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Théorie des signatures

A plusieurs occasions, notamment à propos de tigno « teigne; engelure; nid de mante religieuse « ,  agassin « cor au pied »,  priapolithes « bijoux de Castres »et de faouterna ,« aristoloche » j’ai parlé de la théorie des signatures.

Guy Ducourthial , Docteur ès Sciences du Muséum National d’Histoire Naturelle, vient de publier  la Flore médicale des signatures
XVIe – XVIIe siècles.
Editions L’Harmattan, 06/2016. 672 p. ISBN : 978-2-343-09472-4.

Le compte-rendu par Michel Chauvet, ethnobotaniste, dans les Actualités de Telebotanica  commence ainsi:

La pivoine signale par la couleur rouge de ses fleurs qu’elle a des propriétés hémostatiques et les noix dont les cerneaux peuvent aisément évoquer le cerveau indiquent par cette particularité qu’elles ont la vertu de calmer les maux de tête. C’est du moins ce qu’affirment les auteurs qui ont rédigé des traités sur la Théorie des signatures appliquée aux végétaux.

Si ce sujet vous intéresse suivez  ce lien

Flore medicale

Alapeda ‘asphodèle’

Alapeda « asphodèle », attesté à Nice, Lezan (Thesoc) et à Alès. L’étymologie  est inconnue, (FEW XXI, 188-18/9),  L’abbé de Sauvages l’appelle alêdo, attesté aussi  dans l’Aveyron, le Gard et surtout dans l’Hérault (Thesoc); dans l’Aveyron on dit ausst l’ orouódo, tous avec un changement de suffixe, à Tarascon c’est alègue d’après Mistral.  Ces noms   ,  seraient d’origine pré-indoeuropéen.  A ne pas confondre  avec arapède  « mollusque ».    .

asphodèleWikipedia Asphodelus albus Mill., 1768

L’abbé de Sauvages donne dans la 2z édition de son dictionnaire les noms que voici:

aledo S    et Coutelo_ aledo S

 Il y a donc encore des recherches à faire.

Un occitaniste a cru devoir  enrichir sa langue avec en empruntant asfodèl au français dans Wikipedia occitan:

Los asfodèls tanben nomenat correntament porraca o alapeda son de plantas vivaças monocotiledonas, apartenent a la familha de las Liliacèas dins las clissificacion classica e dins la classificacion filogenetica son dins la familha dels Asphodelaceae e del genre Asphodelus.

Pour l’étymologie du  nom asphodèle voir l’article asphodelus du FEW, XXV, 491  en français !

Espargoule ‘pariétaire; asperge’

Espargoule « pariétaire; asperge » vient d’un latin médiéval des botanistes spergula « plante du genre Galium« (?). Les botanistes du Moyen Âge, qui étaient en général médecins et pharmaciens, ont latinisé le mot provençal espargoulo un dérivé  du latin asparagus « asperge ».  Le nom espargoulo  est limité au provençal + le département du Gard, attesté notamment à Saint-André de Valborgne. Voir Le FEW XXV, 464 pour les attestations, colonne à gauche, à partir de 2aα. En  languedocien espargola, espargou(l) désigne « l’asperge » ! Attestations dans la même page, en bas à partir de 2aβ.

L’histoire de ce mot provençal se trouve à la page 466 et est rédigée en FRANÇAIS.  Il suffit de cliquer sur le lien !

parietaire    pariétaire Parietaria_officinalispariétaire.      asperge-sauvage asperge sauvage

Spergula a été adopté par Linné (1753) comme nom d’un genre de plantes herbacées de la famille des Caryophyllacées. (Wikipedia)

spergula arvensis spergula arvensis

ampouleto ‘mâche’

Ampouleto, ampouleta est le nom de la mâche (Valerianella locusta) dans le Gard, l’Hérault et la Lozère. L’étymologie est un croisement du latin pullus + ampula. (FEW IX,537).

Vous pouvez vous demander quel est le rapport entre une salade, une poule et une ampoule ou vase à large ventre ?

Or, dans les parlers franco-provençaux et quelques parlers occitans  la mâche s’appelle grasso poulo ou poulay grasse. Ce nom est même mentionné dans l’Encyclopédie de Diderot et le premier Larousse poule grasse.
Mario Rossi donne une réponse dans son Dictionnaire étymologique et ethnologique des parlers brionnais : bourgogne du sud. 2 juin 2004., hélas sans nous fournir  sa source. Il écrit qu’à l’origine la poule grasse est la lampsane1  :

Rossi MacheCette  histoire de poult  me semble peu convaincante.  Un premier problème est posé par  le fait que pou, pous rarement poul du latin pŭls « bouillie » est en général masculin, ce qui aurait donné *le pous gras. Secondo, dans les dérivés c’est un -t- qui apparait et non pas un -l-: par exemple potie « grain de poussière », Barcelonnette poutilhas « bouillie de farine », occitan poutigno « chassie ». Voir pour beaucoup  d’exemples le FEW IX, 549 et suivantes. Enfin la lapsana s’appelle Gallina grassa ou  Erba delle mammelle en italien; il est donc très probable que poule grasse est une simple traduction du nom latin ou italien.

Déjà le Lozérien  Guy de Chauliac  (1298-1368)  parle de gallina grassa qui entre dans la composition de l’ onguent verd des herbes qu’il recommande à mettre sur de vieilles playes. (Dans la Grande chirurgie de Guy de Chauliac p,677.La recette se trouve à la p.617-618. )  Il est donc possible qu’il ait simplement traduit le nom régional en latin, mais je pense que c’est plutôt l’inverse.. ( Cf. RollandFlore 6,p.294, que vous pouvez consulter dans le site de Plantnet ). D’après l’éditeur du texte de Guy de Chauliac il existe dans la bibliothèque du Vatican un manuscrit du Moyen Âge avec la traduction en provençal. Il serait intéressant de savoir comment  le latin gallina grassa a été traduit.

La lampsana et la mâche ont ceci en commun que les feuilles se mangent en salade, ce qui explique le transfert du nom poule grasse.

ampouleto

ampouleto

poule grasselapsana

 Le FEW suppose que  la forme ampouletta   est née par étymologie populaire de la poula > la pouletta > l’ampouletta.
L’étymologie populaire est un procédé analogique par lequel le sujet parlant rattache spontanément et à tort un terme ou une expression dont la forme et le sens sont pour lui opaques à un autre terme ou expression mieux compris par lui, mais sans rapport.
Dans ce cas la forme du bouton de la fleur est associée à une ampoule.

Voir  FEW IX,537

 

Notes
  1. poule grasse « lampsana communis » ou lapsane  est attesté en français depuis 1784, signification répandue surtout dans la langue d’oïl

braietos ‘primevère; narcisse’

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Braietos, braïettes en français rég.  ‘primevère », à Valleraugue (Gard) « narcisse des prés ». L’étymologie est le celte braca  » pantalon ».  Cette formulation est  un bon exemple d’une étymologie de dictionnaire qui nous apprend rien.  Par contre  lhistoire de ce mot qui nous vient de loin, nous renseigne entre autres sur l’évolution de l’habillement, bref  de la Mode. (FEW I,482)

Les Romains n’ont jamais eu l’idée de couvrir les jambes avec du tissu, à Rome il faisait trop chaud pour cela. En conquérant la Gaule, où régnait un autre climat, les centurions, jambes nues, voyaient les Astérix et Obélix avec des bracae  qui couvraient les jambes jusqu’aux chevilles. Malins,  ces Gaulois!

 

                                             centurions   guerrier celte

Les centurions  les ont certainement vite adoptées, en dehors des combats bien sûr, et parfois ils  les portaient quand ils revenaient de la Gaule passer leur permission.   A Rome c’était considéré  barbare et ridicule. Au  premier siècle on les montrait encore du doigt, mais on n’osait  quand-même pas trop se moquer de ces soldats. Deux siècles plus tard tout le monde portait des bracae.

C’est comparable à l’histoire du jean en denim.

La Mode  s’en est occupée et le pantalon gaulois, très long, a été de plus en plus raccourci.    Au temps des Mérovingiens on portait un genre de « short’ qui couvrait les cuisses qu’on appelait chausses:

vêtements mérovingiensEnsuite au cours du Moyen Âge les chausses ‘s’allongent et couvrent les braies, qui changent de « classe sociale » et deviennent  « caleçon, culotte, pantalon de travail, langes », bref,  un vêtement qu’on ne montre pas ou peu.

Avant que les braies disparaissent de la vue et de la rue, on a comparé la fleur de la primevère  à la jambe d’une braie :

Primula_veris0_clean     chausses longues

Déjà au Xe siècle nom coculobraca se trouve dans une liste de plantes en latin, une combinaison de cŭcūlus + bracae, littéralement « braies de coucou » ou « braies de niais ». S’agit-il d’un souvenir que la braie n’était pas « classe »? En occitan braguet signifie aussi « canon de culotte.

Par abréviation braies de coucou ou coucu devient braies, braiettes, ou bien  coucüt, coouguioulo etc1 un peu partout en France.  D’après le Thesoc le type coucu est le plus répandu.

La primevère et la narcisse des prés ont deux traits en commun : elles fleurissent au printemps et elles sont jaunes. Cela suffit pour un transfert  du nom.  Par exemple à  Saint-André de Valborgne, comme dans l’Aveyron et ailleurs (voir FEW II, 1454b) coucüt désigne aussi la « narcisse des prés ». A Valleraugue c’est l’inverse  ce sont des  braiettes. 

Dans plusieurs parlers du Nord et dans les Ardennes le coucou/cocu a été remplacé par le chat : braille de chat à Maubeuge Ailleurs braies a été remplacé par chausses; toujours dans l’Aveyron la primevère est aussi appelée calsos de coucüt. 2

PS. Le Thesoc  fournit  4 autres noms pour la narcisse des prés: coutèlo , courbadona, barbeluda et aneda.

braïettes

Notes
  1. Latin cŭcūlus « coucou » devient régulièrement cocu,  forme qui en français s’est maintenue jusqu’au XVIe siècle et de nos jours  dans l’occitan de l’Aveyron où  la primevère s’appelle coucüt  ou bragos de coucüt (FEW II,1454).  En languedocien existe aussi le dérivé coouguioulo « primevère »(FEW II, 1453).
  2. Dénomination qui est passé au flamand voisin kattekous.
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