Etymologie-occitane » histoire Europe http://www.etymologie-occitane.fr Dictionnaire étymologique de l'Occitan Fri, 22 Jun 2018 08:18:47 +0000 fr-FR hourly 1 chafre ‘pierre à aiguiser’ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/04/chafre-pierre-a-aiguiser/ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/04/chafre-pierre-a-aiguiser/#comments Thu, 12 Apr 2018 14:18:19 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=16324 chafre ou acou « un carreau de dalle autrefois un Queux ‘pierre à aiguiser’ (Sauvages). Ce sens donné par l’abbé de Sauvages s’est conservé dans le Gard au moins jusqu’au  XXe siècle. D’après le FEW tsafre  a été donné dans plusieurs villages du Gard à Edmond pour l’Atlas linguistique de la France. Des attestations plus récentes, d’après le Thesoc  tsafre « pierre à aiguiser » à St Genies de Magloire  et chqfre dans l’Aveyron et la Lozère1.

Pierre a aiguiser Lombarde_23_cm

Pierre à aiguiser naturelle, elle est d’une couleur gris-bleue.

En ancien occitan le mot safre est attesté avec le sens « sablon pour colorer le verre ». Dans les patois modernes safre désigne toutes sortes de pierres,  de sable , de terre, de limon. Voici quelques exemples du FEW XI, 212:Safre_exemplesFEWSuivez le lien vers le FEW pour voir les autres significations !

L’étymologie est le grec  σάπφειρος (sáppheiros) et non pas le mot latin sappīrus ou saphīrus parce que en général la syllabe qui contient l’accent tonique est conservée à travers les siècles. En grec l’accent tonique se trouve sur le -ά-, et sáppheiros est devenu chafre,safre, mais en latin l’accent tonique tombe sur le -ī- , ce qui a donné saphir.

Manque de documents, on ne connaît pas (encore) comment le mot grec  σάπφειρος  devenu safre est arrivé dans la région parisienne, mais il est sûr qu’il est passé par la région de Marseille avant de passer au domaine d’oïl.

Il y a des saphirs  de couleur rose, jaune, violette et d’autres, mais la variété bleue est la plus connue. Inspiré probablement par sa couleur gris bleu on a donné le nom d’une pierre très dure à la pierre à aiguiser .

L’échelle de dureté relative des minéraux  et des pierres établie par Friedrich  Mohs date de 1812.   Le saphir est un corindon qui a la dureté 9 sur cette échelle,  ce qui veut dire que pour rayer un saphir il faut avoir un diamant,  la pierre la plus dure, dureté 10 sur cette échelle2.

En ancien français existait le mot safré ou  et ancien occitan safrat « orné de pierres précieuses, d’or etc. » On ne retrouve le mot safre qu’en moyen français en 1580 avec un sens très technique « oxyde de cobalt, qui mélangé avec du silex calciné sert à fabriquer le verre bleu ou l’émail bleu », et plus tard safre  devient le nom du verre fabriqué ainsi.

safre

Notes
  1. Atlas linguistique et ethnographique du Languedoc oriental publié dans les années 1980
  2. Allez-voir le site de l’Atelier la Trouvaille si vous voulez en savoir plus. Mes fils Robert et Christophe ont une large gamme de matériel pour les géologue, les minéralogistes et les gemmologues. bandeau3
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mécanique ‘frein’ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/03/mecanique-frein/ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/03/mecanique-frein/#comments Thu, 29 Mar 2018 15:24:42 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=16308 Il y a une dizaine d’années avant les réglementations et quand les vide-greniers étaient encore des vrais marchés aux puces, je chinais des objets curieux  qui me plaisaient du point de vue « design » et j’en ai acheté plusieurs « machins, trucs ou bidules » dont les vendeurs ne connaissaient pas non plus l’utilité ni le nom:

mécanique2 mécanique1Pas mal comme sculpture, mais je n’avais aucune idée de sa fonction, jusqu’à ce que je l’ai proposé à la vente et qu’un connaisseur m’a éclairé « Mais c’est un mécanique », pour freiner; sur les charrettes ».

Le Trésor de la langue française le mentionne, mais il faut bien chercher dans un long article :

En partic., vieilli. ,,Mécanisme qui sert de frein à une voiture à cheval. Serrer la mécanique«  (Ac. 1935).

Il s’agit en effet d’un mot du XIXe siècle, qui était vieilli en 1935, mais reste connu par certains

Lucien Hergot a publié  dans LINX Année 1991 H-S 3 pp. 61-69    un article  intitulé Mécanique et Tavelle, deux éléments du vocabulaire hippomobile.

Il y donne des détails sur les expressions « serrer la mécanique », « enrayer » et  » frein, freiner ».  Il cite le FEW mais il l’a probablement mal lu, parce qu’il ne cite que quelques attestations. Voici l’ensemble des attestations dans le FEW VI/1, 568 colonne a

mecaniqueFEW61p568Etymologi: latin mechanicus « de machine », emprunté au grec.

 

terebellum FEW XIII/1, 234
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matto ‘touffe’ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/03/matto-touffe/ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/03/matto-touffe/#comments Tue, 06 Mar 2018 17:25:03 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=16267 Mato, matado  Matto  « touffe, fanes, bouquet, pied d’une plante; cépée de pousses sur le pied d’un arbre coupe » ‘touffe’ (Sauvages). Rayond Jourdan de Montagnac  excellent connaisseur du languedocien, l’utilise dans son autobiographie.   Cette famille de mots est enracinée autour de la Méditerranée occodentale, Italie, le Midi, Catalan,  Espagnol et Portugais et dans le berbere du Nord africain.

Cette répartition géographique et l’ancienneté des premières attestations permet selon von Wartburg (FEW VI/1, 505-507)  de supposer qu’il s’agit d’une racine préromane:*matta « touffe » .,

Au XIXe s. français mattes ‘banc de poissons, volée d’oiseaux ».

matado

 

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bëaba ‘croix de Pardieu’ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/03/beaba-croix-de-pardieu/ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/03/beaba-croix-de-pardieu/#comments Fri, 02 Mar 2018 10:32:08 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=16217 Bëaba « abécé ou la Croix de Pardieu » écrit l’abbé de Sauvages en 1756 dans son Dictionnaire languedocien.  La simple curiosité m’a poussé à chercher le sens de « croix de pardieu ». Comme tout le monde je demande à Google:

croix depardieuGooglequi se moque de moi et  donne Gérard Depardieu et Paul La Croix..

Pourtant Molière connaissait l’expression ;dans Monsieur de Pouceaugnac  Scène 4, l’apoticaire dit:

croidepardieuMolièreJe continue mes  recherches et sans le Dictionnaire de Pierre Richelet (1680)jz trouve que la  croix de par Dieu est : Alphabet marqué d’une croix au commencement, qu’on donne aux enfants pour apprendre à connoître les lettres.

 

Registrre duConsistoire Geneève au temps de Calvin TomeV

Croix-Depardieu

Description de cette croix de pardieu:

Croix de Pardieu

Extrait du site expossitions de la BNF: http://expositions.bnf.fr/livres-enfants/arret/03_3.htm

http://expositions.bnf.fr/livres-enfants/arret/03_3.htm

Pour conjurer l’héritage païen, l’apprentissage des lettres doit se faire une école de vérité, c’est-à-dire une initiation à l’ordre sacré du Verbe, l’Alpha et l’Oméga, début et fin de toutes choses.

« Abécés » manuscrits
Durant le Moyen-Âge, rares sont les enfants alphabétisés. Cette éducation, réservée à l’élite, est généralement assumée par la mère pour les rudiments. L’enfant s’instruit dans son psautier ou son livre d’heures, qui consacre alors un feuillet à l’alphabet, sous forme de synopsis, de frise ou de jeu de lecture. Mais l’enfant peut aussi posséder son « abécé » de petit format et richement enluminé. En outre, l’Église dispense pour un petit nombre un enseignement gratuit qui forme de futurs clercs, avant de s’ouvrir au monde laïc au XIIIe siècle. Les abécédaires scolaires, plus modestes, sont calligraphiés en grosses lettres rehaussées de rouge.
Tous débutent par une croix qui rappelle aux enfants qu’il faut se signer et dire « croix de par Dieu » avant de lire l’alphabet. L’apprentissage des lettres se fait en six jours, comme les six jours de la Création. Suivent les prières, parfois quelques fragments de la Genèse. Les textes en latin doivent être sus « par cœur » pur s’ancrer profondément dans l’âme de l’enfant et l’informer.

« Abécés » manuscrits
Durant le Moyen-Âge, rares sont les enfants alphabétisés. Cette éducation, réservée à l’élite, est généralement assumée par la mère pour les rudiments. L’enfant s’instruit dans son psautier ou son livre d’heures, qui consacre alors un feuillet à l’alphabet, sous forme de synopsis, de frise ou de jeu de lecture. Mais l’enfant peut aussi posséder son « abécé » de petit format et richement enluminé. En outre, l’Église dispense pour un petit nombre un enseignement gratuit qui forme de futurs clercs, avant de s’ouvrir au monde laïc au XIIIe siècle. Les abécédaires scolaires, plus modestes, sont calligraphiés en grosses lettres rehaussées de rouge.
Tous débutent par une croix qui rappelle aux enfants qu’il faut se signer et dire « croix de par Dieu » avant de lire l’alphabet. L’apprentissage des lettres se fait en six jours, comme les six jours de la Création. Suivent les prières, parfois quelques fragments de la Genèse. Les textes en latin doivent être sus « par cœur » pur s’ancrer profondément dans l’âme de l’enfant et l’informer.

ABC imprimés
À partir du XVIe siècle, la Réforme puis la Contre-Réforme s’appuient sur l’invention de l’imprimerie pour lancer de vastes campagnes d’alphabétisation.
Des livrets de huit à seize pages, bon marché mais peu soignés, sont publiés en grand nombre par les éditeurs provinciaux et diffusés par colportage auprès des écoles paroissiales. Ils prennent le nom de « Croix Depardieu » car leur conception s’inspire directement des abécédaires médiévaux. L’alphabet peut être moralisé : à chaque lettre est alors associée une vertu chrétienne. Après une éventuelle table syllabique suivent les prières majeures, les psaumes de pénitence, les commandements et parfois un petit catéchisme. La multiplication des ordres enseignants au cours des XVIIe et XVIIIe siècles et leur solide implantation expliquent que, jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’État ait fait appel à eux pour assurer en partie l’instruction publique.
La « Croix Depardieu » s’est ainsi perpétuée, n’innovant que par le développement du syllabaire (table, mots et textes syllabés), le recours à des caractères de taille décroissante, l’usage dominant du français sur le latin. La gravure se cantonne au frontispice. La récitation reste de mise.

Je me rappelle que j’ai appris l’alphabet à l’aide d’un petit livret avec les lettres, des images et un petit texte. En néerlandais bien sûr, comme celui-ci:

A_is_eenèaapjeL’histoire de ces livrets abécédaires dans les pays européens reflète spécificités de chaque pays. En France , pays laïque, les croix depardieu ont été  o,terdits après 1789.  Avec Wikipedia vous pouvez faire le tous de l’Europe !

 

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http://www.etymologie-occitane.fr/2018/03/beaba-croix-de-pardieu/feed/ 0
tè ‘thé’ 茶 http://www.etymologie-occitane.fr/2018/01/te-the-%e8%8c%b6/ http://www.etymologie-occitane.fr/2018/01/te-the-%e8%8c%b6/#comments Wed, 17 Jan 2018 17:42:02 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=16218 « thé » vient du chinois  .

Un article intéressant dans le NewYork Times que j’ai traduit pour illustrer et montrer  la globalisation / mondialisation qui ne date pas d’hier. Jetez occasionnellement un coup d’œil sur mes listes de mots en d’autres langues et vous verrez que vous êtes polyglotte

« Thé » si par mer, »cha » si par terre.

carte du New York Times

carte du New York Times

Lien vers cette carte « Tea id by sea ..« en grand

Le mot cha () est « Sinitique », ce qui signifie qu’il est commun à de nombreuses variétés du Chinois. Son histoire a commencé en Chine et il a fait son chemin à travers l’Asie centrale, devenant « chay » (چای) en persan. Il es certain selon une découverte récente, que grâce aux routes commerciales de la Soie, le thé a été échangé depuis  plus de 2 000 ans. La forme cha s’est répandue au-delà de la Perse, devenant chay en ourdou, shay en arabe, et chay en russe, entre autres. Il a même fait son chemin vers l’Afrique subsaharienne, où il est devenu chai en swahili. Les termes japonais et coréens pour le thé sont également basés sur le cha chinois, bien que ces langues aient vraisemblablement adopté le mot avant même qu’il ne s’étende vers l’ouest en persan.

Mais cela n‘explique pas le mot «thé». Le caractère chinois pour thé, , est prononcé différemment par différentes variétés de chinois, bien qu’il soit écrit de la même manière partout. Dans le mandarin moderne on prononce chá. mais dans la variété chinoise min nan , parlée dans la province côtière du Fujian, le caractère se prononce té. Le mot clé ici est « côtier ».

La forme utilisée dans les langues des côtes chinoises a été répandue en Europe par les Hollandais, qui sont devenus les principaux commerçants de thé entre l’Europe et l’Asie au XVIIe siècle1. Les principaux ports hollandais d’Asie de l’Est se trouvaient au Fujian et à Taïwan, les deux endroits où les gens utilisaient la prononciation té . L’importation massive de thé par la VOC en Europe a donné le te en occitan, thé en français, le Tee en allemand et le tea en anglais.
Pourtant, les Hollandais n’étaient pas les premiers en Asie. Cet honneur

revient aux Portugais, qui à l’époque coloniale ont donné le nom Formosa à l’île de Taiwan. Et les Portugais ne négocièrent pas via Fujian mais via Macao, où la forme du mot est chá . C’est pourquoi, sur la carte le Portugale présente un point rose dans une mer de bleu.

Quelques langues ont un mot spécial pour parler du thé. Ces langues se trouvent en général dans des endroits où le thé est indigène, ce qui a conduit les habitants à garder leur propre façon de s’y référer. En Birmanie, par exemple, les feuilles de thé s‘appellent lakphak.

La carte montre deux aires différentes de la mondialisation en action:d’abord,  d’un côté la propagation millénaire des biens et des idées vers l’ouest depuis la Chine ancienne, ensuite de l’autre côté l’influence vieille de 4 siècles de la culture asiatique sur les marins Européens de l’époque des explorations. Un mot de presque toutes les langues de la planète.

Notes
  1. Voir à ce propos l’Atlas mondial des structures linguistiques
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coudoulous ‘pierreux’ http://www.etymologie-occitane.fr/2017/12/coudoulous-pierreux/ http://www.etymologie-occitane.fr/2017/12/coudoulous-pierreux/#comments Thu, 28 Dec 2017 16:59:46 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=16137 Côdou « caillou, pierre »  (Sauvages), couède à Aix et Marseille, kouòdou en aveyronnais, vient d’un dérivé du latin cōs piere à aiguiser » :   * cōtulus. Le mot est provençal et languedocien. Nous le trouvons jusqu’à Castres. Voir les attestations dans le FEW II,1259  et aussi sur la carte 196 « caillou » de l’Atlas linguistique de la France une occasion d’admirer ce travail du début du XXe siècle.

Mistral connaît aussi le dérivé coudoulous « pierreux » comme toponyme au Vigan et à Bellegarde. Le nom est maintenant attribué au ruisseau.

 

CoudoulousMistral

 

 

 

 

 

 

Le_Coudoulou_à_Avèze,_vieux_pont_et_bief-barrage Wikipedia:

Le Coudoulous est une rivière française du département Gard de la région Occitanie et un affluent en rive gauche de l’Arre, c’est-à-dire un sous-affluent de l’Hérault.

Mais il y a aussi une ancienne voie romaine Coudoulous en Lozère, qui consiste en un vestige de route antique taillée dans le schiste et se caractérise par de profondes ornières en deux sillons parallèles.

-Coudoulous ornières,_Lozère Wikipedia

On y a trouvé des inscriptions en latin ? ou gaulois?

CoudoulousInscriptionPersée étude sur ce coudoulous

En googlant « images » vous en trouverez beaucoup plus.

Il y a deux coudoulous antique dans le Lot!  des grottes.

 

 

 

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trabac ‘sorte de filet fixe’ http://www.etymologie-occitane.fr/2017/11/trabac-sorte-de-filet-fixe/ http://www.etymologie-occitane.fr/2017/11/trabac-sorte-de-filet-fixe/#comments Sat, 04 Nov 2017 17:15:39 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=16086 Trabac s.m. est défini comme « engin de pêche utilisé dans les étangs de Camargue; il tient de la nasse et de la madrague » par Michèle Povel-Armanet dans le parler camarguais. Nîmes, Lacour,1994. L’étymologie d’après le FEW XVII,640b  est le germanique, plus précisément le lombard ou langobard *trabo

Les attestations de trabac dans le FEW sont rares. Une pour le Grau-du-Roi et une pour Sète qui est fournie par Littré et reprise par les Larousse jusqu’en 1949.

Actuellement le mot n’est pas courant non plus. Google déniche trabac dans quelques sites dont le  Terroirs d’en France, qui l’a trouvé dans l’Encyclopédie Hachette Multimédia de 1999., qui nous renvoie à son tour aux  industries Fipec inc. fabricant de filets au Quebec (!).  qui fabrique des verveux :

« Les trabac (ou trabacs ou trabaque ou trabaques) sont des verveux multiples. »

filet canadienDans un  site consacré au Canigou, le trabac est décrit ainsi:

  Le « trabac » est un filet de pêche fixe en entonnoir maintenu en forme par des cerceaux multiples dont les petites mailles permettent la capture des anguilles, utilisé en poste fixe en eau peu profonde, maintenu sur le fond par des ancres lestées et tendu perpendiculairement aux berges entre des piquets de châtaignier, il canalise les poissons vers des nasses disposées en triangle qui sont visitées par le pêcheur une fois par jour.

Le FEW nous fournit encore 2 variantes de trabac, dont la première vient du livre fameux de Duhamel du Monceau, Traité général des pesches..  (suivez le lien ! j’y ‘ai consacré toute une page), qui nous explique:

Trabac Duh1c 130

avec un renvoi vers  la Section II, p; 155:

Trabac Duh1b 155Ce texte a paru en  1769;  le changement et le nom trabacou date donc de 1750 environ.

La seconde est marquée comme « rhodanien » et je me suis dit qu’il doit donc se trouver dans le Trésor de Mistral:

TrabacoMistralet sa définition est bien  « espèce de tartane » et « espèce de filet ».

Tout à fait par hasard je trouve qu’il n’y a pas longtemps, en 2012 , a paru une étude sur l’histoire de la pêche en Méditerranée1 avec des  dessins magnifiques en plus. D’après ces recherches de Mme Maria Lucia De Nicolò,  l’expression à trabac désigne d’abord des voiles trapézoïdales déjà expérimentée au début du XVIIe siècle.

voiles à trabacIl s’agit donc bien d’une innovation technique pratiquée à Venise  et adoptée en Provence. L’étymologie est d’après le FEW XVII,640 l’italien trabacca  attesté depuis le XIIIe siècle avec le sens « tente de soldats; baraque », dont le suffixe -acca  a été pris au mot baracca  et le début  correspond à l’étymon germanique du  français tref « tente; voile carré », ancien provençal trap « tente; demeure, habitation ».

Il faut dire que l’histoire de ces derniers est très discutée par des grands étymologistes comme Corominas, Thomas, Schuchart et von Wartburg. Il n’est pas étonnant qu’il se trouve tout à la fin du volume XVII dans les Corrections et compléments. Le FEW donne un résumé des propositions.

 

 

 

Notes
  1. Maria Lucia De Nicolò, « Recherches sur l’histoire de la pêche en Méditerranée : Tartanes de Provence,tartanes de Vénétie, trabacs, modèles adriatiques pour la pêche à la traîne et le petit cabotage ( XVII e -XVIII e siècles) », Cahiers de la Méditerranée 84,  2012, mis en ligne le 15 décembre 2012
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Margouline, Font Marjolaine http://www.etymologie-occitane.fr/2016/11/margouline-font-marjolaine/ http://www.etymologie-occitane.fr/2016/11/margouline-font-marjolaine/#comments Fri, 04 Nov 2016 13:59:17 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=15823  

La Font Margouline est devenue la Fontaine Margouline d’après Google. ??

MargoulineMapChemin de Font Margouline à Nîmes.

Dans les vieux documents, le cartulaire de Notre Dame de Nismes (1144)  jusqu’au compoix de 1671, elle est appelée Margolina, Mangolina, d’après Aimé Serre, Les rues de NîmesIl rattache ce nom au mot margolh  « boue » qui  vient d’un ‘étymon gaulois marga  « calcaire ».  Il y a en effet  pas mal de mots du type margouiller  avec le sens « patauger » ou « boue »1, mais la Font s’appelle Margoulina et non pas *Margoulhina ou *Margouillina. Un problème de phonétique historique.

C’est pourquoi je propose une autre étymologie, un peu plus poétique d’ailleurs, à savoir le nom d’une plante assez courante l’oreganum vulgare ou marjolaine,  marjolena    marjouléno , mardžouléno ou majourana dans les parlers occitans[2. FEW XXIV,384 article amaracus].

A l’origine du type marjolena se trouve  le mot du bas latin  majorana,  conservé dans l’occitan majourana, majhourâno (Sauvages).   Dans la langue d’oïl  majorana a été associé au nom de la Vierge  Maria , ce qui a donné l’insertion d’un  -r- : mariorana.  Ensuite a eu lieu une  dissimilation des deux -r-, ce qui a donné  mariolana, marjolena.  Margoline « marjolaine » esr attesté dans l’Orléanais au XVe siècle.

Le FEW suppose que la forme marjolena est née dans la langue d’oïl et a gagné du terrain au cours des siècles dans le domaine occitan. Si mon interprétation de  Margolina dans le cartulaire de Notre Dame de Nismes qui date de 1114 !, est juste, c’est peut-être l’inverse qui a eu lieu.

marjolaine

Notes
  1. Voir FEW VI/1, 320
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Desco ‘panier’ http://www.etymologie-occitane.fr/2016/06/desco-panier/ http://www.etymologie-occitane.fr/2016/06/desco-panier/#comments Mon, 13 Jun 2016 13:42:26 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=15631 ShareHenry Bel, dont j’ai déterré l’étude de phonétique historique sur le patois de Valleraugue,  s’est lancé aussi dans la traduction de Mireio de Frédéric Mistral. Je n’en ai retrouvé que trois groupes du Chant 5.  Voici les premiers vers:

Mistral:
Un vèspre dounc, en la Crau vasto,
Lou bèu trenaire de banasto
A l’endavans d’Ourrias venié dins lou droiòu.

Henri Bel
Un vèspre doun, din lo Kràw basto
Lou poulit trenayre de deskos
Ol doban d’Ourrias benyò din lou koroyrou.

Traduction
Un soir donc, dans la vaste Crau,
le beau tresseur de bannes,
à la rencontre d’Ourrias, venait dans le sentier.

Henri Bel a  adopté non seulement  une graphie qui lui permettait de bien rendre la prononciation locale, mais aussi un vocabulaire différent de celui de Mistral, dont

Desko(s)

« grande corbeille ronde; panier rond; personne à la démarche lourde et gauche »(desca Alibert).

Etymologie: latin discus emprunté au grec δίσκος « disque à lancer ». Le mot avait déjà pris le sens « assiette, plat » chez les Grecs au premier siècle. Discus chez les Romains est un palet en pierre ou en fer, un plat ou un plateau ou un cadran solaire. Dans la langue latine écrite un palet ou un disque s’appelle orbis, mais dans la langue parlée, l’origine des langues romanes, c’est plutôt discu.

Le sens « disque à lancer » s’est perdu avec la pratique de ce sport à la fin de l’empire romain.

Les langues germaniques et celtiques ont adopté très tôt discus avec le sens « grand plat rond ».

Nous le retrouvons en breton disk, en anglais dish « plat, vaisselle », en danois disk « assiette », mais curieusement pas dans les langues romanes à quelques exceptions près. Ensuite discu prend le sens « table » comme en allemand Tisch et néerlandais dis « table », opdissen « mettre sur la table » 1, ce qui s’explique par le fait que les Germains mangeaient souvent avec des petites tables individuelles. Tacite 2 écrit « separatae singulis sedes et sui cuique mensa« (pour tous une chaise séparée et sa propre table) .

desc2

Les premières attestations de  discu devenu  deis  en ancien français et  des(c) en ancien occitan désignent une « (grande) table« , mais elles sont plutôt rares.

Le mot deis désigne par la suite aussi le « pavillon qui surmonte une table seigneuriale, puis aussi un lit un trône, un autel, ou qui est porté au-dessus du Saint Sacrément dans les processions. L’ancien occitan dèi est un « dais d’église ».

dei

Comme le sens « disque » de des(c)  avait disparu depuis longtemps, il faut supposer que le sens « grande corbeille » s’est développé en occitan à partir du sens « table ». Il a du s’agir d’abord de grands paniers ronds et peu profonds.

desco

L’ancien occitan disc« panier » est encore utilisé à Lézignan, Béziers, et quelques autres endroits. Le dérivé desca, desco est plus répandu.

Un lecteur italien m’informe : « En Italien, on trouve le mot masculin « desco » ( = « table »). On l’ultilise que dans la poésie.« . Merci !

Notes
  1. Actuellement uniquement au figuré « raconter des balivernes« .
  2. La Germanie 22
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braietos ‘primevère; narcisse’ http://www.etymologie-occitane.fr/2016/04/braietos-primevere-narcisse/ http://www.etymologie-occitane.fr/2016/04/braietos-primevere-narcisse/#comments Sat, 30 Apr 2016 10:46:52 +0000 http://www.etymologie-occitane.fr/?p=15559 Share

Braietos, braïettes en français rég.  ‘primevère », à Valleraugue (Gard) « narcisse des prés ». L’étymologie est le celte braca  » pantalon ».  Cette formulation est  un bon exemple d’une étymologie de dictionnaire qui nous apprend rien.  Par contre  lhistoire de ce mot qui nous vient de loin, nous renseigne entre autres sur l’évolution de l’habillement, bref  de la Mode. (FEW I,482)

Les Romains n’ont jamais eu l’idée de couvrir les jambes avec du tissu, à Rome il faisait trop chaud pour cela. En conquérant la Gaule, où régnait un autre climat, les centurions, jambes nues, voyaient les Astérix et Obélix avec des bracae  qui couvraient les jambes jusqu’aux chevilles. Malins,  ces Gaulois!

 

                                             centurions   guerrier celte

Les centurions  les ont certainement vite adoptées, en dehors des combats bien sûr, et parfois ils  les portaient quand ils revenaient de la Gaule passer leur permission.   A Rome c’était considéré  barbare et ridicule. Au  premier siècle on les montrait encore du doigt, mais on n’osait  quand-même pas trop se moquer de ces soldats. Deux siècles plus tard tout le monde portait des bracae.

C’est comparable à l’histoire du jean en denim.

La Mode  s’en est occupée et le pantalon gaulois, très long, a été de plus en plus raccourci.    Au temps des Mérovingiens on portait un genre de « short’ qui couvrait les cuisses qu’on appelait chausses:

vêtements mérovingiensEnsuite au cours du Moyen Âge les chausses ‘s’allongent et couvrent les braies, qui changent de « classe sociale » et deviennent  « caleçon, culotte, pantalon de travail, langes », bref,  un vêtement qu’on ne montre pas ou peu.

Avant que les braies disparaissent de la vue et de la rue, on a comparé la fleur de la primevère  à la jambe d’une braie :

Primula_veris0_clean     chausses longues

Déjà au Xe siècle nom coculobraca se trouve dans une liste de plantes en latin, une combinaison de cŭcūlus + bracae, littéralement « braies de coucou » ou « braies de niais ». S’agit-il d’un souvenir que la braie n’était pas « classe »? En occitan braguet signifie aussi « canon de culotte.

Par abréviation braies de coucou ou coucu devient braies, braiettes, ou bien  coucüt, coouguioulo etc1 un peu partout en France.  D’après le Thesoc le type coucu est le plus répandu.

La primevère et la narcisse des prés ont deux traits en commun : elles fleurissent au printemps et elles sont jaunes. Cela suffit pour un transfert  du nom.  Par exemple à  Saint-André de Valborgne, comme dans l’Aveyron et ailleurs (voir FEW II, 1454b) coucüt désigne aussi la « narcisse des prés ». A Valleraugue c’est l’inverse  ce sont des  braiettes. 

Dans plusieurs parlers du Nord et dans les Ardennes le coucou/cocu a été remplacé par le chat : braille de chat à Maubeuge Ailleurs braies a été remplacé par chausses; toujours dans l’Aveyron la primevère est aussi appelée calsos de coucüt. 2

PS. Le Thesoc  fournit  4 autres noms pour la narcisse des prés: coutèlo , courbadona, barbeluda et aneda.

braïettes

Notes
  1. Latin cŭcūlus « coucou » devient régulièrement cocu,  forme qui en français s’est maintenue jusqu’au XVIe siècle et de nos jours  dans l’occitan de l’Aveyron où  la primevère s’appelle coucüt  ou bragos de coucüt (FEW II,1454).  En languedocien existe aussi le dérivé coouguioulo « primevère »(FEW II, 1453).
  2. Dénomination qui est passé au flamand voisin kattekous.
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