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Saou trissa "sel fin"

Saou trisso « sel fin »; tris, trissa adj. « pil√©, broy√© »est un d√©riv√© du verbe triss√†« piler, broyer » issu du latin *tritiare « frotter, piler, broyer ». Les repr√©sentants de *tritiare se trouvent en espagnol triza, hacer trizas « casser en mille morceaux », catalan estrijolar « broyer » en occitan et dans l’Est de la Galloromania jusqu’en Champagne et les Ardennes.

Le -ss- dans beaucoup de formes galloromanes doivent s’expliquer par une assimilation √† l’adjectif tris.

 

saouvomayre, mairesiouvo et la motivation d’...

Saouvo-mayre et¬† maire-siouvo « ch√®vrefeuille » viennent tous les deux du latin silvae mater « ch√®vrefeuille », litt√©ralement « m√®re de la for√™t ou¬† des feuillages ». Scribonius Largus √©crit que le nom latin correspond au grec ŌÄőĶŌĀőĻőļőĽŌćőľőĶőĹőŅőĹ (periklumenon) parce que les branches du ch√®vrefeuille « embrassent » les arbres comme une m√®re son enfant.¬†En italien existe le nom abbracciaboschi qui rappelle la m√™me image. D’apr√®s Rolland Flore VI,219¬† il s’appelle √©tranlha-cabri1 √† St-Hilaire-des-Courbes (Corr√®ze)

Saouvo-mayre qui correspond au nom latin dans l’ordre des deux √©l√©ments n’a surv√©cu qu’en occitan; d’apr√®s le Thesoc dans 3 villages de l’Aveyron et 3 dans l’H√©rault et √† Av√®ze dans le Gard2. Au cours des si√®cles la d√©clinaison latine a disparu et le g√©nitif silvae¬†¬†¬†est devenu silva ce qui a entra√ģn√© une inversion de ces √©l√©ments et parfois l’insertion du¬† de, comme √† Toulouse may de cibre, ou dans l’Aude ma d√© serbo.

Lonicera_caprifolium0

Comme le premier √©l√©ment silva « for√™t » avait pratiquement disparu de la langue par la concurrence des types « bois » et « for√™t« , on ne l’a plus compris et il a √©t√© remplac√© par des √©l√©ments qui donnaient un sens √† ce nom : silva > salva¬† > saouvo-¬† du latin salva « sauve ».¬† Dans l’Aveyron les sages-femmes font une infusion avec les feuilles de la plante.

Silva¬† est aussi remplac√© par saoubio¬† du latn salbia « sauge » , ce qui a donn√© √† Cahors salbiomayre.¬† Dans l’Aude¬† et en gascon ce n’est pas salvare mais servare qui remplace la silva: dans le Tarn et environs: serbomayre.

L’influence du nom caprifolium donne dans le Gers serbofulho, dans la Haute-Garonne serbocrabo, parfois abr√©g√© en krabo.

Le type avec les deux √©l√©ments invers√©s maire-siouvo a √©galement subi de nombreuses transformations.¬† L’√©l√©m√©nt maire ‘a¬† √©t√© compris comme une r√©f√©rence √† la p√©riode de floraison, le mois de Mai,¬† le deuxi√®me a √©t√© associ√© √† seba du latin cepa « oignon »; l’ensemble a donn√© √† Apt mayo-s√©bo, le ch√®vrefeuille devient ainsi une sorte d’oignon de Mai. Plus d’exemples de changements dans le FEW XI, p.615

Tous ces changements viennent d’une tendance naturelle √† motiver le vocabulaire, c‚Äôest-√†-dire √† lier les sens des mots¬† √† leur formes et de cr√©er ainsi des familles de mots facilement m√©morisables. Le ch√®vrefeuille n’est pas un sujet de conversation inter-communautaire. Il est donc normal de trouver des motivations diff√©rentes dans les parlers occitans. La richesse de ces parlers se trouve aussi dans cette grande vari√©t√© de motivations et il est dommage qu’actuellement les occitanistes veulent surtout « normaliser » l’occitan au nom d’une lutte politique.

Plus sur la motivation du vocabulaire à la fin de mon Introduction.

Voir Rolland Flore vol. VI, p.215 ss pour les noms du chèvrefeuille dans toute la France

 

Notes
  1. A ajouter √† l’article¬†strangulare¬†du FEW XII, 289
  2. Ailleurs dans l’est-languedocien c’est le type pentacosta du latin pentecosta¬†emprunt√© au grec ŌÄőĶőĹŌĄő∑őļőŅŌÉŌĄő∑ (le 50e jour apr√®s P√Ęques) qui domine Cf. FEW VIII, 207

sarcir ‘repriser’

Sarcir « repriser » vient du latin sarcńęre « r√©parer ».¬† Dans la Creuse on utilise un d√©riv√© sarcilhar et dans la Haute-Loire un autre : sarcinar.¬† Le Thesoc donne beaucoup de verbes, comme par exemple petassar, d√©riv√© de petas,¬† ce qui donne l’impression que les interrog√©s ne connaissent plus le »vrai » mot occitan. Une aiguille √† repriser s’appelle sarcid√®lo, ou comme √† St-Jean du Gard¬†agulha sarcidoira.¬† Pour plus d’attestations et de significations voir FEW XI,222

Dans¬† les Alpes Maritimes et √† Nice est attest√© le verbe ensarci « ourler, repriser ».¬† Le¬† compos√© resarcir est tr√®s r√©pandu dans les parlers du domaine d’o√Įl mais peu connu dans le domaine occitan.

En ancien fran√ßais a √©t√© cr√©√© l’adjectif sarti « fait de plusieurs pi√®ces de m√©tal attach√©es solidement l’une √† l’autre » et le verbe¬† sartir, sertir¬† qui au XVIIe si√®cle a pris le sens « ench√Ęsser une pierre dans un ch√Ęton dont on rabat le bord autour de la pierre ».¬† L√† il ne s’agit plus de raccomodage.

sertisseur

 

 

Sardon "bord du filet"

Sardon, sardoun¬† s.m. « Lisi√®re de mailles fortes qui borde le haut d’un filet de p√™che ».¬† L’√©tymon est le grec¬† ŌÉőĪŌĀőīŌČőĹ (sardon) « lisi√®re d’un filet ».¬† La concordance entre la forme occitane et catalane sard√≥¬† et le sens est parfaite. On ne peut douter de son origine grecque.

Je l’ai rencontr√© dans Henri Louis Duhamel du Monceau, ¬† Trait√© g√©n√©ral des pesches et histoire des poissons qu’elles fournissent, tant pour la substance des hommes que pour plusieurs autres usages qui ont apport aux arts et au commerce. Paris 1769-1782. 4 volumes.[1.¬† Vous pouvez le consulter et t√©l√©charger sur internet-archiv]

L’auteur donne des descriptions d√©taill√©es de toutes formes de p√™che, notamment de la p√™che en M√©diterran√©e. Par exemple:

Et voici la planche XXXV, fig. 3

sardon ou gancette


Sarga

Sarga « serge ». L’√©tymologie est¬† la m√™me que du mot fran√ßais serge: serica ou *sarica « tissu en soie » emprunt√© par les Romains au grec s√®rikos [1. Le TLF √©crit:¬† Du lat. pop. *sarica (d’o√Ļ aussi roum. sarica ¬ę bure ¬Ľ, esp. et a. prov. sarga ¬ę serge ¬Ľ), alt√©r. du lat. class. seŐĄrica, f√©m. pris subst. de l’adj. seŐĄricus ¬ę de soie ¬Ľ, lequel est empr. au gr. ŌÉŌÖŌĀőĻőļőŅŐĀŌā de m√™me sens, d√©riv√© de ő£ő∑ŐÉŌĀőĶŌā ¬ę les S√®res ¬Ľ, peuple d’Asie qui produisait de la soie.¬† TLF. ]¬† Attest√© en Loz√®re sarga¬† avec un sens g√©n√©ralis√© « drap » (Thesoc).

Mais il y a deux questions.

  • La premi√®re : d’o√Ļ vient le mot grec¬† ŌÉŌÖŌĀőĻőļőŅŐĀŌā?¬† comment le nom d’un tissu tr√®s noble et tr√®s cher a-t-il pu d√©gringoler √† ce point pour d√©signer une « √©toffe grossi√®re dont la cha√ģne est de fil et la trame de laine »; far de sarga veut dire « faire de la mauvaise besogne » d’apr√®s Alibert. Tous les repr√©sentants¬†¬† de serica¬† dans les parlers galloromans¬† ont subi cette d√©gradation. On se sert de la sarga pour transporter le foin ou couvrir un cheval.
  • La deuxi√®me question concerne l’histoire et l’origine du mot soie.¬† Le TLF √©crit:¬† Du lat. pop. seŐĄta, lat. class. saeta ¬ę poil (rude) d’un animal; crins ¬Ľ d’o√Ļ ¬ę tout objet fabriqu√© en soie ¬Ľ.¬† Pourquoi le fran√ßais a-t-il aussi bien le mot soie « soie »¬† et cr√©√© d’autre part √† partir de¬† serica¬† le mot « s√©riciculture »?¬†

Pendant ses conqu√™tes vers l’Asie, Alexandre le Grand 1 , a explor√© les routes que mille six cents ans plus tard, Marco Polo appela « la route de la soie ». Pour les Grecs de l’√©poque la soie venait¬† d’un peuple lointain, les S√®res, qui habitaient la Serica, un pays au del√† de la Terra Incognita !¬† Sur la carte ci-dessous « Scythia et Serica ».

A gauche sur la carte la mer Caspienne.

Ci-dessous : Les ¬† « Routes de la soie ». si- l√Ļ ( n.) en pidgin

Depuis quelques ann√©es les savants savent que les S√®res sont les¬† « Tokhariens », c’est-√†-dire les authentiques Ars’i-Kuci et que le pays des S√®res est l’actuel Sin Kiang Pour en savoir plus! .

                  
¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† Sin-Kiang actuel ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† ¬†¬†¬† en pidgin si « soie ».

Il semble que le mot grec sèrikos ou surikos est un dérivé du mot chinois si.

L’anglais silk a peut-√™tre la m√™me origine, mais le mot a fait un autre voyage. Dans le site Etymonline l’ auteur cite les formes Manchourian sirghe, Mongolien sirkek.¬† Les m√™mes formes sont donn√©es dans¬† dans le¬† Saga book of the Viking Society for Northern Research :¬†

 Sagabook of Vikingclub 7

La forme balto-slave shelku ou silkai est pass√© en anglais par les relations commerciales et peut refl√©ter une forme dialectale chinoise.¬† Cela veut dire que l’importation de la soie¬† dans le Nord de l’Europe est pass√©e par l’ Est de l’Europe.¬† Mais les crit√®res linguistiques ne permettent pas de d√©terminer le chemin par o√Ļ le¬† silk est arriv√© chez les Vikings¬† Il est √©galement possible que le mot¬†¬† silk¬† est une alt√©ration slave de la forme grecque, introduit par les marchands arabes dans l’Est de l’Europe.¬† Pour en savoir plus cliquez sur les miniatures.

  

 

Le mot s√©riciculture a gagn√© la bataille et ne s’est impos√© qu’au XIXe si√®cle. Voir mon article magnan.

Notes
  1. IVe siècle avant J.C.

Sartan

Sartan « po√™le √† frire » vient du latin sartago, -inis.« une po√™le plate ». Le mot est vivant dans le sud de l’Italie, en Sardaigne et dans l’ib√©ro-roman. En occitan il est limit√© au sud-est (provencal, est-languedocien) et au sud de la Gascogne. L’abb√© de Sauvages mentionne¬† sartan ou padelo pour le languedocien.

Dans le Dauphin√© une sartan est aussi une « vieille femme √©dent√©e », par sa ressemblance avec une po√™le (trou√©e) √† griller les ch√Ętaignes ». Espagnol sarten « po√™le; po√™l√©e », portugais sart√£. Basque sartagi, zartain.

sartan castagneiro ou padelo de las afachados (S)

    une jeune sartan dauphinoise

 

Sassi

Sassi « pierres, cailloux ». J’en parle parce que pendant une promenade dans les gorges du Tarn, j’ai relev√© √† Ste-Enimie le mot sassi avec le sens « pierres, cailloux », mot introuvable dans les dictionnaires . Une curiosit√© ou un texte r√©dig√© par un Italien? En dehors du franco-proven√ßal, latin saxum « roche » n’est pratiquement pas conserv√© dans les parlers gallo-romans.
Il y a pourtant un nom de lieu dans le d√©partement du Tarn avec cette m√™me origine: Sayx. J’aimerais bien avoir une confirmation de sassi « pierres » en Loz√®re!

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Sauma

Sauma « anesse; b√™te de somme; traverse d’un pressoir; coin de bois pour soulever une meule (Aveyron); gros boyaux (Aveyron); gros nuage(Aveyron); meule de gerbes ou de paille en dos d’√Ęne.¬† Sauma  » et de nombreux d√©riv√©s (voir Alibert) viennent du latin sagma « b√Ęt » un emprunt tardif au grec « b√Ęt; couverture du b√Ęt; la charge d’un b√Ęt.

En latin classique le b√Ęt s’appelait sella baiulatoria.

          

Dans les langues romanes sagma est devenu sauma, soma. Par exemple dans les Gloses de Reichenau une sorte de Bescherelle¬ģ du VIIIe si√®cle : « sagma pro soma vel sella » ce qui veut dire: il faut dire « sagma » et pas « soma ».

En fran√ßais moderne une somme signifie « une b√™te de somme » (TLF), mais l’ancien fran√ßais connaissait aussi les sens « b√Ęt » et « charge, fardeau que peut porter un cheval, un mulet etc ». Le sens « √Ęnesse » ne se trouve que dans le domaine occitan et franco-proven√ßal., du Jura jusqu’en B√©arn. Le mot somme, saume dans les anciens textes occitans a √©t√© traduit en g√©n√©ral par « b√™te de somme », mais je pense que tr√®s souvent il s’agit plut√īt de √Ęnesses vu le sens du mot dans les parlers modernes. Il faudrait v√©rifier dans les contextes. En tout cas en France on a pr√©f√©r√© l’√Ęnesse plus douce que l’√Ęne ou le mulet comme b√™te de somme. L’expression b√™te de somme ne date que du XVIe si√®cle.

A La Canourgue (Loz√®re) saumo (prononcez s√°ouma) est (aussi ?) le nom « d’une m√Ľre d’un go√Ľt fade, qui tra√ģne par terre ». L’explication de cette √©volution s√©mantique se trouve dans le fait qu’en languedocien les deux mots latins asinus « √Ęne » et acinus « grain de tout fruit √† grappe » sont devenus homophones ase, aze. Il y a eu une association de la notion « √Ęne » et de la notion « m√Ľre ».

Comme le mot ase « √Ęne », sauma ne pouvait pas √©chapper √† un emploi d√©pr√©ciatif: s√°oumo « femme niaise » (Aveyron) √©largi √† saumasse en b√©arnais.

Ce qui est un « veau » en proven√ßal : vedeou (< vitellus )« √©boulis de terre » est une s√°oumo de t√©ro en languedocien.(Sauvages).¬† Je n’avais pas d’explication pour ces deux mots. Mais j’en ai trouv√© une gr√Ęce √† un visiteur. Voir l’article vedel.¬† L’image d’un mulet avec sacoches peut √™tre √† l’origine de l’emploi¬† saoumo de t√©ro.

Les Occitans n’ont pas de probl√®me √† comprendre l’allemand qui appellent une b√™te de somme ein Saumtier.
Une lectrice qui conna√ģt bien le basque me signale: Le latin sagma « charge, fardeau » a aussi √©t√© emprunt√© par le basque, d’o√Ļ basque zama « charge, fardeau » et le d√©riv√© latin sagmarius > basque zamari « cheval, b√™te de somme ».

Voir aussi l’articlesaumada

Saumada

Saumada « charge d’une b√™te de somme », un des nombreux d√©riv√©s de sauma, est attest√©e en ancien languedocien depuis 1179.

Saumada prend des sens sp√©cifique suivant les r√©gions et l’emploi des √Ęnesses : √† Lyon une saum√©e est une « charge de sel ou de vin », √† Bosses (Val d’Aoste) des somaye sont des petits tas de fumier qu’on fait en l’√©parpillant, avant de le d√©faire compl√®tement avec la pioche ». Caract√©ristique pour l’est de l’Occitanie est saumada « mesure pour les grains et les vins ».

En combinant ces deux significations « charge » et « mesure de grains » saumada devient aussi une mesure agraire, √† savoir « superficie de terre qu’on pouvait ensemencer avec une saum√©e de bl√© ». A Al√®s cela correspondait √† 4 setiers et dans les Bouches-du-Rh√īne √† 5 ares.

Sàuse, sauset

S√†use, sauset « saule » se pronon√ßait en latin salix, salicem. L’√©tymologie n’est pas la m√™me que celle du fran√ßais saule qui est d’origine germanique : *salha « saule » (Cf.TLF saule).

Dans l’Ari√®ge on utilise un d√©riv√© sawz√©nko pour l’arbre et sawzink√©do pour la « saulaie ». En languedocien c’est une saousereda.

Dans le Sud-Ouest on a conserv√© un d√©riv√© de salix qui existait d√©j√† en latin classique salictum « saulaie »; de l√† le b√©arnais salheyt « gr√®ve plant√©e d’osiers ». Un d√©riv√© en -ariu a donn√© en b√©arnais saligu√® « saule », et enfin des d√©riv√©s en -icea > saletz , sol√®s « saule » dans l’Aveyron, sol√©ces « oseraies » dans le Cahors.

Dans le Gard et l’H√©rault le « moineau » est d√©sign√© par un d√©riv√© de salix : lou saouzin, √† Toulouse il s’appelle saouzenat. D’apr√®s Alibert il¬† s’agirait du moineau friquet, passer montanus. (cf.Wikipedia). Le lien s√©mantique est peut-√™tre la couleur des chatons?

             

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