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Massacan, mascagnar

Mascanhar « charcuter, manier malproprement » fait partie d’un groupe d’emprunts des parlers occitans aux voisins italiens, comme le piĂ©montais massè « tuer », italien amazzare.
L’italien mazzacane,  littĂ©ralement mazza + cane « tue + chien », est un mot des maçons et dĂ©signe la « caillasse ». En ancien occitan est attestĂ© le  massacan  » pierre de blocage » (1427)  Dans la Vaucluse un massacan est « un caillou pour boucher les interstices des murs en pierre sèche ».

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Des massacan

En languedocien le verbe  mascanhar a pris le sens pĂ©joratif  « charcuter » , mais  dans le Quercy il signifie ,  « travailler pĂ©niblement, fatiguer » d’après Mistral. Une estrangère  installĂ©e  Ă  Montauban confirme cette signification. Dans son site  elle elle Ă©crit :

Mascagner. Depuis que j’habite ici , je n’ai pas encore pu rĂ©ussir Ă  traduire ce mot  . Je ne peux que vous l’expliquer … plutĂ´t tenter de vous l’expliquer . C’est Ă  la fois peiner beaucoup mais surtout dans de mauvaises conditions , de force, de temps, de lieu , bref ce serait quelque chose comme “s’emmerdouillaminer” . Et encore sans la certitude de rĂ©ussir !! Bref , je viens de “mascagner” pour vous traduire ce mot.

Dans les Oeuvres complètes de Victor Gelu avec la traduction littérale en regard (1886),

Massacan. Au propre, pierre bonne pour assommer un chien. Caillou brut. Moellon Ă  bâtir. Au figurĂ©, lourdaud. Maladroit. Stupide. Le père Faou n’avait jamais Ă©tĂ© un aigle : il ne se faisait aucun scrupule d’en convenir. Lorsqu’il se
prĂ©senta pour ĂŞtre ordonnĂ© prĂŞtre, son Ă©vĂŞque, peu satisfait, sans doute, des rĂ©sultats de l’examen
qu’il lui avait fait subir, faisait beaucoup de difficultĂ©s pour lui confĂ©rer la prĂŞtrise ; mais le jeune
diacre Faou dit au prélat : Mounsignour, sabi ben que sieou un massacan ; mai quant un maçoun
bastisse un bel oustaou, se li mette dé bèlei peiro dé tai, li fa tamben passa fouesso massacan. Vou
n’en foou dĂ© massacanĂ  l’Égliso : Ă© ben ! ieou n’en serai un . . . Et grâce Ă  la naĂŻvetĂ© de sa remarque,
l’abbĂ© Faou fut ordonnĂ© prĂŞtre, quoique massacan.

Gelu_massacan

Au figurĂ© massacan peut devenir  » grosse omelette avec de menus morceaux de viande » et une massacanayre devient une cuisinière sans finesse, gargotière », d’après le FEW. Mais lĂ  j’ai un petit doute. Dans le TLF je trouve sous le mot masse : Du latin massa «pâte; masse; tas», empr. au grec ‘madza’ «espèce de grosse crĂŞpe d’orge mĂŞlĂ©e d’huile et d’eau». Une grosse omelette ressemble beaucoup Ă  une grosse crĂŞpe!

Ce groupe d’emprunts est dĂ©rivĂ© d’une forme *mattea « massue » qui n’est pas attestĂ©e en latin mais qui est Ă  la base de toutes les formes dans les langues romanes, comme par exemple ancien occitan massa « arme de choc formĂ©e d’un manche et d’une tĂŞte de mĂ©tal, souvent garnie de pointes ou Ă©vidĂ©e en ailettes » et français masse « gros marteau », catalan massa, italien mazza, espagnol maza, anglais mace « sorte de mallet ou club de golfe », nĂ©erlandais matsen « frapper » (flamand; Maastricht matshamel « merlin »), dĂ©jĂ  chez Kiliaan : « mats-hamer fland. j. her-hamer. Cestra, malleus militaris ». Giorgio (Facebook) m’a Ă©crit : « En pièmontais, la « massĂąca » (le u se lit comme en français) est encore la massue et nous disons « massĂąch » (le ch se lit c) Ă  une personne qui a la tete dure. »


Un dĂ©mon armĂ© d’une massue enfourne les damnĂ©s dans la gueule du LĂ©viathan (Conques)

massa Ă  ailettes et le massier

Une attestation de massacan  « massaquant » avec le sens de moellon qu’il ne veut pas utiliser pour son tombeau (on dirait aujourd’hui parpaing) se trouve dans un texte de V.Gelu.

Inquet, enquestres

Inquet « crochet; hameçon ». Un visiteuse, enseignante en occitan, m’Ă©crit : « L’inquet dĂ©signe le marchĂ© des brocanteurs et bouquinistes qui se tenait autour de la basilique St Sernin Ă  Toulouse jusqu’Ă  il y a peu de temps ».  Je viens de participer Ă  l’inquet de Manduel et  la mĂ©taphore « crochet, hameçon > marchĂ© de brocante », me semble Ă  propos; c’est essayer de hameçonner les clients.  Elle ajoute que c’est aussi avec un inquet (crochet) que les pelharòts (chiffonniers) fouillaient pour rechercher de la marchandise.  La  Calandreta de Toulouse organise depuis quelques annĂ©es un  Inquet.      Le latin avait le mot hamus « crochet, hameçon » et ce mot vit encore en italien amo, catalan ham, sarde amu, basque amu. Par l’Ă©volution de la prononciation le mot s’Ă©tait rĂ©duit en langue d’oĂŻl Ă  un seul son : /ain/. Très tĂ´t on a senti le besoin de le rallonger avec un suffixe et c’est le diminutif -eson qui a gagnĂ©:  hameson, attestĂ© depuis ca.1100 ametson. Je ne sais qui a dĂ©cidĂ© de compliquer la tâche des profs de français et d’Ă©crire hameçon! ?

Dans quelques coins de la Gaule,  un autre suffixe, Ă  savoir : -ica > *hamica s’Ă©st imposĂ© et  s’est maintenu en Wallonie, loin de Paris : Liège inge, dĂ©p. de la Manche angue , le Forez ainche et en BĂ©arn anque, angue. Mais pour les pĂ©cheurs du Midi, Ă  partir de PĂ©zenas jusqu’Ă  l’Atlantique, cela ne suffisait pas. Peut-ĂŞtre avaient-ils peur d’une confusion avec anca « fesse » . En tout cas on a  ajoutĂ© un deuxième diminutif -ittu : hamus + -ica + -itta, ou -ittu : inquèt « hameçon », le plus souvent masculin mais en bĂ©arnais fĂ©minin enquete.

Je ne suis pas sĂ»r si le mot  enquestres « vieux objets »Â  fait partie de la mĂŞme famille, mais l’utilisation d’un inquet  par les pelharòts  sur un Inquet comme celui de Toulouse, le rend possible.

Commentaires des visiteurs:

GĂ©rard Jourdan m’Ă©crit :

Dans mon village de MONTAGNAC (Hérault) les vieux employaient le terme « enclastre » pour désigner un objet encombrant et inutilisé dont on voulait se débarasser et qui encombrait les greniers. Mistral (page 891 du tome 1) indique pour « encastre » la signification « vieux meuble encombrant ».
Cordialement
GĂ©rard Jourdan

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