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Sàuse, sauset

Sàuse, sauset « saule » se prononçait en latin salix, salicem. L’étymologie n’est pas la même que celle du français saule qui est d’origine germanique : *salha « saule » (Cf.TLF saule).

Dans l’Ariège on utilise un dérivé sawzénko pour l’arbre et sawzinkédo pour la « saulaie ». En languedocien c’est une saousereda.

Dans le Sud-Ouest on a conservé un dérivé de salix qui existait déjà en latin classique salictum « saulaie »; de là le béarnais salheyt « grève plantée d’osiers ». Un dérivé en -ariu a donné en béarnais saliguè « saule », et enfin des dérivés en -icea > saletz , solès « saule » dans l’Aveyron, soléces « oseraies » dans le Cahors.

Dans le Gard et l’Hérault le « moineau » est désigné par un dérivé de salix : lou saouzin, à Toulouse il s’appelle saouzenat. D’après Alibert il  s’agirait du moineau friquet, passer montanus. (cf.Wikipedia). Le lien sémantique est peut-être la couleur des chatons?

             

Rabinar

Rabinar « brûler, griller »est devenu rabiner  en français régional.  « Passar lo gigòt dins la farina e lo rabinar dins l’uèli. « 

L’étymologie de ce mot est intéressante parce qu’elle montre que l’évolution sémantique peut être capricieuse .  L’histoire des différentes significations  est  bien plus intéressante  que le fait de savoir qu’il vient du latin rapina.

Le mot latin rapina  signifie « vol, pillage; action d’emporter (au propre et au figuré), et le verbe rapere  dont il est dérivé signifie « saisir vivement » également au propre et au figuré.    En ancien picard et en anglonormand nous retrouvons ce sens dans le mot ravine avec ce sens « vol ».  Le verbe anglais to raven « vivre de rapine; piller, dépouiller » et l’adjectif ravenos « vorace, féroce » vient de l’anglonormand.

Mais ailleurs c’est l’élément « impétueux, violent; force » qui a dominé et l’élément « vol, rapine » s’est perdu. Ainsi en ancien français ravine signifie « impétuosité, élan, violence » comme ancien occitan rabina et en occitan moderne le dérivé rabinos « impétueux, hargneux ». 

Déjà en  latin  cette notion de violence est appliquée au feu ou à la chaleur. Dans le Gafiot  rapere  est cité avec les sens « prendre feu rapidement » et  « prendre rapidement une couleur ».  En occitan  rabinar devient   « bruler, roussir, griller ».  En languedocien lo rabinel  sont des « lardons rissolés à la poêle » (Mistral).  Dans les Cévennes on appelle rabanelo ce qu’ailleurs est la castagnado. Cette évolution sémantique est limitée au provençal et à l’est-languedocien.  Une belle expression est citée par  l’abbé de Sauvages : un rabino-sardo  » un avare qui met si peu d’huile dans la poêle à frire les sardines qu’il les brule au lieu de les frire ». Le substantif rabina  est « ce qui reste attaché au fond d’une casserole quand le mets a pris trop de feu ».

rabanelo

Par contre appliquée à l’eau cela donne des ravines « pluies torrentielles » et par une évolution qui la cause à l’effet  « petit ravin creusé par un torrent » > » ravin creusé par les eaux » > « ravin » et le mot français ravin.  A La Canourgue rabino est « une pente lavée par des torrents ». Ravin  a été  emprunté par le néerlandais ravijn, anglais ravine « ravin ».

Ces évolutions sémantiques très spéciales ont laissé un vide, et le français comme l’occitan ont emprunté très tôt le mot latin rapina avec le sens « vol ». Pour Giraut de Bornelh , un troubadour limousin du XIIe siècle, un rapin est un « voleur » et en languedocien moderne à La Canourgue un « épervier » est un ausel de ropino, à Pézenas un rapino devient un « orfraie ».

                                                                                                          .                      

ausel de ropino l’épervier                    rapino « orfraie’.

Je n’ai pas d’explication pour la signification  « régal donné à l’occasion d’un baptême » de rabinosa.  Dans le site Ostal Joan Bodon  rabinosa = taulejada « banquet ». Si « banquet » est le sens d’origine, il est possible que ce sens s’est développé à partir du sens « grillade » et il fait partie du groupe rabinel.

Pétoule

Pétoule « crottes de chèvres, mouton, etc « , un joli petit mot connu dans les patois avec ce sens dans toute la Suisse romande, en vallée d’Aoste ainsi que dans le sud-est de la France: en Provence et en Languedoc jusqu’aux environs de Montpellier d’après nos sources.

Petoulo ou petouro comme on dit à Marseille est un mot dérivé du latin péditum « pet  » prononcé avec l’accent sur le e, le participe passé du verbe pedere, un verbe actif pour ainsi dire, qui n’a pas laissé de traces en français moderne. Peditum par contre est bien vivant dans presque toutes les langues romanes : italien peto, portugais peido, catalan et piémontais pet etc. Une forme qui ressemble beaucoup à notre mot occitan existe dans les patois wallons en Belgique: pétale avec la même signification  » crottes de mouton etc. « .
(Il serait intéressant de connaître les autres types lexicaux et leur répartition dans le domaine galloroman.)

Dans notre région avec un parler vivant d’autres mots ont été crée à partir de petoule, par exemple en provençal petouloun  » chose de peu d’importance  » et petoulié « olivier sauvage » parce que le fruit, très petit, ressemble à un crottin. Et ce dernier a même réussi à pénétrer dans le grand Larousse du XIXe siècle où nous trouvons le pétoulier, mais il a aussi vite disparu qu’il y est entré, c’était du vent.

Je retrouve cette notion  » quelque chose de peu d’importance ou de peu de valeur  » dans le même Larousse, qui cite Mme de Sévigné :
PÉTOFFE
s. f. (pé-to-fe). Fam. Affaire ridicule, querelle à propos de rien -.Votre santé, votre famille, vos moindres actions, vos sentiments, vos PETOFFES de Lambesc, c’est là ce qui me touche. (Mme de Sév.), et plus récent dans «  Le parler des métiers  » de Pierre Perret, Paris 2002 : pétard  » veau maigre et de qualité inférieure  » qui fait partie du vocabulaire des bouchers.

Les expressions et les mots à base de peditum sont très nombreux en langue d’oc comme en langue d’oïl. Je me restreins à quelques exemples provenant de nos parlers.
Dans le Larzac un petelóu  » un petit morceau de ce qu’on mange  » ( au MacDo?),  en provençal un petouliè est un » endroit où les lapins viennent fienter « , mais attention, à Aix en Provence un petouié est un  » gîte « !
A la Grande Combe un pètouillon est  » un homme qui perd son temps à des choses futiles « .
A Valleraugue le  pétadou est  » la mèche de fouet « .
Un visiteur m’écrit : Dans la conversation, elle [sa mère] m’a dit à propos de certains médicaments :   « Ca fait pétoule en trois actes !! » Pour dire qu’ils n’avaient aucun effet.

Parmi les nombreux dérivés et composés nous trouvons quatre grands groupes de significations, en dehors des sens directement liés au sens  » pet « , même si parfois il n’est pas facile de comprendre ce lien, comme par exemple le mot français rouspéter. (Eh oui!). Par exemple, je ne sais à quel sens se rapporte le petoulet suivant (il s’agit de Maurice Traintignant) :


Le « petoulet » pour les amis

Un visiteur le fait parvenir l’explication de ce surnom

J’ai trouvé cette explication (donnée sous réserves…) de « pétoulet ».
L’histoire semble plausible…
Pour participer à la première course de l’après la guerre (le 9 septembre au Bois de Boulogne), il ressort sa Bugatti, qu’il avait caché dans une grange. Malheureusement pour lui, sa voiture à des problèmes d’alimentation. C’est en cherchant la cause de ses tracas que Trintignant découvre des « pétoules » (crottes de rat) dans le réservoir. Il reçoit alors ce surnom de « Pétoulet ».

1. Des mots qui désignent des vessies d’animaux comme aveyronnais petorèlo et de là aveyronnais  » se dit de l’eau quand  des bulles se forment  à la surface sous la pluie « .

Peut-être faut-il ajouter le petadou ‘un tambour à friction’, avec l’accent sur le -ou. D’après les Niçois l’accent sur le -a- ferait trop italien…..Voir le site ZICTRAD

2. Des noms de plantes ou de fruits: à Tarascon petaréou  » bigarreau  » et d’après le dictionnaire de Mistral en languedocien petiè  » micocoulier « . Dans l’Ardèche et dans le Gard pétofron « digitale », parce que les enfants font éclater les fleurs sur leurs fronts. Dans le Gard on dit aussi petarélo. Enfin il y a le petavin  » mûre de la ronce  » attesté dans un texte avignonnais de 1646.


1.petaréou 2.petiè 3.pétofron

3.Le clifoire d’enfant. Les gosses ne jouent plus à cela, mais autrefois, avant la télé, ils s’amusaient avec des tiges de sureau dans lesquelles ils montaient un petit piston et avec lesquelles ils lançaient de l’eau comme avec une seringue. En français au XVIIIe siècle, cela s’appelait une canne-pétoire. Dans un dictionnaire du patois d’Alès cela s’appelle un petarino; une autre forme utilisée dans le Gard petaroutié.

4. Le roitelet, languedocien petouso.

C’est un mot qui  a été propagé à partir de la Provence. Dans la région lyonnaise c’est la forme rei peteret qui est dominante. Pourquoi le roitelet? C’est un tout petit oiseau et il y a une très vieille légende que les frères Grimm nous racontent ainsi :

En format PDF. Lou petoulo roi des oiseaux

Parpalhon

Parpalhon « papillon », représente le latin papilionem. La forme avec insertion d’un -r- occupe un large territoire qui relie le nord de l’Italie, le catalan et le galloroman  jusqu’à la Loire.  Le mot a été prêté au français  où parpaillaud désigne  les  « huguenots, calvinistes » par allusion à une espèce de chemise dont les protestants firent usage en Gascogne, dans une sortie, pendant le siège de Nérac (en 1620). Pierre Larousse consacre plusieurs colonnes à cette étymologie  et énumère les différentes propositions, tout en concluant :

« L’étymologie tirée de parpaillot « papillon » est la plus plausible et paraît avoir été adoptée très anciennement, témoin cette chanson poitevine, contemporaine des guerres de religion :

Qu’ils sont gens de peu de cervelle
Ces malotrus de parpaillaux,
De se brûler à la chandelle
Après qu’ils ont fait tant de maux!

Pour les intéressés, je joins la page concernée de l’Encyclopédie de Pierre Larousse en format PDF

Un visiteur me signale une réinterprétation populaire: « Selon un ami protestant des Cevennes, on appelait les protestants « parpaillous » parce qu’ils se réunissaient la nuit comme les papillons de nuit. ».

Honorat donne dans son dictionnaire une troisième variante, que vous pouvez lire dans le site de Georges Mathon,Parpaillot

A Barre en Cévennes (Lozère) lou parpalhou est le « billet de banque » ( comme en français le papillon qu’il faut joindre au règlement de certaines factures). Dans le Gard le même mot désigne le « grimpereau de murailles » d’après Rolland, Faune. Le grimpereau est un tout petit oiseau constamment en mouvement..


Deux parpalhous Un visiteur me signale que celui de gauche est un grimpereau des jardins et celui de droite un grimpereau des murailles.

Guit, guita 'canard, canne'

Guit s.m. »canard, canard gras », guita s. f. »cane » ; guiteta « petite cane » , guiton « caneton ».  Pour la répartition géographique voir le   Thesoc : guit    HAUTE-GARONNE  GERS, GIRONDE, LANDES, LOT-ET-GARONNE, PYRENEES-ATLANTIQUES, HAUTES-PYRENEES, TARN, TARN-ET-GARONNE. En cliquant sur ces liens vous verrez immédiatement les formes locales de chaque département.

D’après le FEW (IV,138b) il s’agit d’une onomatopée utilisée en Gascogne pour appeler les canards, les chèvres (geta dans le Val di Ledro, et giding en Ligurie Italie), ou les poules ( quite quite à Provins (Seine-et-Marne). Pour les attestations cliquez ici.. La zone gasconne guit continue dans le Nord de la péninsule ibérique, aragones gita, gito (Hecho, Aragues) (source Z). En dehors des langues romanes, par exemple en Souabe (Allemagne) gitz est aussi  utilisé pour appeler les canards.

Un visiteur me signale les mots celtiques suivants ; Bret. gwaz, oie; corn. goth (vx guit), gall. gwydd (moyen gall. guit); irl. géadh (vx géd); < celt. *gegda. (Dict. étym. du bret.). La répartition géographique, notamment la zone aragonaise que les Celtes n’ont jamais habitée exclut une étymologie celtique, mais les formes celtes données par mon visiteur montrent que le même procédé peut se produire partout.

D’après le DEAF G 1672  les mots béarnais guitoù  « fainéant »,   guit  « cheval qui rue », enguitouní-s  « devenir fainéant, tomber dans le vice (d’une femme) » et guitèro « paresse » (Foix), comme le catalan guit,  guitó  et l’espagnol  guitón appartiennent à la même famille et sont à séparer de l’ancien français guiton « jeune garçon, valet » qui appartient à une famille de mots d’origine germanique *wiht « fainéant ». (FEW 17, 582b).

Dans le site de La vieille chouette » vous trouverez toutes les informations et bien plus sur la cuisine locale et régionale de Montauban. Pour elle le Guit n’est pas une marchandise:

guit : la canard gras … le vrai, celui qui a couru tout seul rejoindre la fermière assise sur sa caisse de bois . C’est qu’il aimait se faire câliner le « col » ( le cou) cet animal lorsqu’elle lui « entonnait » la « gavette » ! Et comme il était déçu , si n’ayant pas assez bien digéré aux yeux de sa gaveuse, elle le renvoyait jusqu’au lendemain