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Api, crique au lapi

Crique au lapi

Un journaliste  hollandais a passĂ© des vacances en  CĂ©vennes et dĂ©couvert les crique au lapi, une recette trĂšs bien placĂ©e dans l’air du temps, parce ce crique est vĂ©gĂ©tarien, vegan mĂȘme, sans gluten et sans lactose, en plus il est bon marchĂ©. On s’en servait aussi pour cacher l’amertume des mĂ©dicaments aux enfants.

article en néerlandais

article en néerlandais

Api ou lapi  vient du latin apium « celeri des marais »Â  ou « ache ».  Les mots galloromans qui continuent ce mot latin dĂ©signent plusieurs plantes. Les premiĂšeres attestations  api, lapi, ache ou lache  dĂ©signent le cĂ©leri, persil des marais, ache des marais, ache odorante.

aspi feuilles tigeEn provençal  c’est  l’ api bouscas

S’agit-il de l’apium repens ? ache rampante?

api du latin apium FEW XXV, 14

Aussi néerlandais eppe

cardoussĂ©s’ chardon d’Espagne’

CardoussĂ«s « Ă©pine jaune » en latin « scolymus » plante Ă  fleur jaune aux environs de Montpellier; on mange la racine en sausse ou en friture. (Sauvages, 1756).
Étymologie: ce nom appartient au groupe de dĂ©rivĂ©s de card(u)us chardon » > carde et chardon (FEW II,371), mais ‘Wikipedia :

Chardon est un terme gĂ©nĂ©rique qui dĂ©signe de nombreuses espĂšces de plantes Ă©pineuses appartenant principalement Ă  la famille des Asteraceae…

CardoussĂ©s « chardon d’Espagne est un  genre mais appartient Ă  la mĂȘme famille.

Dans le FEW il y a d’autres attestations de cardousso, cardoussĂ© mais ils dĂ©signe la « carline » qui est un autre nom pour la cardabella

Cardoussés:

Scolymus_hispanicus cardoussesToutes sortes de conseils de jardinage de cette plante re-doucouverte dans le site OOreka

La plante qui contient de l’inuline est comestible : on peut consommer les jeunes pousses en salade et les racines cuites en ragout. En AlgĂ©rie, on consomme les pĂ©tioles (« tiges » de la feuille, ou plus exactement nervure principale) cuits dans le bouillon qui accompagne le couscous.

Cardousses_ en_ragoutcardoussës en ragoût (Wikipedia)

Renebre ‘patience’ plante

Renebre « patience, espĂšce avec des racines jaunes » (R.Jourdan, Montagnac), rouzerbe « patience » (Sauvages1756 et 2e Ă©d.)

rouzerbeS2L’Atlas linguistique de la France, ALF, donne la forme  ruzerge pour 2 villages du Gard.

D’aprĂšs Wikipedia la patience sauvage est  la Rumex obtusifolius

Rumex_obtusifolius_Sturm48Pierre Larousse a repris des formes occitanes dans son  dictionnaire encyclopĂ©dique en 1875, mais elles ont disparu des Ă©ditions postĂ©rieures. J’ai l’impression qu’il connaissait Mistral qui mentionne le renĂšbre.

Le FEW X, 540 les range  dans l’article rudember, un mot latin qui n’est attestĂ© qu’au XIe  siĂšcle et qui signifie « glouteron ». L’auteur remarque d’ailleurs que cette famille  se trouve uniquement dans le domaine gallo-roman et qu’il est peut-ĂȘtre d’origine celtique, mais que pour le moment on n’a pas encore trouvĂ© des relations.

Alibert a rassemblĂ© des formes occitanes dans l’article rosembre, m. Patience (Rumex patientia) ; moutarde des champs, Don(= Donnezan)., Toul.  Var. rosĂšrgue, rosomet, rosonabre, roergue, roserbe, renebre, rosenabre, renible,rosomec, rosomet, Toul., roergĂ s. Ă©tym. B. L. rudember, du Gaul. reudo, rouge.

Je ne sais sur quoi est basé son étymologie gauloise. ??

 

matto ‘touffe’

Mato, matado  Matto  « touffe, fanes, bouquet, pied d’une plante; cĂ©pĂ©e de pousses sur le pied d’un arbre coupe » ‘touffe’ (Sauvages). Rayond Jourdan de Montagnac  excellent connaisseur du languedocien, l’utilise dans son autobiographie.   Cette famille de mots est enracinĂ©e autour de la MĂ©diterranĂ©e occodentale, Italie, le Midi, Catalan,  Espagnol et Portugais et dans le berbere du Nord africain.

Cette rĂ©partition gĂ©ographique et l’anciennetĂ© des premiĂšres attestations permet selon von Wartburg (FEW VI/1, 505-507)  de supposer qu’il s’agit d’une racine prĂ©romane:*matta « touffe » .,

Au XIXe s. français mattes ‘banc de poissons, volĂ©e d’oiseaux ».

matado

 

coudoun ‘coing’

Coudoun « coing ».. L’Ă©tymologie serait un  cydƍnĕum « coing » ou plutĂŽt cotƍnĕum. L’histoire est assez compliquĂ©e. La premiĂšre fois que le coing est mentionnĂ©   date de d’environ 700 avant JC  chez Alcman un poĂšte lyrique grec qui l’appelle ÎșÎżÎŽÏ…Î»ÎżÎœ.  Un demi siĂšcle plus tard il est mentionnĂ© par StĂ©sichore  un poĂšte lyrique grec originaire d’HimĂšre en Sicile, dont la pĂ©riode d’activitĂ© s’Ă©tend de -570 Ă  -540 environ(Wikipedia) qui l’appelle  ÎșυΎωΜÎčα Όαλα.
Pendant la pĂ©riode de la RĂ©publique romaine et encore chez Pline l’Ancien on trouve la forme cotƍnĕum. Les auteurs romains comme Columelle Ă©crivent cydƍnĕum mālum ou cydƍnĕum tout court  comme Properce.

cydonia oblonga

cydonia oblonga

Les Ă©tymologistes ont rapprochĂ© le nom cydƍnĕum du nom de la ville qui s’appelait Ă  l’Ă©poque Cydonea  sur l’Ăźle de CrĂȘte,maintenant La CanĂ©e (en grec : τα ΧαΜÎčÎŹ (au pluriel), souvent transcrit en ChaniĂĄ ou HaniĂĄ, de l’italien La Canea Wikipedia. Par exemple Maximin d’Hombres et Gratien Charvet Ă©crivent dans leur Dictionnaire Languedocien Français (1884):

CoudougnaHombresEtym

Le problĂšme est que nous ne savons pas si c’est la ville qui a donnĂ© son nom au fruit et Ă  l’arbre, ou si c’est ce dernier qui a donnĂ© son nom Ă  la ville. Il est aussi possible que les deux formes utilisĂ©es en latin, cydƍnĕum et cotƍnĕum, sont des variantes du nom d’origine provenant de l’Asie mineure. Z65,210.

Les noms du coing dans les langues romanes viennent de la forme avec -t-, cotƍnĕum. Cliquez sur ce lien vers le FEW II, 1605 cydƍnĕum « coing » pour voir les formes  et les dĂ©rivĂ©s.

La confiture ou gelĂ©e de coings s’appelle codonat ou codonhat en ancien provençal est un Ă©lĂ©ment des 13 desserts de NoĂ«l.  Ce nom est attestĂ© Ă  Paris Ă  la fin du XIVe siĂšcle coudoignac. Le -c final est peut-ĂȘtre une astuce commerciale pour suggĂ©rer une AOP mĂ©ridionale. Rabelais l’appelle le coudignac  mais pendant la Renaissance apparaĂźt la forme cotignac avec un -t- qui est basĂ©e sur la forme latine cotƍnĕum  usuelle pendant la pĂ©riode de la RĂ©publique romaine.  L’abbĂ© de Sauvages (1756) distingue le sirop de coings qui est « astringeant, fortifiante » de la gelĂ©e de coings ou le cotignac (coudougna);  d’aprĂšs lui celui qu’on fait Ă  MĂącon est recommandĂ©e pour le devoiment.

Michel de Nostradamus donne 3 recettes  dans son ( CTRL + clic pour suivre le lien) :

Excellent , moult utile opuscule Ă  touts necessaire, qui desirent avoir cognoissance de plusieurs exquises receptes,

La premiĂšre se trouve dans le chapitre XV, page 170 Recette CoingsNostradamus

Pour les cuisiniÚres voici cette recette pris dans une autre  édition plus facile à lire:

CodonatNostradamu1CodonatNostradamus2

Page 174 : Autre façon de faire gellée de coings, plus belle beaucoup..

Page 177 : Autre façon de faire gellée de coings en roche, que sera de goust meilleure

Page 182 : Pour confire des coings Ă  cartiers dens un jour

Pge 184 : Pour confire des coings Ă  cartiers avec le vin cuit

Page 186: Pour faire du codignat qui est d’une substance grande et de saveur bonne

Si un cuisinier ou une cuisiniĂšre suit une de ces recettes, j’apprĂ©cierai beaucoup ĂȘtre tenu au courant du rĂ©sultat.

 

L’arbre s’appelle coudougnĂ© et Ă  partir de l’Aveyron vers l’ouest  coudougneiro.  Cognassier Cydonia oblonga

Comme coudougneiro signifie aussi « borne  » j’en ai fait un article Ă  part.

Rolland Flore vol.V, p.9 et suivantes « coing, cognassier, confiture gelĂ©e de coings

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