Etymologie-occitane » religion http://www.etymologie-occitane.fr Dictionnaire étymologique de l'Occitan Fri, 19 Jan 2018 09:33:13 +0000 fr-FR hourly 1 Uganaud "huguenot" et deganau "nigaud" http://www.etymologie-occitane.fr/2012/02/uganaud-huguenot-et-deganau-nigaud/ http://www.etymologie-occitane.fr/2012/02/uganaud-huguenot-et-deganau-nigaud/#comments Wed, 08 Feb 2012 16:19:40 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=6970 Uganaud « huguenot » vient de l’allemand Eidgenosse « confédéré ».  L’histoire ou l’étymologie de ce mot n’a de sens que quand on raconte toute l’histoire.

La première attestation en occitan iganauds  « huguenots, calviniste » date de 1581.   A la même époque on trouve d’autres formes iganau à Nîmes, eganaou, higounaud  dans l’Aveyron, etc. La première attestation en français date, pour le moment, de 1483 et vient d’une lettre du duc René II de Lorraine  à son cousin:  dans laquelle il écrit :

En somme les Esguenotz n’ont delibéré laisser passer en manière quelconques gens de cheval ne de pied qui viennnent par deça; et de ce lesdictz Esguenotz escripvent à la Seigneurie et à nous, nous priant que nous desportons de ceste emprise.

Escript à Padue le XIII jour d aoust 1483

Vostre cousin RENE

Esguenotz-Huguenot DMF2012  (texte complet)

René II de Lorraine

Au XVe siècle les  Eidgenossenles Confédérés suisses,  avaient déjà instauré le service militaire obligatoire à partir de l’âge de 16 ans. (Cf. le NZZ online). Les  Esguenotz qui ne laissaient passer personne d’après  la lettre du duc René II,  sont donc des soldats.  Plus tard, le  même mot écrit  aguynos désigne les  « partisans du parti politique qui défendait la liberté de la ville de Genève contre les tentatives d’annexion du duc de Savoie » comme en témoigne  un document  de 1519 provenant de la ville de Genève .  La graphie du mot varie beaucoup dans les textes, ce qui se comprend facilement parce qu’il s’agit d’un mot allemand prononcé par des francophones.  Il y a même une variante avec la nasalisation de la  première syllabe: hangenots.  Dans la seconde moitié du XVIe siècle apparaît la forme huguenots toujours avec le sens « partisans… etc. ».  Entretemps   la ville de Genève  avait réussi à faire reconnaître son indépendance en 1530.

La Réforme protestante,  une volonté d’un retour aux sources du christianisme, est amorcée au XVe siècle et culimine au XVIe siècle. (Wikipedia) L’adoption de la Réforme a aussi un caractère politique. C’est un moyen pour les princes d’affirmer leur indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se révolter face un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols. La Réforme se traduit donc au XVIe siècle par de nombreux conflits, entre l’empereur Habsbourg et les princes allemands mais aussi des guerres civiles en France, en Angleterre et en Écosse.

Mur de la Réformation à Genève

Monument international de la Réformation à Genève 1

A Genève la Réforme commence en 1532.  Calvin le co-fondateur de la doctrine des Eglises Réformées, appelée le calvinisme, s’installe à Genève en 1540.  Le  calvinisme  s’est répandu en Europe à partir de cette ville.  Le nom ou surnom  des indépendantistes genevois Eidgenossen,  prononcé  à la française  aignos,   ou  iganau  en languedocien, higounaud  dans l’Aveyron, passa aux « protestants de langue française » dans la deuxième moitié du XVIe siècle.  Dans la région de Béziers, Pézenas et dans l’Aveyron  naît une forme avec un  d-  agluttiné deganàu  à partir d’une expression dans le genre diable d’egenau.  Il est aussi possible que  le type egenau a fusionné avec le mot duganau « imbécile » dérivé de dugon « grand duc ». Voir l’article duc, dugou.

Nous sommes bien arrivés dans la période des guerres de religion.   Dans certains milieux le mot  huguenot  est lourdement chargé de haine.  En provençal un duganèu est un « nigaud », à Béziers ou à Puisserguier  un  deganau est  un « impie, un débauché »,  à Cahors c’est un  iganaou,   dans l’Aveyron un igounaou  « un mécréant, quelqu’un qui ne vas pas à la messe »! comme en Lozère, en Ardèche et dans la Hte-Loire. Ces sens péjoratifs se trouvent un peu partout en France, mais il y a une forte concentration des  attestations  en languedocien.

Le mot était encore vivant au début du XXe  siècle à Montagnac (Hérault). Voici le témoignage d’un de mes  visiteurs qui   est  entrain de retranscrire les mémoires de son père2. Ces mémoires  rapportent ses souvenirs de jeunesse entre 1914 et 1944.  Il m’écrit  à propos du mot deganouaous:

Au long de ces cahiers, je rencontre des termes occitans (il parle plutôt de patois) qu’il écrit phonétiquement. Dans le cahier n°8, je rencontre un terme pour lequel je ne trouve pas d’explication précise.
Le contexte est celui de ma grand-mère disant à mon père, amoureux d’une fille cévenole et protestante habitant le Pont-de-Montvert (48), « tu n’as qu’à te faire protestant pour pouvoir être accepté par les parents » (mes grands-parents et mon père étaient athées).
Mon père écrit donc cette phrase :  » …et puis ton père (mon grand-père) préférera te voir « deganouaous » que catholique, car ils étaient (les protestants) sectaires en religion, mais sincères, farouches laïques et républicains ».
Ce terme de « Deganouaous » s’applique aux protestants de Montagnac (34) et je pense qu’il s’agit là d’une expression péjorative critiquant le comportement des protestants.

La rivalité entre catholiques et protestants existait aussi à Valdrôme et les villages voisins où les cathos aimaient dire  Las campanas de Vaudroma fan dançar los uganauds, los fan far de sauts coma de crapauds. (Communication de Han Schook)

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Notes
  1. : Guillaume Farel (1489-1565), l’un des instigateurs de la Réforme à Genève, Jean Calvin (1509-1564), le personnage central du mouvement, Théodore de Bèze (1513-1605), recteur de l’Académie de Genève, et John Knox (1513-1572), fondateur du culte presbytérien en Écosse.
  2. Voir Sources s.v. Montagnac
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Nouvè, Nau, Nadau, Nadal http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/nouve-nau-nadau-nadal/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/nouve-nau-nadau-nadal/#comments Sun, 27 Nov 2011 19:54:21 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=4590 Share
Nouve(l) « Noël ». Le mot courant pour Noël en provençal et est-languedocien est Calenda. Pourtant il y a pas mal d’attestations de Nouvè,  e.a. dans le Trésor de Mistal :

L’étymologie est l’adjectif latin natalis « relatif à al naissance » qui était également utilisé comme substantif avec le sens « jour de naissance, anniversaire ». Dans la langue de l’Église le sens est devenu « le jour de la naissance de Jésus ». Nous le retrouvons en italien natale, catalan nadal, portugais natal et en galloroman principalement dans le Nord jusqu’à la Loire et dans l’Ouest du domaine occitan. (Cliquez sur  la carte)Il y une belle carte des noms de Noël :  Nau, Nadau, Nadal, Nouvé, Chalendes  dans le livre de  Lectures de l’ALF ((Voir Source, s.v. ALF), qui ne donne pas les mêmes résultats, en particulier pour Calendas,  malgré le fait que la source est identique.  Il faudra vérifier avec l’ALF.

Nous trouvons dans le Gard, à Alès  nadàou, St-Jean du Gard, Valleraugue nadal, etc. Voir aussi le Thesoc, qui atteste nadal dans pas mal de départements 1

Natalis a abouti dans la région parisienne à une forme avec -o- ancien français noé, nouvel, probablement par dissimilation des deux -a-, et dans de nombreux dialectes la forme parisienne a supplanté la forme indigène nadal. Cette invasion est de date relativement récente. Cecii est illustré par une comparaison des données de l’Atlas Linguistique de la France (1908-1910), avec celles des dictionnaires plus anciens. En Provence, la forme Noël est plus ancienne et désigne la « cantique populaire, chanté le jour de Noël; l’air de cette cantique », attesté depuis Cotgrave 1611.

Un nouël était aussi le « cri de réjouissance que poussait le peuple à la naissance d’un prince, etc. ». Cela ne se fait plus de nos jours!

Le mot nouël, nouvelet « refrain ou chorus d’un chant de Noël ». Cliquez ci-dessous:  le  Nouvé 35 de Saboly.

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Notes
  1. ARIEGE, CORREZE, CREUSE, DORDOGNE, GERS, GIRONDE, HAUTE-GARONNE, HAUTE-VIENNE, HAUTES-PYRENEES, INDRE, LANDES, LOT-ET-GARONNE, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE), PUY-DE-DOME, PYRENEES-ATLANTIQUES, TARN-ET-GARONNE.
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Les noms du chêne http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/les-noms-du-chene/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/les-noms-du-chene/#comments Sat, 26 Nov 2011 15:25:19 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=6363 Cassanus, robur, quercus, carra, blaca ,etc.

Le nom du chêne cassanus  est-il  gaulois?   Von Wartburg écrit dans le FEW (je résume) :

  1. *cássanus (la petite étoile signifie que le mot n’est pas attesté, mais reconstitué!), est peut-être d’origine celtique , mais le mot peut aussi bien être rerpris par les Gaulois aux peuples pré-celtiques. Le problème est que *cassanus ne se retrouve dans aucune autre langue celtique, et d’autre part que la répartition géographique du mot ne correspond pas non plus à celle d’un peuple pré-celtique.
  2. *cássanus est indigène dans toute la France, sauf dans les départements provençaux
  3. La répartition géographique du type *cassanus et des concurrents gaulois *derua, le préroman (?) carr- et le latin robur n’est pas restée immuable au cours des siècles. Dans le Midi et notamment dans le Languedoc, le type *cassanus a été concurrencé et remplacé par des mots du type *carr- qui désignaient à l’origine des « taillis de chênes ». Là où nous trouvons le type *cássanus dans les patois modernes, il s’agit d’un emprunt aux patois nord-occitans, comme par exemple l’auvergnat.

Le professeur Henriette Walter écrit dans son « bestseller » L’aventure des mots français venus d’ailleurs », (Paris,Robert Lafont, 1997) p. 42 « Le nom du chêne était cassanos en gaulois, quercus en latin. » Elle a oublié de consulter le FEW , contrairement à Alain Rey pour son « Dictionnaire historique »Le chapitre que Mme Walter consacre à « Le chêne gaulois: présent partout » (p.42) demande quelques remarques.

Même si le chêne était « un objet de culte chez les Gaulois », cela n’implique pas que le nom *cassanus est d’origine gauloise. Le « service publique » est un objet de culte chez les Français, mais cela n’implique pas que les mots service et publique sont d’origine francaise. Et comment expliquer que les Gaulois de la Provence n’ont pas conservé ce mot? ou qu’on le retrouve dans des patois ibéro-romans, là où les Celtes ne se sont jamais installés?

Pourquoi rattacher la Provence au pays de chassaigne, si le mot n’y est pas indigène, mais un emprunt?. D’ailleurs la conclusion de Mme H. Walter, quand on regarde sa carte, que ca- est devenu cha- en Provence est fausse. La ligne qui sépare la zone où ca- s’est maintenu de la zone où ca- a évolué en ts-, ch- suit approximativement la ligne qui sépare le provençal et le languedocien des parlers nord-occitans. Voir la carte ci-dessous, couleur lavande = provençal , ocre foncé= languedocien. Ocre clair = nord occitan. La limite ca-/tsa a été décrite très précisement par Ronjat. ( BDP, voir aussi NVelay).

Lire l’article carr dans FEW!!! = préroman, peut-être basque!

Ci- dessous la carte à gauche : la ligne cassagne/chassaigne.(Mme Walter)                  A droite: au sud de la ligne blanche ca- > ca- en provençal, languedocien et gascon

Gascon: garric. Un des nombreux noms que peut prendre le chêne suivant la région et la variété. Dérivés : garrigar (ne pas prononcer le « r » final), et bien sûr « garriga » (prononcer « garrigo« ), mais ce dernier est plutôt languedocien. Voir l’article  Garriguette, la benjamine de la famille Garric

escós chêne ou autre arbre étêté. Prononcer « escous ou escoup

surrèr « chêne liège » Prononcer « surrè »; surrèda (prononcer entre « surrède » et « surrèdo ») : endroit planté de chênes liège

cassi est plutôt girondin, l’autre forme gasconne est casso (prononcez [cassou] en accentuant la première syllabe), cassiar (masc.), cassia o cassièra (fem.), et cassanha « chênaie ».

tausin « chêne tauzin » variante : taudin. Dérivés tausiar (prononcer « tawzia »), taudinar, tausièda (prononcer entre « tawziède » et « tawzièdo »)…, qui sont les forêts de chênes tauzins

Languedocien

Garric « chêne; chêne kermès ». Voir l’article Garriguette, la benjamine de la famille Garric

Le chêne blanc lo rore, lo roire, lo rove (prononcez [rouré], [rouiré], [rouvé]) « Quercus humilis subsp. lanuginosa, autrefois Quercus pubescens »

Comme nom de lieu le type robur est très répandu. Dans le site de l’IGN (Les chiffres donnent le nombre de lieux en France; en consultant le site vous pouvez retrouvez tous les détails : département, commune, coordonnés) j’ai trouvé:

116 noms de lieu pour roure: roure 66 rouré 3 rourebean 1 rourebeau 3 rourebel 6 rourebet 1 roureda 1 rouregros 1 rourelas 1 roures 4 rouressol 1 rouresson 1 rouret 14 rourette 1 rourèda 1 rourède 3 rourèdes 1 rourètrie 1 rouréa 1 rourée 1 rouréou 1 arrourets 1 auroure 2 et

21 pour roire: au rouire 1 bergerie de la rouire 1 col d’al rouire 1 col de rouire 1 en rouire 2 la rouire 1 le bois de rouire 1 le rouire 3 pech de rouire 1 puech de rouire 1 rouire 3 rouire ouest 1 rouire verdal 1 ruisseau de rouire 1 ruisseau du col de rouire 1 ruisseau du rouire 1

et beaucoup plus pour rouve : rouve 15 rouvé 1 rouveau 4 rouvecau 3 rouvegade 1 rouvegros 1 rouveillat 1 rouveille 1 rouveirac 1 rouveiret 3 rouveirette 1 rouveirole 1 rouveiroles 1 rouveirolle 2 rouveirolles 1 rouveirète 1 rouveix 8 rouvel 4 rouveladas 1 rouvelade 1 rouvelades 1 rouvelane 1 rouvelet 3 rouvelias 1 rouvelines 1 rouvelinière 1 rouvelière 1 rouvellac 1 rouvelle 1 rouvellière 1 rouvelon 1 rouvelong 1 rouvelot 1 rouvenac 3 rouvenaie 2 rouvenaz 1 rouvenet 1 rouvenoz 1 rouvenèdes 1 rouverade 1 rouverades 1 rouveral 1 rouverat 2 rouveray 3 rouverdal 2 rouvereau 1 rouvereaux 1 rouverel 1 rouveret 2 rouverets 1 rouverette 1 rouvergne 1 rouvergue 4 rouvergues 1 rouverieux 1 rouveroi 1 rouverol 3 rouverolles 1 rouverot 2 rouverou 1 rouveroux 2 rouveroye 1 rouvert 1 rouvery 1 rouves 7 rouvet 3 rouvets 2 rouvette 1 rouveure 3 rouveurette 1 rouvey 7 rouveya 1 rouveyrac 1 rouveyrasse 1 rouveyre 6 rouveyrenque 1 (à Congéniès près de Vergèze dans le Gard) rouveyres 1 rouveyret 2 rouveyrette 5 rouveyrieux 1 rouveyrol 4 rouveyrole 1 rouveyroles 1 rouveyrolle 4 rouveyrolles 4 rouveyrols 1 rouvède 1 rouvègues 1 rouvère 1 rouvès 2 rouvèze 1 rouvéreide 2 anrouve 1 bellerouveroye 1

blacha, blaca, blacàs, souvent aussi employés pour désigner le chêne blanc. s’applique à divers espèces : le chêne vert en plaine, le châtaignier en Cévennes, le chêne blanc un peu plus dans l’arrière-pays.

avaus « Quercus coccifera (chêne-kermès) »

rovièira, roveda, rovereda, roireda (en languedocien) /roviera (en provençal), »chênaie blanche »

roret, roet « un petit bois de chênes »

Blaca « chêne blanc ».  Dans le premier volume du FEW blaca est considéré avec beaucoup d’hésitations comme d’origine gotique dans l’article blakk- « reluisant, brillant »[1.Petite erreur dans FEW 1: westhälfte doit être osthälfte], mais cet étymon n’est pas repris dans les éléments d’origine germanique.

 D’après les généalogistes le nom de famille  Blachère dérivé de blaca 

 est fréquent dans l’Ardèche, où l’on trouve aussi la forme Blacher. C’est un toponyme désignant un bois de chênes blancs (occitan blaca). Le chêne blanc (ou Quercus pubescens) est considéré comme un des meilleurs chênes truffiers. De nombreux hameaux s’appellent (la) Blachère dans l’Ardèche et la Lozère. Formes voisines : Blacheyre (42), Blachier (07), Blache (26, 38), Blacas, Blachas (83, 84, 34, 48), Blachette (07, 26)

Google  me fournit 2 autres sources:

Dans Mélanges de philologie romane offerts à Charles Camproux: Volume 2

BLACAS, spécialement nom noble, est un augmentatif provençal de blaca, mot du Sud-Est, d’origine pré-gauloise, désignant originairement un taillis de chênes. BREA. Ludovic Brea : in « Theatrum Statuum Sabaudiae Ducis », Amsterdam, 1682.

et dans la Zeitschrift für romanische Philologie vol.79(1963)

J. Ubaud  ne dit rien sur l’étymologie  du mot  mais précise la répartition géographique :

blacha, blaca, blacàs, souvent aussi employés pour le (sc. le rore)  désigner, ces noms semblent concerner à l’origine des baliveaux (donc des jeunes arbres, nous l’avons déjà signalé dans l’article précédent) s’appliquant à divers espèces : le chêne vert en plaine, le châtaignier en Cévennes 1 , le chêne blanc un peu plus dans l’arrière-pays.

blaquièira (ou plus au nord blachièira) ou blacareda un collectif, désignerait un taillis de jeunes chênes blancs, mais il nous semble plutôt employé dans les zones de l’arrière-pays (pied du Larzac, Larzac, Haute Provence) où les toponymes dérivés abondent : Blaquières, Saint Jean de la Blaquière, La Blacarède, La Blachière, Les Blaquettes.

 

Le FEW écrit que  blakk-    est peut-être une forme du germanique  blank  « blanc ». On trouve en effet des formes dénasalisées de blank  dans les langues germaniques  comme le norvégien blakr  « chatoyer ». Les feuilles du chêne blanc sont en effet chatoyants.

Rore ramièr (de rama feuillage ) utilisé pour le fourrage pour les bêtes

rore aglanièr, destiné à fournir des glands aux bestiaux); engalar un teissut, c’était passer un tissu à la noix de galle.

Dans http://www.ulb.ac.be/philo/spf/langue/exam.htm (sauf gardé sous Divers) :

9. Les Lat. disaient quercus pour « chêne », d’où l’italien quercia. Ils avaient aussi robur « chêne rouvre, sorte de chêne très dur » > it. rovere, esp. roble. Chêne doit venir d’un *cassanus, mot pré-latin. Pourquoi pense-t-on qu’il soit celtique? a) Il serait conservé à cause du rôle religieux du chêne dans le druidisme; b) On trouve en esp. quejigo, sans doute de la racine cax- > cassanus/. *Cassanus, aurait dû donner en fr. *châne, *chasne comme dans asinus > as’nus > âne; *mâtrastra > marâtre « femme du père »; *salmaster > saumâtre. La forme régulière est du reste fournie par le wallon tchâgne. *Cassanus a donc évolué en chaisne par réfection analogique sous l’influence de fraisne, frêne < fraxinus. *Cassanus + suff. -eta pour désigner des « collectifs d’arbres » > top. Chênée. En France, on trouve Casseneuil, Chasseneuil (= Cassano+ ialo « localité des chênes »).

Catalan roure (DE)

Une liste des noms du chêne en galloroman et en catalan.

Tuaillon, Gaston (1971), “ ‘Chêne‘ et ‘frêne‘ en gallo-roman“, Revue de Linguistique Romane 35: 196-230.
(L: French, Occitan, Gallo-Romance; C: oak, ash tree)

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Notes
  1. Je n’ai pas retrouvé l’attestation de « châtaignier ». Il n’y a que Mistral qui écrit « taillis de chêne ou de  châtaigner »
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Figa http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/figa/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/figa/#comments Mon, 21 Nov 2011 11:03:53 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=6235 Figa, figo « figue ». Etymologie : latin ficus qui désignait aussi bien l’arbre que le fruit. Le premier sens a été conservé en italien fico et en basque bikku, le deuxième en espagnol higo, portugais figo et en basque iko. Les formes galloromanes pour nommer le fruit viennent d’un pluriel *fica comme le catalan figa.

Au figuré far la figo « se moquer de quelqu’un ».  Claude Marco, qui se qualifie « anecbotaniste », m’a fait parvenir un commentaire sur les traditions populaires en rapport avec le figuier et la figue, trop riche pour être inséré ici. Je le joins donc en format PDF.Figuier_Claude Marco

Une expression et un geste  qui remonte très loin dans l’histoire.  J.M Lombard y consacre un article  La main-figue ou mano-fica. Prélude à une célébration du figuier de la connaissance.  la dans son blog, d’où je tire cette image. LamblardGestedelafigue6a00d8341f05b853ef01b7c6e8870d970b-800wiUn bas-relief d’époque romano-berbère trouvé en Libye. 1er siècle (Photo Lamblard).

Dérivés : figon « petite figue », figueto « idem ; petite bouteille pour les essences « . Figuiera « figuier ». Provençal et languedocien figueiroun « arum tacheté ou Gouet ou Pied de veau » à cause de sa forme. La racine sèche du figeiroun est un bon cordial selon l’abbé de Sauvages. Egalement limité à ces deux régions est le dérivé figaret « variété de châtaignier hâtif, dont les châtaignes se détachent du hérisson quand elles sont mûres » Voir la page Castagno s.v. figaretto.

  

Château de Figaret   à St-Hypolite du-Fort (30)                                              Figueroun

De nombreux toponymes.   Figaret  peut faire référence aux châtaignes ou aux figues.

Prêté au français : figue, et  à l’anglais fig « le fruit ou l’arbre »; expression not care a fig for « ne pas se soucier de » mais attention!! son homonyme fig est obscène « consists of making a fist with the thumb placed between the index finger and the middle finger. » (Voir ce lien, en bas de la page). Néerlandais vijg; mais un oorvijg est une « gifle ». Allemand Feige mais Ohrfeige « gifle » (ne loupez pas cette video à la Rémi Gaillard).

La feuille de figuier a joué un rôle important dans la sculpture et la peinture. L’origine est probablement la Bible: c’est avec une feuille de figuier que  Adam et Eve couvrent leur honte et leur nudité !

                 

 

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Voto; vot http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/voto-vot/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/voto-vot/#comments Sun, 06 Nov 2011 17:20:57 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=5877 Vota « fête patronale, fête du village »;Vot « voeu, souhait désir; ex-voto; pèlerinage; fête votive » et vote s.m. »vote, voix, suffrage » ( Alibert) . Vot, voto « fête locale ». Etymologie: latin votum « promesse solennelle faite aux Dieux ».

En ancien provençal existait le mot lo vot « promesse faite au ciel par laquelle on s’engage à quelque oeuvre non obligée », comme en provençal moderne : vot, vo, vou ou dans l’Aveyron bouot ou bot.  Il existe également  en français : voeu « promesse » (religieux), ancien français vut, anglo-norman vou , qui est devenu en  anglais vow « An earnest promise to perform a specified act or behave in a certain manner, especially a solemn promise to live and act in accordance with the rules of a religious order: take the vows of a nun ».

Dans une période plus récente,  au XVIe siècle nous trouvons en français le mot vote « voeu, prière » provenant du pluriel vota qui dans tout le midi de la France, de  la Drôme jusqu’à la Gironde désigne « la fête patronale »,  Vaucluse, Languedoc voto, Toulouse boto,  Aveyron et Rouergue bouoto, Gers boto.En français ou plutôt en  français régional l’expression fête votive est attestée depuis 1876, propre à certaines régions, avec toujours le sens de « fête patronale » où le patron n’est pas un chef d’entreprise, mais le saint à qui est dédiée l’église de la paroisse!

Changement d’époque! J’ai demandé à plusieurs personnes à Manduel (30) à quoi leur faisait penser le mot « votive » dans « fête votive » . La réponse a été unanime  : « à la mairie, aux élus, aux votes ». Pourtant les votants devraient savoir  qu’il y a une différence entre les vots  « promesses faites au ciel » et  les votes « résultats des  promesses faites aux électeurs ».

   

fête votive                                              ex-voto

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Romieu, romieva http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/romieu-romieva/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/romieu-romieva/#comments Fri, 21 Oct 2011 15:11:53 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=5216 Romieu, romieva « pèlerin » (m. et f.), roumîou « pèlerin qui va à Rome; dans le style badin un romipete » (S). Dans la toponymie Roumiu est le nom des chemins suivis autrefois par les pèlerins (cami roumiu) (Pegorier).  XIIIe s. Mot occitan et franco-provençal.

Comme étymon on suppose *romeus, dérivé de Roma, qui du point de vue de la forme correspond aux formes italiennes romeo et occitanes  romieu. Mais du point de vue sémantique l’histoire est moins évidente. Il n’y a aucune attestation de l’évolution sémantique « romain » > « quelqu’un qui va à Rome ». C’est pourquoi Bruch (Z 56,1936,53-56) suppose un composé romimeus « qui va à Rome » composé de Roma et le verbe meare « aller, passer » devenu romeus par haplologie (= omission d’une syllabe à cause de sa ressemblance  avec la syllabe voisine).

Je peux y ajouter que les mots pour « pélerinage » en allemand (Pilgerfahrt) et en néerlandais (bedevaart) sont également composés avec le verbe  fahren « aller ». Le verbe meare a en plus un sens précis : « aller en suivant une route tracée, dans une direction et d’après des lois déterminées »,comme les planètes et les pèlerins.

3 pèlerins aphp

hapha33 pèlerins a

Presque toutes les autres langues européennes ont le type peregrinus sauf le Slovène qui rejoint l’occitan: romar et romanje.

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Prairo, preveire http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/prairo-preveire/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/prairo-preveire/#comments Thu, 13 Oct 2011 10:14:40 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=4947 Prairo s.m. « praire = Mollusque lamellibranche du genre Vénus, comestible, très répandu sur les côtes méditerranéennes et océanes. »(TLF). D’après Mistral c’est un « mollusque vénus » ou « un gros ventricule du cochon »; lou preire double est un mollusque d’un goût exquis le « venus verrucosa » qu’on trouve abondamment à Toulon. Cette remarque explique peut-être le dicton  lou praire fai lou laire « l’occasion fait le larron » ( Sauvages) . Dans l’article preire de Wilipedia, vous  trouverez le conseil suivant:

« Elle peut se manger crue en l’ouvrant avec un couteau. Pour ce faire, glisser une lame très fine par l’arrière, et faire glisser sur le côté. Cuite, elle est délicieuse au four avec un beurre d’ail. »

                                                                            

prairo Ø 4 cm minimum                                                 preire                       

Lou prèire rouge « cardita sulcata » est un mollusque à chair rouge » (M).  A Nice un baio-preire , littéralement un « baise-prêtre », est le nom de plusieurs plantes épineuses.

L’étymologie est une forme du latin populaire previter qui doit provenir d’une variante du bas latin *prébiter,*praebiter  du latin classique presbyter « prêtre » (TLF). Previter est attestée dans une inscription à Velletri, une ville au sud de Rome. Il reste le problème du genre: français preire est féminin, occitan praire masculin. Cette  forme populaire previter a été conservée en franco-provençal et dans une partie du provençal et du languedocien. Par exemple à Barcelonette preire « prêtre » et au figuré en Aussois (Savoie) prére « punaise des champs » (de couleur noire comme les soutanes ?), provençal preire « sorte de coquillage » (FEW IX, 358b).  Mais pour le FEW XXI, 268a le mot est d’origine inconnue.

Le latin classqiue presbyter qui  a abouti à  prestre en occitan. La première attestation vient de la Chanson de Ste Foy (1060). Anglais priest, Néerlandais priester, Allemand Priester. 

La même racine latine presbyter, non pas au nominatif  (avec l’accent sur pres-) mais à l’accusatif presbyterum (avec l’accent tonique sur -ter-) a abouti en occitan à preveire « prêtre », et au figuré en languedocien perbeire « gadus minutus » appelé aussi capelan. Il doit y avoir une explication de ce transfert dans l’aspect physique de ce poisson.

perbeire-capelan

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Pecaire, peuchère http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/pecaire-peuchere/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/pecaire-peuchere/#comments Fri, 07 Oct 2011 14:44:46 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=4753 Pecaire, pécaïre(Lhubac), peuchère vient du latin  peccator ‘pécheur’, mot formé à l’époque de Tertullian (155-230) à partir du verbe latin classique peccare ‘faillir’.

Déjà l’ancien français  avait emprunté le mot pechaire ‘malheureux’ (Marcabru, 1110-1150) à l’ancien occitan: : pechiere ‘interjection marquant la compassion’ (XIIIe s.)

Marcabru, V/30

Tel pense bien être le gardien de sa femme,
et le larron de celle d’autrui;
mais elle agit de même
à l’égard de celui qui la convoite.
Si l’un muse, l’autre baille,
et moi, j’en suis malheureux en le disant.

Ensuite, au cours des siècles, on trouve la forme occitane de cette interjection dans la langue d’oïl, et inversément! Notre femme de ménage dit régulièrement peichère, peuchère! quand elle a cassé quelque chose. Et Beaumarchais, dans le Mariage de Figaro, acte II, scène 20, utilise la forme occitane:

FIGARO, bas à Suzanne. – Je l’avertis de son danger; c’est tout ce qu’un honnête homme peut faire.
SUZANNE, bas. – As-tu vu le petit page?
FIGARO, bas. – Encore tout froissé.
SUZANNE, bas. – Ah, pécaïre!

Nous le retrouvons même dans le TLF: PEUCHÈRE, PECHÈRE, PÉCHÈRE, interj. Pécaïre, pécaïré
Région. (Provence). [Exclam. traduisant la surprise, l’attendrissement, l’admiration ou la pitié.] Il semble que la forme occitane a eu beaucoup de succès au XIXe siècle grâce à la popularité d’Alphonse Daudet, mais qu’actuellement c’est surtout un mot du Midi.

La  notion « péché »  a pris le sens de « dommage » aussi dans d’autres langues européennes et sont devenus des interjections : italien : peccato, un dictionnairedonne l’exemple : 3 (fig.) fatto, situazione inopportuni, incresciosi, deplorevoli: è un peccato che non sia potuto venire; che peccato perdere una simile occasione! | anche ellit.: peccato (che) non si riesca a fare in tempo!; « Non verrà » « Peccato! ». En  allemand dans la formule : sünde und schade ‘dommage';en  néerlandais: zonde! ‘dommage !

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Parpalhon http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/parpalhon/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/parpalhon/#comments Fri, 07 Oct 2011 08:52:36 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=4712 Parpalhon « papillon », représente le latin papilionem. La forme avec insertion d’un -r- occupe un large territoire qui relie le nord de l’Italie, le catalan et le galloroman  jusqu’à la Loire.  Le mot a été prêté au français  où parpaillaud désigne  les  « huguenots, calvinistes » par allusion à une espèce de chemise dont les protestants firent usage en Gascogne, dans une sortie, pendant le siège de Nérac (en 1620). Pierre Larousse consacre plusieurs colonnes à cette étymologie  et énumère les différentes propositions, tout en concluant :

« L’étymologie tirée de parpaillot « papillon » est la plus plausible et paraît avoir été adoptée très anciennement, témoin cette chanson poitevine, contemporaine des guerres de religion :

Qu’ils sont gens de peu de cervelle
Ces malotrus de parpaillaux,
De se brûler à la chandelle
Après qu’ils ont fait tant de maux!

Pour les intéressés, je joins la page concernée de l’Encyclopédie de Pierre Larousse en format PDF

Un visiteur me signale une réinterprétation populaire: « Selon un ami protestant des Cevennes, on appelait les protestants « parpaillous » parce qu’ils se réunissaient la nuit comme les papillons de nuit. ».

Honorat donne dans son dictionnaire une troisième variante, que vous pouvez lire dans le site de Georges Mathon,Parpaillot

A Barre en Cévennes (Lozère) lou parpalhou est le « billet de banque » ( comme en français le papillon qu’il faut joindre au règlement de certaines factures). Dans le Gard le même mot désigne le « grimpereau de murailles » d’après Rolland, Faune. Le grimpereau est un tout petit oiseau constamment en mouvement..


Deux parpalhous Un visiteur me signale que celui de gauche est un grimpereau des jardins et celui de droite un grimpereau des murailles.

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Mourgo, mourgeto http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/mourgo-mourgeto/ http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/mourgo-mourgeto/#comments Thu, 18 Aug 2011 09:29:05 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=3752
Mourgo « religieuse ». Ancien occitan, Rouergue 1198 morga. Du latin  monacha , féminin de monachus « «anachorète, solitaire; moine » . Cf. aussi mounjo. et Mourgue« Monaco ».

Mourgeto, « petite religieuse ; escargot d’été ». Dérivé de mourgo avec le suffixe -itta. La forme avec -r- semble être limitée au dép. du  Gard et zones limitrophes, notamment Montélimar, Arles, Pézénas, Puisserguier, arr. de Béziers. Cf.mounjeto.

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