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grumejar et oc. broumeja

Un visiteur catalan m’a signalé que Corominas  discute l’étymologie de broumeja « appâter », broumet « appât » dans son article grumejar Comme je ne suis pas en possession de ce  grand dictionnaire étymologique du catalan, je lui ai demandé de me le copier. Voici le résultat. gruma

Il découvert que le type d’origine grecque βρωμα se retrouve sur le côtes méditerranéennes jusqu’à Vénise. Je reprends ici ces attestations:

gruma_Coromines

Dans mon article broumeja j’ai déjà mentionné l’attestation du nord-catalan ‘Bromeig‘.

Corominas propose de rattacher les deux types broma et gruma non pas au grec mais à une racine Grūm-,  avec labialisation de gr- > br- sous l’influence de la voyelle tonique suivante.  Le fait que BROMA  existe dans le vocabulaire nautique avec le sens « mollusque qui dévore le bois » avec le composé abrumar est un argument de poids.

broma3 [1504; probablement del gr. brõma ‘corcadura’, perquè corca per sota el buc de les embarcacions]  ZOOL Mol·lusc lamel·libranqui marí de la subclasse dels eulamel·libranquis (Teredo navalis), de cos molt allargat, vermiforme, i de conquilla petita, atrofiada, emprada com a òrgan perforant.

Mais  dit-il à la fin de son article qu’on ne peut prendre une décision définitive.

 Coromines,  Diccionari etimològic i complementari de la llengua catalana

Euze

Euze « yeuse, chêne vert »  ou « quercus ilex ». Etymologie est le latin  ēlex,  ēlicis « chêne vert »., une variante régionale de l’Ombrie du latin īlex, īlicis.  Ce dernier a été conservé dans le sud de l’Italie et en Sardaigne, tandis que   ēlex est à l’origine des formes nord-italiennes, occitanes.   Attesté en ancien occitan elzer à Montpellier en 1179. A l’est du Rhône nous trouvons une forme avec -v- :  eouve, que Ronjat, Grammaire istorique des parlers provençaix T. 2,127  ne donne pas d’explication, mais constate que l’insertion d’un -v- précédé d’un -[w]- n’est pas rare.

Le dérivé provençal  euziera , languedocien éouzieiro désigne un « lieu planté de yeuses ».

Nous retrouvons l’adjectif  dérivé ilĭcīna  » du chêne vert »  devenu aussi substantif et qui a donné l’espagnol encina,  le portugais enzinha et le catalan alsin,  dans les département du sud-ouest du Languedoc  à Lézignan et dans l’Aude auzino,  dans  l’Ariège alzino et dans la Haute Garonne.  L’abbé de Sauvages écrit:

éouzino « gland de chêne-verd », Car d’ëouzîno « chair ferme ».  Il explique « Les cocons nourris de glands ont la chair plus ferme et de meilleur goût. On trouve en Espagne une espèce de chêne-verd dont les glands ont le goût de la châtaigne & sont bons à manger… »

Plus d’attestations dans le Thesoc:

ause°° HERAULT.;   ausin AUDE, HERAULT.; ausina ARIEGE, AUDE, HERAULT, PYRENEES ORIENTALESeuse ARIEGE, AUDE, HERAULT, PYRENEES ORIENTALES.

lèuge GIRONDE, LANDES. ; leugièr°° avec agglutination de l’article et le suffixe -ier dans ARIEGE, HAUTE-GARONNE, GIRONDE, LANDES, LOT-ET-GARONNE

Leuge casse léuge comme adjectif dans DORDOGNE, GIRONDE, LOT-ET-GARONNE.

Valleraugue élze  et plus d’informations dans le FEW 4, 544-5

Français yeuse a été emprunté à l’occitan avec adaptation de la prononciation.

Une belle photo faite par le Docteur Pierre Elzière

yeuse "quercus ilex"

quercus ilex

 

 

limon ‘citron’

D’après le Thesoc s.v. citron le type  limon « citron » est courant  dans  les  ALPES-MARITIMES, AUDE, GARD., le type limona dans l’  AUDE, GARD, HERAULT.
Alibert : Limon « citron; vallisnérie » .  Limona « citron; mélisse; potamot comprimé »1

Etymologie. Les Romains ne connaissaient le citron que par ouï-dire. Vers la fin de l’empire ils ont cultivé en Italie le cédrat  citrus medica. ( FEW XIX,109 )

cédrat

cédrat

Ce n’est que bien plus tard que les  croisés ont ramenés des limons   « Fruit du limonier, analogue au citron à la différence près qu’il est plus acide et que son écorce est moins épaisse » CNTRL.  D’abord en Italie , le limone  » sorte de citron très acide » le Citrus aurantifolia

limon

limon

Le nom limone a été emprunté à l’arabe laimūn, les Arabes ayant introduit la culture du fruit dans tout le bassin méditerranéen, mais l’origine de la plante et du nom līmūn  en persan est la Perse, apparenté au Sanskrit nimbu  » limon. » L’arbre et le fruit ont été introduits en France à partir de l’Italie. Italien  limone  est devenu limoun  écrit limon  (A).   Le nom limoun s’est maintenu en occitan, en tout cas dans les départements cités plus haut.  L’espèce par contre a changé. Les citrons cultivés appartiennent à l’espèce  Citrus medica var. limon L. Nous  retrouvons  le nom en anglais:  lemon « citron », ainsi que dans plusieurs dialectes allemands Limone.  Le limon y s’appelle lime, emprunté à l’espagnol lima.  Néerlandais limoen prononcez limoun, emprunté au français, est tombé en désuétude au XIXe siècle pour réapparaître au XXe pour désigner le Citrus aurantifolia.   

Le nom français citron, composé de l’élément citr- de citrus et du suffixe -on de limon ne date que de la fin du XIVe siècle.  Citron a éié emprunté par le néerlandais : citroen, (prononcez citroun) .  Aux Pays Bas citrtoen est même devenu un nom de famille Citroen (prononcez citroun). 

Wikipedia me fournit le compléments suivants:

Le nom Citroën possède toute une histoire. L’arrière-grand-père d’André, dénommé Roelof4, est un marchand d’agrumes en Hollande. En 1810, lorsque Napoléon Ier annexe le Royaume de Hollande, les juifs néerlandais sont soumis au code Napoléon et doivent choisir un nom pour leur identification. Roelof choisit alors de se faire appeler Limoenman (« homme-citron »), surnom que ses clients lui donnaient5. Son fils, Barend, ne prend pas la suite des affaires de Roelof et se tourne vers le négoce de joyaux, qui connaît un essor important au XIXe siècle. À la suite de ce nouveau statut social, Barend francise progressivement son nom, dans un premier temps en Limoenman-Citron puis en Citroen6.

 

alt=Description de cette image, également commentée ci-après                

 

 

Notes
  1. Potamot   FEW IX,252b  3646 Potamogeton compressus Telebotanica    et nomenclature.

calandreto

calandreto      « alouette à doigts courts »  et  calandreta « école bilingue franco-occitane 1 « . Etymologie: diminutif du latin calandra emprunté au grec κ α ́ λ α ν δ ρ ο ς « alouette » . FEW II, 56 .  Mistral  donne trois diminutifs différents, sans les localiser.

. calandrello, calandreto Mistral       calandreto

Avec ce lien vous pouvez écouter le chant de l’ alauda brachydactyla , enregistré en Kazakhstan.  Dans le site il y a d’autres enregistrements. Plus sur les noms de l’oiseau.

Calandreto est le diminutif de calandro « Alouette méditerranéenne à gros bec jaune, à calotte rousse et sourcil beige«  (Burn. 1970) » CNRTL.

Calandra dans Raynouard

Calandra dans Raynouard

Les poésies de Peire Raimon de Tolosa (1180-1220)  ont été publiés et traduits par J.Anglade dans les Annales du Midi 1919-1920 et sont  téléchargeables ici. en PDF  ou avec le projet Gutenberg  en différents formats, html, epub,  avec des commentaires, etc.

PeireRamonde Toolosa

Le mot français calandre  a été emprunté à l’ancien provençal. En français calandre appartient à la langue poétique; c’est ce qui explique que ce nom a été emprunté par l’allemand Kalenderlerche  et le néerlandais Kalanderleeuwerik.

Notes
  1. Vous pouvez écouter les petits de Gaillac chanter ici.

Anols, anoui ‘jachère’

Anols, anoui, noui, anous, anouï, anouias « friche, jachère, taillis ».

Dans la troisième partie de l’étude de Marie-Claude Marandet, Les campagnes du Lauragais à la fin du Moyen Âge, intitulée La Terre, pp. 83-189 elle nous fournit le riche vocabulaire qui concerne les friches. Plusieurs termes se trouvent déjà dans ce site, comme bartas et broga. Je ne connaissais pas le terme anols et ses variantes. J’ai pourtant parlé  de  annŭcŭlus dans l’article anoublo  « animal d’un an ». Elle écrit: « Après utilisation de divers lexiques occitan-français et consultation d’informateurs locaux, j’ai établi les équivalences suivantes : Anols : anoui, noui, anous : jachère ; anouï : inculte ; anouias : terrain inculte (F. Mistral).  »

Etymologie . Ces termes se trouvent en effet dans le FEW 24, 616b et note 4 p.617b  dans le même article annŭcŭlus « d’un an », et sont donnés comme des significations secondaires. Antoine Thomas (Mélanges, p.212-213) explique qu’une jachère est une terre qui n’a rien produit dans l’année ». Le sens le plus répandu des mots qui continuent le latin annŭcŭlus étant « femelle stérile ou  qui n’a pas fait de petits dans l’année », on comprend l’évolution sémantique.

Le type annŭcŭlus « animal d’un an » se trouve dans les parlers septentrionaux de l’Italie et en espagnol añojal « jachère ». ThomasMél pp.212-213 (et non pas 148 comme indiqué dans la note du FEW)

Les campagnes du Lauragais à la fin du Moyen Âge 1380 – début du XVIe siècle. Marie-Claude Marandet Presses universitaires de Perpignan,2006.  À partir d’une base documentaire abondante, près de 3000 actes notariés, dix-neuf livres d’estimes, des registres de reconnaissances et des listes d’aveux et dénombrements, traitée par l’informatique, Marie-Claude Marandet dresse un tableau des campagnes du Lauragais entre 1380 et 1520.

campagnesLauragais