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bouye, boier ‘escargot’

bouy√© « escargot » . Raymond Jour utilise ce mot dans¬† Culture de la Vigne en Languedoc. Voir le lexique1, Je le retrouv√© chez Mistral :
bouieMistral

et avec plus de peine chez Alibert qui l’√©crit boier comme en occitan m√©di√©val.

Le premier sens du mot est « bouvier » ce qui nous fournit en m√™me temps l’√©tymologie , latin bos, bovis + -arius.

Il y a pas mal de Boyer:

Boyer_Famille

J’avais seulement un petit probl√®me avec l’√©volution s√©mantique : bouvier > escargot, mais Mistral l’explique « parce qu’il trace un sillon de bave ».

Qui dit mieux ?

Notes
  1. Montagnac dans la page Sources, liens

Pudis 'térébinthe'

Pudis « t√©r√©binthe » est un d√©riv√© du verbe pudre « puer » du latin pŇętńďscńēre « se g√Ęter, se pourrir, puer ».¬† Plusieurs animaux¬†¬† ont un nom qui exprime la mauvaise odeur comme¬† pudis, ou gatpudre « putois ».

En ce qui concerne les plantes, des d√©riv√©s de pudre¬† d√©signent¬† l’alisier¬† pudis¬† (Sauvages et RollandFlore 5,123),¬† l’anagyris¬†¬† puditz, pudis, le tro√®ne pudis¬† dans le P√©rigord,¬† le cornouiller sanguin pudis avec de nombreuses attestation en occitan, la bourdaine pudis √† Brive,¬† le nerprun pudis¬† dans l’Aveyron (RollandFlore 4,17),¬† prunus padus pudis¬† √† Montpellier (RollandFlore 5,310) et d’apr√®s l’abb√© de Sauvages (S1) la t√©r√©binthe¬†¬† pudis en languedocien.

Il me faudra l’aide des botanistes pour savoir ce que toutes ces plantes ont en commun pour comprendre cette confusion. En Normandie un autre d√©riv√©¬† puisne¬† est le nom vulgaire¬† de diff√©rents arbrisseaux¬† consid√©r√©s comme bois-mort. Dans T√©l√©botanica je vois que le nom secondaire de plusieurs arbrisseaux est « bois puant ».

Dans la page t√©r√©binthe de T√©l√©botanica il y a la remarque : Pudis Peu usit√© et √† √©viter « Pudis » d√©signe habituellement Anagyris foetida L..

La description du pudis¬† par l’abb√© de Sauvages (S1) m’a rendu curieux; il √©crit:

Nos t√©r√©binthes portent de longs cornets rouges et pointus; ce sont des galles creuses ou des excressences occasionn√©es par la piqure des insectes; elle sont remplies de pucerons &¬† d’une liqueur gluante qu’on dit √™tre vuln√©raire.

(Télébotanica)

Si vous en voyez une pendant vos ballades, prenez-en une photo et envoyez-la au site de Telebotanica.

Menoun 'gigot pascal' ou 'bouc ch√Ęt...

Menoun « bouc ch√Ętr√© √† 4 ans » (M) est un d√©riv√© du verbe minare « mener les b√™tes », attest√© en ancien proven√ßal depuis 1397 et en moyen fran√ßais depuis de 16e si√®cle; menon est rest√© dans les dictionnaires Larousse jusqu’en 1949. (FEW VI/2,104a).¬† Le sens « reine des abeilles »¬† s’explique √©galement √† partir du sens du verbe.¬†¬†¬† Fraire menoun¬† pour fraire minour doit reposer sur un jeu de mots.

  

Menoun « gigot pascal ».

Dans l’article¬† men-¬† le FEW¬† a r√©uni une famille de mots¬† qui expriment principalement la petitesse¬† et appartiennent surtout au langage enfantin.¬† B√©arnais menin¬† adj.¬† « tr√®s petit’,¬† √† Lescun di menin « petit doigt », dans le Var meinet « petit », dans l’Aveyron¬† del men√®l¬† « petit doigt », languedocien mani « petit; petit enfant » (Sauvages S2).

menoun absent ?

C’est √† ce groupe qu’appartient¬† le mot menoun que j’ai rencontr√© dans un site Wikipedia sur la cuisine proven√ßale¬† qui √©crit:

« Le Gigot pascal est un mets du temps de P√Ęques, √† base d’agneau ou de chevreau. Il est d√©nomm√© menoun en Provence.

Y a-t-il un lecteur qui puisse me¬† confirmer ce mot avec ce sens? Merci d’avance!

 

 

Mounine ‘guenon’

Mounine¬† s.f.¬† « Sexe de la femme » est un d√©riv√© de mona « guenon ». L’√©tymologie de mona¬† est l’arabe maimun¬† « singe », mot introduit dans presque toutes les langues romanes par le commerce des singes.:¬† italien maimone, catalan¬† gat maim√≥, m√≥na, ¬† espagnol et portugais¬† mono, mona,¬† italien et espagnol monina.¬† Les deux mots monne¬† et monine¬† ont aussi exist√©¬† en fran√ßais. Cotgrave (1611)¬† √©crit:L’√©volution de la forme¬† maimon¬† attest√©e en ancien occitan (1339)¬† vers mona¬† s’explique par la chute de la premi√®re syllabe sentie comme une r√©duplication.

La première attestation de monina  (1470) vient  du provençal (Avignon) et ce dérivé est surtout répandu dans le domaine occitan.

Plusieurs sites¬† marseillais donnent uniquement¬† le¬† sens « sexe de la femme1« . Couillon de la mounine « Simple d’esprit »: « V√© le, ce couillon de la mounine qui fait pas la diff√©rence entre un 51 et un Casa ». Variante : moumoune.

Ci-dessous l’article mounino¬† de Mistral, vous voyez que le sens du mot a √©volu√© depuis le 19e si√®cle :

 

Dans son article enserta « greffer »¬† il cite en plus l’expression enserta ‘no mounino « reboire avant d’√™tre d√©gris√© ».

la calanque Mounine

Mona, monine¬† et les autres d√©riv√©s de maimun¬† « singe » se trouvent dans tout le domaine galloroman. Pour le moyen fran√ßais voir 6 articles dans le DMF.¬† D’apr√®s la classification du FEW XIX, 115¬† il y a dans les parlers galloromans¬† une douzaine de significations:

  1. figure ou femme laide, par ex. béarnais moune
  2. grimace, boudeur, maussade, par ex. dans le Tarn moun√° « bouder », P√©zenas mounin√°
  3. fant√īme¬† dans le P√©rigord mounardo « mort »
  4. enfant, jeune¬† par ex. Paris¬† mounin¬† « petit gar√ßon, apprenti »
  5. sexe de la femme  par ex. dans le Rouchi et en argot moniche
  6. vieille vache, par ex. dans le Cantal mona¬† « vieille vache qu’on engraisse »
  7. ivresse, par ex. Al√®s mounino,¬† Montpellier carga la mounin√†¬† ‘s’enivrer »
  8. sourd
  9. nigaud, par ex. √† Lyon mounin¬† « sot, nigaud »
  10. poupée , par ex. à Lescun mounáko
  11. chatte , par ex. à Toulouse mouna, à Barcelonnette mounet, en Limousin  mounasso
  12. autres animaux , par ex. en proven√ßal¬† mouno¬† « gadus merlangus », mouna¬† √† Nice et √† Palavas.

Toponymie. Devinez quel sens est √† l’origine du toponyme.¬† Un indice¬†‚Üí ¬† Calanque Mounine (tr√®s belle photo par Amodalie).

Un visiteur me fait parvenir un jolie l√©gende sur l’origine du m√™me toponyme situ√© cette fois dans l’Aveyron, le Saut de la mounine¬† :

Vue sur le ch√Ęteau de Montbrun au Saut de la Mounine.JPG
« Vue sur le ch√Ęteau de Montbrun au Saut de la Mounine » by Daniel CULSANOwn work. Licensed under CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

Une jolie histoire √† ins√©rer, si cela vous semble opportun, apr√®s l’article « mounine » (j’y suis all√© en vacances, √† Saujac; c’est √† c√īt√© de Cajarc, l√† o√Ļ on trouve le c√©l√®bre « Moulinot » de Coluche… c’est pour √ßa que « mounine », que je n’avais jamais entendu avant, me parle) :

En suivant la D 24 vers Saujac, on d√©bouche en haut d‚Äôabruptes falaises (enface, le ch√Ęteau de Montbrun et un large m√©andre du Lot). Le saut de la Mounine tire son nom d‚Äôune vieille l√©gende. Un ermite, au retour d‚Äôun p√®lerinage √† Compostelle s‚Äô√©tait retir√© dans une grotte en compagnie d‚Äôune mounine (une guenon). Le sire de Montbrun ne pouvant accepter l‚Äôamour de sa fille Ghislaine pour le fils de son pire ennemi jure qu‚Äôil aimerait mieux la voir se pr√©cipiter dans¬†¬† le vide. La fille vint confier ses malheurs √† l‚Äôermite. Celui-ci sacrifia la guenon v√™tue des habits de Ghislaine, en la¬† pr√©cipitant du haut de la falaise, pour simuler sa mort. Le ch√Ętelain est boulevers√© √† la vue de la d√©pouille qu‚Äôil croit √™tre de sa fille. Le stratag√®me d√©voil√©, il accorde le pardon et sa main au¬† jeune galant.

 

 

Notes
  1. Voir par exemple  Les Cahiers du Sud, dico de Marseille;  Mounine  dans le site La Joie des mots

Marrane ‘maladie des ovins’

Marrano,¬† « maladie (du charbon?) des ovins ».

Dans le Cartulaire de Mirepoix, que j’ai d√©couvert gr√Ęce √† la¬† dormeuse, il y a une Charte de la boucherie de 1303, dans laquelle est √©crit: « Videlicet quod nullus carnificum ville predicte audeat vendre in dicto macello publico oves marranos.« : Il va de soi que nul boucher de la ville susdite n‚Äôosera vendre sur les dits √©tals publics des brebis marranes (atteintes du charbon?). L’√©diteur de la charte traduit marranos par « languissants, √©tiol√©s » d’apr√®s le sens du mot donn√© par Mistral.

Cliquez sur le texte de Félix Pasquier, Cartulaire de Mirepoix, tome II, p.p. 42-46, Editions Privat, Toulouse, 1921.    

Cette d√©couverte¬† dans un texte de 1303 a chamboul√© la conception qu’on avait de l’histoire des mots rattach√©s √† l’√©tymon arabe mahram « sacr√©, inaccessible » Il est devenu impossible de rattacher marrane « maladie  » √† marrane « Juif converti » comme l’a fait le FEW en l’expliquant comme un transfert du mot marrane sur une longue maladie. Au moment de la r√©daction de l’article¬† mahram,¬† la premi√®re attestation de marrane avec le sens « maladie √©pid√©mique »¬† datait¬† de 1650, et¬† marrane¬† « Juif converti »¬† du XIIIe si√®cle.

Borel 1750

    Mistral

Marrana « maladie chronique ». De Nice jusqu’en B√©arn: marrana a pris le sens d’une maladie chronique : √† Al√®s « esp√®ce de phtisie des brebis; d√©p√©rissement des muriers », √† B√©ziers, encore plus g√©n√©ral marrano « √©pid√©mie », St-Andr√© « typhus », et languedocien marano s.f. « mite de fromage: le plus petit des insectes qui sont sensibles √† la vue simple. On tue les mites du fromage avec de l’huile »(Sauvages1756). S’agit-il d’une « maladie » du fromage?. Alibert donne une autre forme avec un seul -r-: marane « maladie des b√™tes √† laine; marasme; √©pid√©mie; √©pizotie; clavel√©e; jaunisse des plantes; mite du fromage (copi√© de Sauvages ?). L’attestation donn√©e par le FEW pour le fran√ßais marrane « maladie de langueur » dans Borel 1655 (p.514) a certainement un rapport avec le languedocien, dont il √©tait un bon connaisseur, √©tant n√© √† Castres.

Un visiteur me signale: « Dans l’H√©rault, autour de P√©z√©nas, Roujan, Neffi√®s, etc. le mot marrane, peut d√©signer le « mildiou de la vigne ». J’ai relev√© l’expression « ai la marrana » qui peut se traduire, selon les circonstances par : « je couve la grippe », « je ne me sens pas d’attaque », ou encore « j’ai le cafard ».

Attestations et attributions nouvelles.
  • Oves marranos par »maladie du charbon des ovins » ( charbon > noir, anthrax). Il est √©vident qu’il s’agit dans ce texte d’une maladie dangereuse pour les consommateurs, mais la traduction « du charbon » est bas√©e sur le Tr√©sor de Mistral.
  • Dans le DMF je trouve un autre mot : morille « Maladie (chez l’homme et l’animal) : » sorte de dysenterie provoquant de violentes coliques et pouvant entrainer la mort; cadavre », comme d√©riv√© de Maurus « maure, noir » mais le FEW remarque qu’il faut le classer peut-√™tre sous mori « mourir », comme le mot morine « maladie mortelle, √©pid√©mie, mort ».
  • J.-P. Chambon(1) est d’avis que le mot¬† morrono f. « d√©p√©rissement, langueur » attest√© √† S√©v√©rac dans l’Aveyron, class√© par le FEW s.v. mori et mor√°no « malchance » √† Chavanat (Creuse), class√© par le¬† FEW s.v. annus font partie des descendants de *mahram, parce que -a- pr√©tonique >-o- est r√©gulier dans ces deux endroits. Cette note est √©galement √† revoir suite √† la d√©couverte des oves marranos √† Mirepoix.
  • Barcelonette marran « bouton recouvert de cro√Ľtes » et marrane s.m. « asp√©rit√©s rondes qui recouvrent certaines ardoises » sont class√©s sous *mahram, mais le dauphinois mar√£n « pustule maligne », Queyras marant « plaie, ulc√®re », Barcelonette malan « idem; croute sur la t√™te des enfants »¬† dans l’article malandria « plaie, ulc√®re »(FEW VI/1,81a) en supposant une √©volution malandria > *malandrum > maland, malan(t).¬† Il faudra au moins r√©unir les deux.
  • Marran « dur au travail ». Le FEW et Alibert rattachent √† l’√©tymon mahram les sens « travailler dur », comme √† Cahors morr√°no « ardent au travail », Saintonge maraner « travailler, peiner, frapper avec force; se fatiguer beaucoup »; marran « dur au travail » et marranar « travailler avec peine, avec vigueur ».¬† D’autre part dans l’article marra « houe de vigneron; sarcloir; grosse pioche » (FEW VI/1, 376b) je trouve mar√Ę « piocher, avec la marre, travailler p√©niblement » (Forez), et en occitan, du Dauphin√© jusque dans le Gers le m√™me verbe marra(r) « houer, piocher, accomplir un travail dur », et dans le Cahors moron√† avec le m√™me sens. Le substantif marreneur « ouvrier qui laboure avec la marre » para√ģt m√™me dans le dictionnaire de l’Acad√©mie de 1840. D’autres mots dans le DMF sous le lemme marreneur. Tous ces mots sont¬† √† classer sous marra « houe de vigneron ».
  • Le mot de l’Aveyron marr√°na « vache difficle √† traire » et d marran « se dit des b√™tes et de gens qui, malgr√© la bonne nourriture ne peuvent engraisser » (Vienne) dans l’article *mahram sont √† classer sous marr- « b√©lier », avec une douzaine de d√©riv√©s avec les sens : « ent√™t√©, born√©, pousser de grands cris; plainte; paillard, d√©bauch√©, etc », b√©arnais marran√®, -re adj. « qui a mauvais caract√®re, bourru, bougon, opiniatre », subst. « opiniatret√© ». ainsi que le verbe gascon marrun√° « grogner; au fig. ronchonner, r√©criminer » attest√© dans l’Atlas linguistique de la Gascogne.

Pour le moment il convient de classer marranos « maladie des ovins » et toutes les variantes s√©mantiques, dans les volumes des Mots d’Origine Inconnue. Il faudrait avoir plus de renseignements sur le sens exact de marranus. De quelle maladie s’agit-il et quels sont ses symptomes? S’il s’agit √† l’origine de la « maladie du charbon » (une maladie ovine tr√®s r√©pandue en Languedoc) on pourrait penser √† maurus « noir », puisque « L’infection cutan√©e [du charbon] est caract√©ris√©e par l’apparition de bosses prurigineuses semblables √† des morsures d’insecte, suivie d’une ulc√©ration et de la formation d’une escarre noire indolore. » (Source).

Une derni√®re √©tymologie, que je viens de trouver est le grec őľőĪŌĀőĪőĻőĹŌČ qui¬† pourrait convenir du point de vue phon√©tique et surtout s√©mantique:

 

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