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Pougaou "anguille"

Pougaou « anguille ». L’√©tymologie est l’adjectif¬† latin pollicaris « de la longueur d’un pouce », qui en occitan est devenu pollicalis par changement de suffixe. Le mot pougaou¬† est n√© en combinaison avec anguilla¬†¬† ce qui se retrouve dans le fait que pougau¬† est un substantif f√©minin d’apr√®s les dictionnaires. Dans l’Alibert¬† s.v. pogau on trouve en plus les sens « jeune fille bien prise, tendron ».

anguilla latirostris

anguilla latirostris

¬†Mais l’histoire n’est pas finie.¬† Pougaou est attest√© dans les Bouches-du-Rh√īne¬† et √† Palavas comme « anguille de la grosse esp√®ce » . Un copain, bon connaisseur de la Camargue, me le confirme.

Le grand savant du XVIIIe si√®cle Henri Louis Duhamel du Monceau mentionne pour le Gard la forme pougalle¬† dans son¬† Trait√© g√©n√©ral des pesches…

Serrar

Serrar « scier ». Les Romains disaient serra secare « couper avec la scie », qu’ils ont simplifi√© en serrare vers le IVe si√®cle.

Serrare est donc un d√©riv√© de serra « scie », qui¬†est conserv√© dans presque toutes les langues romanes : catalan,portugais, serra, espagnol sierra, et dans de nombreux dialectes italiens.

En italien et dans de nombreux dialectes galloromans serra « scie » a √©t√© remplac√© par seca, un d√©riv√© de secare « couper ». La raison de ce changement a √©t√© qu’une phrase comme « Va serrer la porte! «  pouvait avoir des r√©sutats au moins surprenants, puisqu’il y avait √©galement le verbe serrer « fermer » du latin populaire *serrare « fermer ». (TLF).

  ou

Serra « scie » est attest√© en ancien occitan depuis le XIVe s., et m√™me au XIIIe s. √† Avignon avec le sens « faucille ». Dans l’ouest du domaine occitan c’est la forme sarro qui domine. Parfois le sens se sp√©cifie, comme √† Barcelonette se√†ra « scie de scieur de long ». Le d√©riv√© sareto est « la scie √† main ». Le verbe serrar, sarrer, qui a aussi v√©cu en moyen fran√ßais (voir DMF) se trouve surtout en occitan et dans les parlers de l’Est de la France. Les d√©riv√©s sarilho « sciure », seraire « scieur » sont tr√®s r√©pandus en occitan.

A Marseille on appelle la m√©sange charbonni√®re la sarrofino. Il semble qu’il s’agit d’une √©tymologie populaire du nom serrurier. L’oiseau est appel√© ainsi au 19e s. (Dict. Acad√©mie, 1842) parce que son chant ressemble au bruit d’une lime sur du m√©tal. D’apr√®s Mistral la sarrofino est la nonnette (parus palustris. Lin) dont le roucoulement imite le bruit de la scie. Le Thesoc donne sarralhi√®r « m√©sange » pour plusieurs d√©partements de l’Ard√®che jusqu’√† l’embouchure du Rh√īne.

                               

mésange charbonnière (avec son chant de serrurière                          la nonnette (avec son chant de scieuse!)

Serra prend aussi le sens « cr√™te de montagne », attest√© depuis le XIIe s. Le mot est surtout utilis√© pour d√©signer des cha√ģnes ou cr√™tes de montagnes et l’√©l√©ment « longueur » y est pr√©pond√©rant. L’√©volution s√©mantique scie > cr√™te ne pose pas de probl√®me. Serra a gard√© ce sens surtout dans les parlers des montagnards. Dans la plaine lou ser s.m. devient « une monticule, une colline ». Dans les C√©vennes gardoises c’est le d√©riv√©¬† seret qui prend le sens de « colline », mais dans l’Ari√®ge un sarratch est une « cr√™te de montagne ».

Serra, serran, serrange (Marseille) « scie de mer, poissons scie ou pristis » n’a pas besoin d’explication.

      

La sarrette ou sarriette (serratula tinctoria) du français non plus.

Un peu de pub pour les serres des Cévennes:

Romb, roumb

Romb, roumb, roun « turbot ». En grec rhombos et ensuite en latin rhombus signifie

  • 1. losange
  • 2. fuseau ou rouet d’airain dont on se servait dans les enchantements
  • 3.turbot poisson de mer. (Gaffiot).

Cette image  illustre parfaitement le dernier sens

La deuxième doit vous étonner.

C’est une image tir√©e de Andrea Alciato’s Emblematum libri I, 1556. Elle illustre la seconde d√©finition « rouet d’airain dont on se servait dans les enchantements « .¬† Explication. ¬† Si vous reliez par des lignes droites les quatre points o√Ļ l’oiseau¬† touche les anneaux, vous obtiendrez un losange.¬† L’oiseau est une bergeronnette, un symbole √©rotique par excellence. L’ensemble forme une amulette qui rend invincible face aux dards de Cupidon. (Andrea Alciato). Un sujet captivant mais qui me m√®nerait trop loin dans les d√©dales de V√©nus. Allez-y si vous voulez.

En occitan romb, roumb, roun « turbot », attest√© depuis le XIIIe s. a certainement √©t√© introduit par les Grecs. On le retrouve en italien et espagnol rombo, en catalan¬† sous la forme du diminutif r√®mol < rhombulus. En b√©arnais roume est le nom de la « barbue ». La barbue (Scophtalmus rhombus) est une esp√®ce tr√®s proche du turbot, dont elle se distingue par un corps moins losangique et moins √©pais, et par l’absence de tubercules sur la peau. A Nice on utilise un d√©riv√© roumbon, ailleurs le compos√© roumbon clavelat « turbot ». Clavelat vient de clavus « clou », ce qui doit avoir un rapport avec son aspect ou avec son environnement. D’apr√®s Panoccitan, clavelada est le nom de la « raie », un autre poisson plat.

La barbue a l’air clavel√©e. ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬†La raie aussi.

Le sens 2 rhombus du latin a laiss√© des traces dans l’ouest de l’occitan: Val d’Aran roum√°  » tourner, avoir le vertige », b√©arnais arroum√° « planer en d√©crivant des cercles », arroum√®re s.f. « d√©tour », etc.

A partir du 15e si√®cle, rhombus a √©t√© emprunt√© de nouveau par la langue nationale rhombe « losange ».

Rascar

Rascar « racler » (ancien occitan) vient de *rasicare « raboter », un verbe form√© sur rasus le participe pass√© de radere ‘gratter, ratisser, polir’.

De nos jours la famillede mots *rasicare, dont racaille est un descendant, ne vit plus que dans des ghettos, des quartiers comme on dit de nos jours. Un ph√©nom√®ne r√©currant dans l’histoire des langues, comme son contraire la g√©n√©ralisation.

En galloroman la famille rascar a √©t√© repouss√©e dans des sens sp√©cifiques depuis le XIVe si√®cle par son cousin *rasiculare > racler √©galement d√©riv√© de rasus. Par exemple en fran√ßais racher signifie » tracer des raches. » Ces artisans disent qu’ils rachent une pi√®ce de bois quand ils tracent avec le compas des divisions n√©cessaires pour la tailler ou « terminer une broderie par de petits points sym√©triques » TLF.

A Cahors roscouoill√°¬† signifie¬† « se racornir en m√Ľrissant sur la paille (des fruits d’hiver) » et √† Caussade (Tarn et Garonne) rascoualho¬† « r√©serve » . Dans les C√©vennes il y a une petite r√©gion¬† o√Ļ rask√°s signifie « avare » (Valleraugue, Lasalle, St.Jean du Gard). A Alzon le rascal est « l’aubier, la partie tendre du bois sous l’√©corce ». Dans l’Aveyron, et des d√©p. voisins vers l’Ouest rascal signifie « brou de la noix », comme si c’√©tait l’aubier qui se trouve sous l’√©corce verte. cf. Thesoc

Je pense que l’anglais rasher « tranche fine de lard ou de jambon » appartient √©galement √† cette famille, comme rash « taches rouges sur le peau ». En catalan, espagnol et portugais rascar est bien vivant avec le sens « gratter ».

rascar phanphanroscouailladophanphan rascal

Les dérivés et les mots composés avec rascar ont pu se maintenir dans plusieurs groupes de significations.

R√Ęsco « teigne, teigne des enfants, cro√Ľtes de lait », Languedocien¬† (S); Gard rascous « chauve »; Languedocien rascassoun « lepidotriglia aspera » un poisson √©pineux. Dans Un rouge et un blanc de Roumanille, Coulau dit √† Raf√®ou :

T’aplatisse lou pebroun! qui lui répond :T’esquiche la figo! tas’te, bèou-l’oli, mor-de-fam, rascas ..

Rascas signifie ici « teigneux ». Antoine Bigot parle d’une bando d√© rascas dans sa parodie de la fable de La Fontaine. Dans ce sens le mot a √©t√© pr√™t√© √† l’anglais rash « 1 :an eruption on the body, actinite 2 : a large number of instances in a short period <a rash of complaints> » et au breton rach.

rasco         rascassoun

R√Ęsco « cuscute ou epithyme ». Cette plante est un purgatif doux, on la donne pour les obstruction du foie¬† (S).¬† Ce sens de rasco est limit√© au Sud de la France. La¬† cuscute est¬† un « Plante parasite √† la tige gr√™le et rouge√Ętre, √† petites fleurs blanches ou ros√©es, r√©unies en petites grappes et ayant pour fruit une capsule √† deux loges. (Quasi-)synon. barbe de moine. » (TLF) Un visiteur aimable me signale un livre de Pouzolz, Flore du d√©partement du Gard. N√ģmes 1856-1862, qui donne les renseignements int√©ressants :

« CUSCUTE – CUSCUTA. – Cette plante parasite est connue sous les noms vulgaires de herbe-de-moine, cheveux-de-V√©nus, cheveux du diable, reche, rogne ; en patois rasqua. Elle est ap√©ritive, antiscorbutique; son suc est purgatif, inusit√©e. On la dit bonne contre les rhumatismes.
On la trouve aux environs du Vigan, de Lanuejols, elle manque dans la plaine; floraison juin-ao√Ľt.

Raque « bourbier, boue ». Ce sens ne se trouve que dans le Nord-Ouest de la France, en Flandres, Picardie, Normandie: rouchi d√©raquer « se retirer des boues ».

Rache « lie ». Fran√ßais rache « lie de goudron » (Larousse).

Rascas¬† « banc de pierres ». Languedocien rasc√°s « mur de sout√®nement le long d’un ruisseau », rascasso « une pierre ou chauss√©e de ruisseau & de ravin; sorte de mur de terrasse, ou soutenement fait avec de grosses pierres pos√©es de champ (sic), auquel on donne beaucoup de talut. On fait ces chauss√©es pour retenir la terre dans les ravins ou dans les ruisseaux des pays montagneux (S) ». Dans l’Aveyron enroscoss√° est « placer des pierres de chant en construisant un mur ».

Rach√©e « souche »¬† Fran√ßais rach√©e « souche coup√©e sur laquelle il repousse des rejetons ». Dans ce sens la notion « coup√© au ras du sol » est centrale. Au figur√© le sens est  » ce qui se trouve le plus bas », ou la  » France d’en-bas ».¬† Rascaille est attest√© depuis 1138 en anglonormand, racaille depuis 1190, raca√Įo, racailho en languedocien. Le mot a √©t√© emprunt√© par les parlers occitans.

Emprunt√© par l’anglais rascal ¬† « a mean, unprincipled, or dishonest person 2 : a mischievous person or animal « subst. et adj. Le sens du mot rascal s’est adouci; de nos jours rascal¬† ne se dit que d’enfants et¬† on peut le traduire par coquin,¬† polisson; old rascal (familier) « dr√īle » et nous sommes tout pr√®s du sens de la racine *radere « polir ».

pha
a little rascal phaphaphaun groupe de rascals

Ce n’est que dans ces significations tr√®s sp√©cifiques que la famille *rasicare a pu survivre. Son cousin *rasiculare > racler¬† par contre a la belle vie.¬†

Prairo, preveire

Prairo s.m. « praire = Mollusque lamellibranche du genre V√©nus, comestible, tr√®s r√©pandu sur les c√ītes m√©diterran√©ennes et oc√©anes. »(TLF). D’apr√®s Mistral c’est un « mollusque v√©nus » ou « un gros ventricule du cochon »; lou preire double est un mollusque d’un go√Ľt exquis le « venus verrucosa » qu’on trouve abondamment √† Toulon. Cette remarque explique peut-√™tre le dicton¬† lou praire fai lou laire « l’occasion fait le larron » ( Sauvages) . Dans l’article preire de Wilipedia, vous¬† trouverez le conseil suivant:

« Elle peut se manger crue en l’ouvrant avec un couteau. Pour ce faire, glisser une lame tr√®s fine par l’arri√®re, et faire glisser sur le c√īt√©. Cuite, elle est d√©licieuse au four avec un beurre d’ail. »

                                                                            

prairo √ė 4 cm minimum¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† preire¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†

Lou pr√®ire rouge « cardita sulcata » est un mollusque √† chair rouge » (M).¬† A Nice un baio-preire , litt√©ralement un « baise-pr√™tre », est le nom de plusieurs plantes √©pineuses.

L’√©tymologie est une forme du latin populaire previter qui doit provenir d’une¬†variante du bas latin *pr√©biter,*praebiter¬† du latin classique presbyter « pr√™tre » (TLF). Previter est attest√©e dans une inscription √† Velletri, une ville au sud de Rome. Il reste le probl√®me du genre: fran√ßais preire est f√©minin, occitan praire masculin. Cette¬† forme populaire previter a √©t√© conserv√©e en franco-proven√ßal et dans une partie du proven√ßal et du languedocien. Par exemple √† Barcelonette preire « pr√™tre » et au figur√© en Aussois (Savoie) pr√©re « punaise des champs » (de couleur noire comme les soutanes ?), proven√ßal preire « sorte de coquillage » (FEW IX, 358b).¬† Mais pour le FEW XXI, 268a le mot est d’origine inconnue.

Le latin classqiue presbyter qui  a abouti à  prestre en occitan. La première attestation vient de la Chanson de Ste Foy (1060). Anglais priest, Néerlandais priester, Allemand Priester. 

La m√™me racine latine presbyter, non pas au nominatif¬† (avec l’accent sur pres-) mais √† l’accusatif presbyterum (avec l’accent tonique sur -ter-) a abouti en occitan √† preveire « pr√™tre », et au figur√© en languedocien perbeire « gadus minutus » appel√© aussi capelan. Il doit y avoir une explication de ce transfert dans l’aspect physique de ce poisson.

perbeire-capelan

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