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Mounjo

Mounjo « religieuse ». Ancien occitan monja¬†(Millau,1100) vient du latin monacha ¬ę¬†nonne¬†¬Ľ. En galloroman¬† le type monacha, form√© sur le masculin monachus ¬ę¬†moine¬†¬Ľ est limit√© au franco-proven√ßal et l’occitan.

A Al√®s on distinguait¬† la mounjo ¬ę¬†religieuse v√™tue de blanc¬†¬Ľ de la mourgo¬ę¬†religieuse v√™tue de noir¬†¬Ľ, une √©volution caract√©ristique pour une r√©gion interm√©diaire entre proven√ßal et languedocien.

Magali ! se tu te fas mounjo blanqueto, i√®u, capelan, counfessarai, E t’ausirai ! (Mistral)


Magali?

Les mousettes¬† « haricots » en Guernesey¬† que le FEW¬† rattache aux mogettes de la Vend√©e et des Deux-S√®vres, ainsi qu’au catalan monguetas, mongetas, attest√© depuis 1460 font certainement partie des d√©rives de monacha.(Incognita du FEW XXI, 131b).¬† Dans le Diccionari Etimologic catalan , l’auteur ajoute la remarque suiante :

pour des raisons sémantiques peu claires; peut-être pour la couleur des vêtements de nonnes, ou parceque dans les monastères le régime des haricots était très courant.

Mourguettes

Les mourguettes¬† est un autre nom des estivenques ¬ę¬†des¬† petits escargots blancs¬† que l‚Äôon trouve sur le fenouil, ou autres plantes de garrigues¬†¬Ľ qui s‚Äôappellent aussi missouna√Įre ou missounenque.

En occitan comme dans toutes les langues romanes les significations ¬ę¬†moine¬†¬Ľ et ¬ę¬†nonne¬†¬Ľ ont donn√© lieu √† de nombreux emplois au figur√©,¬† √† cause de la forme de leurs silhouettes, la couleur de leurs habits, le cr√Ęne ras√© du moine, la couleur du voile de la nonne : des toupies, des fromages, toutes sortes de plantes et d‚Äôoiseaux et sp√©cialement dans¬† le Midi¬† des haricots blancs, haricots verts, haricots secs. Emprunt√© par le fran√ßais :¬† la mongette ¬ę¬†esp√®ce de haricot qu‚Äôon cultive dans le midi de la France¬†¬Ľ attest√© depuis 1835.

Les mourguettes sont donc des ¬ę¬†petites religieuses ¬Ľ, un d√©riv√©¬† du latin monacha avec le suffixe diminutif ‚Äďittu. Pour les Gardois des¬† sont les ¬ę¬†petits¬† escargots blancs¬†¬Ľ ressemblent √† des ¬ę*¬†nonnettes¬†¬Ľ.

Dans le Gard est attest√©e¬† une autre forme : mounj√©to ¬ę¬†esp√®ce de lima√ßon blanc¬†¬Ľ mais qui signifie aussi ¬ę¬†vari√©t√© de haricots blancs √† ombilic noir, qui se mangent secs¬†¬Ľ. Les deux formes monja et morga,¬† survivent donc dans les parlers modernes. Comment expliquer cela?

Dans le pays d‚Äôoc aucune des variantes dialectales¬† √©tait devenue la langue litt√©raire officielle comme c‚Äôest arriv√© dans le nord de la France avec le dialecte de la r√©gion parisienne ou le dialecte de Florence en Italie. Les scribes essayaient d‚Äô√©crire les mots tels qu‚Äôils les entendaient ou pronon√ßaient avec les lettres du latin dont ils disposaient. Ces prononciations variaient d’une r√©gion √† l’autre.¬† Ces essais de rendre la prononciation avec les lettres du latin est √† l’origine des diff√©rentes graphies que nous trouvons dans les manuscrits du Moyen Age. ¬† La graphie des mots est donc le r√©sultat d’une tradition mill√©naire. Je pense que l’orthographe devrait renouer avec cette tradition et √©crire mwa¬† ou moua¬†¬† au lieu de moi, ¬† la prononciation du haut Moyen Age.

Donc quand on cherche dans des dictionnaires de l‚Äôancien occitan, et on trouve le mot¬† morga avec le sens de ¬†¬ę¬†religieuse¬†¬Ľ¬†dans un texte du Rouergue dat√© de 1198, il faut s‚Äôattendre √† trouver d‚Äôautres graphies¬† En effet elles varient beaucoup selon la r√©gion dont proviennent les textes : monja, monega, monga, morga, moina. La m√™me chose pour le masculin : monge, morgue, etc. ¬ę¬†moine¬†¬Ľ.

Le d√©partement du Gard est particuli√®rement int√©ressant parce qu’il se trouve dans une zone transitoire entre le proven√ßal et le languedocien.¬† A Al√®s, par exemple, on a distingu√© les deux variantes : mourgo et mounjo. La premi√®re d√©signant ¬ę¬†une religieuse v√™tue de noir¬†¬Ľ , la seconde ¬ę¬†une religieuse v√™tue de blanc¬†¬Ľ. Mais c‚Äôest, √† notre connaissance, le seul endroit o√Ļ cette distinction √©tait faite .

 

mounjo

Petite digression.

Est-ce que quelqu‚Äôun dont le fran√ßais est la langue maternelle √©tablit un lien entre les mots mono (oppos√© √† st√©r√©o) moine, moineau, monarque et Monaco ? Je ne pense pas et pourtant¬† leur √©tymologie est identique grec¬† monos ¬ę¬†seul¬†¬Ľ, moine ¬ę¬†quelqu‚Äôun qui vit seul¬†¬Ľ, moineau ¬ę¬†oiseau qui a le plumage de la couleur d‚Äôun habit de moine¬†¬Ľ¬† viennent tous les trois du grec monos, dont¬† au d√©but du christianisme on d√©rive le mot monachus, et plus tard on cr√©e le f√©minin Imonacha.¬† C‚Äôest l‚Äô√©tymologie qui r√©tablit ces liens et qui rend le vocabulaire plus transparent, plus ¬ę¬†motiv√©¬†¬Ľ en termes linguistiques.

           

     mono               moine                   moineau                  monarque           monarque       Mourgues = Monaco

 Une  mounéga  de Nice

Esglajà, glaoujou

Esglaja « effrayer » est un d√©riv√© de l’ancien occitan glai s.m. « effroi » (XIIIe s.). La famille de mots dont esglaja¬† est surtout attest√©e √† l’Est du Rh√īne et se retrouve dans les parlers du Nord de l’Italie.

L’√©tymologie d’esglaiar, un d√©riv√© de gladius « √©p√©e », demande un commentaire. Le verbe esglaiar signifie en ancien occitan  » tuer avec une arme », mais aussi « effrayer, intimider ». C’est ce dernier sens qui a surv√©cu en proven√ßal. L’explication de l’emploi au figur√© de glai « √©p√©e » donn√©e par von Wartburg (FEW) se trouve dans l’Evangile o√Ļ gladius est utlis√© pour d√©crire la douleur et l’effroi de la Vierge √† la mort du Christ. Par exemple dans Lucas 2.35 : et tuam ipsius animan pertransibit gladius.

A partir du pluriel gladii > glad√ģ a √©t√© form√© le substantif glazi « √©p√©e » en ancien occitan, et nous trouvons le m√™me emploi au figur√© dans les dictionnaires de l’occitan moderne comme dans le verbe glas√≠ « effrayer » (Gers), esglariat « effar√©, emport√©, hors de soi » (Marseille) et eglaria donn√© par l’abb√© de Sauvages (S2).

Dans les dialectes du Nord et en fran√ßais jusqu’√† la fin du XVIIe s, glai prend le sens du d√©riv√© latin gladiolus « glaieul », qui a donn√© glooujou, glaujou, glau√Įol en occitan, n√©erlandais gladiool, allemand Gladiole.

                                              

Pour une explication de la forme glaive « √©p√©e » dans la langue d’o√Įl, et en anglais voir le TLF.

Drac

Drac « lutin, farfadet, follet diable » du latin draco, draconem.« gros serpent; la constellation Le Dragon; vieille souche de vigne et d’autres sens au fig. »

Ancien occitan drac « dragon »: (Raynouard), et dragon. Draco est utilis√© en latin chr√©tien pour d√©signer le dragon de l’Apocalypse (12, 3) et le diable.(TLF ). Voici le texte en question:

« 3 Un autre signe parut encore dans le ciel; et voici, c’√©tait un grand dragon rouge, ayant sept t√™tes et dix cornes, et sur ses t√™tes sept diad√®mes. 4 Sa queue entra√ģnait le tiers des √©toiles du ciel, et les jetait sur la terre. Le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin de d√©vorer son enfant, lorsqu’elle aurait enfant√©. »

Au figur√© drac, dragon, prend des sens plus ou moins m√©chants, par exemple dans l’Aveyron dragoun « bourdon », √† P√©zenas le drac est un √™tre diabolique qui suivant la tradition, sortait d’un puits, appelait √† lui les enfants vicieux et d√©sob√©dients pour les fair monter sur son dos infiniment long et se pr√©cipitait avec eux dans son puits!¬†¬† Ailleurs un « esprit follet » , etc. Languedocien dragas « femme d’un caract√®re violent ».

Un visiteur de P√©zenas m’√©crit : La gourgue ( les eaux de l’Etang, entre P√©z√©nas et Tourbes vont se jeter dans la « gourgue », sous le ch√Ęteau de Conas, hameau proche du cours de l’H√©rault) √©tait le repaire d’un « Drac« ; un de ces chevaux fantastiques dont le dos s’allonge, il invite les enfants √† l’enfourcher, apr√®s quoi il va les noyer. Un autre habitant de la gourgue √©tait « lo Serr√† ». Dans les bestiaires m√©di√©vaux, « la Serre » (elle change de sexe en occitan) est un animal tout aussi fantastique qui se pr√©cipite sur les vaisseaux pour les faire couler. Il s’agissait d’inspirer aux enfants une frousse bleue par ces r√©cits, pour les emp√™cher de s’approcher des endroits dangereux.

   
Drac
à Beaucaire              Tarasque à Tarascon    Drakkar des Vikings

Drac et dragon est un des rares cas o√Ļ la forme du nominatif et celle de l’accusatif latin sont conserv√©es. D’autres exemples fran√ßais sont : pute, putain; gars, gar√ßon. En ancien anglais on trouve drake et en anglais moderne dragon emprunt√© au fran√ßais. N√©erlandais draak, Allemand Drache, Su√©dois drake , au pluriel drakkar « bateau de Vikings ».

Draconien par contre est d√©riv√© du grec Dracon, l√©gislateur d’Ath√®nes (fin 8e s. av. J.-C.), c√©l√®bre pour sa s√©v√©rit√©

Coufla√Įre de Cong√©nies

Coufla√Įre « inspir√© ». Un article dans le Midi Libre du 5.11.2008 sur les Coufla√Įres de Cong√©nies m’a intrigu√©. Les Coufla√Įres font partie du mouvement des Quakers, appel√©s Coacres en occitan. Voir le texte Couflaires en ci-joint ( et en fran√ßais dans leur site, dans la page

Origines > Les Quakers et la tradition non-conformiste du sud le la France.

D’apr√®s Alibert conflaire est « celui qui gonfle, qui enfle; mauvaise langue; gonfle ». A Cong√©nies coufla√Įre a un sens compl√®tement diff√©rent. Pour comprendre toutes les nuances, consulter aussi l’article « Quaker » dans Wikipedia.

L’√©tymologie est bien s√Ľr la m√™me que celle de coufle : latin conflare « souffler, embraser » et au figur√© « provoquer, inventer, composer ».


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