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Restanco ‘restanque’

Restanco « écluse; digue; morceau de bois qu’on place au travers du pétrin pour empêcher la pâte de s’étendre ». L’étymologie est la même que celle de pétanque  voir tancar, mais je viens d’apprendre d’un ami qui connaît bien la région niçoise que les restanques  sont les terrasses, un sens inconnu de Mistral:

restancoM

qu’on appelle traversiers à Valleraugue et bancels en Lozère, ribo à Pont-de-Montvert, faissa ou paredon dans l’Aveyron. Voici une image des restancos près de Toulon:

restanquesL’auteur donne la description suivante

Photo prise sur les pentes du Mont Faron à Toulon
Les cultures en terrasses traditionnelles (restanco), c’est à dire avec un système d’écoulement des eaux de ruissellement intégré, se font de plus en plus rares. Et on n’y fait plus guère pousser de légumes, seulement des fruitiers. Celles-ci sont très belles et, curieusement, quasiment en ville.

Cette description explique l’évolution sémantique qui s’est produite. Restanco vient du verbe *stanticare « arrêter » qui a aussi dooné tancar.  En ancier occitan est attesté le verbe restancar « étancher le sang », restanchier en ancien français. Dans les parlers occitans modernes on trouve restanca(r) « faire une digue, un barrage, retenir l’eau » à Cavalaire près de Draguignan  un restanco est « une barrière en bois le long  d’un chemin pour empêcher les eaux pluviales d’y passer ».   Quand on crée plusieurs de ces barrières en pierre sèche plutôt qu’en bois,  sur la pente d’un colline on obtient des restancos « terrrasses ».

FEW  XII, 232

Mon ami d’Ampus qui m’a parlé de ces restanques, m’a dit qu’à Ampus, au Nord de Draguignan;  on appelle ces murets en pierre sèche  et les terrasses qui sont ainsi formées des berges. L’évolution sémantique de berge « Bord d’un cours d’eau » > « muret avec système d’écoulement d’eau »  > « terrasses formées avec ces murets »  est la même.

 

Quésaco ?

L’étymologie de quesaco, quésaco, qu’ésaco,   kesaco,  occitan Qu’es aquò ? n’a rien s’intéressant, mais Christine Belcikowski  a écrit une belle histoire A propos de la coiffure à la Quesaco

coiffure_quesacoLouis Marin de La Ciotat, qui est à l’origine de cette histoire, n’est pas complètement oublié. Une école primaire à La Ciotat porte son nom et le Musée Ciotaden  garde son portrait:

Louis_Marin

Escaoumer ‘brûler’

Escaoumer « brûler » Lhubac1 vient du grec καυμα (cauma) « chaleur du soleil ».  FEW II,538b

Le premier sens attesté en occitan de cauma, caumo est « grande chaleur » . Le dérivé caumasso devient  » chaleur étouffante »,le verbe  escauma « échauder » et escaumarrado « chaleur accablante ».

Pendant la grosse chaleur on ne peut pas faire grand chose, même pas manger : chaoumar à Barcelonnette « cesser de brouter et se reposer à l’ombre (en parlant des moutons) », coumà dans l’Aveyron,  devenu chomer « se reposer  » en ancien français, et les jaloux qui ne peuvent pas faire la sieste appellent ceux qui la font chomeur « homme paresseux ».  Chomer perd ce sens péjoratif et devient « ne pas travailler faute d’ouvrage », mais ce sens est relativement récent, début du XVIIe siècle. Avant cette époque on ne chomait que pendant les jours de fête, féries ». Les deux sens co-existent en français moderne.

D’après le FEW cauma est devenu calma en italien et a pris le sens spécifique de « cessation complète de vent » comme terme de marine, emprunté au XVe siècle. Depuis le XVIIe siècle calme est utilisé au figuré avec le sens  « absence de passion », etc.

 

 

Notes
  1. Qui raconte une histoire d’un cuisinier qui vérifiait la température de l’huileescaouder avec son doigt sans s’escaumer. Un ami de Montagnac me confirme : « je me suis escaumé », pour dire « je me suis brûlé »

Escaume ‘dame de nage, tolet’.

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Escaume « tolet » ou « dame de nage » vient du grec σκαλμος  emprunté par les Romains scalmus   toujours avec le même sens. Le mot se retrouve dans tous les parlers marins de la Romania, sauf en normand qui a gardé un mot ancien nordique  þollr « arbre; poutre »,  cf. le danois et le norégien toll, le suédois tull « tolet ». (CNRTL tolet). Le type nordique a gagné du terrain sur la côte atlantique au détriment du type scalmus ( FEW scalmu XI,272b)

escaumo escaumos    escaumo2

Dans le travail inestimable du Commandant Noël Fourquin et de Philippe Rigaud :

De la Nave au Pointu

Glossaire nautique de la langue d’oc

Provence-Languedoc

Des origines à nos jours

Dans l’Édition sur CD de 2010, je trouve plusieurs attestations comme celui-ci:

1510: « …pour bois employe a faire pedagnes et escalmes… » Archives Départementales BdR. B 2551 f°148v°

et des dérivés :

Escaumado s.f « bordage qui porte les tolets et les toletières d’un bateau. »; Escaumot s.m 1636: « Plus en rombauds, encentes, escaumots… » A.D. BdR. 14 E 403 (n. fol.).

Cotgrave écrit dans son dictionnaire de 1611 scalme « a thowel »=  thole  en  anglais moderne1 c’est-à-dire « tolet ».

scalme_Cotgrave

et qu’en provençal un peis escomé est un « brochet de mer ».

peis_escomeCotgr

peis escomépeis escomé

Palavas escan « tolet » (faute de lecture  u>n ?), et escaumieira « petite pièce de bois placée sur le plat-bord pour recevoir le tolet »  sont placés par erreur  dans l’article  scamnum 11,278a 

Notes
  1. Contrairement au français, l’orthographe de l’anglais a bien évoluée.

Pacholo une ‘bagatelle’?

Pacholo (pachole en français régional, vulgaire)  signifie « sexe de la femme » d’après Lexique de Marius Autran.  en provençal, confirmé par d’autres attestations. Étymologie. Il doit s’agir d’une évolution récente, en tout cas Mistral ne le mentionne pas tout en distinguant deux pacholos  différents:

PacholoMistral

Le premier pacholo est un dérivé de pacho  « pacte » du latin pactum « traité, contrat ». Le FEW VII,461 nous donne plusieurs significations proches de « petit marché » : à Marseille « tripotage, mélange d’accords ou de pactes », pachouliá « faire des petits marchés, brocanter », un pachouliaire est un « brocanteur ».

Le second pacholo vient d’après le FEW VIII,28 d’une onomatopée patš qui en occitan a donné pachoulha « faire un mélange hétéroclite », pachôlo « tripotage, mélange qu’on fait de plusieurs choses qui se voyent rarement en semble » (Sauvages S1), pachoukë « chipotier, vétilleur » (idem), etc. Alibert donne une grande quantité de dérives dans son article pachaca.

Il reste la problème de l’évolution sémantique 1. »petit marché » ou 2. « mélange »  > « sexe de la femme ». Je penche pour le premier, le latin pactum, parce que nous trouvons une évolution sémantique analogue dans le mot bagatelle. emprunté à l’italien bagatella au XVIe siècle avec le sens « chose de peu d’importance, babiole »  >  « frivolités féminines » >  « galanteries, amourettes » > « amour physique ».  (CNRTL bagatelle)

En occitan il y a un second exemple cf. Mistral p.538-9   chaucholo « sauce abondante, soupe au vin, gourme v. pacholo; fadaise, vétille, niaiserie, baliverne, sornette »  nous voyons un glissement de sens comparable. En français « Jeter sa gourme. Faire des folies de jeunesse.