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bourdoulaigo ‘pourpier’

Bourdoulaigo ‘pourpier’ vient du latin pŇŹrtŇ≠lńĀca « pourpier ». L’abb√© de Sauvages le nomme pourtoulaigo¬† et il y a quelques autres attestations de cette forme en languedocien depuis 1549,chez Solerius1 :

portulacaSolerius

mais ailleurs en occitan ce sont des formes avec sonorisation de l’initiale bourtoulaigo, bourdoulaigo qui dominent2. Cette forme se retrouve en catalan berdolaga, espagnol verdolaga et portugais beldroega.
Des formes italiennes et allemandes se trouvent dans le commentaire du FEW IX,226-227

Dans le Nord du domaine galloroman¬† c’est porcelaine et pourpier qui dominent.

bourdoulaigo

bourdoulaigo comestible

Voir RollandFlore vol.VI,p.55-56 pour plus de noms.¬† J’en pr√©l√®ve le pes pulli litt√©ralement « pied de poule » qu’on trouve dans des textes en latin m√©di√©val et qui est conserv√© en ancien fran√ßais poulpied, poullepied devenu pourpier en fran√ßais moderne. Dans des cas pareils on ne peut savoir si le texte latin est une simple traduction du fran√ßais ou l’inverse.

Notes
  1. Cf. mon article barigoulo à propose de cet auteur provençal
  2. L’abb√© ajoute que le pourpier sauvage est astringeant & raffraichissant; on le met infuser dans les bouillons pour les pertes & pour les inflammations d’entrailles

gerbo baude ‘f√™te’

Gerbo baude . Etymologie germanique bald « hardi ».

A La Rochette

La Gerbaude à  La Rochette

Un visiteur m’√©crit:

BAUDE – : de l’ancien fran√ßais « baud » = joyeux ‚Äď ardent, (a rapprocher aussi de Ebaudir).
Origine probable de la mythologie Balte.
Du dieu LAUKOSARGAS, gardien des champs et protecteur du blé, auquel il convenait d\'offrir la dernière gerbe fauchée.

Normalement la « Gerbe baude » est le nom de la f√™te qui termine les moissons.
Les gros travaux des champs √©taient faits en commun avec l’aide de tous les habitants du village. A la fin des moissons, si tout s’√©tait bien pass√©, on hissait la derni√®re gerbe du dernier gerbier au sommet de celui-ci. C’√©tait l’offrande au ciel, de la gerbe la plus belle et la plus grosse en guise de remerciement pour sa protection.
Il est probable que dans les temps anciens, la gerbe derni√®re √©tait br√Ľl√©e sur un autel et devenait ainsi cette gerbe ardente, √† la fois gerbe d’or et gerbe joyeuse qui assurait la bienveillance des dieux.
C√©r√©monie pa√Įenne √† l’origine, la tradition s’est maintenue au fil du temps et s’est transform√©e en f√™te religieuse avec la b√©n√©diction des bl√©s puis en f√™te populaire pour marquer la fin des moissons.
Avec la m√©canisation et dans certaines r√©gions o√Ļ le bl√© ne repr√©sente qu’une culture minoritaire, la f√™te de la gerbe « baude » s’est d√©plac√©e vers d\’autres saisons et d’autres gros travaux. Dans les pays de vignes, par exemple, la gerbe baude (dite aussi gerbaude) sanctionne la fin des vendanges. C’est l’occasion de r√©unir tous les participants autour d’une table bien remplie avant la dispersion des ouvriers saisonniers.

Dans l’article *bald- « hardi » du FEW XV/1,30 je trouve le paragraphe suivant:

Gerbo_baudeFEW

Le message de mon visiteur m’a sugg√©r√© de chercher aussi la combinaison de deux mots gerbaude dans le FEW et en effet dans le volume XVI,p.14 je vois que l’extension g√©ographique est bien plus importante, elle va de Nantes jusqu’√† Villefranche-de-Rouergue:

FEW XVI,14 garba

FEW XVI,14 garba

Le mot gerbe est aussi d’origine germanique.
L’√©tymologie de ce baude est la m√™me que celle de baudo « grosse pierre », mais les deux significations sont tellement √©loign√©es l’une de l’autre que la gerbe baude m√©rite cet article √† part.¬† Les noms de rue¬† de la Baude, que j’ai trouv√©s¬† √† Saint-Andr√©-d‚ÄôApchon (42370), √† Rochefort sur mer (17300), √† Sainte Colombe (77650) et √† Albi doivent √™tre √©tudi√©s de plus pr√®s. Il me semble m√™me probable qu’il faudra les rattacher √† ce sens de « f√™te de moisson » et non pas √† baudo « grosse pierre ». ¬† A Manduel dans le Gard par contre il n’y a pas de culture de bl√©, c’est un village vinicole et la Baude y est un pont ou une rivi√®re ou autre chose.

 

Anols, anoui ‘jach√®re’

Anols, anoui, noui, anous, anou√Į, anouias « friche, jach√®re, taillis ».

Dans la troisi√®me partie de l’√©tude de Marie-Claude Marandet, Les campagnes du Lauragais √† la fin du Moyen √āge, intitul√©e La Terre, pp. 83-189 elle nous fournit le riche vocabulaire qui concerne les friches. Plusieurs termes se trouvent d√©j√† dans ce site, comme bartas et broga. Je ne connaissais pas le terme anols et ses variantes. J’ai pourtant parl√©¬† de ¬†annŇ≠cŇ≠lus dans l’article¬†anoublo¬† « animal d’un an ». Elle √©crit: « Apr√®s utilisation de divers lexiques occitan-fran√ßais et consultation d‚Äôinformateurs locaux, j‚Äôai √©tabli les √©quivalences suivantes¬†: Anols¬†: anoui, noui, anous¬†: jach√®re¬†; anou√Į¬†: inculte¬†; anouias¬†: terrain inculte (F. Mistral).  »

Etymologie . Ces termes se trouvent en effet dans le FEW 24, 616b et note 4 p.617b¬† dans le m√™me article annŇ≠cŇ≠lus « d’un an », et sont donn√©s comme des significations secondaires. Antoine Thomas (M√©langes, p.212-213) explique qu’une jach√®re est une terre qui n’a rien produit dans l’ann√©e ». Le sens le plus r√©pandu des mots qui continuent le latin annŇ≠cŇ≠lus √©tant « femelle st√©rile ou¬† qui n’a pas fait de petits dans l’ann√©e », on comprend l’√©volution s√©mantique.

Le type¬†annŇ≠cŇ≠lus « animal d’un an » se trouve dans les parlers septentrionaux de l’Italie et en espagnol a√Īojal « jach√®re ». ThomasM√©l pp.212-213 (et non pas 148 comme indiqu√© dans la note du FEW)

Les campagnes du Lauragais √† la fin du Moyen √āge 1380¬†– d√©but du XVIe si√®cle. Marie-Claude Marandet Presses universitaires de Perpignan,2006.¬† √Ä partir d‚Äôune base documentaire abondante, pr√®s de 3000 actes notari√©s, dix-neuf livres d‚Äôestimes, des registres de reconnaissances et des listes d‚Äôaveux et d√©nombrements, trait√©e par l‚Äôinformatique, Marie-Claude Marandet dresse un tableau des campagnes du Lauragais entre 1380 et 1520.

campagnesLauragais

Blette

N’ayant jamais vu la blette avant de m’installer dans les C√©vennes, j’ai cru qu’il s’agissait d’un l√©gume¬† m√©ridional et d’un nom occitan. On me disait¬† blette, bette¬† c’est pareil.¬† Mais Wikipedia a √©clair√© ma lanterne, et le

 

beta vulgaris L. subsp.vulgaris

beta vulgaris L. subsp.vulgaris

le TLF s.v. blette  donne la description que voici:

Ac. 1798 et 1932 donnent la forme blette (cf. aussi Littr√©, Rob. qui renvoie √† bette). Ac. 1835 et 1878 admettent blette ou bl√®te (cf. aussi Lar. 19e, Nouv. Lar. ill., Pt Lar. 1906, Lar. encyclop., Gu√©rin 1892, DG et Quillet 1965). Besch. 1845 √©crit : ,,blette mieux que bl√®te« . La forme blite se trouve dans Ac. Compl. 1842 (qui renvoie √† blette), Besch. 1845 et Lar. 19e(qui la traite comme un synon. de blette). La majorit√© des dict. signale que la plante de la famille des ch√©nopod√©es a √©galement le nom de √©pinard-fraise (cf. par ex. Lar. 19eet Littr√©). Elle signale aussi que bl√®te ou blette est le nom que l’on donne dans certains pays √† une vari√©t√© de carde ou ,,poir√©e qu’on nomme plus souvent carde poir√©e«  (Ibid.). Homon. et homogr. Cf. blet. √Čtymol. et Hist. 1379 (Jean de Brie, Bon Berger, 149 dans T.-L.); 1790 blete ou blite dans Encyclop. m√©thod. M√©d. Empr. au lat. m√©di√©v. bleta, forme cit√©e dans Andr√© Bot., attest√©e aux ixe-xies. (Glossae latino-theodiscae, III, 549-50 dans Mittellat. W. s.v., 1507, 68) croisement du lat. beŐĄta ¬ę bette, poire ¬Ľ (Pline, Nat., 19, 113 dans TLL s.v., 1942, 45) et blitum de m√™me sens (gr. ő≤ őĽ őĻ ŐĀ ŌĄ őŅ őĹ) le rapprochement entre les deux mots est tr√®s anc. en lat. (Plaute, Pseud., 815, ibid., 1942, 30); blite serait un empr. dir. au lat. blitum; v. aussi bette.

FEW I, 410 :

FEW blitum

D√©j√† en latin beŐĄta « beta vulgaris vulgaris » et blitum « amaranthe » sont confondus. Le FEW a rang√© dans l »article beŐĄta¬† « blette » toutes les formes avec -l-¬† ¬† qui d√©signent les « bettreraves » ou la « poir√©e » comme par exemple l’ancien occitan blet et bleda.¬†¬† Le maintien du -t- intervocalique¬† dans les parlers galloromans¬† n’est pas expliqu√©.¬† On a pens√© √† une origine celtique, mais il n’y a pas¬† d’attestations.

FEW I,¬† 344 ¬†¬† beta « mangold » (= blette).¬† Lien direct.

La premi√®re attestation de bled « betterave »¬† vient de l’ancien occitan. On¬† trouve blet, blette « betterave, poir√©e » surtout dans les parlers de l’Est de la France, de la Meuse jusqu’au¬† franco-proven√ßal et l’occitan. Pour le sens « amarante, blette »¬† voir ci-dessus.¬† Le mot n’est bien attest√©¬† en fran√ßais que depuis le XVIe si√®cle. J’ai l’impression qu’il s’agit d’une influence des parlers occitans ou de ceux de l’est.

Dans de nombreux parlers occitans¬† la betterave s’appelle la bl√©tarabo, bl√©torabbo¬† (beta rapacea L.). Voir Rolland Flore 9, 142-148

 

 

asagadouiro ‘pelle √† arroser’

asagadouiro¬† « pelle √† arroser, arrosoir » est un d√©riv√© du verbe adagar devenu asagar « arroser » qui vient du participe pass√©¬† adaquatus¬†du verbe latin¬†adaquare « arroser », Dans les attestations en ancien occitan du XIVe si√®cle le verbe a aussi le sens « ajouter de l’eau au vin » et la « piquette » s’appelle adagat.

Le mot est commun au languedocien et le gascon. En languedocien c’est la forme asaga- , en b√©arnais la forme¬† adaga qui est conserv√©e. Voir le Thesoc asagar ARDECHE, AUDE, AVEYRON, GARD, HERAULT, LOZERE, PYRENEES ORIENTALES. et surtout le FEW XXIV,134a-b

Ma fille m’a procur√© une photo d’un mod√®le utilis√© √† Taleyrac (Valleraugue), avec le mode d’emploi : « On puise l’eau et on l’envoie √† droite et √† gauche. »

asagadouiro_Taleyrac   asagadouiro_Taleyrac2

A ma demande un visiteur m’a procur√© une autre photo de l’utilisation de l’asagadouiro. J’ai l’impression qu’il s’en sert plut√īt comme d’une vanne. Photo prise √† La Coste, hameau de St-Abdr√© de Majencoules (Gard)

Asagadouiro_foto 2  détail  asagadouiro_foto 2Detail

Description de cet outil tel qu’il est utilis√© encore de nos jours selon un t√©moignage personnel, se trouve dans Maison¬† rustique du XIXe si√®cle. Vol.1, page 254. :

Asagadouire_1  Asagadouire_2

A la page 255 de la Maison rustique vous trouverez plus d’informations sur l’arrosage dans les C√©vennes.. Suivez le lien ci-dessus.

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