cat-right

Escaume ‘dame de nage, tolet’.

Share
Escaume « tolet » ou « dame de nage » vient du grec¬†ŌÉőļőĪőĽőľőŅŌā¬† emprunt√© par les Romains¬†scalmus¬†¬† toujours avec le m√™me sens. Le mot se retrouve dans tous les parlers marins de la Romania, sauf en normand qui a gard√© un mot ancien nordique¬† √ĺollr ¬ę arbre; poutre ¬Ľ,¬† cf. le danois et le nor√©gien toll, le su√©dois tull ¬ę tolet ¬Ľ. (CNRTL tolet). Le type nordique a gagn√© du terrain sur la c√īte atlantique au d√©triment du type scalmus ( FEW scalmu XI,272b)

escaumo escaumos    escaumo2

Dans le travail inestimable du Commandant No√ęl Fourquin et de Philippe Rigaud :

De la Nave au Pointu

Glossaire nautique de la langue d’oc

Provence-Languedoc

Des origines à nos jours

Dans l’√Čdition sur CD de 2010, je trouve plusieurs attestations comme celui-ci:

1510: « …pour bois employe a faire pedagnes et escalmes… » Archives D√©partementales BdR. B 2551 f¬į148v¬į

et des dérivés :

Escaumado s.f « bordage qui porte les tolets et les toleti√®res d’un bateau. »; Escaumot s.m 1636: « Plus en rombauds, encentes, escaumots… » A.D. BdR. 14 E 403 (n. fol.).

Cotgrave √©crit dans son dictionnaire de 1611¬†scalme¬†« a thowel »=¬† thole¬† en¬† anglais moderne1 c’est-√†-dire « tolet ».

scalme_Cotgrave

et qu’en proven√ßal un peis escom√© est un « brochet de mer ».

peis_escomeCotgr

peis escomépeis escomé

Palavas escan « tolet » (faute de lecture ¬†u>n ?), et escaumieira « petite pi√®ce de bois plac√©e sur le plat-bord pour recevoir le tolet »¬† sont plac√©s par erreur¬† dans l’article¬† scamnum 11,278a¬†

Notes
  1. Contrairement au fran√ßais, l’orthographe de l’anglais a bien √©volu√©e.

Gandole ‘rigole’

Gandole « rigole¬† de la rue » (Manduel). Etymologie : gandole¬† vient de l’italien gondola « bateau plat¬† dont la proue √©lanc√©e se recourbe¬† en¬† dehors, en usage √† Venise » attest√© en fran√ßais depuis¬† 1550. Pour l’abb√© de Sauvages (S2)¬† une gandolo est « une tasse », sens √©galement attest√© en moyen fran√ßais en 1589, mais bien plus t√īt en ancien occitan √† Avignon en 1412¬† gandole m. « pot, cruche ». Ci-dessous l’article correspondant¬† dans le Tr√©sor de Mistral, qui contient tous les emplois au figur√© de ce nom de bateau.

gandolo dans Tresor MistralL’√©tymologie du v√©nitien gondola est tr√®s probablement le grec őļőŅőĹőīŌÖ (k√≥ndy) « vase √† boire ».¬† La forme gandola¬† s’explique selon le FEW par l’influence de la famille de¬† mots comme languedocien s√© gandi¬† « toucher au but, arriver » qui viennent du gotique *wandjan « tourner », mais je pense qu’il s’agit plut√īt d’une simple dissimilation gondolo avec trois -o-¬† > gandolo.

L’√©volution s√©mantique¬† « vase, pot, cruche » > « bateau » se retrouve dans bien d’autres cas.¬† Voir dans la d√©finition de Mistral : « sorte¬† de vaisseau √† boire.. »

Une autre √©volution s√©mantique,¬† « vase, cruche » > « objet de peu de valeur » se trouve dans le sens « mauvais chien »¬† attest√© √† Champsaur par Claudette Germi.¬† Dans la m√™me cat√©gorie Mistral donne « personne qui n√©glige sa mise; paresseux ».

Un visiteur du Qu√©bec¬† m’√©crit

Bonjour, je suis originaire de Thetford Mines √† 100 km au sud de la Ville de Qu√©bec. Dans ma famille, nous utilisons l\’expression ¬ę en gandole ¬Ľ au sens de n√©glig√© (propri√©t√©, appartement, maison en gandole). Mes coll√®gues de travail originaire de Qu√©bec et Victoriaville ne connaissaient pas l\’expression. La recherche internet m\’a conduit √† votre propos. Je comprend que cela origine du grec? Salutations

Je lui ai donn√© le lien vers le FEW qui confirme¬† le sens « objet us√© » pour le poitevin. FEW II/2, 1028

un vaisseau à boire ?

Le sens que j’ai mis dans le titre de cet article √©tait¬† encore vivant √† Manduel (Gard) au XXe si√®cle.¬† Mon¬† informateur pour Manduel m’a √©crit :

…en effet je t’avais parl√© du mot « gandole« , mais il y a longtemps. Il y a encore plus longtemps que √ßa, ma m√®re me racontais qu’une grand-m√®re envoyant sa petite fille faire des courses √† l’√©picerie lui avait fait cette recommandation en fran√ßais (il ne fallait pas parler patois aux enfants qui allaient √† l’√©cole): « Fais bien entention en virant le canton de pas mettre ton pied dans la gandole ».

Je lui ai demand√© si¬† entention¬† √©tait bien la forme utilis√©e √† Manduel. Il m’a r√©pondu:

Non on ne disait pas entencioun √† Manduel mais (normalement) atencioun. C’est la grand-m√®re qui s’√©vertuait √† vouloir parler fran√ßais √† sa petite-fille.

C’est l’histoire de la langue occitane.

Vous trouverez d’autres propositions¬† √©tymologiques dans le Dizionario etimologico.¬†

Je suis un peu √©tonn√© que personne a suppos√© que le mot gondole avec le sens¬† « tasse, pot, cruche »¬†¬† a √©t√© introduit directement en¬† occitan par les Grecs. Cela est probablement d√Ľ au manque d’attestations ant√©rieures √† ¬† 1412.¬†¬† Ce qui veut dire qu’il y a encore du travail √† faire.

Galup, galupa "chaloupe"

Galup « petit bateau », et galupa « bateau plat servant au chargement ». sont des mots gascons. La premi√®re attestation en latin m√©di√©val de calupus « bateau plat » date de 1242.

Le TLF donne l’information suivante √† propos de l’√©tymologie du mot chaloupe:

Les rapports de chaloupe avec le type ancien gascon¬† calup, galup (depuis le xiiie s. dans¬† FEW, XVII., p. 83b) sont obscurs : au cas o√Ļ les 2 types seraient apparent√©s, la 2ehypoth√®se , √† savoir que le fran√ßais chaloupe¬† serait un emprunt au n√©erlandais sloep. serait √† √©carter.

Mais le mot n√©erlandais sloep « bateau plat » reste un probl√®me selon le TLF :

Pour des raisons phon√©tiques, il semble difficile d’admettre avec FEW et Bloch.-Wartburg.5 un emprunt du n√©erlandais¬† sloep au fran√ßais; le n√©erl. serait √† rattacher au verbe sluipen ¬ę se glisser, se couler ¬Ľ (De Vries Nederl. et De Vries 1970).

Pourtant le nouveau grand dictionnaire √©tymologique du n√©erlandais, le NEW¬† maintient l’origine fran√ßaise du mot avec de forts arguments, et ne voit pas de probl√®me phon√©tique.¬† Je ne donne ici que les plus anciennes formes en n√©erlandais :  » sloepe, sloepken « petit bateau » (1588; Kiliaan.), chaloupe, saloupe (1600).¬† L’√©volution phon√©tique chaloupe > *chloupe > sloep¬† est tout √† fait normale et r√©guli√®re.¬† D’ailleurs la¬† plupart des formes germaniques comme l’allemand¬† Chaloupe 1648, Kluge20, et l’ anglais shallop 1578, NED sont emprunt√©es au fran√ßais. Cf. aussi l’espagnol chalupa, et l’italien scialuppa.

galupa_chaloupe

D’apr√®s le FEW l’origine est le mot francique *skala « coquille, √©caille » qui en gallo-roman a eu un tr√®s riche d√©veloppement, pensez par exemple √† calotte.¬†¬† Il reste pourtant la forme gasconne calupa qui est la plus ancienne et qui ne trouve pas d’explication pour le moment.¬† La consonne initiale dans toutes les autres langues est¬† ch-: basque tŇ°alupa, breton chalop, allemand Schaluppe.


Negochin, negafol, neguati

Negochin « petit bateau de p√™cheur »¬† est¬† un mot plut√īt proven√ßal,¬† m√™me s’il est attest√© aussi dans leGard. L’√©tymologie est le latin necare + cane « chien ».¬† Le verbe necare¬†¬† signifie « tuer qn avec violence » en latin classique, mais son sens s’est restreint √† « noyer » dans presque toutes les langues romanes.

Ce nom est même passé en français. Dans le Grand Larousse de 1874  est écrit: 

N√ąGUE-CHIEN s. m. (n√®-ghe-chiain – du proven√ß. n√©gar, noyer, et de chiain, √† cause du danger de se noyer que l’on court en montant un de ces bateaux. Le mot p√©rissoire a une origine toute semblable). Tr√®s-petit bateau dont on se sert pour chasser le gibier d’eau. On dit aussi N√ąGUE-FOL.¬† NOIE-CHIEN¬† synonyme de n√®gue-chien.¬†

Negofol qui vient de necare + follis 1 est le mot courant de la rive droite du Rh√īne jusqu’√†¬† Toulouse, le Tarn et Agen, mais dans cette derni√®re ville n√®go-fol d√©signe la « renoncule aquatique ».

nègofol agenois

Mistral conna√ģt beaucoup d’autres compos√©s avec n√©go-:

        

Dans le Midi Libre du 25 juillet 2011, il y avait un article sur les activit√©s de l’association Siloe. « Le neguati a √©t√© sorti de l‚Äôeau il y a quelques jours; les travaux de restauration supervis√©s par Siloe commenceront √† la fin du mois. »

neguati article ML

J’ai l’impression que la forme neguati « barque traditionnelle des √©tangs de¬† Camargue »¬† donn√© par le Midi Libre est une adaptation r√©gressive au fran√ßais de la prononciation locale n√©gatchi > negati¬† mais je n’en suis pas s√Ľr.

¬†Voir aussi l’article ganchou

_________________________

 

Notes
  1. en latin classique ¬ę soufflet pour le feu; outre gonfl√©e; ballon; bourse de cuir ¬Ľ qui a pris √† basse √©poque en emploi adj. le sens de ¬ę idiot, sot ¬Ľ TLF

Ganchou

Ganchou. Dans les parlers occitans on trouve un autre mot qui vient du grec gampsos, √† savoir ganchou attest√© √† Palavas et au Grau du Roi avec le sens « gaffe »¬† (pas au fig.!)¬†¬† et √† Marseille « croc », et un compos√© agancha « gagner, avancer » √† Puisserguier.¬† L’√©tymon est le m√™me que du mot¬† ganso¬† « noeud »,¬† mais son histoire est diff√©rente. Ganchou¬† est un mot maritime qui a √©t√© emprunt√© √† l’italien gancio,¬† qui l’a < du turc kanga < du grec gampsos.¬†

Voir aussi la’article gansa, ganso¬† dont l’√©tymon est le m√™me, mais pas l’histoire.

Un lecteur me signale : g√°nchou : √† Capestang c’est la longue perche compos√©e d’un long manche termin√© par un crochet qui permet de propulser les nego-fols sur l’√©tang.

(Un nego-fol, n√®gaf√≤l¬† est un « batelet, nacelle » ou une « renoncule aquatique » dans le Centre ou une « grenouillette » √† Toulouse.

A ma demande, M.Philippe Ibars me fournit les précisions suivantes :

« La part√®gueque je connais est une perche de bois simple qui sert √† pousser les n√©gachins du c√īt√© de Gallician, dans les √©tangs du Charnier ou du Scamandre. Mon beau-p√®re, grand chasseur devant l’√©ternel, en commandait de temps en temps √† un de ses amis forestier dans les C√©vennes, elles √©taient faites en bois de ch√Ętaignier.
J’ai souvent utilis√© la part√®gue pour pousser les n√©gachins dans les marais, pour le plaisir, simplement. On glisse sur l’eau sans bruit, il faut simplement faire attention √† ne pas trop la planter dans la vase car elle risque de s’y coller et de nous faire perdre l’√©quilibre.
Les p√™cheurs ou les chasseurs l’appelaient indiff√©remment part√®gue (du latin pertica ‘perche’) ou barre. Ils disaient aussi bien part√©guer que pousser car il est vrai qu’on « pousse » sur la part√®gue pour faire avancer le bateau.
Par contre je n’ai jamais vu de part√®gues termin√©es par un crochet. Certaines √©taient termin√©es par une petite fourche bifide m√©tallique. Elles √©taient utiles dans les marais tr√®s herbeux, la part√®gue se plantait dans les herbes et s’envasait moins, l’appui √©tait ainsi plus assur√© et l’on allait un peu plus vite. Mais elles √©taient un peu plus lourdes, √† cause de ce manchon de fer, c’est peut-√™tre pour cela qu’elles √©taient moins utilis√©e »

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Page 1 sur 212