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Restanco ‘restanque’

Restanco « Ă©cluse; digue; morceau de bois qu’on place au travers du pĂ©trin pour empĂȘcher la pĂąte de s’Ă©tendre ». L’Ă©tymologie est la mĂȘme que celle de pĂ©tanque  voir tancar, mais je viens d’apprendre d’un ami qui connaĂźt bien la rĂ©gion niçoise que les restanques  sont les terrasses, un sens inconnu de Mistral:

restancoM

qu’on appelle traversiers Ă  Valleraugue et bancels en LozĂšre, ribo Ă  Pont-de-Montvert, faissa ou paredon dans l’Aveyron. Voici une image des restancos prĂšs de Toulon:

restanquesL’auteur donne la description suivante

Photo prise sur les pentes du Mont Faron Ă  Toulon
Les cultures en terrasses traditionnelles (restanco), c’est Ă  dire avec un systĂšme d’écoulement des eaux de ruissellement intĂ©grĂ©, se font de plus en plus rares. Et on n’y fait plus guĂšre pousser de lĂ©gumes, seulement des fruitiers. Celles-ci sont trĂšs belles et, curieusement, quasiment en ville.

Cette description explique l’Ă©volution sĂ©mantique qui s’est produite. Restanco vient du verbe *stanticare « arrĂȘter » qui a aussi dooné tancar.  En ancier occitan est attestĂ© le verbe restancar « Ă©tancher le sang », restanchier en ancien français. Dans les parlers occitans modernes on trouve restanca(r) « faire une digue, un barrage, retenir l’eau » Ă  Cavalaire prĂšs de Draguignan  un restanco est « une barriĂšre en bois le long  d’un chemin pour empĂȘcher les eaux pluviales d’y passer ».   Quand on crĂ©e plusieurs de ces barriĂšres en pierre sĂšche plutĂŽt qu’en bois,  sur la pente d’un colline on obtient des restancos « terrrasses ».

FEW  XII, 232

Mon ami d’Ampus qui m’a parlĂ© de ces restanques, m’a dit qu’Ă  Ampus, au Nord de Draguignan;  on appelle ces murets en pierre sĂšche  et les terrasses qui sont ainsi formĂ©es des berges. L’Ă©volution sĂ©mantique de berge « Bord d’un cours d’eau » > « muret avec systĂšme d’Ă©coulement d’eau »Â  > « terrasses formĂ©es avec ces murets »Â  est la mĂȘme.

 

Tome, tomme ‘fromage’

La description trĂšs prĂ©cise de la tome lozĂ©rienne par R.-J Bernard , m’a incitĂ© Ă  en chercher l’Ă©tymologie. Il le dĂ©crit  dans son article. L’alimentation paysanne en GĂ©vaudan au XVIIIe siĂšcle. In: Annales. Économies, SociĂ©tĂ©s, Civilisations. 24e annĂ©e, N. 6, 1969. pp. 1449-1467.  ainsi:
TomeLozĂšre

Tomme_LozĂšreTomme de LozĂšre 4 mois d’affinage. Excellent !

La tome gardoise ce n’est pas la mĂȘme. L’abbĂ© de Sauvages Ă©crit en 1756 : Toumo « de la jonchĂ©e, fromage mou ou qui est rĂ©cemment caillĂ©. Le fromage frais et le fromage Ă©gouttĂ© est moins rĂ©cent que la toumo qui est du caillĂ© tel qu’on le tire de la faisselle ou de la forme Ă  faire les fromages ».1

Actuellement le mot français tome ou  tomme a deux dĂ©finitions  d’aprĂšs le CNRTL:

1.  Fromage au lait de chÚvre, de brebis ou de vache, de forme circulaire, fabriqué en Savoie, en Provence et dans le Dauphiné.

2. ,,Nom du Cantal ou du Laguiole au premier stade de leur prĂ©paration« , avec cet exemple trĂšs prĂ©cis : Le pĂ©trissage du caillĂ© dure environ une heure et demie, et une fois terminĂ©, le caillĂ© ainsi malaxĂ© et comprimĂ© constitue ce que l’on appelle la tome (Pouriau, Laiterie, 1895, p. 738).

A l’Ă©poque  de l’AbbĂ© de Sauvages la tome gardoise  Ă©tait donc  la mĂȘme que celle du Cantal ou de Laguiole actuellement.

Un coup d’Ɠil sur l’article  Tomme de WikipĂ©dia nous apprend qu’il y a de multiples variĂ©tĂ©s de tommes, non seulement en Savoie, mais aussi dans le Massif central, en  Suisse, dans la VallĂ©e d’Aoste Ă  Gressoney,  dans le Haut-Rhin et au QuĂ©bec. Il  y a des petits  des moyens et des grands, le maximum Ă©tant 12 kg.  Il y a mĂȘme de la tomme de Camargue ou tomme d’Arles , loin de la montagne.

Conclusion : le mot tome, tomme est un parfait  synonyme de « fromage ».

Une des toutes premiĂšres attestations vient de NĂźmes, datĂ© de 1200: toma « jonchĂ©e, fromage frais ».  Dans les dictionnaires franco-provençaux, dont la Savoie fait partie,  la toma est en gĂ©nĂ©ral dĂ©finie comme du « fromage Ă  pĂąte molle; fromage frais; fromage de mĂ©nage: lait caillĂ©, etc. », dans les dictionnaires provençaux c’est du  « fromage blanc, fromage de chĂšvre; fromage mou; lait caillĂ© ». Les dĂ©rivĂ©s comme tomasso  dĂ©signent presque toujours des fromages; une exception est le dauphinois  tomĂ©to  qui signifie aussi « brique de carrelage », repris par LittrĂ© dans don dictionnaire : tommette .

L’Ă©tymologie  pose pas mal de problĂšmes.  FEW XIII/2, p.20-21 en fait lr rĂ©sumĂ©.  Les reprĂ©sentants de *tƍma se trouvent dans l’Est et le Sud-Est des parlers gallo-romans, de la Franche-ComtĂ© jusqu’Ă  la MĂ©diterranĂ©e, mais aussi en Italie dans le Piemont, en Lombardie dans le Val San Martino, et ce qui est plus difficile Ă  expliquer,  en Calabre et en Sicile. La prĂ©sence de tuma « cacio fresco, non insalato » (fromage frais, non salĂ©) en sicilien  a suggĂ©rĂ© une Ă©tymologie grecque Ï„ÎżÎŒÎ·Â  (tomĂš) « morceau coupĂ© », possible du point de vue gĂ©o-linguistique,  mais on n’arrive pas Ă  expliquer l’Ă©volution sĂ©mantique, puisqu’il s’agit d’un fromage frais.

La conclusion provisoire de plusieurs Ă©tymologistes est qu’il s’agit d’un mot prĂ©-roman, non attestĂ©, peut-ĂȘtre liĂ©e Ă  une racine indo-europĂ©enne *teu « gonfler ».  (Je n’ai pas  encore trouvĂ© de vidĂ©o du processus, mais cela va venir).

J’ai jetĂ© un coup d’Ɠil dans un dictionnaire grec et trouvĂ© quand mĂȘme  deux significations du mot grec Ï„ÎżÎŒÎ·Â  (tomĂš), qui pourrait ĂȘtre Ă  l’origine du sens fromage.

Le premier est Ï„ÎżÎŒÎ”Ï…Ï‚Â (tomeus) « secteur de cercle entre deux rayons; terme de gĂ©omĂ©trie ». Le sens « fromage » pourrait alors venir de Ï„ÎżÎŒÎ”Ï…Ï‚ comme fromage vient de formaticus [caseus] (795 ds Nierm.) « [fromage] moulĂ© dans une forme », dĂ©r. de forma « moule, forme Ă  fromage »; cf. forme* au sens de « Ă©clisse dans laquelle on dresse les fromages » et fourme*.  (CNRTL).

Le second est Ï„ÎżÎŒÎ· φαρΌαÎșωΜ (tomĂš pharmakon) « prĂ©paration de remĂšdes faits avec des herbes coupĂ©es ou hachĂ©es »Â  qui a pu passer au « lait caillĂ© »Â  une prĂ©paration sans ou avec des herbes coupĂ©es.

tomÚ_fines-herbes-lait caillé avec des herbes, non pharmaceutiques

Notes
  1. Le CNRTL dĂ©finit la jonchĂ©e ainsi : « Fromage frais mis Ă  Ă©goutter sur une claie de paille longue appelĂ©e elle aussi jonchĂ©e »

eminada

Dans l’exposition 2015  de l’association du patrimoine  de Manduel, il y a un panneau concernant l’arpentage au Moyen Age avec une liste de diffĂ©rentes noms de surfaces  dont j’ai dĂ©jĂ  parlĂ© (pan, destre  cana )  et  eyminĂ©e   que je ne connaissais pas.

Patrimoine

EyminĂ©e ou en occitan eminada « Ă©tendue de terre qu’on peut ensemencer avec une mine de blĂ© » 1282. est un dĂ©rivĂ© de emina « mesure ancienne de capacitĂ© » qui reprĂ©sente le  latin hemÄ«na « mesure de capacitĂ© » > fr. mine, ancien provençal emina, AlĂšs emino « mesure de capacitĂ© pour les grains, 25 litres », Ă  PĂ©zenas 30 litres.

Le prĂ©sident d »honneur de l’association du patrimoine Jean Coulomb a pu  dĂ©terminer qu’Ă  Manduel une eminada correpond Ă  625 mÂČ. Pour savoir combien de litres faisait une emina il faudrait savoir ce qu’on semait …

Latin hemÄ«na signifie « un demi sextarius » (sestier) que nous retrouvons en italien, catalan, alsacien et basque, a Ă©tĂ© empruntĂ© au grec ÎźÎŒÎŻÎœÎ± (hĂšmina) « demi ».

Français minot, minoterie ont la mĂȘme origine.

FEW IV, 401-402

Biassa ‘sac’

Biassa « sac contenant le casse-croĂ»te »; « casse-croĂ»te ». (SourcePlanetemassalia). Etymologie : latin bisaccia, pluriel de bisaccium. C’est le pluriel qui pris le dessus parce qu’Ă  l’origine il s’agissait d’un double sac.

bisacciumDans les parlers occitans on trouve aussi des formes avec -d- ,  bidasso (PĂ©zenas) et -g- bigasso (Tarn).  Français besace a la mĂȘme Ă©tymologie.

Le grato-biasso Ă©tait la « collation que les moissonneurs font vers 6 heures du soir ». Des dĂ©rivĂ©s et autres significations comme par exemple « celuis qui porte une besace » > »mendiant » ou « berger », cela dĂ©pend de la localisation.  FEW I,378

 

Farrouche ‘trĂšfle incarnat’

Farrouch  « trĂšfle incarnat » . Farratchal « champ de farrouch » en AriĂšge. Étymologie: latin farrago « mĂ©lange de divers grains pour les bestiaux ». Si l’Ă©tymologie s’arrĂȘte lĂ , elle a peu d’ intĂ©rĂȘt. Ce serait comme une description du RhĂŽne dans ce genre:

Le RhĂŽne qui se jette dans la MĂ©diterranĂ©e  Ă  Marseille,  prend sa source vers 1 900 m d’altitude, au glacier de la Furka, Ă  l’extrĂ©mitĂ© infĂ©rieure du glacier du RhĂŽne, sur les pentes du massif de l’Aar-Gothard.

Pour en savoir plus nous devons retracer l’histoire 1. de la forme du mot, 2. du sens et 3. de la plante.

farouche

1. Les Romains  disaient aussi ferrago , ce qu’on explique  comme une dissimilation des deux -a-. Ferrago est Ă  l’origine de toutes les  formes romanes, catalan ferratge, italien ferrano, espagnol herrĂ©n, portugais ferrĂŁn.  Dans les parlers occitans nous trouvons aussi bien les formes ferratje ou farratge,  par l’effet d’une re-assimilation au cours des siĂšcles. Les premiĂšres attestations  comme ferratja, ferraya « terrain plantĂ© en fourrage »Â  viennent des Alpes-Maritimes.  L’abbĂ© de Sauvages (S1) Ă©crit : fĂ«raĂąjhĂ« « escourgeon » s.m. espĂšce d’orge qu’on fait manger aux chevaux en verd. » A Cahors ferratse est le « maĂŻs Ă  fourrage ».

2. Dans toutes ces attestations le sens est assez proche de celui du mot latin farrago  et dĂ©signe une plante verte qui sert de fourrage pour les bestiaux, mais en Espagne  le sens de  farratge  s’est restreint dans la pratique Ă  « trĂšfle incarnat », probablement parce qu’il y rĂ©ussissait trĂšs bien. En tout cas en espagnol il s’appelle aussi TrĂ©bol del Rosellon et en français trĂšfle du Rousssillon.  

3. Le FEW propose avec hĂ©sitation d’expliquer le -ou-  ( farroutcho)  des formes languedociennes et gasconnes par influence du mot rouge.  Le fait que j’ai trouvĂ© la forme farrucha  pour l’espagnol avec la localisation de la plante en Catalogne, oĂč cette plante s’appelle farratge  reste contradictoire. 1

3. C’est Ă  partir de l’Espagne que le farouch s’est rĂ©pandu  comme plante de fourrage dans tout le Midi et ensuite vers le Nord du pays.  En 1795 farouch est attestĂ© en français.   Je dois vous renvoyer vers le livre de Pierre Joigneaux si vous voulez en savoir plus2 Voici un extrait  concernant le farouch en AriĂšge:

FarouchJoigneaux1et

FarrouchJoigneaux2 

FEW III,421-422.

Catalan:

farroig ‘fenc’  m BOT/AGR Fenc 1.
farratge « Blat de moro tallat abans de granar que hom dĂłna com a aliment al bestiar. » Le Diccionari catalan complĂšte : « 1364; del ll. farrāgo, -agÄ­nis ‘grana per al bestiar’, der. de far, farris ‘blat’.

Notes
  1. J’ai trouvĂ© quelques rares attestations d’un espagnol farrucha: dans l’Herbario Virtual  il y a les noms suivants: Nom comĂș catalĂ  : Fenc. Nom comĂș castellĂ  : Farrucha. TrĂ©bol encarnado. DistribuciĂł per provĂ­ncies : Barcelona. Girona. Lleida. Dans  l’article Wikipedia Trifolium incarnatum  espagnol ,et dans un autre site espagnol ,mais dans aucun dictionnaire.
  2. Plusieurs pages intéressantes sur la luzerne pour les agriculteurs bio dans le Languedoc. Voir Joigneaux, p.316
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