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Marrane ‘Juif converti’

Etymologie : Marrane signifie en fran√ßais : « Juif ou descendant de juif d’Espagne ou du Portugal, converti au christianisme, mais rest√© secr√®tement fid√®le aux croyances et aux pratiques juives ancestrales. » et date du XVe si√®cle en fran√ßais1.

Le TLF reprend l’√©tymologie du FEW XIX, 113¬† et de Coromines :

Empr. √† l’esp. marrano ¬ęporc¬Ľ (965 ds Coromines), puis ¬ęjuif ou Maure converti au catholicisme¬Ľ (XIIIe s., ibid.), par sarcasme pour ceux-ci en raison de la r√©pugnance qu’ils √©prouvaient pour la viande de porc. L’esp. marrano est empr. √† l’ar.mahŐ£ram (ar. d’Espagne mahŐ£ran) ¬ęce qui est d√©fendu, illicite¬Ľ (en partic. dans le lang. relig.), d√©r. de hŐ£arama ¬ęd√©fendre, prohiber, d√©clarer illicite; exclure, excommunier¬Ľ¬† Le mot est surtout utilis√© aux XVe-XVIIe s. avec quelques « nuances » comme par exemple « Espagnol, terme injurieux » et « avide, avare; usurier; impie ». Voir le texte de Borel ci-dessous. Il n’est pas attest√© dans les dialectes fran√ßais, except√© le d√©p. des Deux S√®vres, ni en franco-proven√ßal.
L’√©volution s√©mantique « juif » > « usurier » etc. se retrouve dans d’autres mots et s’explique par le fait que les guildes interdisaient aux Juifs l’acc√®s aux m√©tiers et que par cons√©quence ils √©taient devenus commer√ßants ou banquiers.

Marrane est donc d’abord une injure, comme le mot porc,¬† marrano en espagnol. Mais von Wartburg pense que le sens « Juif converti » est peut-√™tre n√©, non pas √† partir de l’injure, mais √† partir du sens √©tymologique de mahram « sacr√©, inaccessible » en rapport avec la nouvelle foi des convertis et que la connotation p√©jorative est plus r√©cente.

La question est de savoir si cette explication est plausible, √©tant donn√© que le sens « porc » est attest√© en 965 et le sens « juif converti » seulement 3 si√®cles plus tard (Corominas).

Le rapprochement des deux mots « porc » et « Juif » est tr√®s ancien. Vous trouverez un¬† long article, tr√®s document√© dans le Wikipedia en espagnol. Le premier √† le faire est Rabanus Maurus n√© √† Mayence vers 780, qui dans son encyclop√©die De universo de 847, compare les Juifs aux porcs pour avertir les « bons » chr√©tiens, en se basant sur la Bible: « porque -seg√ļn √©l- heredan a sus hijos del mismo modo su inmoderaci√≥n imp√≠a y su impudicia. Se refiri√≥ a la imprecaci√≥n en Mateo (Mt 27,25: ¬°Su sangre sobre nosotros y sobre nuestros hijos!). Aqu√≠, los jud√≠os, al igual que los cerdos, fueron una alegor√≠a para los vicios, para advertir a los cristianos sobre ellos con im√°genes dr√°sticas. De este modo se utilizaron igualmente los monjes y los monos para ilustrar el pecado de la « inconstancia ».

Rabanus Maurus (Wikipedia).

Pendant les 700 premi√®res ann√©es du christianisme, les communaut√©s juives d’Europe sont rarement menac√©es directement. La situation change lorsque le pape Urbain exhorte les fid√®les en 1095 √† partir en croisade pour lib√©rer J√©rusalem des infid√®les. En chemin pour J√©rusalem, les crois√©s d√©ciment les communaut√©s juives le long du Rhin et du Danube. ¬ę Comment, s’exclament-ils, devrions-nous attaquer les infid√®les en Terre Sainte, et laisser en repos les infid√®les en notre sein ?
Le 25 mai 1096, environ 800 juifs sont assassin√©s √† Worms (Allemagne), et beaucoup d’autres choisissent le suicide. √Ä Regensburg, les juifs sont jet√©s dans le Danube, pour y √™tre ¬ę baptis√©s ¬Ľ. √Ä Mayence, Cologne, Prague et dans beaucoup d’autres villes, des milliers de juifs sont tu√©s, leurs biens pill√©s.¬Ľ Source) .

¬†√Ä partir du d√©but du XIIIe si√®cle on fait des sculptures repr√©sentants des truies avec des hommes v√™tus comme des Juifs. Ce genre de repr√©sentations comme expression d’anti-s√©mitisme se trouvent surtout en Europe centrale. Les sculptures les plus pr√®s de la France sont √† B√Ęle, Colmar et Metz.


D√īme de Regensburg (Ratisbonne)

Il me semble probable qu’√† partir du d√©but de l’antis√©mitisme en Espagne et au Portugal au XIIIe si√®cle , qui a abouti √† l’Inquisition en Espagne et de l’expulsion des Juifs en 1492, l’injure marranos a √©t√© import√©e de l’Europe centrale et qu’il s’agit tout simplement d’un emprunt-traduction et que cette histoire n’a rien √† voir avec l’interdiction de manger du porc de la religion Juive ou Musulmane. Cette interpr√©tation pourrait √™tre de l’√©tymologie populaire.
Une autre possibilit√© est que la m√™me cause (la Bible) a eu le m√™me effet en Espagne comme en Europe centrale marrano « porc » > « Juif « > « Juif converti » > « Converti, Juif ou Maure »
Le fait qu’en Catalan existe un autre mot √† savoir xueta « Juif converti » 2 qui a √©galement une connotation « porcine » √©taye cette hypoth√®se d’un emprunt traduction. En fran√ßais¬† le mot marrane ne s’applique qu’aux Juifs et aux Maures convertis en Espagne ».
Aveyron marr√°, -√°na adj. « avare » est s√©mantiquement li√© : « Juif » > « banquier » > avare ou bien au groupe 3) ci-dessous.

D’autres propositions √©tymologiques se trouvent dans l’article Maranisme de Wilipedia. Un extrait en bas de cette page.

 

Notes
  1. Si vous lisez l’espagnol, suivez ce lien vers Wikipedia.
  2. probablement der. de xulla ‘cansalada’ (mallorqu√≠ xuia), com a sarcasme contra els jueus conversos que menjaven cansalada per demostrar que eren cristians; tamb√© podria tractarse d’un der. regressiu de xuet√≥; en tot cas tots dos mots han d’haver acabat per influirse rec√≠procament

Marrane ‘maladie des ovins’

Marrano,¬† « maladie (du charbon?) des ovins ».

Dans le Cartulaire de Mirepoix, que j’ai d√©couvert gr√Ęce √† la¬† dormeuse, il y a une Charte de la boucherie de 1303, dans laquelle est √©crit: « Videlicet quod nullus carnificum ville predicte audeat vendre in dicto macello publico oves marranos.« : Il va de soi que nul boucher de la ville susdite n‚Äôosera vendre sur les dits √©tals publics des brebis marranes (atteintes du charbon?). L’√©diteur de la charte traduit marranos par « languissants, √©tiol√©s » d’apr√®s le sens du mot donn√© par Mistral.

Cliquez sur le texte de Félix Pasquier, Cartulaire de Mirepoix, tome II, p.p. 42-46, Editions Privat, Toulouse, 1921.    

Cette d√©couverte¬† dans un texte de 1303 a chamboul√© la conception qu’on avait de l’histoire des mots rattach√©s √† l’√©tymon arabe mahram « sacr√©, inaccessible » Il est devenu impossible de rattacher marrane « maladie  » √† marrane « Juif converti » comme l’a fait le FEW en l’expliquant comme un transfert du mot marrane sur une longue maladie. Au moment de la r√©daction de l’article¬† mahram,¬† la premi√®re attestation de marrane avec le sens « maladie √©pid√©mique »¬† datait¬† de 1650, et¬† marrane¬† « Juif converti »¬† du XIIIe si√®cle.

Borel 1750

    Mistral

Marrana « maladie chronique ». De Nice jusqu’en B√©arn: marrana a pris le sens d’une maladie chronique : √† Al√®s « esp√®ce de phtisie des brebis; d√©p√©rissement des muriers », √† B√©ziers, encore plus g√©n√©ral marrano « √©pid√©mie », St-Andr√© « typhus », et languedocien marano s.f. « mite de fromage: le plus petit des insectes qui sont sensibles √† la vue simple. On tue les mites du fromage avec de l’huile »(Sauvages1756). S’agit-il d’une « maladie » du fromage?. Alibert donne une autre forme avec un seul -r-: marane « maladie des b√™tes √† laine; marasme; √©pid√©mie; √©pizotie; clavel√©e; jaunisse des plantes; mite du fromage (copi√© de Sauvages ?). L’attestation donn√©e par le FEW pour le fran√ßais marrane « maladie de langueur » dans Borel 1655 (p.514) a certainement un rapport avec le languedocien, dont il √©tait un bon connaisseur, √©tant n√© √† Castres.

Un visiteur me signale: « Dans l’H√©rault, autour de P√©z√©nas, Roujan, Neffi√®s, etc. le mot marrane, peut d√©signer le « mildiou de la vigne ». J’ai relev√© l’expression « ai la marrana » qui peut se traduire, selon les circonstances par : « je couve la grippe », « je ne me sens pas d’attaque », ou encore « j’ai le cafard ».

Mai 2018¬† je re√ßois une nouvelle attestation de marrano¬† « maladie de la vigne »de lAude:

En cherchant « miquelet », je lis l’entr√©e « marrano », ce qui me transporte vers cette remarque de mon p√®re concernant une chanson sur les maladies de la vigne : « ¬ę La cochylis √©s uno b√®stio, un parpalhol, √©s uno gar√ßo que nous escano, chuco broutinhos, chuco rasins, chuco sulfato, chuco √ßo bou, e chuco tut, m√® chuco pas la marrano, que nous esca-a-no ! ¬Ľ. (marrano peut-√™tre dans le sens d’√©pid√©mie comme √† B√©ziers… mais l’Aude, contrairement au Rh√īne n’a-t-il pas √©t√© une fronti√®re linguistique intra-languedocienne ?

Attestations et attributions nouvelles.
  • Oves marranos par »maladie du charbon des ovins » ( charbon > noir, anthrax). Il est √©vident qu’il s’agit dans ce texte d’une maladie dangereuse pour les consommateurs, mais la traduction « du charbon » est bas√©e sur le Tr√©sor de Mistral.
  • Dans le DMF je trouve un autre mot : morille « Maladie (chez l’homme et l’animal) : » sorte de dysenterie provoquant de violentes coliques et pouvant entrainer la mort; cadavre », comme d√©riv√© de Maurus « maure, noir » mais le FEW remarque qu’il faut le classer peut-√™tre sous mori « mourir », comme le mot morine « maladie mortelle, √©pid√©mie, mort ».
  • J.-P. Chambon(1) est d’avis que le mot¬† morrono f. « d√©p√©rissement, langueur » attest√© √† S√©v√©rac dans l’Aveyron, class√© par le FEW s.v. mori et mor√°no « malchance » √† Chavanat (Creuse), class√© par le¬† FEW s.v. annus font partie des descendants de *mahram, parce que -a- pr√©tonique >-o- est r√©gulier dans ces deux endroits. Cette note est √©galement √† revoir suite √† la d√©couverte des oves marranos √† Mirepoix.
  • Barcelonette marran « bouton recouvert de cro√Ľtes » et marrane s.m. « asp√©rit√©s rondes qui recouvrent certaines ardoises » sont class√©s sous *mahram, mais le dauphinois mar√£n « pustule maligne », Queyras marant « plaie, ulc√®re », Barcelonette malan « idem; croute sur la t√™te des enfants »¬† dans l’article malandria « plaie, ulc√®re »(FEW VI/1,81a) en supposant une √©volution malandria > *malandrum > maland, malan(t).¬† Il faudra au moins r√©unir les deux.
  • Marran « dur au travail ». Le FEW et Alibert rattachent √† l’√©tymon mahram les sens « travailler dur », comme √† Cahors morr√°no « ardent au travail », Saintonge maraner « travailler, peiner, frapper avec force; se fatiguer beaucoup »; marran « dur au travail » et marranar « travailler avec peine, avec vigueur ».¬† D’autre part dans l’article marra « houe de vigneron; sarcloir; grosse pioche » (FEW VI/1, 376b) je trouve mar√Ę « piocher, avec la marre, travailler p√©niblement » (Forez), et en occitan, du Dauphin√© jusque dans le Gers le m√™me verbe marra(r) « houer, piocher, accomplir un travail dur », et dans le Cahors moron√† avec le m√™me sens. Le substantif marreneur « ouvrier qui laboure avec la marre » para√ģt m√™me dans le dictionnaire de l’Acad√©mie de 1840. D’autres mots dans le DMF sous le lemme marreneur. Tous ces mots sont¬† √† classer sous marra « houe de vigneron ».
  • Le mot de l’Aveyron marr√°na « vache difficle √† traire » et d marran « se dit des b√™tes et de gens qui, malgr√© la bonne nourriture ne peuvent engraisser » (Vienne) dans l’article *mahram sont √† classer sous marr- « b√©lier », avec une douzaine de d√©riv√©s avec les sens : « ent√™t√©, born√©, pousser de grands cris; plainte; paillard, d√©bauch√©, etc », b√©arnais marran√®, -re adj. « qui a mauvais caract√®re, bourru, bougon, opiniatre », subst. « opiniatret√© ». ainsi que le verbe gascon marrun√° « grogner; au fig. ronchonner, r√©criminer » attest√© dans l’Atlas linguistique de la Gascogne.

Pour le moment il convient de classer marranos « maladie des ovins » et toutes les variantes s√©mantiques, dans les volumes des Mots d’Origine Inconnue. Il faudrait avoir plus de renseignements sur le sens exact de marranus. De quelle maladie s’agit-il et quels sont ses symptomes? S’il s’agit √† l’origine de la « maladie du charbon » (une maladie ovine tr√®s r√©pandue en Languedoc) on pourrait penser √† maurus « noir », puisque « L’infection cutan√©e [du charbon] est caract√©ris√©e par l’apparition de bosses prurigineuses semblables √† des morsures d’insecte, suivie d’une ulc√©ration et de la formation d’une escarre noire indolore. » (Source).

Une derni√®re √©tymologie, que je viens de trouver est le grec őľőĪŌĀőĪőĻőĹŌČ qui¬† pourrait convenir du point de vue phon√©tique et surtout s√©mantique:

 

Marron

Marron « ch√Ętaigne greff√©e ». L’√©tymologie reste obscure.Dans le domaine gallo-roman le mot marron est r√©cent et emprunt√© √† l’italien marrone ¬ę ch√Ętaigne gr√©ff√©e ¬Ľ, o√Ļ il est attest√© depuis le XIIe si√®cle principalement en Lombardie et dans la r√©gion de Venise.

Le mot marron (et tr√®s probablement cette vari√©t√© ) est entr√© en France par la r√©gion lyonnaise. Jusqu’au XVIIIe – XIXe si√®cle les grosses ch√Ętaignes comestibles √©taient appel√©es marrons de Lyon. Au XVIe si√®cle marron est pass√© en anglais maroon.
De l’Italie jusqu’au Portugal existent des mots avec une racine *marr- qui signifie ¬ęcaillou, roche ». Il s’agit d’une racine d’origine pr√©-romane que nous retrouvons sous diff√©rentes formes dans nos patois.¬† Par exemple¬† proven√ßal marro ¬ę tuf ¬Ľ et ¬ę auge dans laquelle tourne la meule d’un moulin √† huile ¬Ľ, et marrado ¬ę le contenu de cette auge ¬Ľ marroc « gros bloc de pierre ».

En fran√ßais du XVIIe si√®cle un mereau est ¬ę un petit caillou ¬Ľ .¬† Avant, au Moyen Age, il d√©signait d√©j√† un ¬ę jeton ¬Ľ, ensuite en moyen fran√ßais le ¬ę « jeu de la marelle » sens conserv√© en languedocien, entre autres √† Valleraugue mar√©l. Le f√©minin mar√®lo d√©signe ¬ę le jeu de la marelle ¬Ľ ou ¬ę le petit caillou ¬Ľ.

Quand on joue,¬† il y a toujours des tricheurs plus adroits que d’autres, ce qui donne en Languedoc mar√©lar ¬ę tromper au jeu ¬Ľ et mar√©laire ¬ę fripon, trompeur ¬Ľ.

Dans le jeu de marelles on fait des carreaux :

A partir de¬† mar√©lo « carreau » a √©t√© cr√©√©¬† au XVIIIe si√®cle √† Al√®s le verbe¬† mar√©lar ¬ę vitrer ¬Ľ. Dans la s√©riciculture¬† mar√©lar a¬† pris¬† un sens tr√®s sp√©cialis√© : « distribuer le brin de soie sur l’√©cheveau de la roue √† ce qu’il y fasse des losanges ».

Le d√©riv√© marron √©tant relativement r√©cent n’a pas √©t√© tr√®s productif en occitan. Pour distinguer le marron comestible du fruit du marronnier dit d’Inde √† saveur tr√®s am√®re , les Languedociens et plus sp√©cialement les Gardois ont cr√©√© le mot amarou et amarounier, compos√© de amaru (amer) + marron. quoique… il y a plusieurs noms de fruits que les languedociens font pr√©c√©der d’un a- cf. amarou.
La couleur marron est la base des noms d’animaux comme marel « boeuf de couleur sombre » (Toulouse,
Alibert) et mar√©la « truie » ( peut-√™tre avec influence de mauro)

Une √©volution s√©mantique de « caillou » vers « tas de cailloux » semble assez facile √† comprendre; ensuite « un tas de cailloux » devient « tas, amas », languedocien marelle « monceau; assemblage de choses » attest√©e en 1655, et amarr√° « r√Ęteler, amonceler, entasser » Cf. Alibert mar√®l, marra.

marsioure 'ellébore'

Marsioure, marsivol marsioul¬† « ell√©bore » vient d’un *marsńęlium « ell√©bore » attest√© seulement en latin m√©di√©val. Les formes cit√©es se rencontrent principalement en proven√ßal et est-languedocien1 Alibert propose la¬† graphie¬† bas√©e sur une fausse √©tymologie¬† marciure.

La forme marsioure¬† semble √™tre une combinaison de *marsńęlium¬† et de siterus¬†¬† qui signifie √©galement « ell√©bore ».

Les formes marsioul, marsivol   sont  peut-être influencées par un dérivé en -ble  que nous trouvons par exemple à Apt moursuble,

     

L’√©tymon¬†*marsilium fait partie d’une famille de noms de plantes qui ont l’√©l√©ment mar¬† en commun et qui semble √™tre tr√®s ancien. Voir aussi TLF marrube.

Une fois de plus nous constatons une tr√®s grande vari√©t√© phon√©tique dans le nom de cette plante. Toutes sortes d’associations l’ont influenc√©. Dans l’Ari√®ge l’ell√©bore et la ch√©lidoine s’appellent martiri association de martyr,¬† peut-√™tre parce que le suc de la plante coule comme du sang quand on la coupe.¬† Dans l’Ari√®ge la ch√©lidoine s’appelle aussi flou de sank (de krist ?).¬† Parce que la marsioure fleurit au printemps on a associ√© son nom au mois de¬† mars, etc.

Cette grande vari√©t√© de formes s’explique par le fait que ces plantes ont peu d’int√©r√™t intercommunautaire¬† et/ou commercial.

martiri (Ariège) chélidoine

 

Notes
  1. Données incomplètes dans le  Thesoc: ARDECHE, AUDE, AVEYRON,GARD, HERAULT, LOZERE.

Martola

Martola « belette » (d’apr√®s Thesoc dans les Alpes Maritiimes). Martola est un d√©riv√© de l’ancien bas- francique *martar, (allemand Marder ¬ęmartre¬Ľ. (CNRTL); n√©erlandais marter, anglais marten. Le mot n’est pas indig√®ne en occitan, mais un emprunt au fran√ßais, surtout avec le sens « fourrure de martre ». Voir l’article moustelo

Masada "fourmi"

Masada « fourmi » et le d√©riv√© masadier, masedera¬† « fourmili√®re » t√©moignent¬† d’apr√®s le FEW de la pr√©sence des Goths dans les d√©partements de la Hte Loire, le Puy de D√īme, la Creuze et le Cantal, qui ont fait partie du royaume Ouest-gothique.¬† L’√©tymon est d’apr√®s le FEW un gotique *af-maitj√ī « forumi »¬† qui fait partie de la m√™me famille que l’allemand Ameise « fourmi ». Cette √©tymologie est discut√©e. Voir ci-dessous.

masad carte tir√©e de¬† Lectures de l’Atlas linguistique de la France¬† de Gilli√©ron et Edmont.¬† (Voir s.v.¬† ALF), qui ne pr√©sente que les d√©riv√©s de maz-.

En ce qui concerne cette √©tymologie, il y a une nouvelle proposition par Gaston Tuaillon, qui pense plut√īt √† un substrat pr√©roman.¬†¬† A consulter dans une biblioth√®que universitaire: Tuaillon, Gaston,¬† Les d√©signation de la fourmi dans les parlers romans.¬† G√©olinguistique 1(1984) 7-29 , qui doit fournir une explication des formes¬† du domaine d’o√Įl comme mazel¬† (Allier) et franco-proven√ßales comme mozoy.

Le Thesoc fournit quatre types masada, madasa, masadis, masela,¬† mais elles reposent toutes sur la m√™me origine.¬† Les formes donn√©es¬† √† Edmont pour l’ALF varient fortement.¬† Nous avons d√©j√† remarque ce ph√©nom√®ne pour d’autres mots comme le nom du sureau.¬† De nombreuses attestations et formes dans¬† Albert Dauzat,¬† Essais de g√©ographie linguistique. 1921. pp85-86.

Mascarà

ShareMascara v.a. ¬ę¬†noircir, charbonner, barbouiller¬†¬Ľ. Ce matin, le 22.04.2011, une amie¬† m’annonce : Le ciel se mascare!¬†¬† Je lui ai dit que¬† cette fa√ßon de d√©crire le ciel √©tait tr√®s po√©tique.¬† Elle ne comprenait pas mon compliment. ¬† C’est l’abb√© de Sauvages qui m’explique que¬†¬† se mascarer¬† signifie tout simplement « se noircir » :

     

comme S√©guier1 qui donne m√™me la conjugaison: est tout mascara; s’est masacara; l’ant mascara; vous masquarevez).¬† Le verbe est courant en occitan et il est rest√© vivant en fran√ßais r√©gional. D’apr√®s Domergue dans les ar√®nes de la Camargue¬† quand les raseteurs sont mauvais et la course est d√©cevante¬† les spectateurs se font mascarer. En sortant ils disent : « Aujourd’hui on s’est bien fait mascarer » (noircir, machurer… avoir).

Un dicton donn√© par l’abb√©¬† a √©t√© not√© √† Pouzilhac (Gard) : lu pir√≥u k√© mascare la sartan¬† √† la fin du XIXe si√®cle. A Valleraugue (30570) Charles Atger a not√© une variante: Lo pod√©no qu√© bol moscora lou cremal = le po√™le qui veut noircir la cr√©maill√®re.

Mascara est un d√©riv√© de mask- ¬ę¬†noir¬†¬Ľ un mot qui est absent du latin et qui, pour des raisons phon√©tiques et/ou s√©mantiques ne peut √™tre ni celtique ni germanique ou arabe. Par cons√©quence on suppose une origine pre-indo-europ√©enne. La racine mask- est √† l’origine de trois groupes de mots avec les sens :

  • 1. sorci√®re, ¬† p.ex. √† Al√®s : masquo « femme vieille, laid et m√©chante; fille espi√®gle »; en Auvergne masque « prostitu√©e ». Marseille masco « papillon t√™te de mort, dont la venue est prise en mauvais augure ».
  • 2. noircir avec de la suie,¬† p.ex. anc. fran√ßais maschier « feindre; cacher »; occitan mascout√°  » cacher le d√©faut d’une marchandise »; Val d’Aran maskart (-arda) « nom d’une race bovine dont la t√™te est noire »; mascara « fard de cils » voir ci-dessous.
  • 3. masque,¬† p.ex. masque « fard »; masquer « cacher »; languedocien mascarado « troupe de gens d√©guis√©s et masqu√©s »

L’ancien occitan masco ¬ę¬†sorci√®re¬†¬Ľ est conserv√©e dans beaucoup de parlers proven√ßaux et languedociens p.ex. en Camargue¬† subst. m. et f. « jeteur de sorts, sorci√®re » et √† B√©ziers au fig.¬†¬ę¬†nuage qui annonce la pluie¬†¬Ľ). En fran√ßais r√©gional √™tre emmasqu√© veut dire « √™tre victime d’une sorci√®re » (Lhubac). Le masculin masc ¬ęsorcier ¬Ľ existe √©galement.

Dans un vieux texte de Narbonne (1233) nous trouvons¬† le d√©riv√©. mascotto ¬ę¬†entremetteus (¬†?), sortil√®ge, ensorcellement au jeu » qui a donn√© en¬† fran√ßais mascotte. Les d√©riv√©s avec le sens de ¬ę¬†sorcier, ensorceler¬†¬Ľ etc. sont innombrables, ainsi que les mots avec le sens ¬ę¬†noircir, barbouiller¬†¬Ľ, comme p.ex. mascara verbe n. et s., par-ci par-l√† machura, matchura.

Mascara s.m. « fard de cils ». Dans Wikipedia l’histoire du mascara est d√©crite comme suit :

Le mascara moderne a √©t√© invent√© en 1913 par un chimiste appel√© T. L. Williams pour sa sŇďur, Maybel. Ce premier mascara √©tait fait de poussi√®re de charbon m√©lang√©e √† de la vaseline. Williams vend son produit par correspondance et cr√©e une soci√©t√© qu’il appelle Maybelline, combinaison du nom de sa sŇďur Maybel et de vaseline. Maybelline est aujourd’hui une importante soci√©t√© de cosm√©tiques appartenant au groupe L’Or√©al. Le mascara n’√©tait disponible que sous forme de pain, et √©tait compos√© de colorants et de cire de carnauba. Les utilisatrices mouillaient une brosse, la frottaient sur le pain de mascara puis l’appliquaient sur les yeux. La version actuelle comprenant un tube et une brosse a √©t√© pr√©sent√©e en 1957 par Helena Rubinstein.

Williams a peut -√™tre pass√© des vacances en Allemagne, o√Ļ un certain¬†Eug√®ne Rimmel¬† a cr√©e en 1834¬†un produit cosm√©tique permettant de surligner les yeux en colorant les cils et leur donnant plus de longueur apparente. En allemand le mascara s’appelle Rimmel ¬ģ.

Le sens du¬† mot mascara ¬ę¬†fard de cils¬†¬Ľ a donc √©t√© cr√©e par T.L. Williams¬† et ce sens a √©t√© emprunt√© par le fran√ßais¬† √† l’anglais.¬† Ce qu’il faudrait savoir o√Ļ Williams l’a trouv√©. Les √©tymologistes anglais ainsi que le TLF lui donnent une origine espagnole o√Ļ m√†scara signifie « masque » et non pas « fard de cils ». Mme H.Walter lui attribue une origine italienne, sans dire pourquoi. Le dictionnaire espagnol de la Real academia espa√Īola (voir Lexilogos), lui attibue √©galement une origine italienne maschera qui l’aurait emprunt√© √† l’arabe mas¬∑arah « objet de ris√©e ».¬† Pour compl√©ter ces r√©sultats, je trouve¬† dans un dictionnaire italien¬† : » mascara sm. inv. [sec. XX; dall’inglese mascara, risalente allo sp. m√°scara, maschera]. Cosmetico per ciglia,…. » . Nous tournons en rond.

Williams a peut-√™tre aussi pass√© des vacances en pays d’Oc.¬† En le renseignat sur la m√©t√©o son h√īte¬† lui a dit « Le ciel se mascare! »¬† Vu sa forte pr√©sence dans tous les parlers d’oc je propose donc une origine occitane, o√Ļ mascara a exactement le sens qu’il faut « noircir »…? J’ai √©crit √† Maybelline NY qui a rachet√© l’entreprise de T.L.Williams., pour une confirmation.¬† J’ai attendu longtemps une r√©ponse, qui n’est jamais arriv√©e. La maison m’a envoy√© de la¬† publicit√©!!

Je crois avoir convaincu Douglas Harper qui suit cette proposition dans son site et cite le FEW von Wartburg! .s.v. mask. Pour ça, je suis content.

Dans l’argot des catcheurs/lutteurs mascara signifie « cagoulard (cf P.Perret « Le parler des m√©tiers« ) sens qui se rapproche de l’italien ou de l’espagnol.

Le sens ¬ę¬†masque¬†¬Ľ de masquo¬† (d√©j√† S)¬† est un emprunt √† l’italien maschero, du XVIe s. mais la forme masquo¬†existait depuis longtemps.¬† L e nom Mascator est attest√© √† Arles en 520, et vit toujours en Languedoc¬†: autrefois Mascaire ¬† et avec une graphie francis√©e Maquere. Si vous vous appelez ainsi, s.v.p. ecrivez-moi!.¬† Dans l’ Hommage du ch√Ęteau de Saint-Martial (Gard) √† l’√©v√™que de N√ģmes de mars 1179. est nomm√© un Petro Mascharono archidiacono..

mascaret

Mascaret « onde lourde qui devient lame de fond aux mar√©es d’√©quinoxe et qui remonte au plus profond¬† des terres les humeurs oc√©anes » D√©finition trouv√©e dans le Guide de l’abbaye de La Sauve-Majeure, lors d’une visite de ce site magnifique de l’Entre-deux-Mers.

√Čtymologie. Le FEW VI/1,430b rattache ce mot √† la racine pr√©-indo-europ√©enne mask- « noir » et plus pr√©cis√©ment au d√©riv√© diminutif mascaret, mascarete « petite bovine dont la face est tachet√©e de noir, de blanc, de gris »¬† dans la note 11, p.439b. C’est Lazare Sain√©an, dans Les sources indig√®nes de l’√©tymologie fran√ßaise volume1, p.261 qui propose ce rattachement. Il √©crit : « C’est au fond la m√™me image que la mer¬† moutonnante couverte de vagues blanchissantes pr√©cipit√©es par¬† le vent ».

Gr√Ęce √† YouTube nous pouvons voir des mascarets ! Ci-dessous une image tir√© d’une vid√©o dans YouTube Il faut avoir un peu de patience, la boue n’arrive qu’au bout d’une minute de film.

mascaret une onde lourde de boue s’√©tend sur le terrain.

Le mascaret ne me fait pas du tout penser à un troupeau de bovins noirs. Cela ressemble plus à un gros nuage: 

mascare le ciel se mascare

Je rattache donc le mascaret directement au sens le plus r√©pandu du verbe mascar « noircir, barbouiller ».¬† Regardez la vid√©o ! Impressionnant.

Un mascaret pour les surfeurs en Gironde.

Un mascaret chinois Le dragon d’argent.

 

 

 

Massacan

Massacan signifie aussi¬†  » grosse omelette avec de menus morceaux de viande » et une massacanayre devient une cuisini√®re sans finesse, gargoti√®re ».¬† D’apr√®s le FEW il s’agit d’un emploi au figur√© de massacan¬† « grand marteau, massue ». Voir l’article massacan. Mais l√† j’ai un petit doute.

Dans le TLF je trouve sous le mot masse : Du latin massa ¬ęp√Ęte; masse; tas¬Ľ, empr. au grec ‘madza’ ¬ęesp√®ce de grosse cr√™pe d’orge m√™l√©e d’huile et d’eau¬Ľ. Une grosse omelette ressemble beaucoup √† une grosse cr√™pe!

 

   

√† gauche « cr√™pe »¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† √† droite « omelette »

Massacan, mascagnar

Mascanhar « charcuter, manier malproprement » fait partie d’un groupe d’emprunts des parlers occitans aux voisins italiens, comme le pi√©montais mass√® « tuer », italien amazzare.
L’italien mazzacane,¬† litt√©ralement mazza + cane « tue + chien », est un mot des ma√ßons et d√©signe la « caillasse ». En ancien occitan est attest√© le¬† massacan  » pierre de blocage » (1427)¬† Dans la Vaucluse un massacan est « un caillou pour boucher les interstices des murs en pierre s√®che ».

,

Des massacan

En languedocien le verbe¬† mascanhar a pris le sens p√©joratif¬† « charcuter » , mais¬† dans le Quercy il signifie ,¬† « travailler p√©niblement, fatiguer » d’apr√®s Mistral. Une estrang√®re¬† install√©e¬† √† Montauban confirme cette signification. Dans son site¬† elle elle √©crit :

Mascagner. Depuis que j‚Äôhabite ici , je n‚Äôai pas encore pu r√©ussir √† traduire ce mot ¬†. Je ne peux que vous l‚Äôexpliquer … plut√īt tenter de vous l’expliquer . C‚Äôest √† la fois peiner beaucoup mais surtout dans de mauvaises conditions , de force, de temps, de lieu , bref ce serait quelque chose comme ‚Äús‚Äôemmerdouillaminer‚ÄĚ . Et encore sans la certitude de r√©ussir !! Bref , je viens de ‚Äúmascagner‚ÄĚ pour vous traduire ce mot.

Dans les Oeuvres complètes de Victor Gelu avec la traduction littérale en regard (1886),

Massacan. Au propre, pierre bonne pour assommer un chien. Caillou brut. Moellon √† b√Ętir. Au figur√©, lourdaud. Maladroit. Stupide. Le p√®re Faou n’avait jamais √©t√© un aigle : il ne se faisait aucun scrupule d’en convenir. Lorsqu’il se
pr√©senta pour √™tre ordonn√© pr√™tre, son √©v√™que, peu satisfait, sans doute, des r√©sultats de l’examen
qu’il lui avait fait subir, faisait beaucoup de difficult√©s pour lui conf√©rer la pr√™trise ; mais le jeune
diacre Faou dit au prélat : Mounsignour, sabi ben que sieou un massacan ; mai quant un maçoun
bastisse un bel oustaou, se li mette dé bèlei peiro dé tai, li fa tamben passa fouesso massacan. Vou
n’en foou d√© massacan√† l’√Čgliso : √© ben ! ieou n’en serai un . . . Et gr√Ęce √† la na√Įvet√© de sa remarque,
l’abb√© Faou fut ordonn√© pr√™tre, quoique massacan.

Gelu_massacan

Au figur√© massacan peut devenir  » grosse omelette avec de menus morceaux de viande » et une massacanayre devient une cuisini√®re sans finesse, gargoti√®re », d’apr√®s le FEW. Mais l√† j’ai un petit doute. Dans le TLF je trouve sous le mot masse : Du latin massa ¬ęp√Ęte; masse; tas¬Ľ, empr. au grec ‘madza’ ¬ęesp√®ce de grosse cr√™pe d’orge m√™l√©e d’huile et d’eau¬Ľ. Une grosse omelette ressemble beaucoup √† une grosse cr√™pe!

Ce groupe d’emprunts est d√©riv√© d’une forme *mattea « massue » qui n’est pas attest√©e en latin mais qui est √† la base de toutes les formes dans les langues romanes, comme par exemple ancien occitan massa « arme de choc form√©e d’un manche et d’une t√™te de m√©tal, souvent garnie de pointes ou √©vid√©e en ailettes » et fran√ßais masse « gros marteau », catalan massa, italien mazza, espagnol maza, anglais mace « sorte de mallet ou club de golfe », n√©erlandais matsen « frapper » (flamand; Maastricht matshamel « merlin »), d√©j√† chez Kiliaan : « mats-hamer fland. j. her-hamer. Cestra, malleus militaris ».¬†Giorgio (Facebook) m’a √©crit¬†: ¬ę¬†En pi√®montais, la « mass√Ļca » (le u se lit comme en fran√ßais) est encore la massue et nous disons « mass√Ļch » (le ch se lit c) √† une personne qui a la tete dure.¬†¬Ľ


Un d√©mon arm√© d’une massue enfourne les damn√©s dans la gueule du L√©viathan (Conques)

massa à ailettes et le massier

Une attestation de massacan¬† « massaquant » avec le sens de moellon qu’il ne veut pas utiliser pour son tombeau (on dirait aujourd’hui parpaing) se trouve dans un texte de V.Gelu.

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