cat-right

Restincle 'arbre à mastic'

Restincle « Arbre au mastic, ou Pistachier lentisque (Pistacia lentiscus L.) est un arbuste poussant dans les garrigues et les maquis des climats méditerranéens. » vient d’un dérivé *lentisculus du latin lĕntīscus « lentisque ». Restincle, attesté en 1570,  restrenge  à Montpellier d’après Conrad Gesner en 1542, restencle par Junius Adrianus en 1606 et repris par Littré sans survivre.

Le nom est vivant d’après le Thesoc à Lezan (GARD,) restingle « pistacia lentiscus », rastingle dans l’HERAULT..

Restincle est  la forme languedocienne, en provençal c’est lentiscle  qui domine.

vesc 'gui, glu'

Vesc ‘gui, glu’  vient du latin   vĭscum « gui; glu ». Vous trouverez une recette de glu avec du gui en suivant le lien.  Pour la répartition géographique des différentes formes dans le sud-est de l’occitan  abresc, bresc, besc, bisc  voir le Thesoc.  La première attestation vient du Rouergue et date de 1220. Le sens « glu » des représentants de viscum  n’a été conservé  qu’en occitan.

La forme avec a- :  abresc  doit provenir de l’influence du verbe aviscar, enviscar  « engluer; prendre à la glu ». Les formes avec -i-  font supposer une base vīscum qui s’explique d’après le FEW par l’influence des représentants de  hibiscus, les formes du nord avec gu-  par l’influence d’un mot germanique.

Espagnol et portugais visco. L’ italien vischio et le provençal biscle  viennent d’un dérivé  vĭsculum.

La chasse avec la glu de gui dans la Vaucluse s’appelle  visqueto  La pratique de la glu remonte au temps de l’empire grec. Ils fabriquèrent la glu avec des baies de gui concassées , ainsi ils pouvaient capturer les oiseaux par les ailes. Ce qui est devenu la technique des baguettes tombantes répandue aujourd’hui dans le Vaucluse.

baguettes tombantes

Le nom du  gui  « viscum album » est également utilisé par les médecins pour  une autre plante le « loranthus europaeus » qui ne se trouve pas en France.  Dans l’interprétation de textes anciens de médecine et de botanique  il faut donc  interpréter viscum/gui  avec prudence. Voir RollandFlore 6,227.

      

Viscum  est aussi à l’origine du mot viscosité.

Esquer 'gauche'

Esquer, esquerra « gauche, difficile ».    L’étymologie  est peut-être le basque esker « gauche », mais la répartition géographique plaide pour une origine ibère. Le type  esquer  se trouve non seulement en occitan mais aussi dans toutes les langues de la péninsule ibérique; catalan esquerre,  espagnol izquierdo, portugais esquerdo.

Dans les parlers occitans modernes, on le trouve d’après le Thesoc dans les départements suivants: ARIEGE, AVEYRON, CANTAL, HAUTE-GARONNE, PYRENEES-ATLANTIQUES, HAUTES-PYRENEES, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE)

Escarié « gaucher ». L’abbé de Sauvages (1756 S1) donne l’ancienne recette pour transformer un gaucher en droitier  en lui liant le bras jusqu’à ce qu’il ait pris l’habitude de se servir du bras droit.

En 1347 la reine Jeanne a ordonné que  toutes les femmes débouchées ne se tiennent pas dans la Cité (d’Avignon), mais soient enfermées dans le Bordel et que pour qu’on les reconnaisse, elles portes une aiguillette rouge sur l’épaule de la main gauche escairo.

     

Cela me fait penser à La Lettre écarlate  de Nathaniel Hawthorne où Hester Prynne, une jeune femme vivant dans une communauté puritaine à Boston dans le Massachusetts. au début du roman, se voit condamnée par la société à porter sur la poitrine la lettre A pour Adultère.

Couderc

Couderc. Article écrit par Pierre Gastal, auteur de Nos Racines Celtiques – Du Gaulois Au Français. Dictionnaire. Editions Desiris, 2013.

Nos racines celtiques. P.Gastal   

COUDERC : Champ. LOU PRAT DEL COUDERC. Pré. Le Mon. D2 AA 1336, « coderco dicti loci de Avoae» (p. 17). (…) donne l’étymologie d’après von Wartburg et Jean Séguy : « Le mot remonte au gaulois cotericum « commun ». (Noms de terroirs vellaves : d’après le compois de…, F. La Conterie – 1978)

COUDERT1 :

1) Petit pré enclos, près de la ferme, où l’on mène paître le bétail ; coderc en Périgord.

2) Dans le Midi, pâturage collectif, souvent enclos, près du village.

3) Petite place avec une pelouse, souvent entourée d’une haie, au-devant d’une maison de campagne2

4) En Corrèze, au XIXe s., enclos pour le parcage des porcs mis à l’engrais, à côté de leur bauge.

5) En Poitou au XVIIIe s., parcelle cultivée en grains.

6) Pelouse de médiocre qualité sur une colline. (DMR)

J’insère quand-même une image (source):

Qu’est-ce qui différencie Milhac (commune du Monteil) des autres localités cantaliennes ? Hé bien Milhac présente un couderc rassemblant un four à pain, un lavoir, une croix et une fontaine. Tout ça sur une superficie très restreinte.

Couderc, couder : petite place ; aire devant une maison ou une ferme ; jardin ou petit enclos attenant au manoir du maître ; pâturage commun. On trouve dans un ancien titre : « Pratum, sive codercum » (Glossaire de la langue romane, J.-B. Bonaventure de Roquefort – 1808)

Le Couderc, le Coderc, « pâtis pour oies et porcs ». Le sens de « pacage communal », attesté ailleurs, a conduit J. Jud (Mots d’origine gauloise, Romania, 1926, 331-2) à proposer l’étymologie co-ter + icum, acceptée par Von Wartburg (Französisches etymologisches Wörterbuch), tandis que  L. Spitzer, cité par Romania, propose condirigere. (Les premiers romans français et autres études littéraires et linguistiques, G. Raynaud de Lage – 1976)

Pour Jud, suivi par Von Wartburg, il viendrait d’un gaulois cotericum qui aurait désigné un pâturage. (La maison rurale en pays d’habitat dispersé de l’antiquité…,  A. Antoine, ‎M. Cocaud, ‎Daniel Pichot – 2005)

… Forez couhard, « pâture pierreuse », Toulouse coudérc, « jardin »… Certaines sources renvoient au kymri (gallois) cyttir < cyd, « commune » + tir, « terre ». Mais Anreiter (1992 : 413) écrit que les formes du celtique insulaire renvoient à teros (< IE *ters-, « sec ») et précise que la fonction du suff. -ico n’est pas claire ici. Pokorny (1948/1949 : 240) soutient aussi une étym. gauloise mais rattache le mot à une racine *kito-/*kitu-… (Romania Gallica Cisalpina : Etymologisch-geolinguistische, J. Grzega – 2001)

On les appelle : « commons » en anglais, « comins » ou « cyttir » en gallois. Certains de ces communs dépendent de la Couronne, mais la plupart font ou faisaient partie des « estâtes » des landlords. (Géographie rurale de quatre contrées celtiques : Irlande, …,  P. Flatrès – 1957)

The preposition cyd is = the latin cum. … from cyd and tir, land (terrain) is cyttir, land held in common (terrain tenu en commun). (The Anthropological Review, vol. 1 – 1863)

Par exemple, cyd’dir « communaux », composé de cyd « com- » et tir « terre » devient cyt-ir, que les Gallois notent cyttir ou cytir… (Les désinences verbales en -r en sanskrit, en italique et en… , G. Dottin – 1896)

cytir [kø-tir] substantiu masculí, plural cytiroedd [kø-tî-rodh] : 1 terrenys comunals (terres communales). Nom de carrer de Bangor – “Cyttir Lane” als mapes, presumablament d’una forma original Lôn y Cytir (Nom d’une rue de Bangor, vraisemblablement d’une forme « Lôn y Cytir »).  2 Y Cytir (SH8715) coster a la comarca de Gwynedd (districte de Meirionnydd)  (coteau/colline, comté de Gwynedd, district de Meirionnydd)

ETIMOLOGIA : cytir < cyd-dir (cyd- = junt [joint/ensemble]) + mutació suau  (mutation douce) + (tir = terra ) (Dictionnaire gallois-catalan & étymologie, Lexilogos)

Entrevu dans un ouvrage en anglais sur les Gallois que ce terme reflétait leur esprit de communauté, survivance de l’organisation ancienne du territoire (propriété commune).

Pas pu trouver d’équivalent pour « terre commune » en gaélique ni en breton.

Gaélique, pour « commun » : coitcheann, common, public, so Irish, Old Irish coitchenn : *con-tech-en? (MB)

Gaélique, pour « territoire, terre » : tìr, land, earth (pays, terre), Irish, Old Irish tír, Welsh, Cornish, Breton tir, tellus, la terre : *têros (*têres-) ; Latin terra (*tersâ), Oscan teerum, territorium. The further root is (< rac.) ters, be dry (être sec), as in tart ; the idea of tír, terrâ, is « dry land » opposed to sea (la terre, « pays sec », opposée à la mer). (MB)

_______________________________________

Le FEW mentionne les dérivés occitans : coudercho  s.f. « terrain couvert d’une herbe menue » (Ussel),  couderas « cour, enceinte » (Puisserguier),  coudertsino « polygonum aviculare » (Brive d’après Rolland Flore 9,187) = La renouée des oiseaux ou traînasse..

Dans la Suisse romande le type cotericum  s’est croisé avec le type costa  , ce qui a abouti à coΘe « place devant la maison » d’où le verbe koterdzi « causer ». Une évolution sémantique analogue s’est produite dans le mot androune.

 

Notes
  1. Vous trouverez de nombreuses attestations du mot en tapant « le couderc » sous Google-livres.  Si vous demandez « Couderc »  seul  à un moteur de recherche  il ne donne que des patronymes.
  2. L’abbé de Sauvages (S1) écrit : Place au devant d’une maison de campagne. C’est une étendue moindre que celle qu’on appelle vol du chapon; on le prend quelquefois pour la maison elle-même, et c’est dans ce sens que le Proverbe dit : Ke d¨émoro din soun couder, së noun y gâgno noun y pér.

Mondin ‘Toulousain’

Mondin, Moundin « Toulousain, de Toulouse ».  Etymologie : Raimond « Raimond, comte de Toulouse ».

Un article à l’occasion de la commémorations des  LIBERTATS COMUNALAS 2014 : double page dans le Journal Toulousain : Centrale_JT595

Au XIIe siècle il y avait aussi le raimondene « denier à l’effigie d’un comte de Toulouse ».

sagel ou sceau de Raymond VI

Certains prénoms, dont  Raimond, étaient tellement fréquents qu’ils sont devenus des substantifs.  Dans l’Hérault le ramounet  a pris le « maître-valet, régisseur d’une ferme », sa femme est la ramouneto et sa maison le   ramounetage.  Raymond  Jourdan de Montagnac (1976) donne une définition très précise: « Ouvrier habitant la ferme, nourissant les mésadiers et dirigeant les laboureurs ». Sa femme est la ramounette.

Dans le Bas-Quercy  ce n’est pas pareil, le  ramounet  est « le démon », ce qui s’explique peut-être par l’histoire :

 En 1188, Richard, fils d’Henri II, organise une cruelle expédition dans le Quercy, rafle dix-sept châteaux acquis à la cause toulousaine.

Le roi, Philippe-Auguste riposte en occupant le Bercy et le Bourbonnais. Jusqu’en 1189, les terres quercynoises resteront anglaises.    Le soulèvement de la population toulousaine soutenue par les consuls et par Richard conduit Raymond V à accorder plus d’autonomie en signant l’acte du 6 janvier 1189 dans l’église Saint-Pierre-des-Cuisines sous l’autorité arbitrale de l’évêque Fulcran : le comte reconnaît son échec, désavoue ses initiatives pour diviser la population, accepte les conditions de la paix sociale proposées par les consuls à qui il concède la juridiction criminelle.    Le 26 janvier 1190, Raymond V et Alphonse d’Aragon concluent une nouvelle paix. Un an après, le vicomte Roger II échange avec le comte de Toulouse des serments de sécurité et d’entraide mutuelles.

Raymond V meurt à Nîmes en décembre 1194 et est inhumé à Notre-Dame de Nîmes..( plus dans ce site)

En suivant le lien vous pouvez lire l’acte du 6 janvier 1189 en occitan + traduction. jurament0k .

Ci dessous l’article moundin  de Mistral.

Lien direct vers l’article du FEW. Juste au-dessus il y a l’article Robert, un autre nom très fréquent.