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Arteguer

ArtĂ©guer semble ĂŞtre la forme en français rĂ©gional (Lhubac;Domergue) de l’occitan artelhar v.intr. « marcher vivement » (Alibert), artela en provençal (Mistral). Ce verbe est un dĂ©rivĂ© d’artalh « orteil »,  du latin articulus « articulation, jointure, noeud; doigt, orteil », un diminutif de artus « membre ». La forme occitane a dĂ» subir l’influence de verbes comme bouleguer « remuer, tourner » en passant au français rĂ©gional. Dans tous les dictionnaires patois nous trouvons la forme avec un -y- arteya(r).

Le sens varie suivant les localitĂ©s. A Alès et dans le languedocien de l’ouest le sens de s’artelhar est « se heurter les orteils » et de lĂ  « trĂ©bucher », au figurĂ© « s’embrouiller en paroles », mais en allant vers l’ouest, dans le Gers, un artilhaire redevient un « bon marcheur » >et ensuite  « un commissionnaire ».

Je n’oserais prĂ©tendre que pour les gens du Midi bouleguer + artailhs « remuer + orteils » est la mĂŞme chose que « marcher vite »… Il doit s’agir du maintien du sens « articulations, jointures ».

  Elle a artégué..

    

Anca

Anca s.f. « hanche; fesses ». J’Ă©tais Ă©tonnĂ© que l’informateur pour Manduel de l’Atlas linguistique avait traduit ‘fesse’ par anca qui normalement signifie « hanche », mais anca, anco « fesse » est assez frĂ©quent en languedocien. Alibert donne aussi ce sens, ainsi que les dĂ©rivĂ©s ancal, ancada « fessĂ©e » (dĂ©ja chez l’abbĂ© de Sauvages : ancado), ancalhar « fesser; marcher avec peine » et l’adjectif anquier« qui joue des hanches » au figurĂ©: « dĂ©bauchĂ© »! A Montagnac on connaĂ®t le dicton :Tala testo, talas ancas. « Telle tĂŞte, telles fesses. »Â  ( ce qui signifie ??)

L’origine est le mot germanique *hanka « hanche », qu’on peut dĂ©duire d’un moyen nĂ©erlandais hanke et de l’allemand Hanke « hanche; croupe du cheval ». Le mot a Ă©tĂ© introduit en latin Ă  une Ă©poque ancienne. Les Ă©tymologistes se sont demandĂ©s POURQUOI? puisque le latin avait le mot coxa pour dĂ©signer la « hanche ».

Ils ont trouvĂ© l’explication suivante:

Dans la prononciation populaire  fimus « fumier ». Ă©tait devenu femus, dans l’accusatif  femor et devenu homonyme de femor « cuisse ». Une phrase comme « Oh, euax, bella femora ! » pouvait signifier  » Oh la la, les belles cuisses » ou  » Oh la la, les jolis tas de fumier ». Dans certaines situations cela rĂ©sultait dans une gifle. Pour l’Ă©viter on se servait du mot coxa pour dĂ©signer aussi bien la hanche que la cuisse, mais ce n’Ă©tait pas une solution satisfaisante dans d’autres situations. Or les soldats romains qui s’Ă©taient battus contre les Germains distinguaient bien les blessures de la hanche de celles des cuisses et ils connaissaient le mot germanique hanka « hanche » qu’ils ont introduit  auprès des mĂ©decins et dans la langue populaire.


Les mots qui dĂ©signent les parties du corps n’ont pas toujours un sens bien prĂ©cis, par exemple gorge dans soutien-gorge. Dans le TLF je trouve une vingtaine de synonymes pour « fesses » : derrière, fessier, cul, postĂ©rieur, croupe, etc. dont hanche. Par pudeur? en français peut-ĂŞtre, mais d’après le Thesoc c’est le mot courant dans les dĂ©partements du Gard, de l’HĂ©rault, de l’Aude et de l’Aveyron, avec quelques attestations ailleurs. Il faut noter que dans l’Aveyron et la Lozère on a maintenu le reprĂ©sentant de coxa ou s’agit-il d’un gallicisme ou l’utilisent-ils par pudeur?

Amalou, amaluc

Amalou, amaluc s.m. »tĂŞte du fĂ©mur »

Les mots embaluc, amalu, malu signifient aussi « omoplate, hanche »Â  et mĂŞme  »Â fesses »Â  (omolu en ArdĂŞche). Dans le Nord Velay existe un dĂ©rivĂ©: malhon « tĂŞte du fĂ©mur ». Le mot ne se trouve qu’en occitan et en catalan maluc « les os qui forment les deux parties du bassin »Â .

Il vient de l’arabe azmal huqq « cavitĂ© articulaire »Â . La mĂ©decine arabe a eu beaucoup d’influence dans l’Occident. Si vous voulez en savoir plus , vous pouvez consulter un des 5580 sites internet ou par exemple; le livre de Danielle Jacquart et Françoise Micheau « La mĂ©decine arabe et l’Occident mĂ©diĂ©val« .
D’autres mots qui viennent du mĂŞme Ă©tymon : Lozère demolucat « dĂ©hanchĂ© »Â ,
Nord Velay s’esmalhonar « se dĂ©boĂ®ter la tĂŞte du fĂ©mur, se dĂ©hancher », Languedocien (Gard, HĂ©rault), amalugĂ   « meurtrir de coups »Â . Dans amalug l’Ă©lĂ©ment mal- a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© comme le mot mal « douleur »Â , ce qui a donnĂ© Ă  Alès s’amaluga, Ă  NĂ®mes « cogner » (Mathon) et en français rĂ©gional s’amaluguer « se cogner » (Domergue)

marmite

Amalou ou lamalou dĂ©signe aussi des « grottes ». L’Ă©volution sĂ©mantique « cavitĂ© articulaire » > « cavitĂ© » > « grotte » ne pose pas de problèmes.
Dans le site de la CLPA je trouve: « Quand il sagit de rĂ©surgences ou de cavits s’ouvrant près de sources, de mares ou en bordure de cours d’eau, c’est bien Ă©videmment ces lieux qui ont influencĂ© la toponymie des cavitĂ©s. Grotte du Lamalou (Brissac, 34) : Le terme de Lamalou dĂ©signe partout un cours d’eau ou un lieu proche d’un cours d’eau. Celui-ci Ă©tait dĂ©signĂ© en 1332 comme suit :  » riperia da Amalo ; rivo de Amalo « . Ces noms semblent provenir d’un terme hydronymique incertain lamalo ou amalo d’origine inconnue ce jour. » http://membres.lycos.fr/clpa/etymologie.htm . Dominique Ros le webmaster du site m’a donnĂ© les spĂ©cifications suivantes: Pour  »Â rivo de Amal riperia da Amaloo  » en 1332 in « Cartulaire de Maguelonne » publi par J. ROUQUETTE, 6 vol, Montpellier, 1912-1927. J’ai Ă©galement « Raimundi de Amalo » en 1204 in « Cartulaire du chapitre d’Agde publi par O. TERRIN, NĂ®mes, 1969 « 

Voir FEW XIX,14

D’autres chercheurs supposent des Ă©tymologies celtiques ou prĂ©latines, mais connaissent-ils le mot languedocien amalou et son Ă©tymologie ?

Aigo boulido

Aigo boulido « potage Ă  l’ail » SeguierI.  Du latin aqua « eau »Â  + le participe passĂ© de l’occitan bolir du latin bullire « bouillir ». Il ne m’est pas clair pourquoi l’aigo boulido dĂ©signe uniquement le potage Ă  l’ail. Dans l’Aveyron lo boulido Ă©taient des « aliments grossiers, fruits etc. qu’on fait cuire pour les pourceaux ».

Ailleurs  c’est une « Soupe prĂ©ventive et curative contre la gueule de bois, les lendemains de fĂŞtes. », c’est-Ă -dire après avoir nĂ©gligĂ© le conseil de MaĂ®tre Dufour, voir ci-dessus aigarden!
En Provence il y a un  dicton : « L’aigo-boulido sauvo la vido »

Aigardent

Aigardent, aigarden s.m. »eau-de-vie ». Etymologie:  latin aqua + ardente « eau + brulante, enflammĂ©e « . Le type occitan aigarden se retrouve en italien aquardente (1431), catalan aigardent, espagnol aguardiente.

Alambic de Tepe Gawra (Irak) d'après Roget J. et Garreau Ch. 1990

L’histoire de la distillation nous ramène très loin en arrière; il semble que les archĂ©ologues ont trouvĂ© en MĂ©sopotamie des alambics qui ont plus de 3500 ans.  La technique Ă©tait connue en Inde au 3e millĂ©naire avant J.-C.  Comme c’est le cas de beaucoup de connaissances et de savoir, ce sont les Arabes qui, arrivant Alexandrie en 640, dĂ©couvrent ces techniques et les font circuler dans tout le bassin mĂ©diterranĂ©en. Marcus Grachus, dit Marco Graco, un italien du VIIIe sicle, dĂ©crit la distillation du vin pour obtenir des eaux de vie, comme Geber (alchimiste arabe qui vĂ©cut de 730- 804) Ă  la mĂŞme Ă©poque. L’alambic et l’eau de vie arrivent en Andalousie, puis se diffusent en Europe.

Pour l’histoire rĂ©gionale:

Arnau de Vilanova, dit Arnaud de Villeneuve (mĂ©decin catalan de l’universitĂ© de Montpellier, mort en 1311) dĂ©crit la fabrication de l’aqua ardens (eau ardente : macĂ©ration de plantes et d’alcool) dans son Tractatum de vinis. Il est le premier Ă  pratiquer le mutage Ă  l’alcool (procĂ©dĂ© arabe semble -t-il) pour amĂ©liorer la conservation du vin. Les templiers du Mas Deu de Perpignan gĂ©nĂ©ralisent ensuite le procĂ©dĂ©. D’oĂą le dĂ©veloppement de vins doux naturels dans la rĂ©gion. Pour une description approfondie voir le site Viticulture-Oenologie-formation. Voir aussi l’article Cartagène.

Arnau de Villanova (Espagne)(Photo A.Guerrero)

On remarquera que la statue a Ă©tĂ© amputĂ©e des deux mains. (Par qui? pour quoi?) A l’origine, Arnaud tenait un livre dans une main et un alambic dans l’autre. Et pouquoi eau-de-vie en français mais aussi dans une partie du domaine  occitan, notamment en gascon : aygo de bito? Ces parlers ont adoptĂ© le calque (= traduction littĂ©rale) du latin aqua vitae, sous l’influence de la langue des alchimistes qui  croyaient avoir trouvĂ© l’Ă©lixir de longue vie.

MaĂ®tre Vital Dufour Ă©tait  vers 1310  prieur franciscain d’Eauze et de St Mont dans le Gers, puis cardinal. Il  a fait des Ă©tudes de mĂ©decine Ă  Montpellier. Dans son  ouvrage de mĂ©decine, retrouvĂ© la bibliothèque du Vatican, il parle des 40 (quarante !) vertus de l’aygo ardento ou l’aygo de bito, sans oublier de dire que l’abus d’alcool est dangereux.   Je cite: « Elle aiguise l’esprit si on en prend avec modĂ©ration, rappelle Ă  la mĂ©moire le passĂ©, rend l’homme joyeux au dessus de tout, conserve la jeunesse et retarde la sĂ©nilitĂ©...  IntĂ©ressant Ă  savoir Ă  mon âge!

M.Evin l’a-t-il lu? D’ailleurs, les mĂ©ridionaux ont l’ aigo boulido Ă  leur disposition. Et « L’aigo-boulido sauvo la vido ». Voir l’article suivant.

Le Bureau National Interprofessionnel de l’Armagnac, installĂ© justement Ă  Eauze, a eu la gentillesse de me faire parvenir des photocopies aussi bien de l’Ă©dition du texte latin , de la transcription avec une police moderne et de la traduction en français. Il y a les quarante (40 !) vertus de l’Armagnac, du cognac, du marc de Bourgogne, bref de l’aigardent. MaĂ®tre Vital doit s’y connaĂ®tre, il avertit rĂ©gulièrement que « l’abus d’alcool est dangereux ».
Si vous voulez en savoir plus, n’hĂ©sitez pas de suivre ces liens : Pages de titre du livre imprimĂ© en 1531. Traduction du texte latin 1 , suite de la traduction. Si vous voulez le texte en latin, n’hĂ©sitez pas Ă  me contacter. Un rĂ©sumĂ© se trouve ici.
Avec mes remerciements au Bureau National Interprofessionnel Armagnac, Ă  Eauze (32).
L’abbĂ© de Sauvages dans son article aigarden, Ă©crit : « en termes des Halles du coco, du paf , du tagaume etc. Le tafia ou rhum est de l’eau-de-vie du sucre. » Dans les dictionnaires d’argot je ai retrouvĂ© le mot paf « eau-de-vie », mais cette attestation dans le dictionnaire de l’abbĂ© de Sauvages est la première! et dans le TrĂ©sor de la Langue Française paf est seulement mentionnĂ© comme adjectif « ivre ».
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