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Capelan

Capelan « pr√™tre, cur√© d’une paroisse ». Bien s√Ľr l’√©tymologie est la m√™me que celle du fr. chapelain, mais j’en parle quand-m√™me parce que

  • 1) L’histoire de cappella + -anus est int√©ressante.
  • 2) Le sens du languedocien capelan « cur√© » n’est pas identique √† celui du mot fran√ßais « chapelain » pr√™tre charg√© de dire la messe dans une chapelle particuli√®re ».
  • 3) Dans ma langue maternelle, le n√©erlandais il y a le kapelaan « pr√™tre qui assiste le pastoor« ; le pastoor n’est pas le « pasteur », mais le « cur√© », le responsable de la paroisse! Une s√©rie TV intitul√© « Le chien berger » montrait la vie d’un kapelaan dont voici la photo:

    Le sens du mot fran√ßais, mais avec la forme occitane ou latine se retrouve en allemand Kaplan, italien cappellano, espagnol cappelan, catalan capell√† (qui signifie aussi « salive » dans l’expression quan parla de pressa tira capellans (quand il parle √† toute allure il envoie des postillons) , etc.

  • 4) Dans la r√©gion de Narbonne et d’Albi le capelan s’appelle rector Pourquoi? A¬† Montagnac (34) il y a un proverbe :Michanta afaire quand los capelans lauran. « Mauvaise affaire quand les cur√©s labourent. »
  • 5) A la fin du 19e si√®cle, la personne interrog√©e √† Sum√®ne (Gard) par Edmont pour l’Atlas Linguistique de la France a donn√© la forme capelan avec le sens « coquelicot » (parce qu’il est noir quand les p√©tales sont tomb√©es?). Si vous connaissez ce sens contactez-moi.
  • D’apr√®s¬† le Statistique du d√©partement du Gard par Hector Rivoire, 1842 p. 220¬† c’est la¬† Centaur√©e laineuse Carthamus lanatus L., 1753,¬† qui s’appelle lous capelans.¬† Cette¬† liste des plantes pour le Gard a √©t√© dress√©e par Pouzols1.
  • La bourse-√†-pasteur ou tabouret s’appelle d’apr√®s la liste de Pouzols herba de l’evangile¬† ou bonnet d√© cap√©lan¬† en languedocien. En surfant sur le net, je trouve en plus un toponyme Bonnet du Capelan « Au nord du circuit p√©destre de Valescure se dresse le bonnet du Capelan. Imposant, sur sa colline mise √† nue par les incendies. « 
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  • Un lecteur tr√®s attentif m’√©crit que pour Max Rouquette c’est une autre fleur:  » Une fleur splendide poussait entre les √©pis de bl√©, grasse et violette, toute charg√©e de clochettes. Nous l’appelions « cap√©lan  » pour sa couleur de semaine sainte  » in « Vert Paradis » ( √Čditions le Chemin Vert, 1980, page 108, avant dernier paragraphe, dans le texte : « Le secret de l’herbe »). Je n’ai pas pu l’identifier. Si vous avez une id√©e, contactez-moi
  • Un visiteur originaire de Montagnac (34) l’a fait; il m’√©crit : . lou capelan ou compagnon bleu : plante de la famille des liliac√©es appel√© « Muscari neglectum » (ou muscari n√©glig√©) de couleur violette, qui, pour nous √©tait le signe de l’arriv√©e du printemps. Il existe un autre Muscari, plus grand que le pr√©c√©dent, qui pousse plus tard, appel√© « Muscari comosum ». Max Rouquette √©tait originaire d’ Argilliers, un village √† 40 km de Montagnac. Voir Wikipedia pour plus de renseignements sur le muscari neglectum.
    Diff√©rents insectes: « bruche, ver blanc √† t√™te noires, grande sauterelle verte, grande araign√©e, libellule et traquet s’appellent capelan en occitan. Et puis √† Tr√©minis dans l’Is√®re est attest√© chapelan « tussilage ». Mais le tussilage est une fleur jaune.
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D’apr√®s l’abb√© de Sauvages capelan est aussi un « ver √† soie mort d’une esp√®ce de maladie qui le fait devenir noir.
  • 6) Le mot capelan a √©t√© pr√™t√© au fran√ßais avec le sens : « Esp√®ce de petite morue qui vit dans nos mers et dont la chair est estim√©e : Les p√™cheurs de morue se servent de CAPELANS pour app√Ęt. (Acad.). Les p√™cheurs donnent aussi ce nom √† plusieurs poissons qui ressemblent plus ou moins au v√©ritable capelan Le capelan a l’int√©rieur de l’abdomen noir. On appelle √©galement capelan un petit gade de la M√©diterran√©e, mais on n’est pas certain qu’il soit de la m√™me esp√®ce que celui de l’Oc√©an. »(Pierre Larousse). La premi√®re attestation en ancien occitan dont le sens donn√© par le FEW est « gadus minutus » date de 1433. Il existe toujours en fran√ßais r√©gional (Lhubac). La raison de cette √©volution s√©mantique n’est pas claire. Il faudrait voir le « gadus minutus » et demander √† un p√™cheur. Le m√™me poisson s »appelle aussi praire « pr√™tre »!

         
capelan
Et maintenant il y a le « Mas des capelans » √† N√ģmes, transform√© en salle de f√™te. Un visiteur m’informe que son vieux mas √† Montfaucon a le m√™me nom.

L’origine de capelan est latin cappella « petit manteau » un d√©riv√© tardif du VIIe si√®cle de cappa « sorte de couvre-chef », mot √©galement attest√© tardivement. Capella d√©signe « le manteau de St Martin » qui, en 338, en avait donn√© la moiti√© √† un pauvre.

et un vitrail moderne avec le même sujet :

Au VIIe si√®cle ce manteau ou ce qui en restait, est rentr√© dans les reliques du roi des Francs. La cappella √©tait conserv√©e dans un petit b√Ętiment √† Tours pr√®s de l’√©glise qui √† l’√©poque s’appelait oratorium. Pendant un si√®cle capella signifie aussi bien ce manteau que ce b√Ętiment. Dans un texte on trouve in oratorio nostro, super capella domni Martine. (o√Ļ capella signifie « manteau »).A partir du VIIIe si√®cle le mot cappella d√©signe « l’oratorium du roi ». D’autres cappellae sont construites entre autres √† Dijon et √† Aix-la-Chapelle par Charlemagne.

Entrée de la chapelle à Aix-la-Chapelle (Maintenant une cathédrale)

A partir de la Gaule le mot capella « lieu de pri√®re du roi » remplace oratorium dans les autres pays: italien cappella, allemand Kapelle, n√©erlandais kapel, anglais chapel etc.
Un pr√™tre √©tait charg√© de la conservation de ces reliques qui appartenaient au roi. A partir du VIIIe si√®cle le capellanus est « celui qui doit garder et entretenir les reliques » et comme il avait probablement du temps libre, le capellanus devait √† partir du Xe si√®cle s’occuper aussi de la correspondance du roi » et enfin au XIIe si√®cle nous trouvons le sens actuel : « le pr√™tre charg√© de dire la messe dans un chapelle », et dans le Languedoc « pr√™tre » > « cur√© ».
Il faudra la collaboration d’un historien de l’√©glise catholique pour savoir pourquoi le capelan est devenu le « cur√© » dans le Midi de la France. En principe un capellan est un subalterne et le cur√© est « responsable de la paroisse ».

J’aurai besoin du m√™me sp√©cialiste pour expliquer pourquoi dans le Midi, et plus sp√©cialement dans le ouest-Languedoc et en Gascogne, mais aussi dans le nord-ouest de la France, le cur√© est appel√© recteur », en languedocien ritou du latin rector « celui qui gouverne, ma√ģtre, chef, guide ». Dans l’√©glise ce mot d√©signait un « sup√©rieur eccl√©siastique, un prelat; un directeur de certaines maisons religieuses ». Je crois savoir que dans le droit canonique, une recteur n’est pas √† la t√™te d’un paroisse, mais qu’il g√®re une √©glise qui fait partie d’une paroisse. D’apr√®s des Coutumes, le m√™me sens se retrouve en Bretagne , TLF: 1575 en Bretagne ¬ę cur√© d’une paroisse ¬Ľ


Un prelat

En ancien occitan d√©j√† retor signifie « cur√© », mais les attestations des parlers modernes proviennent surtout du Languedoc et de la Gascogne d’o√Ļ viennent √©galement les d√©riv√©s reitouret « petit recteur », retouras « gros ou vilain cur√© » et ritouraille « pr√™traille ». (Mistral).Y a-t-il un lien avec les Alibigeois ou le protestantisme dans la r√©gion??

Notes
  1. Pouzols est aussi une des sources d’E.Rolland:¬† POUZOLZ P.M.C. de, 1856-1862 ‚Äď Flore du d√©partement du Gard ou description des plantes qui croissent naturellement dans ce d√©partement. Tessier, De Poulolz, Garve, Waton, N√ģmes, 2 vol.: 660 p.

Calut, caludo, caludasse

Calut, caludo « nigaud », un mot que nous rencontrons √† Manduel surtout sous la forme de l’augmentatif caludasse. Alibert donne caluc, caluga adjectif et substantif¬† « myope; qui a le tournis (en parlant d’un mouton) qui a le vertige; sot imb√©cile ». L’abb√© de Sauvages parle de fedo caludo et d√©crit cette maladie des moutons appel√©e en fran√ßais le « tournis » ou plus scientifiquement la C√©nurose. Les moutons qui souffrent de cette maladie, tournent souvent en rond.

cénurose

cénurose

L’√©tymologie est le latin caligo « brouillard, vapeurs, fum√©es » mais aussi « t√©n√®bres ». Au figur√© le mot latin prend d√©j√† le sens de « aveuglement d’esprit ». Ciceron parle de « la confusion , le d√©sordre de ces temps »: caligo illorum temporum. Les deux sens, au propre et au figur√© sont conserv√©s dans la langue d’oc = la langue du Midi.

  1. Au sens propre : « brouillard, brume obscurit√© » en languedocien dans le d√©riv√© calignada « braise, feu de menu bois » et dans caluga¬† « muge », un poisson dont les yeux sont √† moiti√© recouverts. Voir l’image dans le site marseillais : http://www.marseille-sympa.com/muge.html. Le sens le plus fr√©quent en occitan ancien et moderne est « myope ». Le verbe escalud√† √† N√ģmes , mais escalug√† √† Colognac signifie « √©blouir, aveugler ». Le mot a √©t√© conserv√© aussi en ancien fran√ßais chalin, calin « brouillard, brume, obscurit√© ». (Cf. Godefroy). En fran√ßais moderne¬† caligineux.
  2. Au figur√©, calu, calut ou caludasse « aveuglement de l’esprit » > « niais, nigaud ». A N√ģmes on prononce de nos jours¬† calu, calude¬† « fou, inconscient, idiot(e) » (Mathon), en¬† francitan √† Gignac caluc, caluga subst. « sot, imb√©cile et m√™me fou » (Lhubac). D’apr√®s les exemples qu’ils donnent, le mot est souvent utilis√© dans la circulation¬† pour d√©crire la fa√ßon de conduire des autres.

En Camargue, « certains taureaux calus (fous) bac√®lent dans les planches. » (Domergue), qui dans son Lexique de la 2e √©dition de Avise le biou ajoute : « Un caludas est un gros calu. Au sens premier calu signifie¬† « myope ».

J’ai l’impression que les formes avec un -d- sont limit√©es au Gard , N√ģmes- Ales.¬†¬† A Marseille : calu « fou ».

Nadelo

Nadelo « petit poisson genre ath√©rina », anadelo « apron, aspro vulgaris ». Nadelle, le nom languedocien francis√© de ces petits poissons est donn√© pour la premi√®re fois par Guillaume Rondelet, m√©decin originaire de Montpellier en 1554 :

Nadelle est rest√©e dans les dictionnaires fran√ßais jusqu’au Larousse de 1903. L’√©tymologie,¬† latin annus « an »,¬† est donn√©e par Barbier dans le Revue des Langues Romanes, tome 63(1926) p.2:

Maintenant vous voulez les voir ces nadelas « sardines fra√ģches » (Alibert):

De nos jours la nadelle s’appelle apron en fran√ßais, d√©riv√© de √Ępre ou rugueux comme ses √©cailles; esp√®ce devenue tr√®s rare et strictement prot√©g√©e en France et en Suisse.

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