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miougrano "grenade fruit"

Miougrano « grenade fruit », vient du latin mille « 1000 » + granum « grain ».¬† Attest√© d√©j√† en ancien occitan: milgrano.¬†

D’apr√®s les donn√©es du¬† FEW[1.¬† IV, 235a]¬† miougrano¬† √©tait courant dans tout le domaine occitan, mais le Thesoc ne l’a enregistr√© que dans les d√©p. ALPES-MARITIMES,¬†ARIEGE, GERS,¬†GIRONDE,¬†HAUTE-GARONNE, LANDES,¬†LOT-ET-GARONNE,¬†PYRENEES-ATL. , et le TARN-ET-GARONNE.

Dans le Sud-ouest¬†GERS,¬†GIRONDE,HAUTE-GARONNE,¬†LANDES,¬†LOT-ET-GARONNE, PYRENEES-ATLANTIQUES. c’est le type grenada¬† qui l’a supplant√©.

grenadier

L’abb√© de Sauvages √©crit dans son article Miougragni√©¬† « grenadier »:

Les p√©pins de la grenade¬† sont raffra√ģchissants¬†, son √©corce et les balaustes 1 sont tr√®s astringeans & absorbans, on les pr√©f√®re √† la noix de galle pour les teintures en noir de la soie.

√Čtonn√© par cette derni√®re remarque,¬† j’ai trouv√© qu’en moyen fran√ßais migraine¬† d√©signe aussi « √Čtoffe teinte en √©carlate » (DMF). J’aurai besoin de l’assistance d’un professionnel de la teinture des tissus √† l’aide de produits naturels, pour comprendre le « noir de la soie ». Toutes les autres attestations parlent d‘√©carlate.

La forme proven√ßale migrano¬† devenue migraine « √©carlat » a √©t√© pr√™t√©e au fran√ßais du XVe au XVIIIe si√®cle , mais c’est pomme grenade¬† > grenade,¬† qui a gagn√© la place en fran√ßais moderne.L’√©tymologie de migraine « √©carlate » n’est pas la m√™me que celle de miougrano.¬†¬† Le mot grana signifie « teinture d’√©carlate provenant de la cochenille »,¬† migraine¬†¬† est une demie teinture, ce qui ressort de la forme en ancien b√©arnais¬† mieye-grane,¬† o√Ļ¬† mieye¬† vient du latin medius « qui est au milieu ». FEW IV, 237a : granum

 

Commentaires des visiteurs:

Marjory Salles m’√©crit :

Bonjour,

Teinturier de mon √©tat, je serai ravie de vous apporter des pr√©cisions concernant la teinture du noir‚Ķ L‚Äô√©corce de grenade est tr√®s riche en tanin. Et c‚Äôest la r√©action du tanin avec le fer qui forme un noir tr√®s solide. Pour la teinture textile, il s‚Äôagit de baigner le tissu dans un bain riche en tanin (d√©coction d‚Äô√©corces). Ensuite, en passant ce tissu ¬ę¬†tann√©¬†¬Ľ dans une solution riche en fer, la couleur brune du tanin vire au noir.
C‚Äôest la m√™me r√©action qui est √† l‚ÄôŇďuvre dans l‚Äôencre noire tannique ou dans la production de bogolan africain !

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Notes
  1. le nom de la calice de la fleur du grenadier

Garriguette, la benjamine de la famille Garric

Garric « ch√™ne kerm√®s; ch√™ne blanc; ch√™ne nain; ch√™ne en g√©n√©ral » (Alibert). Garriga « garrigue, terre inculte o√Ļ poussent les garrics; ch√™naie rabougrie ». Garriguettes, gariguettes¬† « vari√©t√© de fraises cr√©√©e en 1978″.¬† L’√©tymologie est une base pr√©romane¬†*karr- ¬ę ch√™ne ¬Ľ ou¬† *karri- ¬ę pierre ¬Ľ sur laquelle les avis des √©tymologistes divergent.

Garric « ch√™ne kerm√®s » est attest√© en occitan depuis 1177¬† en Rouergue(TLF).¬† Son d√©riv√© garriga « (terrain avec) des taillis de ch√™ne »¬† se trouve¬† en latin m√©di√©val dans tout le domaine occitan. La premi√®re attestation vient d’un texte de 817¬† fait dans le¬† Couserans, une province gasconne dans l’Ari√®ge.

Extrait de Niermeyer, Jan Frederik, Mediae latinitatis lexicon minus;  2 vol. Leiden, 1976. Vous pouvez consulter des extraits, dont la suite de celui-ci,  avec Google Livres.

Une comparaison de la carte de l’Atlas Linguistique de la France (ALF)¬† avec l’article de Mme J. Ubaud¬† sur les noms des ch√™nes en occitan, montre clairement l’effet catastrophique de la normalisation voulue par les¬† « occitanistes ». Un exemple.¬† M√™me les rares¬† occitanophones dont l’occitan est la langue maternelle, doivent chercher dans un dictionnaire pour savoir comment appeler un « ch√™ne kerm√®s ». Mme Ubaud veut imposer¬† avaus, mot plut√īt rare.¬† Le mot garric¬† ne se trouve m√™me pas dans son article.¬† Pour conna√ģtre la r√©alit√©, mieux vaut de consulter le Thesoc s.v. ch√™ne.

Carte extraite des¬†¬† Lectures de l’ALF¬† de Gilli√©ron et Edmont. Du temps dans l’espace. par G. Brun-Trigaud, Y. Le Berre et Jean Le D√Ľ. Voir Sources, liens, s.v. ALF¬†

Ces donn√©es sont √† compl√©ter par celles, incompl√®tes h√©las, du Th√©soc, qui montre que la zone garric¬†¬† est ou √©tait plus √©tendue. Il y a¬† une attestation de garric¬† pour la Charente!¬† L’article *karra¬† du FEW a √©t√© publi√© en 1940 et beaucoup de donn√©es manquent bien s√Ľr.

Plus sur l’√©tymologie de garric et¬† garriga¬† dans le TLF s.v. garrigue.

La garriguette par contre n’a rien de pr√©roman. Sa naissance date de 1978. Son histoire romanc√©e :

Ou et quand est née la première gariguette?

- La premi√®re gariguette a vu le jour en 1978 dans les laboratoires de l’INRA √† Avignon apr√®s 16ans de mise au point.1

se trouve dans le blog « Les V√©g√©taliseurs ».¬† Cette histoire montre que la recherche peut cr√©er du travail et de¬† la richesse. Int√©ressant dans la situation √©conomique et politique actuelle.

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Notes
  1. Pour √©viter que la suite se perde, je l’ai copi√©e et vous pouvez la¬† lire ici gariguette tir√©e_de Les Vegetaliseurs.

Pavia "pêche; sarrasin"

Pav√≠a « p√™che » et plus sp√©cialement « p√™che √† la chair adh√©rent au noyau ». D’apr√®s le Thesoc cette d√©nomination est r√©pandue dans les d√©partements de l’Aveyron,¬†Gironde, Lot; Tarn et Tarn-et-Garonne, mais¬† les donn√©es du FEW montrent que pavie¬† « p√™che » est r√©pandu dans tout le Sud-ouest¬† , y compris le Poitou,¬† la Saintonge et le Limousin.

Pavie¬† s.m. est attest√© en fran√ßais depuis 1560 chez R√©my Belleau, n√© √† Nogent-le-Rotrou¬† (Eure-et-Loir) en 1528, mort √† Paris en 1577,¬† un po√®te fran√ßais de la Pl√©iade. Pavie¬† est rest√© dans les dictionnaires fran√ßais jusqu’√† 1935 et r√©-appara√ģt dans le TLF.

D’apr√®s le FEW pavie¬† vient du¬† nom de la ville Pavie , Pavia en gascon, dans le Gers.¬† L’explication de cette √©tymologie est que cette vari√©t√© de p√™ches¬† s’est r√©pandue √† partir de la ville de Pavie (Gers), et non pas √† partir de Pavia en Italie.¬† En tout cas il n’y a pas de preuves pour cette derni√®re proposition.

Par contre, dans la r√©gion il y a une autre plante, le « sarrasin » qui s’appelle pavio (= blat negre¬† Mistral),¬† ou¬† pabiat, pabiat√® ¬† dont le nom s’explique de la m√™me fa√ßon.¬† Voir √† ce propos L. Spitzer qui se demande si pabiat√® est un sobriquet des habitants de Pavie ou l’origine suppos√© du sarrasin.

pavia sarrasin

WS4,144

 

Quoi qu’il en soit les habitants de Pavie sont convaincus de cette √©tymologie:Blason de la ville de Pavie (Gers).

L’arbre s’appelle¬† pabiy√©.¬† Catalan et Espagnol pavia « peche ».

A l’origine de cet article est la question d’un visiteur :

Je me souviens de discussions entre ma m√®re, qui √©tait du Quercy, et mon p√®re, du Languedoc (quelques kilom√®tres plus au Sud). La p√™che (fruit) √©tait d√©sign√©e en Quercy par le mot « pers√®ga » (fruit de Perse), alors que chez mon p√®re il s’agissait de « pav√≠a » ….

Pers√®ga¬† comme fran√ßais¬† p√™che¬† vient du bas latin persica « p√™che »

Figa

Figa, figo « figue ». Etymologie : latin ficus qui d√©signait aussi bien l’arbre que le fruit. Le premier sens a √©t√© conserv√© en italien fico et en basque bikku, le deuxi√®me en espagnol higo, portugais figo et en basque iko. Les formes galloromanes pour nommer le fruit viennent d’un pluriel *fica comme le catalan figa.

Au figur√© far la figo « se moquer de quelqu’un ».¬† Claude Marco, qui se qualifie « anecbotaniste », m’a fait parvenir un commentaire sur les traditions populaires en rapport avec le figuier et la figue, trop riche pour √™tre ins√©r√© ici. Je le joins donc en format PDF.Figuier_Claude Marco

Une expression et un geste¬† qui remonte tr√®s loin dans l’histoire.¬† J.M Lombard y consacre un article¬† La main-figue ou mano-fica. Pr√©lude √† une c√©l√©bration du figuier de la connaissance.¬† la dans son blog, d’o√Ļ je tire cette image. LamblardGestedelafigue6a00d8341f05b853ef01b7c6e8870d970b-800wiUn bas-relief d’√©poque romano-berb√®re trouv√© en Libye. 1er si√®cle (Photo Lamblard).

D√©riv√©s : figon « petite figue », figueto « idem ; petite bouteille pour les essences « . Figuiera « figuier ». Proven√ßal et languedocien figueiroun « arum tachet√© ou Gouet ou Pied de veau » √† cause de sa forme. La racine s√®che du figeiroun est un bon cordial selon l’abb√© de Sauvages. Egalement limit√© √† ces deux r√©gions est le d√©riv√© figaret « vari√©t√© de ch√Ętaignier h√Ętif, dont les ch√Ętaignes se d√©tachent du h√©risson quand elles sont m√Ľres » Voir la page Castagno s.v. figaretto.

  

Ch√Ęteau de Figaret¬†¬† √† St-Hypolite du-Fort (30)¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬† ¬† ¬† ¬†¬† ¬†¬† Figueroun

De nombreux toponymes.¬†¬† Figaret¬† peut faire r√©f√©rence aux ch√Ętaignes ou aux figues.

Pr√™t√© au fran√ßais : figue, et¬† √† l’anglais fig « le fruit ou l’arbre »; expression not care a fig for « ne pas se soucier de » mais attention!! son homonyme fig est obsc√®ne « consists of making a fist with the thumb placed between the index finger and the middle finger. » (Voir ce lien, en bas de la page). N√©erlandais vijg; mais un oorvijg est une « gifle ». Allemand Feige mais Ohrfeige « gifle » (ne loupez pas cette video √† la R√©mi Gaillard).

La feuille de figuier a jou√© un r√īle important dans la sculpture et la peinture. L’origine est probablement la Bible: c’est avec une feuille de figuier que¬† Adam et Eve couvrent leur honte et leur nudit√© !

                 

 

Pichon, pitchoun

Pichon, pitchoun et pichouline ¬ę¬†petit¬†¬Ľ viennent d’ une racine pitch- dont nous trouvons des repr√©sentants en occitan, en franco-proven√ßal et plus au nord jusqu’en franc-comtois et dans l’Ouest jusqu’au Nord de la Loire. En dehors du galloroman¬† nous le retrouvons¬† dans les parlers italiens, par exemple le ligure pchitu, jusqu’en serbo-croate et en albanais.(Z 15, 112;Z 54,488).

Une variante se trouve d√©j√† au Ier si√®cle chez Martial pisinnus qui s’en sert avec le sens ¬ę¬†gar√ßon¬†¬Ľ. Les formes avec -i-, ¬† pitch- , sont beaucoup plus fr√©quents que les formes avec -e- petch-, pech-.

Le d√©riv√© le plus connu √† Manduel est La Pitchouline, le bulletin de communication de la mairie. Ailleurs c’est une ¬ę¬†vari√©t√© d’olive, bonne pour √™tre confite¬†¬Ľ En marseillais la pichoulino a un bout pointu et on la mange marin√©e. Elle est mentionn√©e comme olive picholine dans le dictionnaire de l’Acad√©mie de 1835, le¬† masculin¬† picholin d√©signe l’arbre.¬† A Bayonne un pitchoun est un ¬ę¬†gagne-petit, r√©tameur¬†¬Ľ.

La picholine¬†: Originaire de Collias, petit village gardois, c‚Äôest la principale vari√©t√© fran√ßaise d‚Äôolives vertes mais c‚Äôest lorsqu‚Äôelle est bien noire et pleine d‚Äôhuile qu‚Äôon la ramasse pour en faire la fameuse huile d‚Äôolive Picholine. Huile de si bonne qualit√© qu‚Äôelle est en passe d‚Äôobtenir l‚Äôappellation d‚Äôorigine contr√īl√©e.

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