cat-right

goudjo ‘courge’2

Share
Goudjo « courge Ă  sel »Ă  Valleraugue (Auge). Pour l’Ă©tymologie voir mon article coujo, coja « courge ». Je veux revenir sur le mot grec κωδια (kodia), qui Ă©tait aussi le nom de la clepsydre«  l’horloge Ă  eau, un transfert est motivĂ© par la forme arrondie des vases qui servaient pour ces horloges et faire un peu de publicitĂ© pour Noria  la Maison  de l’eau à  St-Jean de Bruel (Aveyron) oĂąvous pouvez voir des clepsydres anciennes et modernes.].clepsydre     WasseuhrHerophilusClock

En plus j’ai retrouvĂ© le livre de Charles Atger qui nous donne un dicton de Valleraugue:

Sa pa dĂ© quĂ©s quĂ© tenĂ© sal en goudjo  » Il ne sait pas ce que c’est que de tenir du sel dans la courge (soucis mĂ©nagers).

Ils Ă©taient Ă©conomes les CĂ©venols!

goudjo

Cette forme goudjo   est assez rare, seulement attestĂ©e dans dans le haut canton du Gard, (Cf. Thesoc),  auquel il faut ajouter trois points dans l’HĂ©rault[2. Je suis très content que Charles Auger n’a pas regardĂ© le Dictionnaire d’Alibert et qu’il a Ă©crit comme il prononçait: goudjo. Ortografia est d’ailleurs absent du Dictionnaire d’Alibert.] (ALF d’après FEW II, 833 ).

Cogorda, cogorla sont des formes de l’ancien occitan, coucourdo, cougourlo en occitan moderne.cĹ­cĹ­rbÄ­ta « citrouille ». FEX II, 1458

Courge poire Ă  poudre.   La courge poire Ă  poudre est une variĂ©tĂ© non comestible (Lagenaria sicerana) du genre Gourde. D’après Rolland Flore,  le CĂ©venol coujo n’est pas la plante mais l’objet  poire Ă  poudre.

gourde-poire-a-poudre-ab.netA Campan (Hautes-Pyr.) couyo est le nom d’un panier rond et profond, en Lozère goujo « un entonnoir pour tonneaux ».

Cojada « claterium; bryone » (Alibert).   Claterium est un nom  du  concombre sauvage ou concombre d’âne. (Ecballium elaterium Wikipedia) – claterium. AppelĂ© aussi cojarassa ,

claterium

concombre d’âne Ils mesurent quelques centimètres.

La bryone est une plante grimpante Bryone dioĂŻque (Bryonia dioica) (Wikipedia).

bryoneblancheavec une racine spĂ©ciale. Elle s’appelle aussi « navet du diable, herbe de feu, rave de serpent, coja de serp, etc.La bryone est toxique.

Cojassa, « aristoloche »,  Cojanela dans le parler de Guyenne (Alibert). Image dans mon article faouterno. .

Et bien d’autres plantes, coja d’aiga  » le nĂ©nuphar jaune  appartient Ă  un autre famille (voir Wikipedia) ; coja melona « citrouille iroquoise » (cucurbita pepo); cojarassa de bosc  « tamier » (tamus communis).

 

LaĂŻer, laguiar

LaĂŻer ou layer, fr.rĂ©gional, laguiar, laĂŻar « fatiguer, ennuyer, barber » fait partie d’une famille de mots que nous trouvons surtout en languedocien avec des attestations Ă  l’ouest, par exemple en Limousin alai « fatiguĂ©, harassĂ©, dĂ©bile » et en Bigorre alayat « affaibli, fatiguĂ©, extĂ©nuĂ© », mais pratiquement pas Ă  l’est du RhĂ´ne.

La première attestation a la forme laguiat, participe passĂ©, avec le sens « accablĂ©, souffrant » dans La chanson de la Croisade contre les Albigeois, qui date du dĂ©but du XIIIe siècle.

La page de titre du manuscrit.

 

L’abbĂ© de Sauvages le connaĂ®t bien: laghia « chagriner » ainsi que le substantif lagui qu’il traduit avec « peine, chagrin, inquiĂ©tude, souci ».

J’ai l’impression que les formes avec un -y- se trouvent surtout dans l’ouest langedocien, et les formes avec -gu- dans l’est, mais Ă  Alès la forme est laguiĂ  « causer de la peine, donner du chagrin, se tourmenter, s’inquiĂ©ter » et ici dans la rĂ©gion nĂ®moise, j’entends de nos jours layer en français rĂ©gional comme attestĂ© dans l’Aveyron loya « fatiguer, ennuyer ».

L’abbĂ© de Sauvages donne encore un autre dĂ©rivĂ©: alaguia « lasser, ennuyer, dĂ©plaire par trop d’importunitĂ© » qu’on retrouve jusqu’en Gascogne.

Dans un site consacrĂ© Ă  l’occitan de Montpellier, je retrouve Ă©galement les deux formes:

laguiant (=) ennuyeux
laguiar (=) inquiéter
laguiar (se) (=) s’inquiĂ©ter, se dĂ©moraliser (syn.: s’alassar, se laiar)
laguiat (=) fatigué, las
laguiós (=) soucieux, tourmenté
laguis (=) soucis
laiant (=) ennuyeux laiar (se) (=) fatiguer (se) (syn.: s’alassar, se laguiar)
laiar, segar la gueta (=) casser les pieds « veses pas que me laias? »; »nos an ja segat la gueta amb aquela istòria »
laiat, -ada (=) Ă©puisĂ©, -Ă©e « enfin, a la lònga, laiada de tant d’esfòrç ».

 

Au cours des siècles la valeur affective du mot s’est lĂ©gèrement affaiblie, ce qui est normal. Ecoutez le proverbe de Valleraugue : Lo bigno dis : poudo mi doban quĂ© plourĂ©, fouĂŻ mi doban quĂ© bourĂ©, bino mi et aguĂ©s pa lagui dĂ© bi. « La vigne dit : taille-moi avant que je pleure, laboure-moi avant que je bourgeonne, et n’aie pas peur de manquer de vin ».

N’aies pas lagui « Ne t’inquiète pas » en français rĂ©gional (Lhubac)

L’Ă©tymologie de cette famille de mots est inconnue. L’anciennetĂ© des attestations et l’Ă©tendue du territoire languedocien et rouergat dans lequel on le trouve, suggèrent qu’il s’agit d’un mot indigène, mais nous n’avons trouvĂ© aucune racine latine ou autre Ă  laquelle la rattacher.
Un visiteur qui connaĂ®t bien les langues celtiques m’envoie les mots celtiques suivants: GaĂ©l. Ă©cos. lag, weak (faible, fragile, dĂ©licat, mĂ©diocre) , Irish lag, Early Irish lac, Middle Irish luice (pl.), Welsh llag, sluggish(lĂ©thargique) : *laggo-s, root lag; Latin langueo, English languid; Greek laggázw, slacken (lâcher) , lagarĂłs, thin (mince, maigre) ; English slack (mou), also lag (Ă  la traĂ®ne), from Celtic. (MB) (Ce terme paraĂ®t bien coller au sens du fr. rĂ©g. Layer, ainsi qu’à l’occitan laguiar).

Cette étymologie me semble probable, mais je ne dispose pas des moyens  ni des connaissances pour le vérifier.

Plus de formes dans le FEW vol.XXII/1, p.114 s.v. fatigue et vol XXII/1,p.27 s.v. chagrin.

mentastre

MentastrĂ« « baume sauvage ». (Mentha arvensis L.)

On comprend sous le nom de mĂ«ntâstrĂ« le pouliot ou la mente aquatique, dont l’infusion est un fĂ©brifuge; le pouliot est aussi très bon pour tuer les vers des enfants. (Sauvages S1).

Etymologie: latin mentastrum « menthe sauvage », attestĂ© chez Pline. les attestations dans le domaine galloroman sont très anciennes, de sorte qu’on peut supposer qu’il s’agit  d’un mot indigène et non pas d’un emprunt. FEW VI/1, p.731

Mentha_arvensis_2005.08.28_09.49.00 Mentha arvensis L.

Mento « baume des jardins ou simplement baume, et non mente qui se dit des autres espèces de ce genre qui croissent dans les champs ». Il y a deux sortes de baumes, celui qui est Ă  feuilles rougeâtres qui a une odeur de basilique et qu’on met dans les salades; l’autre espèce est le baume ordinaire qui a une odeur très suave. (Sauvages S1), et Solerius en 1549:

menta_Solerius

menthapulegiummentha pulegium L. pouliot

Etymologie : latin menta « menthe ».  La graphie avec -h- date du XVIe siècle, pour rapprocher la langue française de la langue grecque : μινθη  et compliquer l’orthographe.  Le latin et le grec ont repris ce nom  Ă  une population non-indoeuropĂ©enne qui vivait autour de la MĂ©diterranĂ©e.FEW VI/1,p.730  Le mĂŞme  mot se retrouve dans toutes les langues romanes et dans beaucoup de langues germaniques.

Les moteurs de recherche sont tellement polluĂ©s par la publicitĂ© pour toutes sortes de mĂ©dicaments Ă  base de menthe, que j’ai dĂ» avoir recours Ă  RollandFlore vol IX p.41 pour savoir quelle espèce de menthe est le « baume des jardins ». Il s’agit de la mentha sativa L. qui s’appelle maintenant mentha verticillata:

mentha verticillata

mentha verticillata

Pour terminer une tradition gardoise, tirée du Rolland Flore:

MentoGardRlFl9

co, faire la co

Faire la co « se jouer de quelqu’un, le tromper » d’après Mistral.  Co  vient du latin coda  « queue ».  Mistral donne toute une sĂ©rie de formes sauf celle promue par la graphie occitane dite classique coa, qui ne correspond qu’Ă  la prononciation de quelques villages, voir Thesoc s.v. queue.

Je n’ai trouvĂ© nulle part la traduction en occitan de l’expression « faire la queue », cela ne peut ĂŞtre faire la co….  Je suppose que les habitants du Midi ne font pas la queue. Ils ont trouvĂ© une autre solution, comme les Antillais:

faire la queue

 

Engrèner 'appâter;lancer un conflit'

Engranar  engrèner ou engrainer en français rĂ©gional : « faire des histoires, lancer un conflit, appâter un joueur pour un jeu d’argent. » (spĂ©cialement dans  le milieu de  la pĂ©tanque, voir  RenĂ© Domergue,  Avise, la pĂ©tanque).

L’Ă©tymologie est le latin granum  « grain, graine ».

Alibert donne e.a. les sens suivants:  « balayer;  appâter avec des grains »;  v.r. … « s’enrichir ». Ces  sens  n’existent pas en français, ni en argot. Je pense qu’il s’agit d’une Ă©volution sĂ©mantique rĂ©gionale.

Il est possible que le sens « s’enrichir »s’est dĂ©veloppĂ© Ă  partir du   L’abbĂ© de Sauvages  cite le proverbe  Lou pĂ«rmiĂ© k Ă«s âou mouli engrâno  « le premier venu met son  blĂ© dans la trĂ©mie » (S1).  Des expressions analogues existent en anglais first come first served,  et plus proche de l’occitan le nĂ©erlandais wie het eerst komt, het eerst maalt (le premier venu moud le premier ) . ĂŠtre le premier servi  a des avantages.

Il est aussi possible que le sens  « s’enrichir » s’est dĂ©veloppĂ© Ă  partir du sens « nourrir avec les grains », plus spĂ©cialement « appâter des oiseaux en jetant des grains »., qui est devenu « appâter » en gĂ©nĂ©ral.  Mistral donne l’exemple suivant  :

         engranar appâter

Le sens  « appâter des oiseaux en jetant des grains »,  est probablement Ă  l’origine de deux Ă©volutions sĂ©mantiques.

  1. Le but  de engranar « nourrir »Â  est d’ enrichir celui qui engrane . Celui qui s’engrane s’enrichit. Une Ă©volution très actuelle dans cette pĂ©riode de « crise ». Les banques nous ont engranĂ©s  pour s’engraner.
  2. Celui qui s’enrichit crĂ©e des jalousies et des imitateurs qui  allèchent au « jeu » , mĂŞme dans le domaine de la pĂ©tanque. L’argent est Ă  l’origine de presque tous les conflits.

J’ai l’impression que l’argot parisien qui connaĂ®t le mot engrainer  « allĂ©cher au jeu d’argent » depuis le fin du XIXe siècle, l’a empruntĂ© aux parlers occitans.  En tout cas les attestations occitanes (Vayssier, Mistral) datent de la mĂŞme Ă©poque et sont lĂ©gèrement antĂ©rieures. Si vous rencontrer  une attestation plus ancienne, contactez-moi!

Le lien sĂ©mantique  avec « grain » du  sens « balayer »Â Â  n’est pas Ă©vident. Ce sens est d’après Mistral  limitĂ© au Languedoc et au Quercy.

Page 1 sur 3123