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Mazet, maset, mas

Maset « petite maison de campagne, petite ferme; maisonnette rustique oĂą l’on va passer le dimanche » est un dĂ©rivé  en -ittu de  mas « ferme, maison, demeure ». D’après les dictionnaires de français, entre autres par LittrĂ©, ce dĂ©rivĂ© est caractĂ©ristique pour la rĂ©gion de NĂ®mes – Avignon. Un visiteur me signale le sobriquet mazetiĂ© pour les NĂ®mois qui allaient chaque dimanche dans leur mazet‘. Cette photo vient du site de G. Mathon qui consacre une  page intĂ©ressante au maset nĂ®mois.

Lou Maset du Jardin de la Fontaine

L’origine est le participe passĂ© mansus du verbe latin manere « rester, habiter » qu’on trouve comme substantif dans des textes et des inscriptions depuis le Ve siècle avec le sens « maison  » et « domaine ».

Le mot a Ă©galement existĂ© dans le nord de la France, comme en tĂ©moignent de très nombreux noms de personnes (Dumas, Delmas) et de noms de lieu (Metz, Meix, Mas), mais il y a perdu beaucoup de terrain depuis la disparition du système fĂ©odal concernant la propriĂ©tĂ© (un sujet Ă  approfondir!) Mas n’est vraiment indigène que dans le Midi, oĂą il s’est maintenu jusqu’Ă  nos jours avec le sens « ferme ».  Il faut dire que les agents immobiliers  en abusent depuis que les prix ont flambĂ©.

En français il a Ă©tĂ© empruntĂ© Ă  l’occitan au XIVe siècle.

Le  mas du Valdeyron Ă  Valleraugue oĂą j’ai habitĂ© pendant 20 ans

Autres dĂ©rivĂ©s: masada, masaria « tour d’une ferme, hameau »; masatgier « campagnard »; masièr, masièra « qui habite un mas »; masuc « petite construction montagnarde oĂą les bergers d’Auvergne s’abritent et font leurs fromages en Ă©tĂ© »;  masagĂ© « campagnard  » forme rencontrĂ©e par un visiteur dans un Ă©tat civil du XIXe siècle de la rĂ©gion d’Albi : masagĂ© de Rafialou, d‘Ambialet.

Moulon

Moulon « patĂ© de maisons ». Dans le Compoix de Miirepoix de 1766, les pâtĂ©s de maisons sont appelĂ©s moulons. Il y a le moulon Saint Sacrement, le moulon Caraman. Voir le blog de la dormeuse.

Compoix_Mirepoix
Extrait du Compoix de Mirepoix 1766

D’après mes recherches dans les dictionnaires il s’agit d’un mot local. Ailleurs un moulon est un – « tas en forme de meule de foin. » et son Ă©tymologie est la mĂŞme que celle de meule : latin mola «meule de moulin».

Mola prend en galloroman deux autres sens: « pierre , meule Ă  aguiser » et « tas de foin ». Moulon est attestĂ© dans de nombreux parlers occitans avec ce sens « tas; tas de foin, de chaume, de fagots, etc. ». L’image que m’inspire le moulon « bloc de maisons » correspond Ă  celle de pâtĂ© de maisons « ensemble de maisons formant bloc », ou l’anglais block.

Le mot le plus courant en occitan pour « meule de foin »Â  est modolon  du latin mutulus  «Ornement de la corniche». en forme de col.

Nauc, nauca, nauquet "auge"

Nauc,nauca, nauquet, nauqueta « auge des porcs » dans l’ouest de l’occitan (Ariège, Tarn-et-Garonne, Gers, Haute-Garonne) voir Thesoc. Nauc  signifie  « abreuvoir » dans la Gironde, Hte-Garonne, Lot-et-Garonne; nauca dans l’Ariège, Gers, Hte-Garonne. Voir aussi les articles naut, et nais

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Mistraldonne des formes pour tout le domaine occitan, mais il semble que le mot a disparu du vocabulaire courant dans beaucoup d’endroits. Pour des raisons d’Ă©volution phonĂ©tique, le FEW suppose que les formes provençales de la rĂ©gion Ă  l’est du RhĂ´ne,  type nau sans -c final viennent du latin navis, navem « bateau » et les formes Ă  l’ouest du RhĂ´ne de *navica, ou *navicum « petit bateau ». La forme anau est le rĂ©sultat de l’agglutination de l’article : la nau > l’anau; la forme avec un -c final n’apparaĂ®t pas Ă  l’est du RhĂ´ne.

*Navica a donnĂ© en français noue  « angle rentrant par lequel deux combles se coupent » . Dans les dialectes le sens s’est souvent spĂ©cifiĂ© et est passĂ© Ă  « gouttière entre deux toits ». Voir le DMF pour le moyen français noc « gouttière, gargouille, conduit ». Dans le Centre et le Midi c’est le sens « auge » qui domine: nauko (Aude, Ariège, Hte Garonne et Tarn). Le maintien du -c final dans beaucoup d’endroits reste inexpliquĂ©, mais il n’y a aucune attestation de nauc Ă  l’est du RhĂ´ne et la forme anau au singulier, vient certainement de navis. 

Je pense que l’anglais nook « coin » a la mĂŞme Ă©tymologie. (Mais cf.Harper: nook c.1300, noke, of unknown origin.)  NĂ©erlandais nok « (poutre de la) faĂ®te du toit; angle supĂ©rieur du voile d’un bateau » pourrait Ă©galement y appartenir.

      
  français noue                                         néerl. nok

Voir aussi l’article  naut « auge, creux dans terrain ».


Tina, tinel

Tina (f) : « nom donné, dans la garrigue de Nîmes (Gard), au cuvier en maçonnerie couvert par une voûte auto-clavée servant d’entrepôt provisoire de la vendange ou de la récolte à olives » (Lassure). Etymologie : latin tina « cuve pour le vin, pour la lessive ».  (J’ai pas encore trouvé de photo de la tina nîmoise).

Dans notre rĂ©gion nous trouvons les deux sens du mot latin, ainsi que des dĂ©rivĂ©s comme  tinado « cuvĂ©e de vin, de linge » et tineu (tina + ellu) « cuve Ă  lessive (ALF p.861) et en Lozère tinar « cuve Ă  vendange « ,  tine  en français rĂ©gional.

Un texte en ancien occitan provenant du Gard donne le mot tinel avec le sens « cave ». Je me demandais quelle Ă©volution sĂ©mantique de « cuve » pouvait aboutir Ă  « cave ». Je l’ai trouvĂ©e dans le site constructions en pierre sèche.

En latin du moyen âge il y a le mot tinellum  dĂ©signe la « salle Ă  manger pour les serviteurs de l’hĂ´tel d’un seigneur ».   Cette salle oĂą l’on dĂ©pose aussi les tines, Ă©tait situĂ©e  plus bas que la salle Ă  manger des seigneurs,  dans l’entresol donc, plus tard nommĂ© la cave.
Confirmé par Borel de Castres:

Dans le Palais de papes Ă  Avignon par contre:

La vaste salle du Grand Tinel forme l’Ă©tage de l’aile du Consistoire. Le terme de « tinel » est employĂ© en Italie et dans le midi de la France pour dĂ©signer les salles Ă  manger, ou les rĂ©fectoires. C’est ici que se dĂ©roulent les banquets organisĂ©s les jours de fĂŞtes, en particulier lors de la nomination des cardinaux ou du couronnement d’un pape. Les jours maigres ou ordinaires, le pape est servi dans le Petit Tinel.  Plus d’images et d’explications ici.

Le mot a existé en français, conservé dans tinette,  mais il n’y a pas d’attestations pour les dialectes du nord  de la France. Tinette est  probablement un emprunt à l’occitan ou au franco-provençal.

Un visiteur italien m’Ă©crit:

 » En italien « tinello » c’est la salle Ă  manger ordinaire (non pas celle de representance de la maison), mais differente de la cuisine. »

Dans le nouveau Dictionnaire Etymologique du NĂ©erlandais (EWN), le mot toneel  « la scène; thĂ©atre » est rattachĂ© Ă  cette signification de tinel. Je n’en suis pas convaincu. Je pense qu’il s’agit plutĂ´t d’une gĂ©nĂ©ralisation du sens « tonneau », Ă©tant donnĂ© que le tonneau, Butte en allemand, joue un rĂ´le important dans le théâtre de rue tel qu’il est encore pratiquĂ© pendant le carnaval en Allemagne et au Limbourg. J’ai Ă©crit Ă  un spĂ©cialiste pour avoir le coeur net et j’attends sa rĂ©ponse.

Pour ceux qui comprennent le nĂ©erlandais, ici le lien vers l’article toneel du EWN.  Le sens le plus ancien attestĂ© en nĂ©erlandais est « avant-scène, estrade ». Le mĂŞme sens en Afrikaans. Vous risquez de rencontrer notre  tinel devenu  toneel  pendant vos voyages en Namibie!

 

Egassiaral

Egassieral (nom d’une rue Ă  Ste Valiere, Aude), egassiairal(stade Ă  Narbonne).

L’egassiairal (Narbonne) sans juments.

Un visiteur m’a demandĂ© ce que ce mot pouvait signifier, mĂŞme les anciens dans son village ne le savaient pas. Voici ce que j’ai pu lui rĂ©pondre:

« Bonjour!
Dans le Dictionnaire d’Alibert je trouve: egassier « conducteur des juments pour le dĂ©piquage » , c’est Ă  dire qu’autefois on se servait des juments pour faire sortir le grain de l’Ă©pi en foulant les cĂ©rĂ©ales. » Il y avait des troupeaux de juments, egassada ou egatada,  pour ce travail. Je pense que votre egassieral est un enclos ou une Ă©curie oĂą se trouvaient ces bĂŞtes. Si vous trouvez une confirmation de l’existence d’un tel endroit dans la rue en question, veuillez me tenir au courant et si possible, me faire parvenir une photo pour que je puisse l’insĂ©rer dans mon site.

Vous voyez qu’il l’a fait! avec en plus la confirmation qu’il y avait bien un enclos ou une Ă©curie pour les juments et que la photo reprĂ©sent le portail murĂ©!

         
mais les equae ont été remplacées par des Chevaux.

Il s’agit d’un dĂ©rivĂ© du latin equa « jument », mot devenu rare mĂŞme dans les patois du Midi et remplacĂ© par le mot français ou par caballa, mais conservĂ© en catalan : egua, euga (DE). »

En latin mĂ©diĂ©val existait eguezerius  » maĂ®tre gardeur de juments » qui a survit dans le nom de famille Eygesier.  FEW III,233    Voir aussi l’article aigassier dans le DOM.

On peut aussi rattacher le mot egassieral  à ce nom de famille et de fonction.