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sansogno ‘cornemuse’

SansĂŽgno « cornemuse; chant monotone et intermittent »Â  vient du grecÂ ÏƒÏ…ÎŒÏ†ÎżÎœÎčα (symphonia)  « concert » dans le sens le plus large possible. Zambonha ‘concert’, zambonhaire ‘musicien’ ont a mĂȘme origine.  Cette forme du mot nous est venu de l’Italie du Nord.  L’Ă©volution sĂ©mantique de « concert »Â  vers « instrument de musique s’est produit trĂšs tĂŽt au IIIe siĂšcle.  La forme sampogna  se trouve dĂ©jĂ  en ancien italien chez Dante et nous le retrouvons dans les parlers du Nord de l’Italie et dans les Alpes.

Dans les parlers occitans existe une grande variété de formes et de sens. Je cite les principaux:

  • ChampĂČrgna Ă  Barcelonnette  »Â  lyre de fer qu’on fait sonner entre les dents »,  champĂČrni « guimbarde » Marseille, zambougnaire « joueur de vielle » Ă  AlĂšs.
  • samphogno « orgue de Barbarie » Ă  Limoges
  • fanfouniĂ  « faire rĂ©sonner de bois, du mĂ©tal ou du papier comme si l’on jouait de la mandoline » provençal
  • founfonĂ­ « mandoline (vieux), objets d’amusement des enfants » provençal
  • sansogno  « cornemuse », sansougnariĂ© « rĂ©pĂ©tition monotone, radotage » Ă  Montpellier.

Vous trouverez plus de formes et de sens dans le FEW XII, 489  ainsi que des explications sur la naissance de toutes ces formes Ă  la fin de l’article du FEW.

cornemuse Grand

 

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqu...

Simbel, « appelant » mais aussi « abruti, fou, emmerdeur (CovĂšs, SĂšte Ă  dire).  Alibert  l’Ă©crit cimbĂšl.

La graphie  cimbĂšl imposĂ©e par les Occitanistes, pourrait ĂȘtre l’occasion d’un dĂ©bat sur l’ORTHOGRAPHE de l’occitan.  Alibert nous fournit mĂȘme 3 graphies diffĂ©rentes suivant le sens du mot :

  • cimbala « cymbale »,
  • cimbel  » ligne, signal, enseigne’ Toulouse, CĂ©vennes; appeau, clochette, pour bĂȘtes Ă  cornes. » Rouergue «  »taureau conducteur »; au figurĂ©  » cause sujet, occasion » Far cimbĂšl « ĂȘtre dans l’attente ».
  • cimbol  « clochette, grelot ».

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.

La justification de la graphie avec c- est l’Ă©tymologie cymbalum, mais pourquoi pas cymbel ?

Pour toutes les significations que cymbalum « cymbale » a prises  principalement dans les parlers occitans voir le FEW II, 1611.  lien direct.  Les sens  fournis par CovĂšs donnĂ©s ci-dessus, n’y sont pas. Il doit s’agir d’une Ă©volution locale, suggĂ©rĂ©e par le mot simplet ??

Abraser ‘brĂ»ler’

Abraser « foncer en parlant d’un chauffard;  mettre le paquet, insister (au sujet d’une femme);  brĂ»ler  (en parlant d’un alcool, du piment). »   Raymond CovĂšs, SĂšte Ă  dire. Montpellier, 1995 suggĂšre l’Ă©tymologie abrasif et traduit  « cogner » en parlant d’un alcool, mais l’occitan abrasar vient d’une racine germanique *bras « charbon ardent », que nous retrouvons dans toutes les langue romanes, Ă  l’exception du roumain. Il est vrai que l’Ă©lĂ©ment *bras ne se trouve que dans les langues scandinaves, mais l’anciennetĂ© des attestations dans les langues romanes, permet de supposer qu’il a aussi existĂ© en gotique. FEW XV/1, 257

Le composĂ© abrazar signifie en ancien occitan  « remplir d’ardeur » : Dinz el cor me nais la flama / Q’eis per la boch’ en chantan, / Don domnas e druz abras.  ou « brĂ»ler d’ardeur »:  Abrazar e cremar / Mi fai cum fuecs carbo. (Voir les trĂšs nombreux exemples dans le Dictionnaire de l’Occitan MĂ©diĂ©val.) Le deuxiĂšme sens donnĂ© par CovĂšs  « mettre le paquet »Â  « Vas y, abrase cousi! » montre que l’ardeur des troubadours est toujours vivante Ă  SĂšte.

abrase_troubadours

Est-ce que Gustav Klimt a connu cette miniature ?

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Le dernier troubadour de SÚte a chanté Les amoureux des bancs publiques

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En occitan moderne abrasa a surtout le sens concret « mettre des braises, embraser » ( Mistral).  D’aprĂšs  CovĂšs il est vivant dans le français rĂ©gional  Ă  SĂšte et environs, avec des emplois figurĂ©s originaux, qui s’expliquent tous Ă  partir de la notion « embraser, mettre le feu ». Le sens concret « brĂ»ler » se retrouve dans le dernier exemple de CovĂšs :

Aouf. Il abrase  quicon, ce cognac !

NouvĂš, Nau, Nadau, Nadal

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Nouve(l) « NoĂ«l ». Le mot courant pour NoĂ«l en provençal et est-languedocien est Calenda. Pourtant il y a pas mal d’attestations de NouvĂš,  e.a. dans le TrĂ©sor de Mistal :

L’Ă©tymologie est l’adjectif latin natalis « relatif Ă  al naissance » qui Ă©tait Ă©galement utilisĂ© comme substantif avec le sens « jour de naissance, anniversaire ». Dans la langue de l’Église le sens est devenu « le jour de la naissance de JĂ©sus ». Nous le retrouvons en italien natale, catalan nadal, portugais natal et en galloroman principalement dans le Nord jusqu’Ă  la Loire et dans l’Ouest du domaine occitan. (Cliquez sur  la carte)Il y une belle carte des noms de NoĂ«l :  Nau, Nadau, Nadal, NouvĂ©, Chalendes  dans le livre de  Lectures de l’ALF ((Voir Source, s.v. ALF), qui ne donne pas les mĂȘmes rĂ©sultats, en particulier pour Calendas,  malgrĂ© le fait que la source est identique.  Il faudra vĂ©rifier avec l’ALF.

Nous trouvons dans le Gard, à AlÚs  nadàou, St-Jean du Gard, Valleraugue nadal, etc. Voir aussi le Thesoc, qui atteste nadal dans pas mal de départements 1

Natalis a abouti dans la rĂ©gion parisienne Ă  une forme avec -o- ancien français noĂ©, nouvel, probablement par dissimilation des deux -a-, et dans de nombreux dialectes la forme parisienne a supplantĂ© la forme indigĂšne nadal. Cette invasion est de date relativement rĂ©cente. Cecii est illustrĂ© par une comparaison des donnĂ©es de l’Atlas Linguistique de la France (1908-1910), avec celles des dictionnaires plus anciens. En Provence, la forme NoĂ«l est plus ancienne et dĂ©signe la « cantique populaire, chantĂ© le jour de NoĂ«l; l’air de cette cantique », attestĂ© depuis Cotgrave 1611.

Un nouĂ«l Ă©tait aussi le « cri de rĂ©jouissance que poussait le peuple Ă  la naissance d’un prince, etc. ». Cela ne se fait plus de nos jours!

Le mot nouĂ«l, nouvelet « refrain ou chorus d’un chant de NoĂ«l ». Cliquez ci-dessous:  le  NouvĂ© 35 de Saboly.

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Notes
  1. ARIEGE, CORREZE, CREUSE, DORDOGNE, GERS, GIRONDE, HAUTE-GARONNE, HAUTE-VIENNE, HAUTES-PYRENEES, INDRE, LANDES, LOT-ET-GARONNE, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE), PUY-DE-DOME, PYRENEES-ATLANTIQUES, TARN-ET-GARONNE.

Fougnar

Fougna,  fonhar a deux significations  en occitan 1. « pousser, cogner, soulever, presser » etc. 2. « bouder,  faire la tĂȘte ». Le composĂ© fougne-merde prouve que le verbe languedocien fougna a (eu) deux sens

  • 1) fouiller, fureter, pĂ©joratif ou parlant des animaux
  • 2) grogner, bouder. .
Il représente un verbe latin*fundiare « fouiller la terre  (en parlant du sanglier) » dérivé du latin fundus « fond ; terre ».

Le sens « fouiller » est attestĂ© Ă  Nice et dans le dictionnaire d’Alibert s.v. fonhar « pousser, cogner, soulever, fouiller ». On le retrouve dans le Nord-est de la France et en Wallonie.

Le sens « bouder » est issu du premier par la comparaison d’un animal qui fouille la terre aux joues gonflĂ©es d’une personne qui boude. Fougner en français .rĂ©grĂ©gional (Lhubac). Il  se trouve en Normandie, Le Maine, Poitou, Franche-ComtĂ©, en provençal et en est-languedocien : par ex. AlĂšs « faire grise mine », jusqu’en Velay et au PĂ©rigord, mais pas en gascon.

. Se fougner veut dire « s’Ă©viter » : « Toutefois Ă  certaines occasions… on se fougnait » (Domergue p.161). Fougna  est Ă  l’origine de nombreux dĂ©rivĂ©s comme fougnaire « boudeur »  et de

Fougnarello « ancienne danse provençale mentionnĂ© par C.Brueys » (Mistral, mais il m’est impossible de retrouver le passage exact. Il n’est pas impossible qu’il s’agit d’un mot « fantĂŽme », mais il me permet une petite excursion dans le moinde de la danse et de la musique[1.Vu les liens Ă©troits entre la Provence et la GrĂšce avant l’arrivĂ©e des Romains, il est intĂ©ressant de noter que cette danse provençale correspond Ă  l’AngrismĂšne  une danse  qui est toujours trĂšs populaire en GrĂšce et cela depuis l’AntiquitĂ©. ]).

Ce dĂ©rivĂ©.  de fougna « bouder ». « La Fougnarello (“Boudeuse”)  paraĂźt se rattacher au mythe de la Mort de l’Hiver  qui ressemble Ă  l’AngrismĂšne des Grecs et Ă  la FachĂ©e française ». (Christian Mandon ‘L’origine de l’arbre de mai’ A paraĂźtre). Cette danse est exĂ©cutĂ©e en honneur de VĂ©nus.


CorĂ© d’Eutydichos dite « Boudeuse »,

Il y a aussi un ballet dont Stravisky a composĂ© la musique. Dans La FĂąchĂ©e les acteurs dansent  l’histoire d’une belle qui refuse les avances d’un amant.  Quand, dĂ©sespĂ©rĂ©, il tente de se suicider, elle accourt et tout finit bien. L’histoire complĂšte de cette danse  se trouve dans le site : http://www.streetswing.com/histmain/z3angry.htm  (en anglais).

 

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