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Biassa ‘sac’

Biassa « sac contenant le casse-cro√Ľte »; « casse-cro√Ľte ». (SourcePlanetemassalia). Etymologie : latin bisaccia, pluriel de bisaccium. C’est le pluriel qui pris le dessus parce qu’√† l’origine il s’agissait d’un double sac.

bisacciumDans les parlers occitans on trouve aussi des formes avec -d- ,  bidasso (Pézenas) et -g- bigasso (Tarn).  Français besace a la même étymologie.

Le grato-biasso √©tait la « collation que les moissonneurs font vers 6 heures du soir ». Des d√©riv√©s et autres significations comme par exemple « celuis qui porte une besace » > »mendiant » ou « berger », cela d√©pend de la localisation.¬† FEW I,378

 

Farrouche ‘tr√®fle incarnat’

Farrouch¬† « tr√®fle incarnat » . Farratchal « champ de farrouch » en Ari√®ge. √Čtymologie: latin farrago « m√©lange de divers grains pour les bestiaux ». Si l’√©tymologie s’arr√™te l√†, elle a peu d’ int√©r√™t. Ce serait comme une description du Rh√īne dans ce genre:

Le Rh√īne¬†qui¬†se jette dans la M√©diterran√©e¬† √† Marseille,¬† prend sa source vers 1 900 m d’altitude, au glacier de la Furka, √† l’extr√©mit√© inf√©rieure du glacier du Rh√īne, sur les pentes du massif de l’Aar-Gothard.

Pour en savoir plus nous devons retracer l’histoire 1. de la forme du mot, 2. du sens et 3. de la plante.

farouche

1. Les Romains¬† disaient aussi ferrago , ce qu’on explique¬† comme une dissimilation des deux -a-. Ferrago¬†est √† l’origine de toutes les¬† formes romanes, catalan ferratge, italien ferrano, espagnol herr√©n, portugais ferr√£n.¬† Dans les parlers occitans nous trouvons aussi bien les formes ferratje ou farratge,¬† par l’effet d’une re-assimilation au cours des si√®cles. Les premi√®res attestations¬† comme ferratja, ferraya « terrain plant√© en fourrage »¬† viennent des Alpes-Maritimes.¬† L’abb√© de Sauvages (S1) √©crit : f√ęra√Ęjh√ę « escourgeon » s.m. esp√®ce d’orge qu’on fait manger aux chevaux en verd. » A Cahors ferratse est le « ma√Įs √† fourrage ».

2. Dans toutes ces attestations le sens est assez proche de celui du mot latin farrago¬† et d√©signe une plante verte qui sert de fourrage pour les bestiaux, mais en Espagne¬† le sens de¬† farratge¬† s’est restreint dans la pratique √† « tr√®fle incarnat », probablement parce qu’il y r√©ussissait tr√®s bien. En tout cas en espagnol il s’appelle aussi Tr√©bol del Rosellon et en fran√ßais tr√®fle du Rousssillon. ¬†

3. Le FEW propose avec h√©sitation d’expliquer le -ou-¬† ( farroutcho)¬† des formes languedociennes et gasconnes par influence du mot rouge.¬† Le fait que j’ai trouv√© la forme¬†farrucha¬† pour l’espagnol avec la localisation de la plante en Catalogne, o√Ļ cette plante s’appelle¬†farratge¬† reste contradictoire. 1

3. C’est √† partir de l’Espagne que le farouch s’est r√©pandu¬† comme plante de fourrage dans tout le Midi et ensuite vers le Nord du pays.¬† En 1795 farouch est attest√© en fran√ßais. ¬† Je dois vous renvoyer vers le livre de Pierre Joigneaux si vous voulez en savoir plus2 Voici un extrait¬† concernant le farouch en Ari√®ge:

FarouchJoigneaux1et

FarrouchJoigneaux2 

FEW III,421-422.

Catalan:

farroig ‘fenc’¬† m BOT/AGR Fenc 1.
farratge « Blat de moro tallat abans de granar que hom d√≥na com a aliment al bestiar. » Le Diccionari catalan compl√®te : « 1364; del ll. farrńĀgo, -agń≠nis ‘grana per al bestiar’, der. de far, farris ‘blat’.

Notes
  1. J’ai trouv√© quelques rares attestations d’un espagnol farrucha: dans l’Herbario Virtual¬† il y a les noms suivants: Nom com√ļ catal√† : Fenc. Nom com√ļ castell√† : Farrucha. Tr√©bol encarnado. Distribuci√≥ per prov√≠ncies : Barcelona. Girona. Lleida. Dans¬† l’article Wikipedia Trifolium incarnatum¬† espagnol ,et dans un autre site espagnol ,mais dans aucun dictionnaire.
  2. Plusieurs pages intéressantes sur la luzerne pour les agriculteurs bio dans le Languedoc. Voir Joigneaux, p.316

estive ‘paturage d’√©t√©’

l'estive

Dans le TLF estive est d√©fini comme « P√Ęturage de haute montagne dans les Pyr√©n√©es. », et par m√©tonymie : »S√©jour dans ces p√Ęturages ». Le mot est assez r√©cent:¬† 1933 avec le sens « p√Ęturage » et a √©t√© emprunt√© √† l’occitan du d√©partement du Puy-de-D√īme en 1876¬† avec un sens tr√®s sp√©cifique de l’Aubrac « unit√© exprimant la valeur de la consommation d’une t√™te de b√©tail pendant une saison et sur le pied de laquelle on paie la d√©paissance « . Ce sens se trouve dans les Larousses de 1876 jusqu’en 1945.

Le mot estiva est attest√© en ancien occitan depuis 1216¬† avec le sens « r√©colte » et √† Montauban au XIVe s.  » travaux d’√©t√© ».¬† On le trouve dans de nombreux parlers occitans avec le sens « p√Ęturage ».Cf FEW XXIV, 235a

Un s√©jour d’une semaine dans le Puy-de-D√īme m’a donn√©¬† l’impression que de nos jours estive et festive sont bien associ√©s dans l’esprit des touristes et d√©signe en premier lieu un bon restaurant ou une f√™te locale, votive celle-l√†.¬† Dans l’Aubrac c’est peut-√™tre devenu « la valeur de la consommation d’une t√™te de touriste pendant une saison »

Lestivebar

J’ai failli oublier l’√©tymologie : latin aestivus « qui a rapport √† l’√©t√© ».

carbonara, carbounat

Dans le site Druide, Histoire de mots, festival de p√Ętes, l’auteur raconte l’origine et le succ√®s de la recette spaghetti alla carbonara.¬† Comme √©tymologie du nom carbonara il propose carbo « charbon » parce que les petits grains de poivre noir¬† se d√©tachent des p√Ętes blanches comme des grains de charbon.

Carbonara

Une bonne explication. En occitan¬† carbounat signifie « bl√© niell√©; nielle ».¬† La nielle est une plante √† graines noires et toxiques, qui pousse souvent dans les bl√©s. FEW II,358

Nielle_capsulecapsule de nielle

niellenielle de blé dans un jardin

 

Le niellage est une technique d’orf√®vrerie tr√®s ancienne.

Bolbena ‘boulb√®ne’

Bolbena « boulb√®ne ». Etymologie peut-√™tre un d√©riv√© de volvere « tourner, changer » ou du celtique *ulwo . Voir la fin de cet article. . Si vous avez une autre suggestion √©tymologique, elle sera la bienvenue!

D√©finition du TLF: « Terre compos√©e principalement d’argile et de sable, composant le sol de la r√©gion du Sud-Ouest de la France, plus particuli√®rement de la vall√©e de la Garonne. .. »

La premi√®re attestation date de 1796¬† d’apr√®s le TLF,¬† mais je viens de la trouver dans¬† le Manuel d‚Äôagriculture et de m√©nagerie publie √† Toulouse en l‚Äôan II (1793-1794), le citoyen Fontanilhes1, √† la suite des Physiocrates et dans le contexte de p√©nurie qui est alors celui de la R√©volution, se propose d‚Äôinstruire ses lecteurs du moyen d‚Äôaugmenter la production agricole en France, et plus sp√©cialement en Ari√®ge et en Haute-Garonne.¬† La date est √† corriger en sept. 1792 -1793.¬† su j’ai bien compris les explications donn√©es dans ce site.¬† Sur la page de titre la date de publication est¬† « L’an second de la R√©publique ».

fontanilhes_traite

L’auteur, pour √™tre plus efficace utilise des mots r√©gionaux, comme boulb√®ne une francisation du languedocien et/ou gascon bolbena.
Lisez l’article de Christine Belcikowski pour conna√ģtre les sp√©cificit√©s de cette terre et le travail qu’elle demande.
Le mot semble être connu dans la région toulousaine; dans le Tolosanlexique je lis:

boulbenne n.f. terre assez l√©g√®re, qui laisse des remont√©es blanches ou rouges, et qui devient poussiereuse en s√©chant. Apr√®s Pesqui√®res, c’est de la boulb√®ne. De l’occitan bolbena.

Voir le volume¬† FEW XXI, p.40¬† de mots d’origine inconnue, pour les attestations avec le sens « argile » et la page 33 dans le m√™me volume avec le sens « terrain sablonneux » √† Toulouse et au Cahors. Le CNRTL boulb√®ne , qui ajoute une forme locale gasconne burbeno.. Nombreuses attestations dans l’article « argile » dans le Thesoc pour les d√©partements suivants :LOT-ET-GARONNE, TARN-ET-GARONNE.

Plus sur cette terre dans Grands paysages pédologiques de France Par Marcel Jamagne

boulb√®ne_Etym‘Ernest N√®gre, dans son livre Toponymie du Canton de Rabastens (Tarn),Biblioth√®que du « Fran√ßais moderne ».√©d. D’Artrey, Paris, 1959 pr√©sente des formes du XVe et du¬† XVIe s. en latin m√©di√©val¬† Volvena¬† pour la commune¬† La Boulb√®ne (81100).¬† Je n’ai pas la possibilit√© de le consulter, √† part la p. 215 que Google me fournit comme exemple:

Un auteur dont je n’ai pas r√©ussi √† retrouver le nom, a publi√© un article dans la Revue du Tarn de 1958, p. 386 dans lequel il parle de la volvena:

volvenaRduTarn386(Volvena est absent de l’Alibert.) et il propose l’√©tymologie celtique *ulwo + le suffixe -ń≠na

volveneRduTarn387Le FEW a un article *ulwo « poussi√®re » (FEWXIV,16 ulwo-) dans lequel il y a un paragraphe avec des mots comme auvre, ouvre « terre meuble », tous localis√©s √† l’est du Rh√īne.¬† Les mots languedociens qui ont la m√™me orgine sont par exemple wolfo, bouolfo « balle d’avoine »(Aveyron), oubo, oufo √† Laguiole, b√≥oufo √† Millau¬† avec un b- par influence du verbe volar.

Il y a aussi un groupe assez important de mots qui d√©signent « cendres de charbon, √©tincelles » notamment dans le domaine occitan, dont bolbo « √©tincelle » dans l’Ari√®ge. (Voir le FEW ). Il faudrait savoir comment la boulb√®ne se comporte quand il y a du vent. Si elle fait beaucoup de poussi√®re, l’√©tymologie¬†volvena <¬†celtique *ulwo + le suffixe -ń≠na peut √™tre la bonne.

J’ai aussi¬† pens√© qu’on pourrait consid√©rer volvena comme un d√©riv√© du¬† latin volvere« tourner ». En ancien occitan est attest√© le mot volven « changeant, tournant’. C’est¬† un article sur le Lauragais, qui m’a donn√© l’id√©e avec la description suivante:

Les boulb√®nes sont des terres l√©g√®res et faciles √† travailler ; sols sableux et argileux, froides et pauvres en calcaire ; tout sol qui contient plus de sable que d’argile porte la d√©nomination g√©n√©rique de boulb√®ne ; apr√®s la pluie la boulb√®ne durcit, elle est tour √† tour poussi√®re et b√©ton.

Volvin nom d’un vent √† Donnezan (Alibert) Pays du Donezan (canton de Qu√©rigut, Ari√®ge).¬†¬† S’agit-il d’un vent qui tourne ou d’un vent qui l√®ve la poussi√®re?

A ma demande Pierre Gastal, auteur de¬† Nos Racines Celtiques ‚Äď Du Gaulois Au Fran√ßais. Dictionnaire. Editions Desiris, 2013.

a eu la gentillesse de me communiquer les r√©sultats de ses recherches. Il m’√©crit:

J‚Äôai dans ma documentation un article BOULBENE, avec 5 d√©finitions qui naturellement se recoupent. Je vous le mets en copie ci-dessous. Par ailleurs, le Dictionnaire de Jacques ASTOR a un paragraphe sur ce mot, non pas √† ‚ÄúAr√®ne‚ÄĚ comme annonc√© dans son index, mais √† ‚ÄúSabli√®re‚ÄĚ p. 704.

Quant à son étymologie, elle reste assez mystérieuse :

1) cet auteur apparente la racine bolb- au gaulois borb (source ‚Äď plus pr√©cis√©ment ‚Äúsource bouillonnante‚ÄĚ => ‚Äúla boue/bourbe qu‚Äôelle produit‚ÄĚ). C‚Äôest simple et s√©duisant mais pas √©vident parce que la boue et un terrain sablo-argileux ne sont pas la m√™me chose.

2) En ce qui concerne le FEW, je me m√©fie par nature des explications alambiqu√©es et faire descendre ‚Äúboulb√®ne‚ÄĚ de l‚Äôindo-europ√©en ‚Äú*ulwa‚ÄĚ, √©tincelle (cf. occitan ‚Äúalauva‚ÄĚ) me para√ģt rien moins qu‚Äô√©vident.

3) La finale du gascon ‚Äúboulbenc‚ÄĚ ferait penser √† un mot ligure mais le fait que ce mot soit caract√©ristique du Sud-Ouest et absent dans le Sud-Est infirme cette explication. Je pense qu‚Äôil faut bien plut√īt chercher la r√©ponse du c√īt√© du basque o√Ļ l‚Äôon a ‚Äúbolbora‚ÄĚ, poudre. C‚Äôest l√† ma pr√©f√©rence.

 

BOULB√ąNE (nf) : 1) de l‚Äôocc. gascon bolbena, en Gascogne terre sablo-argileuse acide pris√©e pour la c√©ramique. Il s‚Äôagit d‚Äôune cat√©gorie vernaculaire et particuli√®re de LUVISOL. (Wikip.)

2) Du gascon boulbeno (parfois bourbéno), terre composée d’argile et de sable constituant le sol de certaines régions du Sud-Ouest, particulièrement dans la vallée de la Garonne. (CNRTL)

3) (Agr.) Terre relativement imperm√©able d‚Äôalluvions anciennes de cailloux sur une base argileuse. ‚Äď Le mot est issu du dial. local pour caract√©riser la composition du lit de la riv. Ari√®ge.(Wiktionnaire)

4) Sol siliceux ou argilo-siliceux, limoneux, constitué d’éléments très fins, par opposition au TERRAFORT, terre argileuse. Var. volvène. (Pégorier)

5) Terre d’alluvion de nature sablonneuse. (J. Astor p. 704)

√Čtym. : Du gascon boulbenc, d‚Äôorigine inconnue (Dict. √©tym. Larousse) ; p.√™. basque, cf. bolbora (poudre).

Commune : Laboulbène/Tarn.

Lieux-dits (tous dans le Sud-Ouest) : (La) Boulbène à Lézat-sur-Lèze/Ariège, Auterive/HG, Ayguesvives/HG, Bivès/Gers, Quinsac/Gir., Castelnaud-de-Grattecambe/L&G, Dieupentale/T&G, Ginals/T&G, Labastide-de-Penne/T&G, …Bien amicalement à vous.

Quelques jours  plus tard Pierre Gastal ajoute :

Cher Monsieur,

Un ami que j‚Äôai sollicit√© m‚Äôindique pour ‚Äúboulb√®ne‚ÄĚ une √©tymologie qui me para√ģt tout √† fait vraisemblable. Elle est tir√©e tout simplement du Tresor do√Ļ Felibrige de F. Mistral (1878) : racine BOLBO (‚Äú-√®ne‚ÄĚ est un suffixe), page 304,¬† BOLVA en catalan, venant du latin PULVIS, poussi√®re. Ailleurs, on trouve aussi BURBENO, terrre color√©e, BOL, terre argileuse, BOULDRO, boue, limon.

Bonne journée.  P.G.

Ce message m’a fait relire avec attention¬† le long article pulvis du FEW IX, page 561 je trouve:¬† poulb√®iro

PoulbeiroFEWL’√©tymologie d√©j√† sugg√©r√©e par Mistral pourrait √™tre la bonne. Poulb√®iro > boulb√®iro serait alors une simple assimilation p>b sous l’influence de -beiro. Poulb√©ro est d√©j√† attest√© dans le Dictiounari moundi de Jean Doujat de 1637 . -eiro > -eno un changement de suffixe fr√©quent (√† confirmer).

 

Notes
  1. Voir l’article de Christine Belcikowski
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