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Veri, verin "venin, poison"

Veri¬†¬† « venin; poison »¬† (Sauvages S1) vient du latin venenum « toute esp√®ce de drogue; poison; breuvage magique; teinture »1 . En proven√ßal et est-languedocien verin¬† signifie au figur√© « haine; rage, d√©pit’.

venin     poison

Le plus int√©ressant est le fait que l’abb√© explique aux Languedociens qu’en fran√ßais on dit venin¬† des animaux et le poison qu’on tire des plantes et des min√©raux. Cette distinction n’existait donc¬† pas en languedocien √† son √©poque.¬† Ce n’est qu’en lisant cette remarque que je me suis rendu compte qu’elle n’est pas universelle d’ailleurs.¬† En allemand les deux sont Gift, en n√©erlandais¬† gift, en espagnol veneno, mais l’anglais distingue bien le venom¬† du poison.

En occitan comme en fran√ßais le mot a gard√© toutes les significations du latin¬† jusqu’√† la fin de Moyen Age. A partir du XIVe si√®cle, le sens de venin se restreint en fran√ßais en tout cas. La remarque de l’abb√© de Sauvages montre que¬† le Languedocien n’avait pas encore suivi Paris.¬† Il parle du v√©ri d√© nouz√© le « brou de noix » et il √©crit que ce veri √©tait¬† utilis√© pour faire sortir de vers de la terre en jetant¬† une d√©coction¬† √† terre.

Le plus remarquable est le fait que dans¬† veri¬† d√© nouz√©, v√©ri¬† a gard√© le sens du latin venenum« teinture ».

Ci-dessous une noix dans son brou éclaté. On extrait de cette enveloppe une teinture (le brou de noix) utilisée notamment en peinture (lavis) et en menuiserie. (Wikipedia)

     

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Notes
  1. Selon Douglas Harper, le sens originel de venenum ¬† serait¬† « potion d’amour » et li√© √† venus¬† « amour √©rotique ».

Paradelle "oseille des champs"

Paradelle¬† « oseille des champs, rumex des pr√©s » Un visiteur m’√©crit:

¬†je me souviens aussi qu’ils (les gens de Brive-la-Gaillarde) appelaient les Rumex dans les pr√©s padarelles ou paradelles. Quand j’ai demand√© si c’√©tait l’un ou l’autre, on m’a r√©pondu : c’est pareil…

En fran√ßais cette plante s’appelait autrefois¬† parelle « Plante fort commune, & qui cro√ģt par-tout dans les terres incultes. Ses feuilles ressemblent √† celles de l’oseille, mais elles sont plus longues. Sa racine est grosse comme le doigt, jaune & d’un go√Ľt amer. On l’emploie contre la jaunisse, le scorbut, & les maladies de la peau.  »¬† Ce nom a disparu depuis le XVIIIe si√®cle.¬† La d√©finition donn√©e ici vient de la 4e √©dition du Dictionnaire de l’Acad√©mie fran√ßaise (1762) s.v. patience vers lequel il renvoie sous parelle.

Etymologie. Une premi√®re attestation date du Xe si√®cle et se trouve¬† dans un glossaire qui explique des mots difficiles¬† 1: lapacinum parada. Lapacinum¬† est une sorte d’oseille. Dans mon dictionnaire latin est mentionn√© lapathium « patience, sorte d’oseille’ et lapathum¬† du grec¬†őĽőĪŌÄőĪőłőŅőĹ de¬†őĽőĪŌÄőĪő∂őĶőĻőĹ « rel√Ęcher le ventre »; le¬†lapathum « patience »¬† est un rem√®de pour les estomacs fatigu√©s.¬† J’en parle parce que d’apr√®s une recette de grand-m√®re¬† les paradelles ont des propri√©t√©s purgatives et remin√©ralisantes.¬† Le TLF √©crit s.v. patience « Plante voisine de l’oseille (rumex vulgaris) utilis√©e pour ses propri√©t√©s toniques et d√©puratives. » D’autres patiences sont utilis√©es dans l’hom√©opathie et la phytoth√©rapie.¬† Ces connaissances nous viennent de loin! Le sens du mot grec le prouve.¬† Dans une note le FEW cite le m√©decin italien Matteo Silvatico (1285-1342) qui dans son Opus Pandectarum Medicinae d√©crit entre autres les bienfaits du lapathium.¬† Le fait qu’il √©crit lapatium … vel parella prouverait que¬† Matteo Silvatico¬† est pass√© par l’Universit√© de Montpellier parce que le mot parella¬† est inconnu en Italie.¬†¬† J’ai cherch√© (longtemps) le texte de Silvatico et je l’ai trouv√©! Je suis toujours √©merveill√© par les v√©rifications qu’on peut faire gr√Ęce √† Internet.¬† Ici vous trouverez la page de¬† Silvatico_parella de l’√©dition de 1526. C’est la chap√ģtre ccclxxvii (337).

Le jardin botanique de Matteo Silvatico

A partir de parada¬† a √©t√© form√©¬† un d√©riv√© *paratella qui n’est pas attest√© en latin classique, mais¬† il se trouve¬† dans des textes en latin m√©di√©val d√®s le XIIIe si√®cle.¬†¬† Le type paradelle¬† est r√©pandu dans tout le domaine d’o√Įl, dans l’ouest de l’occitan,¬† en catalan paradella, panadella¬† et dans des parlers flamands n√©erlandais¬† pardelle.

Les formes occitanes sont assez disparates: paradelo, panadelo (Castres), porod√®lo, pory√®lo, padriel, et m√™me un pornozy√©lo¬† √† Meyronne (Lot). Les habitants de Brive-la-Gaillarde avaient donc raison. Le¬† Thesoc ne¬† conna√ģt pas le type paradelle,¬† mais atteste une ¬† forme sanadelles qui a d√Ľ na√ģtre gr√Ęce √† l’emploi de la plante dans la m√©decine populaire.

Les vari√©t√©s de rumex¬† d√©sign√©es par le type paratella¬†¬† sont en g√©n√©ral celles qui,¬† h√Ęch√©es et cuites, servaient¬† comme aliments pour les animaux.¬† Ce qui ne se fait plus du tout.¬† La plante pose plut√īt de gros probl√®mes.

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Notes
  1. Le vol.3 du Corpus Glossariorum Latinorum publié par Georg Götz; Leipzig 1888-1901,  est consultable sur Internet Archiv

Ronha

Ronha¬† « gale inv√©t√©r√©e », vient d’un tr√®s ancien *roneo « √©gratignure », probablement une transformation de aranea « √©gratignure » sous l’influence du verbe rodere « rogner ».

Le mot est vivant dans toutes les langues romanes : italien rogna « √©gratignure », catalan ronya « idem », espagnol ro√Īa, portugais ronha. En fran√ßais r√©gional l’adjectif rougnous signifie « galeux, sale » d√©j√† attest√© en ancien occitan ronhos « raboteux ».

Ronha¬† « balayures, d√©bris » voir rougnes.

 

faouterna, foterla

Faouterna « aristoloche » (Montagnac), foterla s.f. « aristoloche cl√©matite » (BotaniqueArles).

Far fauterna « troubler la vue »¬† √† Agde d’apr√®s Alibert.¬† Comme le lien s√©mantique n’est pas clair, je ne sais s’il s’agit du m√™me mot. D’apr√®s Mistral¬† fauterno est une variante languedocienne de farfantello.

Le mot falterna « arristoloche » apparait pour la premi√®re fois dans un Dynamidia¬† du¬† Xe si√®cle,¬† un genre de guide m√©dical¬† sur utilisation des plantes . Ensuite il y a quelques attestations m√©di√©vales de la r√©gion picarde, normande et wallonne,¬† mais pour les parlers modernes les attestations viennent surtout du domaine occitan.¬† La premi√®re date de 1355.

On n’ aucune id√©e de l’origine de ce mot. Il n’y a aucune trace de falterna¬†¬† en dehors des parlers galloromans.¬† En googlant j’ai trouv√© 3 suggestions :

Eras, quan plou et iverna
e fresca aura e buerna
s’atrai e chai e despuelha la verna,
fas sirventes per esquerna
d’amor, qu’enaissi s’enferna
que las joves an levad’a taverna.
Tant an apres de falterna
que lur cons vendon a terna:
plus son arden non es lums en lanterna.
10 Domnas tozas,   sofrachozas,   la vera paterna
vos cofonda,   e·us rebonda   selh que·l mon governa!
Qu’en Jausbertz   non es tan certz,   per los sanhs de Palerna,
qu’el pantais   del pel no·i lais,   si sec la vostr’esterna.

Si je comprends bien le texte¬† falterna¬† veut dire ici « voir trouble, sont aveugl√© ».¬† Faux! Heureusement j’ai demand√© au prof. G√©rard Gouiran de m’√©clairer. Il a retrouv√© son article cit√© dans la note en bas de cette page, o√Ļ il avait √©crit:

Or cette plante passait au Moyen √āge pour aider √† l'accouchement.
On lit en effet, dans le Livre des simples medecines (ms. British Museum
Sloane 3525, 118 v¬įa) que R. Arveiller m'a fait l'amiti√© de transcrire :
Por delivrer la feme de sa porteure, prennez la racine d'aristologe et cuisiez la en vin et en huile et faites laver la feme del nombril desi as quisses. La racine doit estre cuillie quant i n'i a ne foille ne flor ; et la foille et la flor, quant elle i est, par ce qu'eles traient tote la force a eus.
On peut également songer aux vertus toniques et emménagogues
reconnues à cette plante. Au lecteur de choisir laquelle de ces propriétés
convient le mieux ici.

Il conclut aujourd’hui : « Je suppose que j’avais d√Ľ parler de ce passage √† mon tr√®s regrett√© ma√ģtre Arveiller, qui √©tait tr√®s fort sur le vocabulaire de la botanique et il faut bien dire que, si l’on attribuait √† l’aristoloche la vertu (si j’ose dire!) de faire avorter, il ne me semble pas n√©cessaire de chercher autre chose. » Falterna_G√©rard Gouiran (texte complet de sa lettre)

D√©j√† l’abb√© de Sauvages¬† avait √©crit pudiquement¬† qu’il y a deux esp√®ces, une avec des fleurs jaunes p√Ęle appel√©e¬† sarasine, et la seconde est ¬† « l’aristoloche ronde »; on l’emploie pour les maladies de femmes.¬†¬† Mais elle est tr√®s toxique:

l’Aristoloche cl√©matite poss√®de de l’acide aristolochique au niveau de ses parties souterraines. Cette mol√©cule est toxique pour l’homme avec de multiples cons√©quences. (Wikipedia). Plus dans l’article en catalan:¬† Tinguda des de l’antiguitat s√ļtilitzaven algunes esp√®cies com a planta medicinal basant-se en la teoria del signe. √Čs, per√≤ una planta t√≤xica i cal extremar la precuci√≥ en qualsevol √ļs que es faci. La bellesa de les seves flors en fan una planta de jardineria. (Wikipedia catalan).

Sur la th√©orie des signatures, dont je parle √† propos de plusieurs plantes et leurs utilisations, voir l’article dans Wikipedia fran√ßais et les autres langues.

Le fait que faouterna « aristoloche »¬† appara√ģt dans¬† le glossaire d’un viticulteur de Montagnac¬†s’explique par le fait qu’il faut √©viter d’en mettre avec les raisins, parce qu’il donne un go√Ľt √Ęcre au vin.

Le nom faouterno¬† a √©t√© transf√©r√©¬† √† la « morelle » en Loz√®re et dans l’H√©rault,¬† et¬† √† la fumeterre dans le Gard. Il s’agit peut-√™tre d’erreurs?

        

Morelle (Solanum ambosinum)     Fumeterre

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[1.Edizioni critiche: William P. Shepard, ¬ęA Proven√ßal d√©bat on Youth and Age in Women¬Ľ, Modern Philology, 29, 1931, pp. 149-161, a p. 151; Fortunata Latella, ¬ęUn indiscusso caso di intertestualit√† trobadorica¬Ľ, Pluteus, 6-7, 1988-9, pp. 45-65, a p. 58. G√©rard Gouiran, ¬ęLe cycle de la bataille des jeunes et des vieilles¬Ľ, in Per Robert Lafont: estudis of√®rts √† Robert Lafont per sos coll√®gas e amics, Montpelhi√®r-N√ģmes 1990, pp. 109-133, a p. 127; John H. Marshall, ¬ęLes jeunes femmes et les vieilles: une tenso (PC 88.2 =173.5) et un √©change de sirventes (PC 173.1 + 88.1)¬Ľ, in Il miglior fabbro. M√©langes de langue et litt√©rature occitanes en hommage √† Pierre Bec, par ses amis, ses coll√®gues, ses √©l√®ves, Poitiers 1991, pp. 325-338, a p. 333.]

Floron

Floron « furoncle », flouroun, fleuron (Andolfi). vient du latin furunculus « furoncle », avec m√©tath√®se du -l-, probablement sous l’influence du mot flour « fleur ».¬† Floron ¬† est commun √† l’occitan, le catalan floronc et le pi√©montais fioron.

 

flor et floron

D’apr√®s le TLFs.v. furoncle il y a eu en ancien fran√ßais une forme floroncle sous l’influence de l’ancien occitan floronc. L’effet de¬† l‘√©tymologie populaire qui veut toujours « motiver » les mots, c’est √† dire donner un sens √† la forme,¬† furoncle a chang√© de famille. Latin ferunculus signifiait « abc√®s « , sens issu par analogie de celui de ¬ę bouton, bosse de la vigne; sarment sauvage (qui d√©robe la s√®ve aux tiges principales) ¬Ľ, diminutif . du bas latin furo,-onis pris au sens de ¬ę voleur ¬Ľ. Voir¬† furo « furet ». La forme n’etant plus comprise, et par ressemblance √† certaines « fleurs » on a¬† transform√© un¬† voleur en¬† une petite fleur : florem.

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