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Naut

Naut « auge » est attest√© dans la Hte Garonne en 1535.

Dans l’article *nau-to « auge, trou creux dans le terrain », un mot gaulois, le FEW a rassembl√© un petit nombre de d√©riv√©s, comme n√°wto « r√©cipient pour les graines; petite vall√©e » (Lanne-Soubiran), nautolo s.f. « grande auge portative », dispers√©s en occitan et en franco-proven√ßal.

Le f√©minin de la racine *nau- : nava existe encore en espagnol nava « cuvette dans un terrain » et dans de nombreux toponymes en Espagne, France et le Nord de l’Italie. Fran√ßais : Nave « combe, vall√©e » (P√©gorier).

Le cirque de Navacelles

Peut-être y a-t-il un lien avec nau  ou nauc.

Faisso

Fa√Įsso, s.f. « bande dont on enveloppe un enfant, maillot; intervalle entre les rang√©es de ceps, plate-bande de jardinage, sole de terrain, bande de terre soutenue par un mur ».(Mistral), et en¬† languedocien faisso ¬ę¬†lange d‚Äôenfant¬†¬Ľ (S), ¬ę¬†bande de terre , terre de forme allong√©e¬†¬Ľ = traversier (Andolfi).

Pour les nombreux sens et d√©riv√©s voir aussi Alibert s.v. fais, o√Ļ il r√©unit tous les mots qui proviennent de fascis « faisceau, fagot » de fascia « bande, bandelette » et de fascina « fagot de sarments ». Presque tous les mots donn√©s par Alibert s.v. fais « faix, fagot, fardeau, paquet, embarras d’estomac » comme d√©riv√©s repr√©sentent en r√©alit√© le latin fascia. Fascis et fascia √©taient en effet assez proches du point de vue de la forme et du sens: fascia d√©signait une bande de tissus pour envelopper et le r√©sultat √©tait souvent un fascis un « paquet ».

            Images du  Gafiot

L’ancien occitan faisa et le verbe faisar ¬ę¬†envelopper, bander, serrer¬†, Aude¬† faisa v.a. ¬ę¬†enmailloter¬†¬Ľ, repr√©sentent le verbe latin fasciare « bander, envelopper de bandes ».
Etymologie: pratiquement toutes les significations qu’on trouve dans les parlers modernes existaient d√©j√† en latin : fascia ¬ę¬†bande, lien,¬†sangle, etc.¬Ľ. Fascia avec le sens ¬ę¬†bande de terre¬†¬Ľ se trouve d√©j√† dans des inscriptions latines en Gaule. Cf. aussi catalan faxa, espagnol haza, portugais faxa¬† comme en¬† ancien occitan faissa, surtout en proven√ßal et en auvergnat. Le sens exact du mot s‚Äôadapte bien s√Ľr √† la configuration du terrain, p.ex. Aveyron fa√Įsso ¬ę¬†carr√© d‚Äôun jardin, petit champ¬†¬Ľ mais en Camargue c’est « une partie des terres labourables d‚Äôune exploitation, affect√©e √† l‚Äôune des cultures de l‚Äôassolement ou √† la p√Ęture, parties g√©n√©ralement s√©par√©es par desroubines « .
Un visiteur originaire du Vaunage m’√©crit que pour lui « les fa√Įsses sont les cultures en espalier dans les c√ītes, vignes, oliviers … ». Les espaliers¬† sont des bandes de terre.

    
fa√Įsso
à gauche en Camargue et à droite dans les Cévennes.

Voir pour une √©tude approfondie et tr√®s document√©e de ce mot au sens « bande de terre » consulter l’etude de : Michel Rouvi√®re, » A propos de faysse et escayre : l’indispensable « remise √† plat » terminologique , dans www.pierreseche.com/faysse_et_escayre.html / 9 f√©vrier 2002 « 

Ensucar, ensuquer

Ensuc√°(r), ensuquer en fr.r√©g. ¬ę¬†assommer¬†¬Ľ absent d’Alibert dans son article suc « sommet de montagne » . En ancien proven√ßal¬† suc signifiait « sommet de la t√™te; occiput; nuque », et une forme suca « t√™te, cr√Ęne » conserv√©e jusqu’√† nos jours dans les compos√©s ensucar litt√©ralement « frapper sur la t√™te », et supela , dans a lou supela « il est chauve » ( = le suc pel√©).

Le FEW rattache notre suca √† l’italien zucca « courge; au fig. t√™te » et √† un groupe *tukka avec les sens

  • 1) « courge » : languedocien tuco « courge » (S2), tuqui√® « plante de courge »;
  • 2) « t√™te » : tucasso « grosse t√™te » (B√©ziers, M); languedocien atuca « assommer » (S2);
  • 3) « sommet, colline » tuk√≥ « hauteur, tumulus » (Gers), languedocien tuqel « tertre, coupeau, sommet de montagne » (S2). Cette famille de mots serait d’origine pr√©-indoeurop√©enne et fait donc partie d’un h√©ritage qui date d’avant l’arriv√©e des Celtes en Gaule. Vous vous rendez compte? Cela m’ensuque!.

Pour ceux qui veulent approfondir ce sujet, il y a un article d’A.Dauzat¬† dans la Revue des Langues Romanes, t.66 (1929-1932)pp.66-73 : CUCC-, TUCC-, ZUCC-, suc « hauteur, montagne », consultable gr√Ęce √† Gallica (lien direct)! et le FEW 13/2, 399b*tukka.

L’Originalit√© de la Ville¬† (sc. Yssingeaux) et de son¬† Environnement tient des Montagnes Qui l’entourent appel√©es les Sucs.

au fond un suc

Ensarria(da)

Ensarria(da) s.f. « sacoche », ensarriada « contenu d’une sacoche ». (Panoccitan). Alibert donne des d√©finitions plus pr√©cises : ensarrias f.pl. « grands cabas de sparterie qui se placent de chaque c√īt√© du b√Ęt des b√™tes de somme ».

Mais¬† une ensarriada est aussi une « ravine », et le verbe ensarriar « creuser des ravines », comme verbe r√©fl√©chi il signifie « s »√©garer; battre la campagne ». Etonn√© de trouver ensemble une ravine et une sacoche j’ai cherch√© une explication dans leur histoire.

Le lien entre ensarriar et ensarriada √©tymologie n’est pas √©vidente. Tous les mots que l’on trouve dans les langues romanes supposent une origine *sahrjo avec le sens « panier, corbeille ». Dans le sud de l’Allemagne existe le mot sahar « jonc ». Or, le mat√©riel utilis√© pour ces paniers est du jonc ou de l’esparto et cela permet d’apr√®s le FEW de supposer une origine germanique. Pour les parlers occitans, il faudrait supposer une forme gotique *sahrrja.

En ancien languedocien du XIIe si√®cle (N√ģmes, Montpellier, Narbonne) est attest√© le pluriel sarrias  » manne √† double compartiment mise √† cheval sur le b√Ęt des mules ». Un verbe *ensarriar avec le sens « mettre dans les sarrias » a d√Ľ exister (Il y a encore beaucoup de manuscrits en occitan √† d√©pouiller !). A partir de ce verbe a √©t√© form√© le substantif ensarri « manne √† b√Ęt en treillis », ensarios « les cabas qu’on met sur la barde d’un cheval »¬† (S1).

jonc     ensarias    esparto

jonc                                             ensarios                                                    esparto

L’√©volution s√©mantique de ensarriado « contenu des panier » > « ravine; torrent qui descend avec imp√©tuosit√© des montagnes » n’est pas √©vidente. Le FEW l’explique par une image : des ensarriados pleines de terre et de cailloux se vident en descendant de la montagne lors des grands orages et cr√©ent les ravines. Les formes avec ei- < ex- ( sortir ) au lieu de en- < in- (mettre dans) s’expliqueraient aussi par cette image.
Je dois dire que je ne suis pas convaincu, mais je n’ai pas une autre √©tymologie √† vous proposer. Si vous avez une id√©e, n’h√©sitez pas √† me contacter. !

Espeisses

Espeisses, Bois des – . Nom du poumon vert et lieu de promenade de N√ģmes. Etymologie.

Espeisses vient du latin spissus « √©pais, touffu, gros »; utilis√© comme substantif spissus prend le sens « fourr√©, broussailles », synonyme de garrigue dans notre r√©gion. P√©gorier donne Espesse « bois touffu » en ancien fran√ßais.

Le Bois des Espeisses
Au Nord-ouest de la ville, √† moins de deux kilom√®tres du centre, ce site bois√© de 83 hectares est consid√©r√© comme le ¬ę poumon vert ¬Ľ de N√ģmes. Quatre parcours d√©couverte, fl√©ch√©s et balis√©s sont propos√©s aux promeneurs.
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Le mot Bois dans le nom actuel Bois des Espeisses a une histoire sp√©ciale. La premi√®re mention date de 1144, d’apr√®s le dictionnaire topographique¬† de Germer-Durand : Divisia d’Espeissal. La graphie change au cours des si√®cles : Devesia de Speissas en 1195 > Devesia de Espeissas en 1463 > Devois des Espeisses en 1671 > Les Espeisses en 1704 > Bois des Espeisses sive Puech Mazel, Puech M√©zel en 1706.

Le nom Bois¬† est tr√®s r√©cent.¬† Avant le XVIII si√®cle le nom dans la langue parl√©e¬† √©tait Devois, Debois, en languedocien v et b sont confondus.¬† Dans les textes en latin nous trouvons¬† Devesia.¬† La forme Devois est une francisation de Devesia ( le -e- long latin devient -oi- en fran√ßais). Les plus anciennes attestations Divisia, devesia sont une latinisation de la forme occitane deveza « terrain r√©serv√© »¬† qui vient du latin defensum « interdiction » (voir ci-dessous), que le premier copiste a compris comme ancien occitan deviza « division », d√©riv√© d’un verbe *divisare « partager ».

Dev√®ze, dev√®se; deveso, debes en Rouergue, def√®s en P√©rigord, est un toponyme tr√®s courant; voir par ex. pour le Gard Germer-Durand. Ancien occitan deveza signifie « terrain r√©serv√© ». D’apr√®s P√©gorier dev√®se s.f. « d√©fens, r√©serve, jach√®re, friche » dans les noms de lieux. Dans l’Aude (cf. Thesoc) et le Cantal debezo « jach√®re », dans le Cahors deb√©so « p√Ęturage ». La forme f√©minine est limit√©e √† l’occitan et d√©signe le plus souvent une jach√®re. L’√©tymon est latin defensum « interdiction » > ancien occitan deves.

La dev√®se √©tait une jach√®re, du terrain o√Ļ le b√©tail ne pouvait pa√ģtre qu’avant le labourage et qui lui √©tait interdit apr√®s cette p√©riode de l’ann√©e.

Conclusion : une mauvaise interprétation au XII siècle du mot occitan Devese a abouti au nom actuel Bois des Espeisses.

Puech Mazel, Puech M√©zel. La remarque dans le Dictionnaire topographique du Gard, m’a pouss√© √† jeter un coup d’oeil √† ce nom : « Montagne commune de N√ģmes, dans le bois des Espeisses. Premi√®re attestation date de 1144 : Medium leprosum c’est-√†-dire le « domaine des l√©preux », plus tard le Medium Mezel et depuis 1596 le Puech Mazel. A partir d’ici, c’est aux historiens de r√©v√©ler l’histoire.