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Clavelada "raie bouclée; potasse"

Clavelado « raia clavata » ou « raie bouclée » est l’espèce la plus importante de cette famille pour la pêche.  Etymologie :  clavelada  est dérivé de clavellus  « petit clou ». Une image explique le nom occitan et latin. Clavada  est attestée en provençal et languedocien, depuis 1373.

clavada

Il y a aussi le cendra clavelada.  « potasse d’une qualité supérieure tirée de la lie de vin séchée et calcinée à l’usage des teinturiers ». L’étymologie est la même, mais je n’ai pas trouvé d’images. L’attestation en ancien occitan senres claveladas , Albi 1200, précède celle de l’ancien français. 1280.

En feuilletant le Cartulaire de Mirepoix,p.233,  je vois qu’en 1343 à Mirepoix la cendre clavelée est lourdement  taxée:  2 deniers par quintal pour le vendeur, l’acheteur et le transporteur.  Cendres clavelées?  des cendres avec des clous?

Le TLF traduit « cendres gravelées »  comme  des « cendre faite de lie de vin ».  Gravelée  a remplacé un plus ancien clavelée  dérivé de clavel  « clou,  pointe »,  la surface semblant garnie de pointes, et me renvoie vers sa source,  le FEW t. 2, p. 758a et 759, note 3.

 

gravelée ou gravelle

Ce qui suit devrait intéresser les archéologues-chimistes.  Par contre si c’est l’histoire de la médecine qui vous intéresse, il faut suivre le lien vers  Bertrand de Gordon (Wiki)  et son  Lilium Medicinae (Gallica) qui utilise la cendre de claveleure.

L’Encyclopédie de Diderot me renseigne:

CENDRES GRAVELEES, (Chimie) elles se font avec de la lie de vin : voici suivant M. Lemery la façon dont on s’y prend. Les Vinaigriers séparent par expression la partie la plus liquide de la lie de vin, dont ils se servent pour faire le vinaigre ; du marc qui leur reste, ils forment des pains ou gâteaux qu’ils font sécher, cette lie ainsi séchée se nomme gravelle ou gravelée : ils la brûlent ou calcinent à feu découvert dans des creux qu’ils font en terre, & pour lors on lui donne le nom de cendres gravelées. Pour qu’elles soient bonnes, elles doivent être d’un blanc verdâtre, en morceaux, avoir été nouvellement faites, & être d’un goût fort acre & fort caustique. L’on s’en sert dans les teintures pour préparer les laines ou les étoffes à recevoir la couleur qu’on veut leur donner. Voyez TEINTURE. On les employe aussi à cause de leur causticité dans la composition de la pierre à cautere, qui se fait avec une partie de chaux vive, & deux parties de cendres gravelées. Voyez CAUTERE.

cendres gravelées

Potasse calcinée

Dans le Nord où le bois est fort abondant on en brûle exprès ainsi que beaucoup déplantes pour retirer de leurs cendres un alkali assez fort mais très impur que l on nomme Potasse Voyez ce mot Cet alkali est toujours très phlogistiqué & contient beaucoup des matières salines étrangères dont on a parlé On emploie la potasse aux usages dont nous venons de parler les Teinturiers s en servent aussi dans quelques unes de leurs opérations On peut purifier le sel de la potasse par les moyens dont on vient de parler & en faire un assez bon alkali Le marc & la lie de vin desséchée que l on nomme gravelle étant brûlés laissent une cendre très riche en sel alkali que l on appelle cendre gravelée Cet alkali est non seulement fort abondant mais encore lorsque les matières qui le fournissent font brûlées proprement & avec attention il est le plus pur de tous ceux qui font dans le commerce s il contient du fer c est en quantité insensible & il est naturellement exempt du mélange des sels étrangers Aussi les teinturiers & autres manufacturiers dont les opérations exigent un alkali pur préfèrent la cendre gravelée aux autres cendres alkalines (Source)

 

 

Bouisserola "raisin d'ours"

Bouisserola « raison d’ours » ou « busserole, bousserole »  en français qui a  emprunté ce dernier à l’occitan à la fin du XVIIIe siècle. Le nom courant en français est « raisin d’ours ».  Le nom  botanique est arctostaphylos officinalis. Etymologie : bouisserola est  dérivé  de bouisso « touffe, branche de buis » un  dérivé de bouis  « buis » buxus en latin.

Pouzolzdonne une description exhaustive dans le tome 2 de sa
Flore du département du Gard :

qu’il termine ainsi:

Les feuilles de la busserole sont encore utilisées en phytothérapie et en homéopathie, mais pour d’autres maladies.

Un bouissiero  est un « lieu planté de buis », nom qu’on retrouve dans de nombreux toponymes. Quelques exemples tirés de  Longnon:

La toponymie est une science qui pose beaucoup de pièges!  Un  Boisset  n’est pas un petit bois!

 

cairades, keiradés 'pois carrés, gesse'...

Cairades, keiradés « pois carrés bon pour engraisser les pigeons et les volailles  » (S1 de 1756), le même mot se trouve dans Lacombe, Dictionnaire du vieux langage français de 1767; « gaisso » ou « gesse » en français, le nom botanique de la plante  est lathyrus sativus. En suivant le lien vers le site Plantnet, vous trouverez tous les noms dialectaux mentionnés par E.Rolland dans sa  Flore populaire.

L’étymologie de cairades  le latin quadratus « carré ».

              

Un e-mail d’un visiteur  est à l’origine de cet article. Il m’a écrit:
Je suis entrain de faire un topo sur la « gaisso » ou « gesse » en français. On la cultivait en montagne comme le Pois-chiche. J’ai trouvé sur WIKI… le nom de cette plante (lathyrus sativus) en espagnol :  ‘Almorte‘ ,OK.  Mais ‘Khesari  Dhal‘ sent plus l’arabe que l’espagnol, encore que nos voisins d’outre Méditerranée ont dû laisser pas mal de traces en Espagne !…
Qu’en dis-tu?  …et si par hasard tu trouvais le nom en catalan Ce serait bien.  J’ai un dictionnaire  catalan, mais tout en catalan. Je peux donc y trouver toutes définitions , ce qui me permet de trouver le sens d’un mot catalan sur lequel je doute, mais je ne peux pas y trouver l’équivalent d’un terme français….

Si la curiosité te pousse, J’ai cherché  « lathyrisme » dans Wikipedia1 containing the toxin ODAP. The lathyrism resulting from the ingestion of Lathyrus odoratus seeds (sweet peas) is often referred to as odoratism or osteolathyrism, which is caused by a different toxin (beta-aminopropionitrile) that affects the linking of collagen, a protein of connective tissues.]

Et nous avons à la maison de la ‘gaisso‘ en grains et en farine (on va essayer d’en faire de la ‘panisse’); si vous voulez expérimenter…

Tout en cherchant je suis tombé sur un site ousquyana un qui n’a pas l’air d’un ‘couillon’ et qui fait des recherches étymologiques sur les vocabulaires occitans au sens large du terme cela pourrait t’intéresser si tu ne connais pas déjà : http://www.etymologie-occitane.fr

Ne perds pas trop de temps à chercher en catalan, ce n’est pas vital ! Merci pour ton avis et la bise à tous !

 

J’ai pu lui répondre:

Bonsoir,

La gesse en catalan est la guixa  (avec d’autres synonymes en espagnol ici  c’est le Diccionari de la Llengua Catalana, ab la correspondencia castellana .New ed. Published 1900 by Salvat in Barcelona . Written in Spanish. (Internetarchiv).

Je préfère éviter des maladies neurologiques; il faudra essayer ta panisse d’abord avec des Marseillais.
Robert Geuljans

6 mois après; je lui ai demandé des nouvelles sur ses recherches. Ma demande est restée sans réponse. Un article en espagnol concernant intitulé  la almorta , « el veneno del hambre »   dejará de estar prohibida.

Les effets du lathyrisme

Plus tard je tombe tout à fait par hasard sur keiradés « pois carrés,  espèce de gesse bon pour engraisser les pigeons et les volailles  » dans le Dictionnaire de l’abbé de Sauvages (S1) et un  Article  dans business Standard journal Inde :.

Khesari dal (grass pea) – a valuable pulse that earned disrepute because of its toxin content and has been barred from being marketed can now hope to be rehabilitated thanks to some well-conceived technological and promotional interventions. Farmers, in any case, have not stopped growing it and using it as food as well as livestock feed. This is chiefly because it survives and yields grains even when other crops succumb to drought or flood. Besides, it grows practically without any input other than the seeds.

The indefinite ban on khesari was imposed over four decades ago when its consumption was linked with incidences of lathyrism (lower limbs debility). The culprit was the neurotoxin, beta-ODAP, present in grass pea grains. Traditional, grass pea varieties had between 0.5 to 2.5 per cent toxins, against the less than 0.1 per cent deemed safe for human consumption. Excessive consumption of grass pea was also to be blamed for this menace, particularly when other pulses were not available due to crop failure.

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Notes
  1. Le lathyrisme est une maladie provoquée par la consommation de pois du genre Lathyrus (auquel appartient le pois de senteur), notamment l’espèce Lathyrus sativus (gesse commune ou pois carré, Grass pea en anglais, Khesari Dhal ou Almorta en espagnol) et dans un degré moindre les espèces Lathyrus cicera, Lathyrus ochrus et Lathyrus clymenum

    Il s’agit d’une maladie neurologique que l’on peut rencontrer chez l’homme comme chez les animaux« 
    Wikipedia anglais Lathyrism or Neurolathyrism is a neurological disease of humans and domestic animals, caused by eating certain legumes of the genus Lathyrus. This problem is mainly associated with Lathyrus sativus (also known as Grass pea, Kesari Dhal, Khesari Dhal or Almorta) and to a lesser degree with Lathyrus cicera, Lathyrus ochrus and Lathyrus clymenum[1

Tibat "ivre"

Tibat « ivre », tibé   en français régional (Lhubac). Etymologie : latin stipatus « entassé » le participe passé du verbe stipare  « mettre dru, entassé ». D’après Gaffiot ,  déjà les Romains  utilisaient surtout le part. passé. Tibar est attesté depuis 1400 et courant dans tout le domaine occitan.

En occitan stipare  aurait dû aboutir régulièrement à estiba mais le préfixe es- était compris comme  ex- et  a été senti dans certains endroits  et  comme contraire  au sens « entasser », de sorte que estiba  est devenu tiba.  Il y a pas mal de variantes dans les formes occitanes.  Fréquemment on trouve  l’insertion d’un -l- : tiblà ,  d’un -m-  et d’un -r-: timbrar  « tendre fortement une corde  d’un instrument, un lambeau » (Alès).

tibla "gonfler" Mistral

L’abbé de Sauvages (S1) cite les deux  formes :

  1. tiba « tendre, étendre »  tiba lou lînjhë   « détirer ou dérider le gros linge  » ; tiba « mourir, roidir les membres ».
  2. estibla, terme de lavandière, tendre le linge, le dérider; estiblassa « étriller quelqu’un, lui donner une volée de coups de bâton »

Tibat  peut prêter à confusion dans le domaine languedocien. A Puisserguier  il signifie « gonflé, ferme », à Aniane  « soûl » et en Rouergue « mort », d’après les données du FEW.   Une visiteuse du Tarn m’écrit:

Je ne connaissais pas « tibat  » dans le sens d’ivre qui doit être une image. Tibat = Tendu, tiré. Destibat = détendu, cool, (hum !!!). Pour ivre je connaissais : bandat , et en plus imagé « madur  » ( à point ). Dans le Tarn près de Castres on emploi couramment l’expression « Aquela tiba ! »=Celle-là elle est bien bonne ! ou c’est bien extraordinaire !
tiba "ivre-mort"

tiba "ivre-mort"

Un habitant d’Aniane en Rouergue?

Cf. « Ivre » dans l’Aude  Thesoc. Les deux formes  tibar  et  estibar   se trouvent aussi en catalan.   L’ italien  stipare  signifie « remplir ».

Il y a un lien avec l’allemand steif « raide », néerlandais stijf « raide », anglais stiff « raide » , mais il s’agit là d’un niveau plus profond, l’indo-européen.

La même évolution sémantique  ‘tendu, gonflé’  vers ‘ivre, soûl’ s’est produite  dans le verbe banda se  « s’enivrer » et dans  coufle.

 

Veri, verin "venin, poison"

Veri   « venin; poison »  (Sauvages S1) vient du latin venenum « toute espèce de drogue; poison; breuvage magique; teinture »1 . En provençal et est-languedocien verin  signifie au figuré « haine; rage, dépit’.

venin     poison

Le plus intéressant est le fait que l’abbé explique aux Languedociens qu’en français on dit venin  des animaux et le poison qu’on tire des plantes et des minéraux. Cette distinction n’existait donc  pas en languedocien à son époque.  Ce n’est qu’en lisant cette remarque que je me suis rendu compte qu’elle n’est pas universelle d’ailleurs.  En allemand les deux sont Gift, en néerlandais  gift, en espagnol veneno, mais l’anglais distingue bien le venom  du poison.

En occitan comme en français le mot a gardé toutes les significations du latin  jusqu’à la fin de Moyen Age. A partir du XIVe siècle, le sens de venin se restreint en français en tout cas. La remarque de l’abbé de Sauvages montre que  le Languedocien n’avait pas encore suivi Paris.  Il parle du véri dé nouzé le « brou de noix » et il écrit que ce veri était  utilisé pour faire sortir de vers de la terre en jetant  une décoction  à terre.

Le plus remarquable est le fait que dans  veri  dé nouzé, véri  a gardé le sens du latin venenum« teinture ».

Ci-dessous une noix dans son brou éclaté. On extrait de cette enveloppe une teinture (le brou de noix) utilisée notamment en peinture (lavis) et en menuiserie. (Wikipedia)

     

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Notes
  1. Selon Douglas Harper, le sens originel de venenum   serait  « potion d’amour » et lié à venus  « amour érotique ».