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Saussola 'pain trempé'

Saussola « pain trempé dans du vin, du café, etc.’ est dérivé du latin salsus « salé », attesté à  Clermon-l’Hérault et à Pézenas, chouchoule  à Bayonne. Suite à mon article sansouïro, où je parle  du mot salsola « salicorne « , Gérard Jourdan, fidèle et précieux commentateur de mes articles, m’écrit :

Bonsoir Robert,
j’ai lu avec plaisir, et un peu de nostalgie, cet article sur la salicorne avec l’indication du terme « sausola »
Quand j’étais gamin, à Montagnac (34), donc tout proche de Pézénas et de Clermont-l’Hérault, ma mère me préparait, souvent le jeudi quand je rentrais de travailler à la vigne avec mon père, un bol rempli d’eau fraîche, avec du vin rouge et quelques morceaux de sucre ; j’y trempais une ou deux tartines de pain et c’était un plaisir rafraîchissant incomparable ; peut-être que certains, plus riches, y trempaient des biscuits, mais il n’y en avait pas chez nous.
J’appelais ça « faire saussole ».

j’ai trouvé, sur un site de Cessenon, l’indication suivante :

« Léon Cordes raconte que les habitants de Minerve, en 1907, manifestèrent sous la pancarte:

Avèm de vin, mas cal de pan per far saussòla.

Le petit livre de Minerve, Lodève, 1974, p. 24.

seda ‘soie’

Seda« soie » vient du latin saeta qui  désigne en  latin classique le « poil de chevaux ou de porc » > « soie de porc, chevaux ».  C’est ce mot qui a été adopté pour désigner  la soie « tissu »   dans toutes les langues romanes, à l’exception du roumain : italien seta, espagnol, catalan et portugais seda'(1.)  . Saeta « soie » est aussi à l’origine du mot  allemand Seide et du néerlandais zijde.

En latin classique la soie s’appelait  serica. Le remplacement par  saeta, seta a dû se produire assez tôt. La serica  « soie (tissu) » importée de Chine  ‘a été introduite à Rome à l’époque d’Auguste ( 63 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.) et elle n’est jamais devenue très populaire vu son prix élevé. Avec le recul de la mondialisation au début de Moyen Age et l’arrêt total de l’importation des produits chinois ( Qui a proposé cela récemment ?) le mot populaire  saeta « soie » s’est imposé et serica a servi à désigner des produits grossiers ou de mauvaise qualité: la sarga.  Voir l’article sarga  sur l’origine de la soie provenant d’une « terra incognita« . Serica est peut-être d’origine chinoise !   Douglas Harper  écrit à propos de silk, mot qui a suit une autre route:

Chinese si « silk, » Manchurian sirghe, Mongolian sirkek have been compared to this and the people name in Greek might be a rendering via Mongolian of the Chinese word for « silk, » but this is uncertain.

La sériciculture a été introduite en Occident au VIe siècle. La production de la soie était jalousement tenue secret. Il semble  que le début de la sériciculture date de 552,  quand des moines, agents (secrets?) de Byzance ont sorti des graines de vers à soie et des feuilles de murier de la Chine en contrebande. Il y des légendes sur cette contrebande.

Pendant une certaine période on a fait une distinction entre la serica « la soie importée » et la saeta « la soie fabriquée sur place ».

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1.Le sens  « soie de porc » est exprimé  par bristle en anglais, Borsten en allemand, cerdas  en espagnol et portugais.

Sedas "tamis"

Sedas « tamis de crin ou de soie. entouré d’un cercle en bois, pour passer de la farine, etc. » vient du latin sætacium « tamis de crin ». Pour les Romains  la  saeta « soie »  étaient les poils des chevaux ou des porcs. Voir mon article sarga et seta, qui décrit l’histoire de la soie.

La graphie  sedaç est réservée aux « occitanistes spécialistes ». On écrit  sedas  en provençal et en gascon. En français il n’en reste que trois lettres : sas

Thesoc : sedaç ALLIER, ARIEGE
GERS, GIRONDE, HAUTE-GARONNE
HAUTES-PYRENEES, LANDES, LOT-ET-GARONNE
PROV. DE LERIDA (ESPAGNE), PYRENEES-ATLANTIQUES, TARN-ET-GARONNE.

Le  seden est le lasso camargais.

(copié du Dictionnaire provençal-français: ou, Dictionnaire de la langue d’oc … Par Simon Jude Honnorat)

Seden "lasso camarguais"

Seden « lasso camarguais », est dérivé du latin sæta, seta  « soie de porc, de sanglier; poils  du bouc, crinière de cheval ». (Gaffiot) Chez Valerius Martialis  (Martial), un auteur espagnol, on trouve  seta avec le sens « ligne de pêcheur » un sens très proche de « lasso ».

    lasso camarguais 

 « Sont accrochés à l’entrée du Mas, le Seden tressé avec la crinière du cheval et le Bucrane d’un  taureau de la manade qui de ses cornes levées, éloignera le malheur et devenu fétiche , enseignera fierté et bonheur ». (Source).

Le  dérivé seden  est d’après les données du  FEW limité à la Camargue. Mistral également écrit qu’il s’agit d’un lacs camarguais:

seden chez Mistral

Ailleurs dans le domaine occitan nous trouvons principalement le dérivé  sedou avec le sens « lacet, collet, piège, etc. »  Dans le Gers un cedoun ou sedoun  est une « noeud coulant pour prendre les oiseaux », en béarnais on parle d’une  sedade . Dans l’Aude un sedunaïre  est un « braconnier ».

L'(ortho?) graphe  seden(Alibert, Panoccitan) est fantaisiste.  L’article  seda d’Alibert présente un mélange de mots dont une partie vient du latin sæta, seta  « soie de porc, de sanglier; poils  du bouc, crinière de cheval » et une autre parie de sætacium « tamis fait de crin » qui a abouti à siá, seás « tamis » à l »est du Rhône, sedás à l’Ouest. Voir l’article  sedas.

J’ai trouvé le mot seden  dans une exposition à la Chapelle des Jésuites à Nîmes le weekend du 20 oct. 2012 consacrée à Folco de Baroncelli-Javon.

Semal, semàou

Semal, semàou est un autre dérivé  de sagma > sauma avec un affaiblissement de la voyelle avant l’accent de -a- en -e-.

Le sens passe du contenu « charge » au contenant « panier, cuve, baquet, cuveau », sens  bien attesté dans le Gard. L’abbé de Sauvages écrit qu’on se sert du semâou pour charier la vendange sur le bât d’un mulet, ou pour porter à bras le vin, au moyen de deux bâtons appelés sëmaliés.

Semàou et semailiés sont encore utlisés en français régonal d’après Lhubac, s.v. cambarot. Un sëmalou est un petit cuvier de bas bord.

Un dicton : Davant la porta un semal: « Devant la porte une comporte. » Un autre dans le recueil de Rulman de 1627 (voir cadereau):

deglesit « crevassé, déjoint »

Sernalha

Sernalha « lézard gris ». est limité à l’ouest du domaine occitan, en gascon, mais aussi dans l’Ariège, à Toulouse sernaillo, dans la Hte Garonne, le Lot sarnalhe etc. Orthographié Cernalha par Alibert, pourquoi?? D’après le Thesoc sernalha se trouvedans les dép. ARIEGE, AUDE GERS, HAUTE-GARONNE, HAUTES-PYRENEES LOT, LOT-ET-GARONNE, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE) PYRENEES-ATLANTIQUES, TARN, TARN-ET-GARONNE.

                            sernalha                                                                                                     Lucerna

Gerhard Rohlfs (1892-1986), linguiste spécialiste du gascon, suppose qu’il s’agit d’un dérivé en -acula du latin lucerna « lampe »(RLiR 7(1931)p.131, suivi par von Wartburg dans le FEW.  Le transfert sémantique sur un animal a déjà été fait en latin, comme en témoigne  lucerna « poisson de mer qui brille quand les nuits sont claires » (Pline).
Lucerna a été conservé avec le sens « lampe » en ancien occitan luzerna et le verbe qui en est dérivé luzernà « paraître par intervalles, en parlant du soleil; épier, regarder de près » en occitan modene. En provençal et en est-languedocien luzerno, luerna désigne le « ver luisant ».

L’étymologie *lucernacula > sernalha pose quand même un problème: comment justifier la chute de la première syllabe lu- ? Du point de vue sémantique on peut penser que les petits yeux brillants du lézard font penser à des petites lampes (FEW).

Je pense qu’il s’agit  par association avec le mot ser « serpent ».  On a interprété lusernalha comme *lu+ ser+nalha  par étymologie populaire. L’association du lézard au serpent est assez fréquente comme il ressort des types lauserp (Hérault, Hte Garonne, Tarn, Béarn),aussi luserp en gascon, serpauda (Hte Vienne), serpelèta (Corrèze) serpentina (Puy-de Dome) serpèta (Creuse).( Thesoc). Mais je ne sais ce que *nalha pourrait signifier.

Voir aussi le mot langrola qui par étymologie populaire est devenu grisolo et lacerta > luserp (Tarn), lauserp (e.a. Hérault, gascon) > laïmbert « lézard vert » en ancien provençal, limber à Marseille.

Et la luzerne alors? La culture de la luzerne comme plante de fourrage commence au XVIe siècle. Au début la luzerne était appelée herbe d’Espagne ou foin de Bourgogne., mais rapidement le mot occitan luzerno s’est imposé. Voir le CNRTL : « Emprunté au prov. luzerno, de même sens, emploi métaphorique, en raison de l’aspect brillant des graines de la plante, de luzerno «ver luisant» (encore attesté dans les patois, v. FEW t. 5, p. 433b), issu de l’ancien provençal luzerna «lampe» (Rayn. t. 4, p. 109a), du latin lŭcerna,  (u court) devenu lūcerna (u long) sous l’influence de lūcere «luire» (u long) « .
(Le CNRTL utilise l’abbréviation prov. pour désigner l’occitan comme avant la guerre).

Serp, ser

Serp, ser  « serpent, couleuvre ». Dire: l’étymologie est latin serpens est trop simplifier les choses. Latin serpens, serpentem aurait dû aboutir à serpan ou sarpent (attesté par Mistral) en languedocien, mais ces formes sont manifestement des emprunts au français ou à l’italien.  La forme indigène est serp ou ser, attesté depuis le XIIe siècle dans tout le domaine occitan. Nous retrouvons la même forme en italien: serpe, s. f. « (region. o lett. s. m.) serpente, spec. se non grande e di specie non velenosa | a serpe, a spirale | scaldarsi, nutrire una serpe in seno,… »en roumain sarpe, en rhéto-roman, en catalan serp, espagnol sierpe et portugais serpe.
Ces formes nous obligent à supposer un étymon *serpem.  Au VIe siècle, Venantius Fortunatus utilise le mot serps au nominatif, ensuite la forme serpes est attestée du VIIe au Xe siècle dans des textes en latin .

Le pourquoi de la répartition géographique des deux types serpentem/serpem n’est pas clair, peut-être y a-t-il une distinction entre langue littéraire et langue parlée, étant donné que le serpent joue un rôle important dans la Bible.

 

A l’origine de cet article est une discussion dans le site Lexilogos sur l’étymologie de cerf-volant:

  • Gros coléoptère mâle (Lucanides) dont les mandibules de grande taille et proéminentes rappellent les bois du cerf.
  • Objet constitué par du papier ou de l’étoffe, tendu sur une armature légère de bois et une queue servant de contrepoids, que l’on fait voler dans les airs au gré du vent, en le maintenant relié au sol par une attache.

Le FEW met les deux sens sous cervus « cerf », mais dans un article paru dans Romania, t. 93(1972) 563-567, H.Polge suppose un étymon du type *serpe volante « serpent volant ». En effet quand je vois un cerf-volant :

 

je pense plutôt à un serpent ou un dragon qu’à un cerf.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cerf-volant a été introduit en Europe par Marco Polo à son retour de la Chine. La première image d’un cerf-volant en Europe date de 1326 et comme toute invention il est rapidement utilisé comme arme! Dans le site http://www.carnetdevol.org/siteCVang/navang.htm vous en trouverez quelques-unes.
Si vous lisez l’espagnol, il y a une belle histoire d’un général coréen qui avait envoyé une grande quantité de cerfs-volants avec des lumières au dessus du campement des Japonais.

Une des premières descriptions vient du manuel machines de guerre Bellefortis (1405) de Conrad Kyeser. qui contient l’illustration suivante. Vous voyez bien qu’un cerf-volant prend la forme d’un dragon.

ll faudrait mieux connaître l’histoire de la propagation du cerf-volant en Europe.  Il a dû arriver en France à partir de l’Italie (Marco Polo). En passant par la Provence, il a pris le nom  ser volant, et  je ne serai pas étonné si quelqu’un découvre qu’un Marseillais  est arrivé à Paris avec ce  nouveau jouet et que le Parisien lui a demandé kesako? et le Marseillais lui a répondu « ung ser-volang » . Et le Parisien répète: Ah,bon un cerf-volant! Je vais le noter!

Dans le Nord, wallon, picard, flamand, la Moselle et jusqu’ à Montbéliard le cerf-volant est appelé dragon!

Serpol, serpolet, serpolhet

Serpol, serpolet, serpolhet « serpolet, thymus serpullum », vient du latin serpullum, que les Romains avaient emprunté au grec ‘erpollon, un dérivé de ‘erpein « ramper ». Les auteurs romains avaient déjà rétabli le s- initial, pour le rapprocher de serpere « ramper ».

Les Occitans ont ensuite prêté le nom de la plante aux Français d’oïl, qui n’ont pris que le diminutif depuis 1500 environ.

Quand nous étudions les noms des plantes, nous constatons très souvent qu’l y a une grande confusion d’une part et beaucoup de noms différents d’autre part. Voir p.ex. Thesoc « thym », ou ici pebre. Ceci n’est pas le cas pour serpullum, qui désigne par-ci par là aussi le « thym ». Il s’agit d’une plante rampante. Le mot est donc très « motivé ». Il n’y a qu’une exception d’après le FEW, c’est Trèves (Gard) où serpoul est le « cerfeuil » et le serpolet s’appelle le roubenet. (Peut-être s’agit-il d’une confusion )

     

                Thym                                                                   serpolet                                     cerfeuil

Serrar

Serrar « scier ». Les Romains disaient serra secare « couper avec la scie », qu’ils ont simplifié en serrare vers le IVe siècle.

Serrare est donc un dérivé de serra « scie », qui est conservé dans presque toutes les langues romanes : catalan,portugais, serra, espagnol sierra, et dans de nombreux dialectes italiens.

En italien et dans de nombreux dialectes galloromans serra « scie » a été remplacé par seca, un dérivé de secare « couper ». La raison de ce changement a été qu’une phrase comme « Va serrer la porte! «  pouvait avoir des résutats au moins surprenants, puisqu’il y avait également le verbe serrer « fermer » du latin populaire *serrare « fermer ». (TLF).

  ou

Serra « scie » est attesté en ancien occitan depuis le XIVe s., et même au XIIIe s. à Avignon avec le sens « faucille ». Dans l’ouest du domaine occitan c’est la forme sarro qui domine. Parfois le sens se spécifie, comme à Barcelonette seàra « scie de scieur de long ». Le dérivé sareto est « la scie à main ». Le verbe serrar, sarrer, qui a aussi vécu en moyen français (voir DMF) se trouve surtout en occitan et dans les parlers de l’Est de la France. Les dérivés sarilho « sciure », seraire « scieur » sont très répandus en occitan.

A Marseille on appelle la mésange charbonnière la sarrofino. Il semble qu’il s’agit d’une étymologie populaire du nom serrurier. L’oiseau est appelé ainsi au 19e s. (Dict. Académie, 1842) parce que son chant ressemble au bruit d’une lime sur du métal. D’après Mistral la sarrofino est la nonnette (parus palustris. Lin) dont le roucoulement imite le bruit de la scie. Le Thesoc donne sarralhièr « mésange » pour plusieurs départements de l’Ardèche jusqu’à l’embouchure du Rhône.

                               

mésange charbonnière (avec son chant de serrurière                          la nonnette (avec son chant de scieuse!)

Serra prend aussi le sens « crête de montagne », attesté depuis le XIIe s. Le mot est surtout utilisé pour désigner des chaînes ou crêtes de montagnes et l’élément « longueur » y est prépondérant. L’évolution sémantique scie > crête ne pose pas de problème. Serra a gardé ce sens surtout dans les parlers des montagnards. Dans la plaine lou ser s.m. devient « une monticule, une colline ». Dans les Cévennes gardoises c’est le dérivé  seret qui prend le sens de « colline », mais dans l’Ariège un sarratch est une « crête de montagne ».

Serra, serran, serrange (Marseille) « scie de mer, poissons scie ou pristis » n’a pas besoin d’explication.

      

La sarrette ou sarriette (serratula tinctoria) du français non plus.

Un peu de pub pour les serres des Cévennes:

Serva "cavité percée avec poissons vivants&qu...

Serva   « boutique » ou « bascule » en français d’après le baron de Rivière dans les Considérations... sur les anguilles en Camargue (1841).  « Boutique ou bascule appelé serve dans le Midi. » A la fin de l’article boutique   du TLF  il y a la remarque:

Rem. Dans le domaine de la pêche, le mot désigne une cavité contenant les poissons vivants, placée à l’avant ou à l’arrière d’un bateau de pêche où l’eau peut circuler grâce à des trous aménagés à cet effet (d’apr. Pollet 1970).

Le verbe latin servare « conserver »  s’est conservé en ancien occitan et en occitan moderne avec les sens « garder, observer (une règle, la chasteté), réserver qch.  pour quelqu’un; conserver ». Le dérivé serva « réservoir d’eau où l’on conserve le poisson » est attesté depuis  1395 et vivant dans tout le domaine occitan, franco-provençal  et jusqu’en Bourgogne.  Les définitions données par les dictionnaires locaux varient bien sûr souvent, cela va de  « bassin d’agrément » à  « écluse de moulin ».

En Camargue et en mer, une serva  devient une « boutique » au sens TLF. D’après le Thesoc   une serva est une « mare«  en Corrèze et les Landes.

Le sens « garder, conserver » est maintenu aussi dans :

servans "raisins de garde"  et   servos "pots de conserves" Sauvages S2

Voir l’article  Bouirons  « civelles » pour les autres mots concernant les anguilles.

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