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veirat ‘maquereau’

Vairat (Alibert1 ), VĂȘira (Sauvages) « maquereau »Â  est un dĂ©rivĂ© du verbe vĂšira(r) « tourner, changer » qui vient du latin variare « changer, ĂȘtre diffĂ©rent ». Plus prĂ©cisĂ©ment il s’agit du participe passé  variatus  qui s’est maintenu avec les sens apparentĂ©s comme  » tachetĂ©, bariolĂ©, polychrome; niellĂ© (un erme d’orfĂšvrerie) » dans le domaine galloroman.

Les attestations  du sens « maquereau » du FEW XIV,177 presque toutes avec -Ăš- viennent surtout du domaine languedocien. En catalan il s’appelle verat.

maquereaux ai marché Wikipedia

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L’Ă©tymologie s’explique par les reflets  bleu-vert  et les traits noirs du maquereau.

Des savants de la Renaissance comme Rondelet, Conrad Gesner, Cotgrave, ont introduit le nom veirat en français oĂč il se retrouve jusque dans le Grand Larousse de 1876 aussi comme verrat,  et  virat. Le supplĂ©ment de LittrĂ© mentionne le veyradier « filet utilisĂ© dans le quartier d’Agde pour la pĂȘche des maquereaux ».

En derniĂšre minute ke constate  jusqu’Ă  nos jours (2018) dans leTrĂ©sor de la langue française  du CNRTL dans l’article verrat.

Notes
  1. La graphie proposĂ©e par Alibert et repris par les occitanistes est Ă©tymologisante ou celle du Moyen Âge et nĂ©cessite donc un apprentissage supplĂ©mentaire.

trabac ‘sorte de filet fixe’

Trabac s.m. est dĂ©fini comme « engin de pĂȘche utilisĂ© dans les Ă©tangs de Camargue; il tient de la nasse et de la madrague » par MichĂšle Povel-Armanet dans le parler camarguais. NĂźmes, Lacour,1994. L’Ă©tymologie d’aprĂšs le FEW XVII,640b  est le germanique, plus prĂ©cisĂ©ment le lombard ou langobard *trabo

Les attestations de trabac dans le FEW sont rares. Une pour le Grau-du-Roi et une pour SĂšte qui est fournie par LittrĂ© et reprise par les Larousse jusqu’en 1949.

Actuellement le mot n’est pas courant non plus. Google dĂ©niche trabac dans quelques sites dont le  Terroirs d’en France, qui l’a trouvĂ© dans l’EncyclopĂ©die Hachette MultimĂ©dia de 1999., qui nous renvoie Ă  son tour aux  industries Fipec inc. fabricant de filets au Quebec (!).  qui fabrique des verveux :

« Les trabac (ou trabacs ou trabaque ou trabaques) sont des verveux multiples. »

filet canadienDans un  site consacré au Canigou, le trabac est décrit ainsi:

  Le « trabac » est un filet de pĂȘche fixe en entonnoir maintenu en forme par des cerceaux multiples dont les petites mailles permettent la capture des anguilles, utilisĂ© en poste fixe en eau peu profonde, maintenu sur le fond par des ancres lestĂ©es et tendu perpendiculairement aux berges entre des piquets de chĂątaignier, il canalise les poissons vers des nasses disposĂ©es en triangle qui sont visitĂ©es par le pĂȘcheur une fois par jour.

Le FEW nous fournit encore 2 variantes de trabac, dont la premiĂšre vient du livre fameux de Duhamel du Monceau, TraitĂ© gĂ©nĂ©ral des pesches..  (suivez le lien ! j’y ‘ai consacrĂ© toute une page), qui nous explique:

Trabac Duh1c 130

avec un renvoi vers  la Section II, p; 155:

Trabac Duh1b 155Ce texte a paru en  1769;  le changement et le nom trabacou date donc de 1750 environ.

La seconde est marquĂ©e comme « rhodanien » et je me suis dit qu’il doit donc se trouver dans le TrĂ©sor de Mistral:

TrabacoMistralet sa dĂ©finition est bien  « espĂšce de tartane » et « espĂšce de filet ».

Tout Ă  fait par hasard je trouve qu’il n’y a pas longtemps, en 2012 , a paru une Ă©tude sur l’histoire de la pĂȘche en MĂ©diterranĂ©e1 avec des  dessins magnifiques en plus. D’aprĂšs ces recherches de Mme Maria Lucia De NicolĂČ,  l’expression Ă  trabac dĂ©signe d’abord des voiles trapĂ©zoĂŻdales dĂ©jĂ  expĂ©rimentĂ©e au dĂ©but du XVIIe siĂšcle.

voiles Ă  trabacIl s’agit donc bien d’une innovation technique pratiquĂ©e Ă  Venise  et adoptĂ©e en Provence. L’Ă©tymologie est d’aprĂšs le FEW XVII,640 l’italien trabacca  attestĂ© depuis le XIIIe siĂšcle avec le sens « tente de soldats; baraque », dont le suffixe -acca  a Ă©tĂ© pris au mot baracca  et le dĂ©but  correspond Ă  l’Ă©tymon germanique du  français tref « tente; voile carrĂ© », ancien provençal trap « tente; demeure, habitation ».

Il faut dire que l’histoire de ces derniers est trĂšs discutĂ©e par des grands Ă©tymologistes comme Corominas, Thomas, Schuchart et von Wartburg. Il n’est pas Ă©tonnant qu’il se trouve tout Ă  la fin du volume XVII dans les Corrections et complĂ©ments. Le FEW donne un rĂ©sumĂ© des propositions.

 

 

 

Notes
  1. Maria Lucia De NicolĂČ, « Recherches sur l’histoire de la pĂȘche en MĂ©diterranĂ©e : Tartanes de Provence,tartanes de VĂ©nĂ©tie, trabacs, modĂšles adriatiques pour la pĂȘche Ă  la traĂźne et le petit cabotage ( XVII e -XVIII e siĂšcles) », Cahiers de la MĂ©diterranĂ©e 84,  2012, mis en ligne le 15 dĂ©cembre 2012

Escama ‘Ă©caille’

Escama « Ă©caille ». Etymologie: latin squāma « Ă©caille ». Mot occitan et ibĂ©ri-roman . Voir les diffĂ©rentes attestations et significations dans le  FEW XII,215-217dans l’article squāma « schuppe » (= Ă©caille).  La grande majoritĂ© des significations s’expliquent facilement, mais je ne comprenais pas la filiation « Ă©caille » >  » fille , femme  effrontĂ©e,  dĂ©vergondĂ©e qui a le diable au corps, petite espiĂšgle » pour le mot escamandre   et  qui viennent du Tresor de Mistral et  du Dictionnaire de l’abbĂ© de Sauvages.

J’ai eu recours au Dictionnaire de l’abbĂ© de Sauvages, qui donne deux explications.  D’abord il dĂ©finit une  escamandre  « une marie-chiffon, fille ou femme en guenilles », sens qui s’explique Ă  partir  d’ Ă©caille > fil qu’on tire d’un tissu, effilure, > effilocher, etc. (voir l’article du FEW) . Ensuite il Ă©crit dans l’article Escamandras « pĂ©joratif dĂ©vergondĂ©e » :  » L’Escamandre est le nom d’un trĂšs petit fleuve qui baignait les

Escamandre dans dictionnaire de Sauvages S2Mais il n’y croit pas. Mistral non plus d’ailleurs; il rapproche escamandre de esclandre qui vient du latin scandalum (CNRTL) et je crois qu’il a raison, contrairement au FEW.:

escamandre dans le TrĂ©sor du FĂ©librigeMistral prĂ©cise aussi  la localisation de l’Ă©tang  Escamandre, confirmĂ© par Google Maps et Wikipedia.

Ă©tymologie du nom ScamandreL’Ă©tang de Scamandre  Ă  Saint-Gilles


Le type Ă©came a aussi existĂ© dans le domaine d’oĂŻl1, mais il a Ă©tĂ© remplacĂ© par le type germanique *skalja « Ă©caille ».

Une autre Ă©tymologie de l’espagnol escamocho se trouve ici

Pages copiées dans odt. AFINIR > escaume Z46

escauma FEW 12,216b escaume pr. Squama 12;216b « Ă©caille de poisson »

 

Notes
  1. Regarder Z 46, p.248

Bertoul ‘panier cĂ©venol’

Bertoul « cueilloir »Â  s.m. « petit panier Ă  anse tissu d’osier ou d’Ă©clisse, qui sert Ă  cueillir les fruits et Ă  ramasser les chĂątaignes » (S1, 1756). Etymologie latin   vĕrtÄ­bĆ­lum « vertĂšbre, colonne vertĂ©brale » », qui en galloroman a subi un changement de suffixe et est devenu vĕrtĆ­bĆ­lum, qu’on retrouve en catalan bertrol, bestrol  qui dĂ©signe « une sorte de filet avec des cerceaux comme armature »(source).  En Italie et dans l’ouest-languedocien il y a des formes qui reposent sur une autre formation, vĕrtĆ­bĕllum >  bertovello, bertoello en italien,  bertouel en languedocien.   FEW XIV, 321

Le mot bertoul semble vivant. Dans le site consacré à Ispagnac je trouve des spécifications:

En LozĂšre il y en a deux : les CĂ©vennes qui fabrique le bertoul panier avec des bridoules, tresses de chataignier. L’autre partie qui produit une vannerie en cĂŽtes de chataignier et en tresses d’amarines et de viorne. La paille de seigle sert Ă  fabriquer des paillassous et la paille jaune de blĂ© Ă©tait utilisĂ©e pour les ruchettes . Ces deux pailles sont encore utilisĂ©es pour le rempaillage des chaises.

bertoulIl y a aussi des photos sur le procédé et des adresses de stages de vanneries.

Le mĂȘme Ă©tymon avec le suffixe -ibella  > vĕrtÄ­bĕlla pris pour un fĂ©minin a pris des sens techniques comme  en ancien occitan bartavela « loquet », en dauphinois bartavĂš « claquet du moulin » = Petite latte qui est sur la trĂ©mie d’un moulin et qui bat continuellement avec bruit. Dans le site du village Sailhan j’ai trouvĂ© la description et des images du claquet:

IF    IF

Dans les moulins de montagne, l’auget ou claquet avait autrefois une forme de sabot, « l’esclop ». L’auget se termine par une sculpture de tĂȘte de cheval : « eth cabalet », c’est la note artistique du moulin. Le cheval Ă©tait l’animal que l’on rencontrait le plus souvent au moulin. Une piĂšce verticale, le cornillet ou quenouille, tourne en mĂȘme temps que la meule. Ce mouvement agite le cheval qui – en raison de la forme octogonale du cornillet – vient taper rĂ©guliĂšrement sur ce dernier et permet au grain de s’écouler dans le trou central de la meule tournante , l’Ɠillard.

Le bruit que fait le claquet est Ă  l’origine du sens « bavard, personne qui parle beaucoup » Ă  Briançon , Barcelonnette et ailleurs de bartavel, bartaveou, bartavela.  Une Ă©volution comparable  dans le verbe cascalhar ou barjĂ . Cette Ă©volution sĂ©mantique est d’ailleurs international : angl. chatter, chat , Oc., fr.rĂ©gional casquailler, latin *quassicare, esp. cascar, d. Klatsch, Quatsch, plappern, dreschen, nl. kletsen, flamand klappen,  le sens qui est Ă  la base de tous ces verbes  est « faire un bruit rĂ©pĂ©titif ».

Bartavela « perdrix rouge » Ă  cause de ses cris, a mĂȘme rĂ©ussi Ă  monter dans le dictionnaire de l’AcadĂ©mie  en 1740.

 

 

« verveux’ panier en osier de forme conique » d’aprĂšs les dictionnaires patois.

grumejar et oc. broumeja

Un visiteur catalan m’a signalĂ© que Corominas  discute l’Ă©tymologie de broumeja « appĂąter », broumet « appĂąt » dans son article grumejar.  Comme je ne suis pas en possession de ce  grand dictionnaire Ă©tymologique du catalan, je lui ai demandĂ© de me le copier. Voici le rĂ©sultat. gruma

Il dĂ©couvert que le type d’origine grecque ÎČρωΌα se retrouve sur le cĂŽtes mĂ©diterranĂ©ennes jusqu’Ă  VĂ©nise. Je reprends ici ces attestations:

gruma_Coromines

Dans mon article broumeja j’ai dĂ©jĂ  mentionnĂ© l’attestation du nord-catalan ‘Bromeig‘.

Corominas propose de rattacher les deux types broma et gruma non pas au grec mais Ă  une racine GrĆ«m-,  avec labialisation de gr- > br- sous l’influence de la voyelle tonique suivante.  Le fait que BROMA  existe dans le vocabulaire nautique avec le sens « mollusque qui dĂ©vore le bois » avec le composĂ© abrumar est un argument de poids.

broma3 [1504; probablement del gr. brĂ”ma ‘corcadura’, perquĂš corca per sota el buc de les embarcacions]  ZOOL Mol·lusc lamel·libranqui marĂ­ de la subclasse dels eulamel·libranquis (Teredo navalis), de cos molt allargat, vermiforme, i de conquilla petita, atrofiada, emprada com a ĂČrgan perforant.

Mais  dit-il Ă  la fin de son article qu’on ne peut prendre une dĂ©cision dĂ©finitive.

 Coromines,  Diccionari etimolĂČgic i complementari de la llengua catalana

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