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Paratge ‘égalité’

Paratge

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Arrêt sur images. Dans la chronique de ce matin intitulé Les migrants, les crêpes et le routier, il y a le commentaire que voici:

Ah, ce droit d’asile! Ce lieu inviolable ou une personne en danger trouve refuge…ce lieu qu’on ne peut piller, inverstir, pénétrer

Ce paratge cher aux Occitans,  » Le Paratge, ce terme intraduisible littéralement dans d’autres langues, était à la fois le sens de l’honneur, l’amour courtois, le respect de soi et de l’autre, quel que soit son sexe, sa race, sa religion ou son origine sociale, ainsi que la négation de la loi du plus fort. »

L’étymologie de paratge  est le latin pār « égal, pareil, convenable, juste » > pair en français.

Bernart de Ventadour :

paratge_Rayn

Le sens le plus courant de parage/ paratge en français et en occitan est  » extraction, noblesse, haute naissance ». Comme terme juridique paratge signifie : « égalité de conditions entre aîné et  puinés, malgré l’inégalité du partage de l’héritage ».

 

 

gusard ‘vaurien’

Dans la description de la Révolution française telle qu’elle s’est produite à Mirepoix En 1791, en Ariège, on se traitait communément de cacaracà, Christine Belcicowski  écrit:

A Pamiers, on faisait alternativement la chasse aux prêtres réfractaires et aux prêtres constitutionnels, on commettait des abominations à l’église du Camp, on portait des charognes dans l’église des Carmes, on se traitait communément « de gusard 6 et de jean foutre, de pouf 7 et de cacaracà » 89.

Note 6 : Gusard « fripon » en occitan.

L’étymologie est selon le FEW XVI,98 le moyen néerlandais guit  prononcé [gœüt] « vaurien ». Gueux a  fait l’aller – retour entre la République des Pays Bas et le Royaume France, gueux, gueuse m. et f. « vil mendiant, vil personnage » attesté depuis 1452, gus « gueux » à Marseille,  en languedocien et en Bigorre. Le dérivé gusard, guzard « gueux, scélérat, canaille » est attesté dans plusieurs parlers, dont le normand, le dauphinois et le gascon.

Le 6 avril 1566 les nobles hollandais ont adopté le nom geus    comme nom d’honneur  pour exprimer leur indignation d’être abaissés à l’état de mendiants par le régime espagnol, en criant Vive les gueus.  Une ébauche concernant la Révolte des gueux en Hollande se trouve dans Wikipedia.

les Gueux

les Gueux en 1572

 

limon ‘citron’

D’après le Thesoc s.v. citron le type  limon « citron » est courant  dans  les  ALPES-MARITIMES, AUDE, GARD., le type limona dans l’  AUDE, GARD, HERAULT.
Alibert : Limon « citron; vallisnérie » .  Limona « citron; mélisse; potamot comprimé »1

Etymologie. Les Romains ne connaissaient le citron que par ouï-dire. Vers la fin de l’empire ils ont cultivé en Italie le cédrat  citrus medica. ( FEW XIX,109 )

cédrat

cédrat

Ce n’est que bien plus tard que les  croisés ont ramenés des limons   « Fruit du limonier, analogue au citron à la différence près qu’il est plus acide et que son écorce est moins épaisse » CNTRL.  D’abord en Italie , le limone  » sorte de citron très acide » le Citrus aurantifolia

limon

limon

Le nom limone a été emprunté à l’arabe laimūn, les Arabes ayant introduit la culture du fruit dans tout le bassin méditerranéen, mais l’origine de la plante et du nom līmūn  en persan est la Perse, apparenté au Sanskrit nimbu  » limon. » L’arbre et le fruit ont été introduits en France à partir de l’Italie. Italien  limone  est devenu limoun  écrit limon  (A).   Le nom limoun s’est maintenu en occitan, en tout cas dans les départements cités plus haut.  L’espèce par contre a changé. Les citrons cultivés appartiennent à l’espèce  Citrus medica var. limon L. Nous  retrouvons  le nom en anglais:  lemon « citron », ainsi que dans plusieurs dialectes allemands Limone.  Le limon y s’appelle lime, emprunté à l’espagnol lima.  Néerlandais limoen prononcez limoun, emprunté au français, est tombé en désuétude au XIXe siècle pour réapparaître au XXe pour désigner le Citrus aurantifolia.   

Le nom français citron, composé de l’élément citr- de citrus et du suffixe -on de limon ne date que de la fin du XIVe siècle.  Citron a éié emprunté par le néerlandais : citroen, (prononcez citroun) .  Aux Pays Bas citrtoen est même devenu un nom de famille Citroen (prononcez citroun). 

Wikipedia me fournit le compléments suivants:

Le nom Citroën possède toute une histoire. L’arrière-grand-père d’André, dénommé Roelof4, est un marchand d’agrumes en Hollande. En 1810, lorsque Napoléon Ier annexe le Royaume de Hollande, les juifs néerlandais sont soumis au code Napoléon et doivent choisir un nom pour leur identification. Roelof choisit alors de se faire appeler Limoenman (« homme-citron »), surnom que ses clients lui donnaient5. Son fils, Barend, ne prend pas la suite des affaires de Roelof et se tourne vers le négoce de joyaux, qui connaît un essor important au XIXe siècle. À la suite de ce nouveau statut social, Barend francise progressivement son nom, dans un premier temps en Limoenman-Citron puis en Citroen6.

 

alt=Description de cette image, également commentée ci-après                

 

 

Notes
  1. Potamot   FEW IX,252b  3646 Potamogeton compressus Telebotanica    et nomenclature.

sansogno ‘cornemuse’

Sansôgno « cornemuse; chant monotone et intermittent »  vient du grec συμφονια (symphonia)  « concert » dans le sens le plus large possible. Zambonha ‘concert’, zambonhaire ‘musicien’ ont a même origine.  Cette forme du mot nous est venu de l’Italie du Nord.  L’évolution sémantique de « concert »  vers « instrument de musique s’est produit très tôt au IIIe siècle.  La forme sampogna  se trouve déjà en ancien italien chez Dante et nous le retrouvons dans les parlers du Nord de l’Italie et dans les Alpes.

Dans les parlers occitans existe une grande variété de formes et de sens. Je cite les principaux:

  • Champòrgna à Barcelonnette  »  lyre de fer qu’on fait sonner entre les dents »,  champòrni « guimbarde » Marseille, zambougnaire « joueur de vielle » à Alès.
  • samphogno « orgue de Barbarie » à Limoges
  • fanfounià « faire résonner de bois, du métal ou du papier comme si l’on jouait de la mandoline » provençal
  • founfoní « mandoline (vieux), objets d’amusement des enfants » provençal
  • sansogno  « cornemuse », sansougnarié « répétition monotone, radotage » à Montpellier.

Vous trouverez plus de formes et de sens dans le FEW XII, 489  ainsi que des explications sur la naissance de toutes ces formes à la fin de l’article du FEW.

cornemuse Grand

 

Abraser ‘brûler’

Abraser « foncer en parlant d’un chauffard;  mettre le paquet, insister (au sujet d’une femme);  brûler  (en parlant d’un alcool, du piment). »   Raymond Covès, Sète à dire. Montpellier, 1995 suggère l’étymologie abrasif et traduit  « cogner » en parlant d’un alcool, mais l’occitan abrasar vient d’une racine germanique *bras « charbon ardent », que nous retrouvons dans toutes les langue romanes, à l’exception du roumain. Il est vrai que l’élément *bras ne se trouve que dans les langues scandinaves, mais l’ancienneté des attestations dans les langues romanes, permet de supposer qu’il a aussi existé en gotique. FEW XV/1, 257

Le composé abrazar signifie en ancien occitan  « remplir d’ardeur » : Dinz el cor me nais la flama / Q’eis per la boch’ en chantan, / Don domnas e druz abrasou « brûler d’ardeur »:  Abrazar e cremar / Mi fai cum fuecs carbo. (Voir les très nombreux exemples dans le Dictionnaire de l’Occitan Médiéval.) Le deuxième sens donné par Covès  « mettre le paquet »  « Vas y, abrase cousi! » montre que l’ardeur des troubadours est toujours vivante à Sète.

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Est-ce que Gustav Klimt a connu cette miniature ?

le-baiser-de-klimt

Le dernier troubadour de Sète a chanté Les amoureux des bancs publiques

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En occitan moderne abrasa a surtout le sens concret « mettre des braises, embraser » ( Mistral).  D’après  Covès il est vivant dans le français régional  à Sète et environs, avec des emplois figurés originaux, qui s’expliquent tous à partir de la notion « embraser, mettre le feu ». Le sens concret « brûler » se retrouve dans le dernier exemple de Covès :

Aouf. Il abrase  quicon, ce cognac !