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Trule

Trule  s.m. 1. viscère; 2. boyau; 3. boudin; trulet (1) s m. boudin; trulet (2), truleta  « enfant ventru ». (Panoccitan); trullĂ© « homme ventru » (S); trunle « boudin; homme gros, goinfre » (Die); trular « avaler avec prĂ©cipitation des quantitĂ©s Ă©normes de liquide » (Queyras); estrular « faire des efforts ou porter des coups au ventre au point de faire sortir les boyaux »; plusieurs dĂ©rivĂ©s dans le dĂ©p. des Hautes Alpes, comme estrulĂ  « Ă©ventrĂ©, Ă©gorgĂ©, dont les boyaux sortent ». Les attestations sont limitĂ©es Ă  l’Est du domaine occitan, jusqu’au RhĂ´ne, plus une Ă  Alès. La première date de 1411 d’un texte des Alpes maritimes.

Cette famille de mots est d’origine inconnue (FEW XXI, 470) (si vous avez une idĂ©e ??) et aucun des informateurs des Atlas linguistiques ne donne une forme qui y ressemble. (Thesoc).

Pourtant Google me donne « La trulle est une variante niçoise du traditionnel boudin noir. Il reprend un des ingrĂ©dients de base de la cuisine niçoise Ă  savoir la blette. La farce est additionnĂ©e de blette et de riz. Elle se mange chaude ou froide. » Wikipedia. Une recette de La trulle niçoise. Le plus intĂ©ressant linguistiquement parlant  est  le trulet als cebas attestĂ© Ă  Montauban, dans le Tarn et Garonne,   D’après le site http://lavieillechouette.com/, bourrĂ© de bonnes recettes et d’expressions locales, trulet  signifie « boyau » et « boudin » dans cette rĂ©gion. Comme ce site est en pleine transformation, j’ai imprimĂ© la page en PDF concernant les diffĂ©rents types de trulet, que vous pouvez consulter ici: trulet_Montauban , qui fait partie des CARNETS DE LA « VIEILLE CHOUETTE », plus spĂ©cialement de Lou darriĂ©r viatge de Mossiur lou Tessou.

trulle niçoise

Testard, teston

Un Testard n’est pas quelqu’un qui aime subir des Ă©preuves ou tests  mais « tĂŞtu » en occitan , adj. ou subst. La première attestation de 1300 vient de BĂ©ziers.

Testard est dĂ©rivĂ© du latin testa « vase de terre cuite, pot, cruche » qui dans la langue populaire a très probablement servi Ă  dĂ©signer la « tĂŞte ». Nous avons des attestations Ă  partir du IVe siècle, de  testa avec le sens  « crane », et  le passage sĂ©mantique crane > tĂŞte est sans problème. (« pars pro toto »). Pourtant il faut attendre le Xe siècle pour trouver une attestation Ă©crite.

En latin testa signifie aussi « coquille » en parlant des fruits de mer, et « coquille de noix, d’Ĺ“uf « , dont on a trouvĂ© des attestations en ancien occitan depuis le XIVe s.  Il peut s’agir d’un emprunt au latin ou de la survivance, difficile Ă  savoir Ă©tant donnĂ© que la forme n’a pas changĂ©.

Le latin avait aussi le mot testu, testum « Ă©cuelle, couvercle, pot en terre cuite », d’oĂą en français tĂŞt « coupelle » et tĂŞt « crâne » (voir TLF) .

Teston « petite tĂŞte », diminutif de testa « tĂŞte ».  Alibert dĂ©finit ce mot comme le TLF « Monnaie d’argent frappĂ©e Ă  l’effigie d’un monarque, d’abord en Italie, puis en France sous le règne de Louis XII, et qui valait Ă  l’origine environ dix sols. »Â  Je me demande si cette dĂ©finition est très courante en occitan.

Test.  L’histoire de test> creuset > Ă©preuve en anglais:

Empr. Ă  l’angl.test, issu de l’a. fr. test « pot » (v. tĂŞt et test1) et dĂ©signant, en m. angl., une coupelle de mĂ©tallurgiste servant Ă  isoler les mĂ©taux prĂ©cieux,…

est expliquée dans le TLF.

Rousto

Rousto ‘volĂ©e de coups’, rouste en français rĂ©gional, roustá « rosser » (Gard).

les Romains qui habitaient le Gard connaissaient très probablement le mot rustum qu’ils prononcaient Ă  peu près comme en languedocien moderne rousto, mais Ă  cette Ă©poque un rustum Ă©tait ‘une tige, un rameau’. Pour des raisons Ă©ducatives ils s’en servaient pour roustár « rosser » leur progĂ©niture. De lĂ , les crĂ©ations languedociennes roustoun, roustoĂą « testicules; rustre, homme grossier » devenu roustons en argot parisien., vulgaire ou populaire d’après le TLF.

Mistral semble avoir expliquĂ© cette Ă©volution sĂ©mantique « tige, rameau »Â  > « testicules »Â  : « parce qu’ils servent Ă  battre » d’après une note dans le FEW, mais je ne l’ai pas retrouvĂ©e dans le TrĂ©sor. Le FEW l’a repris dans les ‘Incognita’ oĂą il ajoute des formes franco-provençales de la Suisse romande comme risto ‘testicules des bĂ©liers’.

Le passage des mots qui dĂ©signent les « gĂ©nitaux » Ă  la notion  « rustre, imbĂ©cile » etc.etc. ne pose aucun problème; cf. français con, couillon et anglais fuck, nĂ©erlandais lul « pĂ©nis; imbĂ©cile », etc.

Une célèbre rouste

Le mĂŞme Ă©tymon a donnĂ© en ancien fançais roissier « battre violemment » remplacĂ© depuis par rosser. Flamand rossen, nĂ©erlandais afrossen « battre ».

Robin, robinet et roubignoles

Robinet. Etymologiquement robinet n’a rien Ă  voir avec le mot roubine! Robinet a une histoire amusante dont je ne veux pas vous priver. Il vient de Robin, appellatif pour Robert. (cf. anglais Robin). En ancien français un robin est un ‘palefrenier; personnage sans considĂ©ration, un facĂ©tieux, un niais’. Au XVIIe siècle on dit: c’est la maison de Robin de la vallĂ©e ce qui se dit d’une maison oĂą tout est en dĂ©sordre. Robiner est ‘dire des niaiseries’, et une robinette une servante.

Ensuite robin est utilisĂ© comme nom d’animaux mâles, en particulier du bĂ©lier. Robiner signifie alors « saillir » en parlant du bĂ©lier. En occitan est crĂ©Ă© le mot roubignoli  « testicules » (M) qui a trouvĂ© son chemin vers l’argot parisien Ă  la fin du XIXe siècle roubignoles (SainĂ©an).

Un robin est aussi une sculpture qui dĂ©core l’orifice d’une fontaine et très souvent c’est la tĂŞte d’un bĂ©lier. Ensuite depuis le XVe siècle  on appelle robinet la ‘pièce ajustĂ©e Ă  l’issue d’un tuyau de fontaine et qui permet de laisser couler ou de retenir l’eau’.

 

  

cliquez sur l’image                              un robin-diable  de Beaucaire sans robinet

Depuis 1928 existent aussi les Roberts > les roberts.

Rascar

Rascar « racler » (ancien occitan) vient de *rasicare « raboter », un verbe formĂ© sur rasus le participe passĂ© de radere ‘gratter, ratisser, polir’.

De nos jours la famillede mots *rasicare, dont racaille est un descendant, ne vit plus que dans des ghettos, des quartiers comme on dit de nos jours. Un phĂ©nomène rĂ©currant dans l’histoire des langues, comme son contraire la gĂ©nĂ©ralisation.

En galloroman la famille rascar a Ă©tĂ© repoussĂ©e dans des sens spĂ©cifiques depuis le XIVe siècle par son cousin *rasiculare > racler Ă©galement dĂ©rivĂ© de rasus. Par exemple en français racher signifie » tracer des raches. » Ces artisans disent qu’ils rachent une pièce de bois quand ils tracent avec le compas des divisions nĂ©cessaires pour la tailler ou « terminer une broderie par de petits points symĂ©triques » TLF.

A Cahors roscouoillá  signifie  « se racornir en mĂ»rissant sur la paille (des fruits d’hiver) » et Ă  Caussade (Tarn et Garonne) rascoualho  « rĂ©serve » . Dans les CĂ©vennes il y a une petite rĂ©gion  oĂą raskás signifie « avare » (Valleraugue, Lasalle, St.Jean du Gard). A Alzon le rascal est « l’aubier, la partie tendre du bois sous l’Ă©corce ». Dans l’Aveyron, et des dĂ©p. voisins vers l’Ouest rascal signifie « brou de la noix », comme si c’Ă©tait l’aubier qui se trouve sous l’Ă©corce verte. cf. Thesoc

Je pense que l’anglais rasher « tranche fine de lard ou de jambon » appartient Ă©galement Ă  cette famille, comme rash « taches rouges sur le peau ». En catalan, espagnol et portugais rascar est bien vivant avec le sens « gratter ».

rascar phanphanroscouailladophanphan rascal

Les dérivés et les mots composés avec rascar ont pu se maintenir dans plusieurs groupes de significations.

Râsco « teigne, teigne des enfants, croĂ»tes de lait », Languedocien  (S); Gard rascous « chauve »; Languedocien rascassoun « lepidotriglia aspera » un poisson Ă©pineux. Dans Un rouge et un blanc de Roumanille, Coulau dit Ă  Rafèou :

T’aplatisse lou pebroun! qui lui répond :T’esquiche la figo! tas’te, bèou-l’oli, mor-de-fam, rascas ..

Rascas signifie ici « teigneux ». Antoine Bigot parle d’une bando dĂ© rascas dans sa parodie de la fable de La Fontaine. Dans ce sens le mot a Ă©tĂ© prĂŞtĂ© Ă  l’anglais rash « 1 :an eruption on the body, actinite 2 : a large number of instances in a short period <a rash of complaints> » et au breton rach.

rasco         rascassoun

Râsco « cuscute ou epithyme ». Cette plante est un purgatif doux, on la donne pour les obstruction du foie  (S).  Ce sens de rasco est limitĂ© au Sud de la France. La  cuscute est  un « Plante parasite Ă  la tige grĂŞle et rougeâtre, Ă  petites fleurs blanches ou rosĂ©es, rĂ©unies en petites grappes et ayant pour fruit une capsule Ă  deux loges. (Quasi-)synon. barbe de moine. » (TLF) Un visiteur aimable me signale un livre de Pouzolz, Flore du dĂ©partement du Gard. NĂ®mes 1856-1862, qui donne les renseignements intĂ©ressants :

« CUSCUTE – CUSCUTA. – Cette plante parasite est connue sous les noms vulgaires de herbe-de-moine, cheveux-de-VĂ©nus, cheveux du diable, reche, rogne ; en patois rasqua. Elle est apĂ©ritive, antiscorbutique; son suc est purgatif, inusitĂ©e. On la dit bonne contre les rhumatismes.
On la trouve aux environs du Vigan, de Lanuejols, elle manque dans la plaine; floraison juin-août.

Raque « bourbier, boue ». Ce sens ne se trouve que dans le Nord-Ouest de la France, en Flandres, Picardie, Normandie: rouchi dĂ©raquer « se retirer des boues ».

Rache « lie ». Français rache « lie de goudron » (Larousse).

Rascas  « banc de pierres ». Languedocien rascás « mur de soutènement le long d’un ruisseau », rascasso « une pierre ou chaussĂ©e de ruisseau & de ravin; sorte de mur de terrasse, ou soutenement fait avec de grosses pierres posĂ©es de champ (sic), auquel on donne beaucoup de talut. On fait ces chaussĂ©es pour retenir la terre dans les ravins ou dans les ruisseaux des pays montagneux (S) ». Dans l’Aveyron enroscossá est « placer des pierres de chant en construisant un mur ».

RachĂ©e « souche »Â  Français rachĂ©e « souche coupĂ©e sur laquelle il repousse des rejetons ». Dans ce sens la notion « coupĂ© au ras du sol » est centrale. Au figurĂ© le sens est  » ce qui se trouve le plus bas », ou la  » France d’en-bas ».  Rascaille est attestĂ© depuis 1138 en anglonormand, racaille depuis 1190, racaĂŻo, racailho en languedocien. Le mot a Ă©tĂ© empruntĂ© par les parlers occitans.

EmpruntĂ© par l’anglais rascal   « a mean, unprincipled, or dishonest person 2 : a mischievous person or animal « subst. et adj. Le sens du mot rascal s’est adouci; de nos jours rascal  ne se dit que d’enfants et  on peut le traduire par coquin,  polisson; old rascal (familier) « drĂ´le » et nous sommes tout près du sens de la racine *radere « polir ».

pha
a little rascal phaphaphaun groupe de rascals

Ce n’est que dans ces significations très spĂ©cifiques que la famille *rasicare a pu survivre. Son cousin *rasiculare > racler  par contre a la belle vie.