cat-right

Pétoule

Pétoule « crottes de chèvres, mouton, etc « , un joli petit mot connu dans les patois avec ce sens dans toute la Suisse romande, en vallée d’Aoste ainsi que dans le sud-est de la France: en Provence et en Languedoc jusqu’aux environs de Montpellier d’après nos sources.

Petoulo ou petouro comme on dit à Marseille est un mot dérivé du latin péditum « pet  » prononcé avec l’accent sur le e, le participe passé du verbe pedere, un verbe actif pour ainsi dire, qui n’a pas laissé de traces en français moderne. Peditum par contre est bien vivant dans presque toutes les langues romanes : italien peto, portugais peido, catalan et piémontais pet etc. Une forme qui ressemble beaucoup à notre mot occitan existe dans les patois wallons en Belgique: pétale avec la même signification  » crottes de mouton etc. « .
(Il serait intéressant de connaître les autres types lexicaux et leur répartition dans le domaine galloroman.)

Dans notre région avec un parler vivant d’autres mots ont été crée à partir de petoule, par exemple en provençal petouloun  » chose de peu d’importance  » et petoulié « olivier sauvage » parce que le fruit, très petit, ressemble à un crottin. Et ce dernier a même réussi à pénétrer dans le grand Larousse du XIXe siècle où nous trouvons le pétoulier, mais il a aussi vite disparu qu’il y est entré, c’était du vent.

Je retrouve cette notion  » quelque chose de peu d’importance ou de peu de valeur  » dans le même Larousse, qui cite Mme de Sévigné :
PÉTOFFE
s. f. (pé-to-fe). Fam. Affaire ridicule, querelle à propos de rien -.Votre santé, votre famille, vos moindres actions, vos sentiments, vos PETOFFES de Lambesc, c’est là ce qui me touche. (Mme de Sév.), et plus récent dans «  Le parler des métiers  » de Pierre Perret, Paris 2002 : pétard  » veau maigre et de qualité inférieure  » qui fait partie du vocabulaire des bouchers.

Les expressions et les mots à base de peditum sont très nombreux en langue d’oc comme en langue d’oïl. Je me restreins à quelques exemples provenant de nos parlers.
Dans le Larzac un petelóu  » un petit morceau de ce qu’on mange  » ( au MacDo?),  en provençal un petouliè est un » endroit où les lapins viennent fienter « , mais attention, à Aix en Provence un petouié est un  » gîte « !
A la Grande Combe un pètouillon est  » un homme qui perd son temps à des choses futiles « .
A Valleraugue le  pétadou est  » la mèche de fouet « .
Un visiteur m’écrit : Dans la conversation, elle [sa mère] m’a dit à propos de certains médicaments :   « Ca fait pétoule en trois actes !! » Pour dire qu’ils n’avaient aucun effet.

Parmi les nombreux dérivés et composés nous trouvons quatre grands groupes de significations, en dehors des sens directement liés au sens  » pet « , même si parfois il n’est pas facile de comprendre ce lien, comme par exemple le mot français rouspéter. (Eh oui!). Par exemple, je ne sais à quel sens se rapporte le petoulet suivant (il s’agit de Maurice Traintignant) :


Le « petoulet » pour les amis

Un visiteur le fait parvenir l’explication de ce surnom

J’ai trouvé cette explication (donnée sous réserves…) de « pétoulet ».
L’histoire semble plausible…
Pour participer à la première course de l’après la guerre (le 9 septembre au Bois de Boulogne), il ressort sa Bugatti, qu’il avait caché dans une grange. Malheureusement pour lui, sa voiture à des problèmes d’alimentation. C’est en cherchant la cause de ses tracas que Trintignant découvre des « pétoules » (crottes de rat) dans le réservoir. Il reçoit alors ce surnom de « Pétoulet ».

1. Des mots qui désignent des vessies d’animaux comme aveyronnais petorèlo et de là aveyronnais  » se dit de l’eau quand  des bulles se forment  à la surface sous la pluie « .

Peut-être faut-il ajouter le petadou ‘un tambour à friction’, avec l’accent sur le -ou. D’après les Niçois l’accent sur le -a- ferait trop italien…..Voir le site ZICTRAD

2. Des noms de plantes ou de fruits: à Tarascon petaréou  » bigarreau  » et d’après le dictionnaire de Mistral en languedocien petiè  » micocoulier « . Dans l’Ardèche et dans le Gard pétofron « digitale », parce que les enfants font éclater les fleurs sur leurs fronts. Dans le Gard on dit aussi petarélo. Enfin il y a le petavin  » mûre de la ronce  » attesté dans un texte avignonnais de 1646.


1.petaréou 2.petiè 3.pétofron

3.Le clifoire d’enfant. Les gosses ne jouent plus à cela, mais autrefois, avant la télé, ils s’amusaient avec des tiges de sureau dans lesquelles ils montaient un petit piston et avec lesquelles ils lançaient de l’eau comme avec une seringue. En français au XVIIIe siècle, cela s’appelait une canne-pétoire. Dans un dictionnaire du patois d’Alès cela s’appelle un petarino; une autre forme utilisée dans le Gard petaroutié.

4. Le roitelet, languedocien petouso.

C’est un mot qui  a été propagé à partir de la Provence. Dans la région lyonnaise c’est la forme rei peteret qui est dominante. Pourquoi le roitelet? C’est un tout petit oiseau et il y a une très vieille légende que les frères Grimm nous racontent ainsi :

En format PDF. Lou petoulo roi des oiseaux

Pelha

Peio (M) pelha (A) « haillons; feu volage; croûte de lait; gribouillette (en cévénol jeu d’enfants consistant à jeter un objet au milieu d’enfants qui cherchent à s’en saisir : Jeter des noix à la gribouillette.); rougeole (en rouergat) ». Ce dernier sens peut-être par allusion à l’aspect de la peau quand on a la rougeole. Alibert donne beaucoup de dérivés qui se rattachent au sens « haillons ».

Un visiteur m’écrit: « Quand j’étais enfant, à Capestang, (fin des années 50 et début des années 60) la peila(chiffons) était le « ballon de rugby » avec lequel nous jouions, ce qui semble indiquer qu’avant l’arrivée des ballons en cuir ils étaient fait de chiffons.

Le mot semble très vivant en français régional, écrit peille, peilhe, pelhe etc. avec le sens de « serpillière ». Et Christan Camps dans son livre « Expressions familières du Languedoc et des Cévennes », donne une expression amusante: avoir une langue de peille « avoir la langue bien pendue ». (Midi Libre Juillet 2005).
Pelha vient du latin pilleum en latin classique pileus « un bonnet de feutre ou de laine qu’on donnait à l’esclave le jour de son affranchissement ».

Le pileus devient ainsi le symbole de la liberté, affranchissement, indépendance ».

     

pileus symbole de la liberté , et la pelha de nos jours?

L’image « pileus » fait comprendre l’évolution sémantique » bonnet » > » bogue de la châtaigne »; d’ailleurs le latin pileus désignait déjà l’enveloppe de l’embryon.

peillotte

Le mot pelha est maintenant limité au sud de la France, mais il a dû exister dans le nord, parce qu’on y trouve des dérivés comme le verbe pillier, espeillier etc. et le dérivé lyonnais : peillotte s. f., français rég. « enveloppe épineuse de la châtaigne ou bogue ». Pour aller chercher des châtaignes, il faut mettre des gants à cause des peillottes. Patois peillotta, latin Pilleum « feutre ».

Il est peut-être intéressant de noter que la prononciation a à peine changé depuis l’époque de l’occupation de la Gaule par Jules César: en latin parlé le -i- court accentué était déjà passé à -é-, et le -a final vient du pluriel pilea. La prononciation était donc pélha, ce qui en français régional donne peille.

Jour de peille à Cournonterral Phot Gazette de Nîmes, fevrier 2007
Clic sur photo pour agrandir

Pour tout savoir sur cette tradition voir le site: http://georges.borg.free.fr/cadrenouv000.htm

Un visiteur m’écrit :

l’article « pehla » me suggère le dérivé « pelharòt » qui me rappelle ma jeunesse. Un pelharòt, c’est, initialement, un chiffonnier, mais dans la langue courante c’est quelqu’un de mal habillé, de négligé « il est habillé comme un pelharòt » « c’est un pelharòt« ; mot qu’on utilisait souvent, il faut bien le reconnaître, pour désigner les « caraques ».

Cade

Cade  « genevrier, juniperus oxycedrus ». Dans l’Aveyron, l’Ardèche et la Haute Loire (et ailleurs?) on trouve aussi la forme cadre.


cade ou cadre et cadenelo

Le fruit s’appelle cadenelo > français cadenelle (empruntée depuis 1815). L’huile de cade était principalement produit dans le Midi et en Hongrie. C’est à Claret, en plein coeur du vignoble du Pic Saint-Loup que fonctionne encore la dernière usine fabricant l’huile de cade. Dans son site  j’ai trouvé:

« Le cade: le genevrier de nos garrigues méditerranéennes.
L’huile: il s’agit d’un « goudron » extrait du bois de cette plante par pyrolisation. C’est un liquide sombre, à l’odeur âcre, riche en molécules aromatiques, et aux vertus connues depuis la nuit des temps (ou presque). Cette « huile » jadis utilisée par les bergers pour ses vertus cicatrisantes, trouve aujourd’hui ses débouchés au sein des laboratoires pharmaceutiques qui l’introduisent, en quantités infimes dans des shampooings, pommades, savons, etc.

Dans le département du Tarn-et-Garonne,   une sorte d’ aigarden  s’appelle la cadenelà  le « genièvre » local.  Je ne sais si ce boisson est produit de la même manière que le jenever néerlandais ou le gin  anglais. Par conséquent la traduction est peut-être mauvaise.

Etymologie: Il semble que le mot cade est autochtone dans l’est du domaine occitan où nous le trouvons aussi comme nom de lieu : Cadenet (Vaucluse), Cadenet-Perriers, lieu-dit à Sernhac (Gard), Cadenet lieux dits à Lussan, Le Cailar, Castries etc. (Cf. le site de l’IGN), dont l’origine Catanetum est bien attestée. Pour le Gard (M.E.Germer-Durand) il y a plusieurs toponymes:


Le mot catanus « cade » n’est attesté qu’une seule fois dans un glossaire du VIIe siècle et la première attestation en occitan date du XIIIe s. (Deudes de Prades, cf. le TLF). Il pourrait être d’origine celtique mais jusqu’ici on ne l’a retrouvé dans aucune langue celte, de sorte qu’une origine pré-celtique est probable.
L’espagnol cada et le catalan cadec ont été empruntés à l’occitan. Le mot cade a été introduit tel quel en français au début du XVIe siècle.

Didoulo

Didoulo « jujube ».

  

En occitan nous trouvons au moins 11 formes pour « jujube »: 1) jousibo (St.Pons)   2) gijoula (Nice)    3) tchitchoulo (Marseille, Aix)    4) chichourla (Bouche du Rhône, Barcelonette)  5) dzindzourlo (région de Montélimar)   6) chinchourlo (région de Loriol)   7) guindoula (Montpellier) 8) Dindoulo (Marseille,Nîmes, Alès) 9) didoule (Nimes) 10) guindoulo (Pézenas, Ardèche) 11)guindola (Biterrois d’après Alibert). Dans la Pharmacie du maître apothicaire Jean Andrieu à Tarascon se trouvaient en 1529 : tres quarteyron de jujinbarum en latin tarasconais.(Revue des Langues Romanes 43(1900) p.30.

L’origine de ces formes, ainsi que du français jujube , emprunté à l’occitan, (puisque l’arbre est méditerranéen) est le mot grec dzidzuphon, emprunté par le latin comme ziziphus, et par dissimilation zizupus . Dans un texte du 3e ou 4e siècle, l’Appendix probi genre « dites ne dites pas » , nous trouvons : zizipu non zizups.

Ils discutent de l'orthographe

Au cours des siècles le mot a subi toutes sortes de déformations pour aboutir à cette variété de formes dans l’occitan.. En ce qui concerne les formes occitanes avec -nd-, von Wartburgpense à une influence du mot guindoul « grosse cerise, guigne » à cause de la ressemblance des deux fruits. En effet d’après Alibert languedocien guindola a les deux significations.

Dans http://www.marseillais.org/dico98.html: est mentionné

Chichourle. Très répandu, ce nom masculin désigne une « bosse », ou le « sexe de la femme ». L’affectif et le sexuel dominent, en particulier en composition avec l’expression fan de chichourle (chichoune). La chichourle est une sorte de jujube peu charnue, fruit sec aux vertus curatives de la dimension d’une olive que l’on achète principalement en cornets chez des marchands ambulants. Sa forme, sa petitesse le désignent comme un attribut sexuel féminin : « -Amuse-toi bien chichourle et quand tu vois les nègres, tu fais le détour pour qu’ils te mangent pas ! » (CAU). Plus rarement, le mot est pris pour « gifle » : « -Un vrai distributeur de chichourles, la porte tournante de l’hôtel » (Or.).

chichourle-ortolan

L’évolution sémantique « jujube » > « bosse » se comprend facilement quand on regarde l’image du fruit ci-dessus : « bosse »> « gifle » est la cause pour l’effet. L’évolution sémantique de « jujube » > « sexe de la femme » est analogue à celle de berlingot « sexe de la femme ».

Notamment à Barcelonette est attesté au figuré chichourle  » personne qui ne sait jamais prendre un parti », comme  à Marseille « jeune fille écervelée » un sens qui se retrouve en picard (!) « individu un peu niais ».

Mistral : chichourle, chinchourle « bruant jaune » et il renvoie vers chi-jaune. L’élément chi- dans ce mot est d’après lui une onomatopée du cri des certains oiseaux. De là une confusion avec l’ortolan?  Dans l’expression  enfant de chichourle, chichourle signifie «  »chiche, ladre »  et fait partie du groupe « jujube ».


Photo: Nicolas Pierrard

Pour le sens « jujube » il renvoie vers son article ginjoulo dans lequel il donne une dizaine de formes (voir ci-dessus). Il reprend l’expression  enfant de chichourle « chiche, avare ». En italien giuggiola « jujube » signifie au figuré « sans valeur, sans importance ».  Catalan gínjol « jujube », et l’expression més content que un gínjol « plus content qu’un jujube » = très content. Les formes avec un -n- sont peut-être dues à une influence du catalan ou de l’italien.

D’après Mistral il y avait à Nîmes la Fiero di ginjourlo « la foire aux jujubes à Nîmes, à la St-Michel » (le 29 sept.). Georges Mathon, l’historien de Nîmes, décrit   cette foire  très ancienne dans son site!

Le tout est assez confus. Je pense qu’on a utilisé le mot pour sa jolie consonance, sans savoir ce que cela voulait dire. Quand on reçoit une « gifle » d’une porte tournante, ca fait chi-chou!

Micacoulié

Micacoulié « micocoulier. Charles Estienne écrit en 1547 : « Lotos est un arbre nommé en Provence micacoulier« . D’après Wikipedia il s’appelle officiellement le micocoulier de Provence. Le nom a été emprunté à l’occitan. Le micocoulier est un arbre du Sud de l’Europe et du Nord de l’Afrique.

En grec moderne il s’appelle mikrokukki, mikrokoukouli, melikoukkia. Ce nom a été emprunté par l’occitan au grec médiéval et il a subi quelques transformations phonétiques. Micacoulié est attesté dans le département de l’Hérault, milicouquié dans le Gard. Le fruit s’appelle la micacoula, devenu picopoulo d’après l’abbé de Sauvages (S2).

Le secrétaire de la mairie d’Agde à la fin du 19e siècle, a dit à Edmont (ALF) que le mikokoulo était le fruit de l’aubépine. Il faudrait vérifier cela.
Dans le Gard on trouve aussi des formes avec beli- : bélicouquié, belicoco s.f. « fruit du micocoulier » (S2), qui viennent du grec melikoukkia. Il semble que le fruit est sucré et qu’on l’ajoutait à de l’alcool.
Dans la même région on a donné le nom micacoulié à « l’alisier » (Hérault), belicoquo « alise » à Nîmes.
Tous les trois fruits étaient utilisés comme balles pour les sarbacanes. Voir aussi l’article falabrega < faba graeca

          

aubépine                                                              micocoulier                                                                      alisier

Page 3 sur 41234