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Peyremale, peire

Peyremale. Un visiteur m’√©crit: Je me pose des questions sur l’origine du mot PEYREMALE (nom de l’une des falaises qui dominent Anduze), je suis all√© voir chez vous, mais sans succ√®s. Il semble √©vident que ce vocable signifie « mauvaise pierre », mais je me m√©fie des faux amis.

Dans le dictionnaire topographique du Gard, je trouve une Peyremale √† Genolhac, dont la premi√®re attestation date de 1050: Castrum Petra Mala, ce qui veut dire « mauvaise pierre ». Une autre Petra Mala se trouve dans la commune de Bagnard. Je ne crois pas que ce sont des faux amis. Mais vous avez raison d’√™tre m√©fiant. La forme peyre n’est pas r√©guli√®re. Le -√®- bref du latin aboutit r√©guli√®rement √† la diphtongue -y√®- comme dans fyeiro « foire ».¬† P√®tra¬† aurait d√Ľ aboutir √† *pyeira. Il s’agit d’une exception, peut-√™tre due √† l’emploi frequent du mot petra, Petrus dans le latin de l’Eglise.


L’√©glise de Peyremale (Gard)

Surprise! Il y a beaucoup de toponymes avec Peyre- dans le Gard et aussi quelques-uns avec Pierre-: Pierre-Bladi√®re (Valleraugue), Pierrefeu (Peyrolles), Pierrelong (Mialet). Les premi√®res attestations de plusieurs de ces « Pierre » ont la forme languedocienne Peyre : Pierremorte (Courry) est encore¬† La Peiremorte en 1768, ¬† Pierrefeu (La Calmette) est A Peyrafuc en 1288 !.
Plus int√©ressants sont deux toponymes « faux amis » : Pi√©redon (montagne √† Chusclan) qui s’appelle Podium Rotundum dans une charte (date?),¬† Pi√©garen < Podio- Garenco dans un cartulaire de 1233, et Puech Garen en 1789. Dans le d√©p. de l’Aude il y a plusieurs Puechredon qui dans les chartes s’appellent √©galement Podium Rotundum.

Latin podium a donn√© puech, pueg en languedocien ( Voir l’article¬† puech), mais notamment √† Al√®s (Gard) est attest√©e la forme pi√® « √©minence, colline ». Dans la commune de St.Martin-de-Corconac, il y a(vait?) une ferme avec le nom francis√© La Pierre Redonne. Je pense qu’il s’agit l√† d’une fausse traduction de Pi√©-redon « colline ronde », et qu’il faudrait revoir l’√©tymologie de plusieurs toponymes de la r√©gion qui commencent avec pie-.

Mon visiteur avait donc raison de se m√©fier des « faux amis ».

Grifol, grifou

Grifol, grifou, ifou dans le Gard et l’ H√©rault¬† (Thesoc) « fontaine (publique) » le plus souvent « grande fontaine monumentale sur la place du village ». Il n’est pas clair ce qui est arriv√© au gr- initial ( > ifou) dans le Gard et l’H√©rault. Cette forme n’est pas mentionn√©e dans les vieux dictionnaires.¬† On trouve aussi la forme griffon attest√©e √† Marseille avec le sens « robinet » comme √† St-Andr√©-de-Valborgne. A Montmorin pr√®s de Gap griffou a pris le sens « auberge » et l’aubergiste est devenu un grifounier, le seul √† avoir un robinet?

Etymologie :¬† gryphus « griffon » + -ulus. Ce sont les crois√©s qui ont ramen√© du proche Orient le go√Ľt de des animaux imaginaires, qui dans le monde islamique date de l’√©poque des Fatimides. De l’Egypte ils ram√®nent au d√©but du XIIe si√®cle le fameux Grifone qui est expos√© au Camposanto √† Pise:

« L’imponente statua in bronzo del Grifone (o Grifo) √® opera di artigiani islamici, risalente al periodo Taifa (1031-1086) e proveniente quasi per certo dalla Spagna come preda di guerra di una delle tante battaglie vinte dai Pisani contro i Musulmani, probabilmente quella delle Baleari (1113-1115). » Wikipedia.


Sa renomm√©e se r√©pand rapidement dans toute l’Europe. Les artistes et les artisans rivalisent dans l’art de faire des Griffons devenu une source intarissable d’inspiration; c’√©tait beaucoup mieux qu’un Lion et le Griffon √©tait dans l’air du temps. Toute commune qui se repectait voulait avoir son Griffon sur la place centrale.

Le sens¬† « fontaine »¬† appara√ģt en occitan √† la m√™me √©poque.¬† Les m√©c√®nes ont remplac√© la fontaine ordinaire sur la place centrale des villes et des villages par un grifol.¬† Un visiteur me signale que le mot se trouve¬† dans le DuCange . Cela¬† m’a incit√© √† approfondir cette histoire. Du Cange √©crit : « Grifoulus, Vasconibus Grifoul, Fons saliens, in Hist. Eccl. D. Fleury lib.. 97. num. 3.  » ( Traduction: Pour les Gascons le grifoul est une grande fontaine). La source de Du Cange est l’ Historia Ecclesiasitca de Hugues de Fleury. qui date du d√©but du XIIe si√®cle.

Le griffon fait partie de toutes les mythologies du Moyen Orient.

Litt√©rature. Les bestiaires du Moyen-Age d√©rivent tous, plus ou moins directement, d’un ouvrage grec du II√®me si√®cle¬† ¬ę le Physiologus ¬Ľ. L’auteur inconnu cherche en premier lieu √† associer √† chaque animal (qu’il soit r√©el ou l√©gendaire), une signification chr√©tienne.¬† Il a √©t√© traduit en latin d√®s le IV√®me si√®cle. Le ¬ę Physiologus ¬Ľ a exerc√© une influence d√©terminante sur toute la chr√©tient√©. Par le biais des nombreux manuscrits, souvent illustr√©s, les monstres de l’Orient et de l’Antiquit√© gr√©co-romaine ont ainsi p√©n√©tr√© l’imaginaire des hommes du Moyen Age. A partir du XII√®me si√®cle, apparaissent des traductions en langue vulgaire. On note ainsi plusieurs bestiaires dont ceux de : Philippe de Thaon, qui r√©dige vers 1121 son ¬ę Bestiaire ¬Ľ, d√©di√© √† la femme de Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie (Source).

Sculpture et architecture.

                                              

Grifol de Toulouse

Un de mes visiteurs m’a √©crit: « Je trouve, sur un site internet consacr√© √† Montagnac, une note sur l’approvisionnement en eau : « A partir de ce bassin va partir ce qu‚Äôon appelle un aqueduc, d‚Äôabord une suite de tuyaux de terre mis bout √† bout et √† l‚Äôair libre traversant des propri√©t√©s priv√©es et qui conduit √† la Fontaine du Griffe. Tout semble termin√© le 23 juin 1667 puisque les consuls annoncent ¬ę l‚Äôeau a commenc√© √† couler au Griffe« . La fontaine ne coule plus mais elle existe toujours avec ce m√™me nom.

Le dictionnaire de toponymie de l’H√©rault, de Franck Hamlin, compl√®te : « Ruisseau de Griffout (Pardailhan). Ruisseau de Griffouls (Ferri√®res-Poussarou). La Plassel del Griffoul (Azillanet) en 1657 (Compoix FD IV. 11). Lou Griffoul, 17e s. (Sahuc, Ville de Saint-Pons, Inventaire des archives communales ant√©rieures √† 1790, p. 111), loc. non ident. aux environs de Saint-Pons. Occ. « Grifol« , source, fontaine. La Font du Griffe, bergerie (Montpeyroux) variante du m√™me terme ». Le nom de famille Lagriffoul est port√© √† P√©z√©nas et dans les environs.

Pour moi, c’est ce genre de Promenades Etymologiques que j’aime. Relier le nom de la « fontaine (publique) » dans un village √† une sculpture vol√©e aux Egyptiens pendant une Croisade du 12e si√®cle, c’est exactement ce qui me pla√ģt. Cela fait r√™ver.

Hamlin donne aussi Griffoulas un d√©riv√© de l’occitan « grifol√†s »¬† massif de houx, car il ne s’agit pas d’une fontaine qui coulerait avec abondance mais d’un lieu dit concernant un col de la commune de Saint-Julien. Il note¬† que le mot « grifol » d√©signe un grand houx (ilex aquifolium). (Voir √† ce propos mon article¬† agreu¬† « houx »)

Margot

Margot « pie ». Quel rapport peut-il y avoir entre une pie, un ersatz pour le beurre, une jeune fille, une p√Ęquerette, la Reine Margot, une coccinelle, une mitrailleuse, une perle et un cordage maritime? Vous donnez votre langue au chat? C’est margot.¬† !

                                     

L’histoire du mot latin margarita telle qu’elle est racont√©e par le FEW de Walther von Wartburg montre clairement √† quel point sa conception de l’√©tymologie est riche d’enseignements. En partant de l’√©tymon, l’histoire de chaque mot est √©tudi√©e dans son contexte g√©o-linguistique et social.

Dans une dictionnaire √©tymologique ordinaire vous trouverez quelque chose comme margot « pie, du nom de jeune fille Margot forme abr√©g√©e de Marguerite du latin margarita « perle »¬† emprunt√©e au grec. Eventuellement l’auteur rattache le mot grec √† une racine indo-europ√©enne et au Sanskrit parce que les Grecs ont import√© les perles de l’Inde.

Dans le FEW par contre vous trouverez dans l’article margarita « perle » tous les mots, toutes les formes et toutes les significations qui se sont d√©velopp√©es en galloroman et tr√®s souvent dans les autres langues romanes et germaniques. Pour avoir une id√©e de la richesse du FEW regardez la page que j’y consacre.

Latin margarita « perle » est emprunt√© au grec. Le¬† mot y est venu de l’Inde avec la chose au temps de Cic√©ron. Les Romains qui adoraient les m√©taphores ont d√Ľ faire comme nous en disant √† leur femme « margarita mea es ! » Macrobe dit que pour l’empereur Auguste margarita √©tait un terme de tendresse. Plus tard ils ont donn√© le nom Margarita √† leurs filles. Sainte Marguerite d’Antioche (IIIe s.) par exemple est devenue tr√®s populaire.

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Tellement populaire que de nom propre Margarita est devenu nom commun *margarita « jeune fille ». Margot devient margot « femme » ou « jeune fille ». Par la suite nous constatons¬†une √©volution s√©mantique « femme » > « femme de petite vertu ».¬† Cette √©volution est r√©currente. En fran√ßais le mot¬† fille par exemple a pris ce sens¬† depuis Fran√ßois Villon dans l’expression¬† « aller voir les filles ».¬†¬† A partir du XVIe si√®cle nous avons des attestations s√Ľres de margot ‘ femme ou fille de petite vertu’, transform√© plus tard en margoton, puis goton.

J’ai l’impression en parcourant les d√©finitions donn√©es pour margot¬† « fille peu modeste, dr√īlesse, d’humeur galante; petite personne sans cons√©quence,¬† de moeurs rel√Ęch√©es » etc. que le mot margot a une nuance affective. En n√©erlandais √©galement Margriet abr√©g√© en Griet est devenu nom commun griet ‘femme, fille’, comme¬† en allemand Gretchen¬† peut signifier « jeune femme ».

D√©j√† au XIVe si√®cle est attest√© margot avec le sens « pie », bien avant que Jean de La Fontaine publie sa fable de Margot la pie (1694) et ce sens est bien vivant dans les patois.¬† Emprunt√© par le breton margot ‘pie’ et par l’anglais magpie. Alibert donne la forme margassa ‘pie-gri√®che’ qu’il fait venir de darnagas¬† « pie gri√®che », mais je pense qu’il s’agit plut√īt d’un d√©riv√© de margot avec changement de suffixe. La pie gri√®che est un oiseau soi-disant ‘cruel’.

margot ‘femme bavarde’ n’est attest√© que depuis 1803, mais a d√Ľ exister bien avant cette date. L’argot anglais mag est associ√© au bavardage des femmes depuis 1410 au moins dans l’expression : Magge tales ‘nonsens'; magpie ‘pie’ depuis 1605.

Margarita ‘perle’. Il faut faire un pas en arri√®re. Le fran√ßais et l’occitan sont les seules langues romanes o√Ļ margarita a gard√© le sens ‘perle’ : ancien fran√ßais margerie et ancien occitan margarida. Il est pass√© en ancien anglais margeri perle, et toujours utilis√© comme pr√©nom Margery. Un sens figur√© existe dans l’ Aveyron : morgoridos ‘appendices charnus de la ch√®vre’. Et Mistral donne comme languedocien l’adjectif margaridat pour une ch√®vre ‘qui a le cou mamelonn√©’.

morgoridos   Margery  bourgeon

Au XIIIe si√®cle margarite avec le sens ‘perle’ est de nouveau √©t√© emprunt√©e au latin, mais le mot est fortement¬† concurrenc√© par perle. Nous ne la retrouvons que dans la vieille expression « Jeter des marguerites aux/devant les pourceaux », une r√©f√©rence √† la Bible et en particulier √† l’Evangile de Matthieu o√Ļ l’on peut lire : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est saint et ne jetez pas vos perles [dans la traduction moderne]devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds et se tournant contre vous, ne vous d√©chirent ».¬† Pour conna√ģtre les expressions correspondantes dans d’autres langues, cliquez sur ce lien.

D√©tail du fameux tableau Proverbes flamands de Pieter Brueghel l’Ancien

Le mot perle a remplac√© marguerite¬† parce que marguerite signifie aussi »‘p√Ęquerette » depuis le XIIIe si√®cle et plus tard « la grande marguerite » probablement par comparaison des bourgeons des p√Ęquerettes ou des marguerites qui ont un aspect nacr√©, √† des perles.¬† Voir la premi√®re image ci-dessus. Au XVe -XVIe si√®cle on distinguait la petite marguerite, occitan pitchouno margarido (Toulouse) de la marguerite / margarido tout court (leucanthemum vulgare). Ensuite la p√Ęquerette devient la margarideto.

Avec diff√©rents adjectifs le m√™me nom a √©t√© donn√© √† bien d’autres fleurs. Le transfert s√©mantique de margarita « perle » > « fleur » s’est r√©pandu dans toutes les langues romanes et m√™me au del√† : italien margheritina, espagnol et portugais margarita, catalan margarida, anglais marguerite (maintenant daisy), n√©erlandais margriet.

Reste la margarine. Je copie ce que j’ai trouv√© dans un site sur le chimiste fran√ßais Chevreul qui l’a invent√©e:

  margarine.

Il d√©buta par l’examen d’une substance obtenue en d√©layant le savon de la graisse de porc dans une grande masse d’eau. Une partie se dissout, une autre se pr√©cipite en petites paillettes brillantes, sorte de mati√®re nacr√©e. Cette mati√®re nacr√©e, attaqu√©e alors par l’acide muriatique, se s√©para en chlorure de potassium, et en un autre corps compos√© fusible vers 56¬į, qu’il proposa d’abord de nommer margarine, du grec margaritha perle’. La mati√®re nacr√©e constituait sa combinaison avec la potasse. L’existence de ces compos√©s soulevait un probl√®me non moins g√©n√©ral et inattendu, celui des acides organiques insolubles dans l’eau. Or l’existence d’un acide de ce genre parut si extraordinaire, si contraire √† tous les faits alors connus, que Chevreul h√©sita d’abord et n’osa se prononcer. Ce ne fut que plus tard, apr√®s avoir pr√©par√© et √©tudi√© les sels de composition d√©finie que ce corps formait avec les alcalis terreux et les oxydes m√©talliques, que Chevreul se d√©cida √† changer le nom de margarine en celui d’acide margarique. Ce nom aurait d√Ľ rester dans la science ; mais par suite de cette manie, trop fr√©quente dans les sciences naturelles, de d√©marquer le linge de ses pr√©d√©cesseurs, on a remplac√© le nom d’acide margarique par celui d’acide palmitique » .http://hdelboy.club.fr/Chevreul.html

  Le cocktail Margarita doit être servie dans un verre à margarita givré au sel fin.  ce qui donne un aspect nacré au sel.

Dans le roman historique Les Roses de la vie¬† Robert Merle.¬† utilise r√©guli√®rement l’expression √† la franche marguerite « franchement, sans d√©tours » qui est attest√©e depuis le XVIe si√®cle. En occitan a la franco margarido. L’expression semble encore √™tre vivante en Suisse romande. L’origine est inconnue. Peut-√™tre est-elle li√©e √† la vieille tradition d’effeuiller une marguerite. :¬† A chaque p√©tale arrach√© correspond un sentiment d’un homme ou d’une femme : « Il/elle m‚Äôaime un peu ‚Äď beaucoup ‚Äď √† la folie ‚Äď passionn√©ment ‚Äď pas du tout ». Au dernier p√©tale arrach√© correspond la r√©ponse √† la question « m‚Äôaime-t-il ? ». La r√©ponse est a la franco margarido.

effeuiller une marguerite

Margaridelhas. Un dernier exemple du riche d√©veloppement de¬† margarita : ‘je trouve le d√©riv√© suivant: margaridelhas les « 4 rondelles de l’enclumette » . (Alibert)

margaridelhas

Magnolia

Magnolia. C’est en 1703 que Ch. PLUMIER, dans son Nova plantarum americanarum genera, p. 38 a donn√© le nom magnolia √† cette arbre √† fleurs pour honorer Pierre Magnol, le grand botaniste et directeur du Jardin botanique de Montpellier . Le nom a √©t√© repris par Linn√©, qui avait de tr√®s bonnes relations avec les fr√®res de Sauvages¬† et l’universit√© de Montpellier. Ce n’est pas de l’occitan, mais j’ai √©t√© surpris par cette √©tymologie et le nom Magnol a bien un consonance occitane.
Voir l’article dans Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Magnol.

               

Pierre Magnol 1638-1715                                                                agniolia

Magnin

Magnin ¬ę¬†ferblantier, chaudronnier ambulant¬†¬Ľ (Camargue).¬† Magnin¬† est la forme typique de l’occitan √† l’est du Rh√īne et du francoproven√ßal. La forme magnin ¬†a √©t√© introduite par les chaudronniers ambulants provenant des vall√©es alpines du Pi√©mont italien o√Ļ magnin a √©t√© form√© √† partir de la forme magnan par changement de suffixe. Il est devenu assez t√īt un nom de famille, attest√© d√®s le XIVe s. √† Grenoble. D’apr√®s un site il y a actuellement plus de 6500 Magnin‘s en France.

Magnan est la forme de l’ancien fran√ßais et des patois de la langue d’o√Įl.

L’√©tymologie de magnin n’est pas tout √† fait clair. Je r√©sume l’article *manianus > ancien fran√ßais magnan dans le FEW qui discute les diff√©rentes propositions parce qu’il montre que l’√©tymologie moderne doit tenir compte des facteurs historiques, g√©ographiques, phon√©tiques et s√©mantiques. Les attestations¬† jouent √©galement un r√īle important.

  • Diez « Etymologisches W√∂rterbuch der romanischen Sprachen » 1887, a propos√© machina Une √©tymologie impossible pour des raisons d’ordre phon√©tique : Quelles r√®gles pourraient d√©crire la transformation machina >magnin ?
  • Horning Z 9, p.510 propose comme origine le nom de la r√©gion auvergnate la Limagne, avec d√©glutination de li- compris comme l’article, mais il n’y a pas d’indications historiques que les Auvergnats parcouraient comme marchands ambulants ou ferblantiers non seulement toute la France mais aussi l’Italie (italien magnano).
  • Wiener pense √† *maskinanus ou un d√©riv√© de mango qui posent √©galement des probl√®mes phon√©tiques.
  • Sain√©an pense qu’il s’agit du participe pr√©sent magnant du verbe moyen fran√ßais maignier « manier », d√©riv√© de manus « main », mais un manianus est d√©j√† attest√© en 1250 √† Bologna. Italien moderne magnano « serrurier ».
  • L’hypoth√®se la plus probable √† mon avis est celle de¬† H.-E. Keller dans le FEW qui suppose qu’il s’agit d’un d√©riv√© de *mania une forme secondaire de *manua « anse ». En occitan existe en effet le mot manha « propri√©t√©, qualit√© propre de qch. », et en catalan manya f. « Destresa, habilitat. | Pressa. | donar-se manya « Enginyar-se » (DIEC), espagnol ma√Īa, portugais manha avec le sens « habilit√© » qui viennent d’une forme mania, comme catalan many√† « serrurier », manyana « serruri√®re ». Le probl√®me qui reste est qu’en occitan *manianus n’est pas attest√© et qu’en italien *mania non plus.
  • On pourrait encore supposer que *manianus a √©t√© form√© en occitan par changement de suffixe √† partir de manuarius, mais il n’y a pas d’attestations anciennes d’une telle forme.