp√©tr√©e √† travers les √Ęges. Les ripailles sont devenues des Galettes de roi et les F√®ves des figurines. Les enfants deviennent ( ou restent?) des Rois. Ce renversement de l’ordre √©tabli a lieu aussi pendant le Carnaval, en tout cas au Limbourg (Pays Bas,Belgique), en Wallonie (Belgique) quand le maire donne la cl√© de la ville et avec elle le pouvoir au Prince Carnaval. En B√©arn, pendant une f√™te comparable, ¬† Saint Pan√ßard devient le patron.

fèves

       

Saint Pançard

Lle mot n√©erlandais boon « f√®ve » a √©galement des connotations « d’une chose sans valeur » par exemple dans l’expression voor spek en bonen litt√©ralement « pour du lard et des f√®ves » en fran√ßais « compter pour du beurre » ou m√™me de confusion d’esprit dans « in de bonen zijn » litt√©ralement « √™tre dans les f√®ves  » en fran√ßais « n’y rien comprendre; avoir perdu le fil » signification qui se rapproche de « l’imb√©cile » languedocien.

L’anglais bean peut signifier « objet sans valeur » , comme l’allemand Bohn. Une phrase full of beans est du nonsens. ¬† Mr. Bean¬† n’a pas l’air d’un grand intellectuel.
Favalise ¬ęfaible d‚Äôesprit¬†¬Ľ(Job) est d√©riv√© de favo ¬ę¬†f√®ve¬†¬Ľ du latin faba « f√®ve ». ¬† Cette association est attest√©e √† Clermont-l‚ÄôHer. fabarot ¬ę¬†imb√©cile¬†¬Ľ et N√ģmes faviolet ¬ę¬†na√Įf¬†¬Ľ (Job), feve (Andolfi).

Favelou ¬ę¬†laurier-tin¬†¬Ľ(S) .cf.faviou

Voir aussi baraquet « haricot blanc; surnom des Espagnols ».

Bachalan

Bachalan d’apr√®s une amie, c’est la surnom des paysans au nord d’Uz√®s . Les habitants de Marsillargues sont appel√©s des bajan (Camargue). Le mot se trouve dans Alibert avec le sens « bavard, vantard » et ce serait un d√©riv√© avec une variante phon√©tique du verbe bajanar « blanchir des l√©gumes √† l’eau bouillante, √©chauder, tremper dans l’eau froide » et bajanada « plat pr√©par√© par cuisson √† l’eau bouillante; niaiserie ».

L’√©volution s√©mantique a d√Ľ passer par un sens comme « pois et f√®ves tremp√©s dans l’eau »; les mots qui d√©signent ces l√©gumes secs sont souvent associ√©s √† l’id√©e « niais, nigaud », par exemple en n√©erlandais in de bonen zijn  » √™tre dans la lune » (litt√©ralement : « √™tre dans les f√®ves »). Cela s’explique peut-√™tre parce que les mangeurs de f√®ves √©taient g√©n√©ralement des paysans pauvres. Un d√©riv√© du latin bajanus « tremp√© » d√©riv√© du nom de la ville Bajae une station termale pr√®s de Rome. Voir ci-dessous

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