cat-right

Garri, jarri "souris, rat"

Garri « souris »¬† est attest√© en proven√ßal depuis le XVe si√®cle. L’√©tymologie est un *garrium « souris », non attest√©. Dans l’article *garrium « souris » von Wartburg explique que la r√©partition g√©ographique, notamment le fait que le type *garrium « souris » est limit√© √† l’est de l’occitan et au pi√©montais, rend l’√©tymologie *garr-¬† « bigarr√© »¬† improbable. Je ne suis pas 100% convaincu.

Garri , prononc√©¬† jarri √† Die par exemple, ¬† avec les sens « souris, rat, loir, gros rat » est tr√®s vivant dans les parlers proven√ßaux. Voir le Thesoc¬† √† ce propos.

Voir les nombreux sens et composés dans le Trésor du Félibrige de Mistral. Voici un extrait :

garii chez Mistral

Un jeu presque oubli√©¬† est¬† faire kou garri-baboou « projeter sur quelqu’un avec un miroir les rayons de soleil ».

garri-babaou

Garriguette, la benjamine de la famille Garric

Garric « ch√™ne kerm√®s; ch√™ne blanc; ch√™ne nain; ch√™ne en g√©n√©ral » (Alibert). Garriga « garrigue, terre inculte o√Ļ poussent les garrics; ch√™naie rabougrie ». Garriguettes, gariguettes¬† « vari√©t√© de fraises cr√©√©e en 1978″.¬† L’√©tymologie est une base pr√©romane¬†*karr- ¬ę ch√™ne ¬Ľ ou¬† *karri- ¬ę pierre ¬Ľ sur laquelle les avis des √©tymologistes divergent.

Garric « ch√™ne kerm√®s » est attest√© en occitan depuis 1177¬† en Rouergue(TLF).¬† Son d√©riv√© garriga « (terrain avec) des taillis de ch√™ne »¬† se trouve¬† en latin m√©di√©val dans tout le domaine occitan. La premi√®re attestation vient d’un texte de 817¬† fait dans le¬† Couserans, une province gasconne dans l’Ari√®ge.

Extrait de Niermeyer, Jan Frederik, Mediae latinitatis lexicon minus;  2 vol. Leiden, 1976. Vous pouvez consulter des extraits, dont la suite de celui-ci,  avec Google Livres.

Une comparaison de la carte de l’Atlas Linguistique de la France (ALF)¬† avec l’article de Mme J. Ubaud¬† sur les noms des ch√™nes en occitan, montre clairement l’effet catastrophique de la normalisation voulue par les¬† « occitanistes ». Un exemple.¬† M√™me les rares¬† occitanophones dont l’occitan est la langue maternelle, doivent chercher dans un dictionnaire pour savoir comment appeler un « ch√™ne kerm√®s ». Mme Ubaud veut imposer¬† avaus, mot plut√īt rare.¬† Le mot garric¬† ne se trouve m√™me pas dans son article.¬† Pour conna√ģtre la r√©alit√©, mieux vaut de consulter le Thesoc s.v. ch√™ne.

Carte extraite des¬†¬† Lectures de l’ALF¬† de Gilli√©ron et Edmont. Du temps dans l’espace. par G. Brun-Trigaud, Y. Le Berre et Jean Le D√Ľ. Voir Sources, liens, s.v. ALF¬†

Ces donn√©es sont √† compl√©ter par celles, incompl√®tes h√©las, du Th√©soc, qui montre que la zone garric¬†¬† est ou √©tait plus √©tendue. Il y a¬† une attestation de garric¬† pour la Charente!¬† L’article *karra¬† du FEW a √©t√© publi√© en 1940 et beaucoup de donn√©es manquent bien s√Ľr.

Plus sur l’√©tymologie de garric et¬† garriga¬† dans le TLF s.v. garrigue.

La garriguette par contre n’a rien de pr√©roman. Sa naissance date de 1978. Son histoire romanc√©e :

Ou et quand est née la première gariguette?

- La premi√®re gariguette a vu le jour en 1978 dans les laboratoires de l’INRA √† Avignon apr√®s 16ans de mise au point.1

se trouve dans le blog « Les V√©g√©taliseurs ».¬† Cette histoire montre que la recherche peut cr√©er du travail et de¬† la richesse. Int√©ressant dans la situation √©conomique et politique actuelle.

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Notes
  1. Pour √©viter que la suite se perde, je l’ai copi√©e et vous pouvez la¬† lire ici gariguette tir√©e_de Les Vegetaliseurs.

Gasa, gasar, gasaire

Gasar « passer √† gu√©, agiter le linge dans l’eau, gu√©er, promener un cheval dans l’eau »; v.intr. « se baigner »; ga « gu√© »; gasaire « qui passe √† gu√© » (Alibert). Etymologie : germanique *wad¬† « un endroit peu profond ». FEW XVII,438a.

Le Midi Libre du 14 oct.2009 consacre un article √† la gasa √† Aigues Mortes. Dans le Thesoc gasier (Corr√®ze) et gassotier (Creuse) « flaque d’eau ».

Je pense qu’il faudra r√©-√©tudier l’histoire des mots gasar et gafar « gu√©er », parce que je ne peux pas croire qu’ils aient une origine diff√©rente.

Waddenzee, Pays Bas

Le¬† Waddenzee¬† est la mer entre les √ģles et le continent.¬† Une r√©serve naturelle importante pour les oiseaux.

 

Gasanhar "gagner"

Gasanhar, guasanhar « gagner ».¬† Article √©crit¬† en septembre¬† 2011 avant les √©lections pr√©sidentielles !

Bertrand Boysset, géomètre à Arles au XVe siècle,  demande conseil à Dieu, qui lui donne le conseil suivant :

A quascun son dreg donares
La destra non ulh(as rem)-embrar
Per la senestra guasanhar
1

Gasanhar   a été remplacé dans la majorité des parlers occitans par la forme française gagner, occitanisé en ganhar.

L’√©tymologie est d’ailleurs la m√™me : un ancien francique*waidanjan¬† « faire pa√ģtre le b√©tail » un d√©riv√© de waida « pr√© » qui existe toujours en allemand et en n√©erlandais weide « pr√© » et¬† comme le verbe weiden ‘faire pa√ģtre le b√©tail’.

gasanhar pour un berger

L’emprunt doit √™tre tr√®s ancien puisque le -d- intervocalique a suivi l’√©volution typique de l’occitan, le -d- intervocalique qui passe √† -s- , prononc√© -z-. Il est m√™me possible que le mot n’a pas √©t√© emprunt√© au fran√ßais mais directement aux gotique. Il a √©galement¬† √©t√© introduit en Italie par les Longobardes : guadagnare. Les formes catalan guanyar, espagnol ganar et portugais ganyar viennent peut-√™tre du fran√ßais, mais vu les tr√®s anciennes attestations, il est plus probable qu’elles viennent √©galement du gotique ou ont √©t√© emprunt√© m√™me avant les Grandes Invasions¬† (400 – 600 apr√®s J.-C).

L’√©volution s√©mantique est int√©ressante. Comment arriver au sens « gagner » √† partir du sens « faire pa√ģtre le b√©tail »? C’est Charlemagne, qui ne s’est pas uniquement occup√© de l’√©cole, qui a jou√© un r√īle important.¬† A l’√©poque de l’introduction de la charrue,¬† au d√©but du IXe si√®cle, il a donn√© ordre d’appliquer l’assolement triennal ( Wikipedia) sur les terres imp√©riales.¬† Apr√®s une ann√©e de repos, la terre devait √™tre utilis√©e comme pr√© et l’ann√©e suivante elle √©tait labour√©e. Cette troisi√®me ann√©e waidanjan prenait le sens « cultiver la terre, labourer »‘ ensuite « semer ».¬† Ces sens sont¬† conserv√©s en ancien occitan et jusqu’√† nos jours en franco-proven√ßal. En ancien fran√ßais gagnable signifiait « cultivable, labourable ». Michel Chauvet, ethnobotaniste, me rappelle que le sens originel subsiste dans le mot regain, qui en agriculture d√©signe la repousse de l’herbe en √©t√© dans un pr√© apr√®s une premi√®re fauche au printemps.

gasanhar pour un fermier

Quand plus tard ce sont pas des paysans mais des soldats qui vont gagner il y a un changement radical de sens qui devient : « faire du butin, piller » attest√© depuis 1140. Pour d’autres m√©tiers plus pacifiques gagner, occitan gazanhar prend √† partir du XIIIe s. le sens « acqu√©rir de l’argent ou une r√©compense par son travail, par son initiative » et √† la m√™me √©poque « l’emporter au jeu ».


gasanhar pour un soldat .

                                          

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Notes
  1. A chacun tu rendras son droit. Tu ne l√©seras pas la droite, Pour faire gagner la gauche… Arles XVe s. voir le po√®me s.v. destre

Gaubi

Gaubi s.m. « adresse, aptitude, savoir faire » (Tri√®ves), « esprit, adresse, bonne gr√Ęce, savoir-faire » (Die). Mistral donne une colonne de mots qui appartiennent √† la m√™me famille.¬† Les sens sont assez abstraits et difficiles √† classer.

D’apr√®s le FEW l’√©tymon est le verbe gotique *garwon « arranger, pr√©parer, d√©corer ».

La grande majorit√© des attestations vient du proven√ßal et du languedocien, mais on le conna√ģt aussi en b√©arnais gaubi « aisance naturelle, maintien ». D.Martin, Dictionnaire du patois de Lall√©. Gap,1907-1909, donne plusieurs compos√©s: gaoubi ¬† « biais, l’habilet√© des mains ». – deigououbiar  » se d√©gourdir, se d√©brouiller » .- deigououbia , deigoubiaire, deigoubieira » . J’ai cherch√© l’attestation dans le texte, parce que le sens « biais » m’intriguait. L’abb√© de Sauvages (S2) me fournit l’explication en¬† donnant¬† trois mots diff√©rents :

  1. g√Ęoubi « adresse, etc. »
  2. g√Ęoubi ou galb√© « maintien »
  3. et le dernier qui correspond √†¬† « biais » :¬† g√Ęoubi¬† « tortu [sic!], de travers, d√©j√©t√© » et g√Ęoubi√†¬† « se dit du bois qui se tourmente pour avoir √©t√© mis en oeuvre avant d’√™tre bien sec ». Il rattache ce troisi√®me sens √† l’italien gobbo « bossu ».

Le mot biais a √©galement un tr√®s riche d√©veloppement en occitan. Dans quelques significations¬† il est pass√© au fran√ßais, mais il est difficile de saisir l’√©l√©ment s√©mantique¬† central¬† comme pour le mot gaoubi .¬† L’article est √† approfondir.

Pour le Panoccitan on a invent√© le mot gaubissen « soutien-gorge ». Encore un effort et plus personne ne comprend l’occitan.

J’ai quelques probl√®mes √† admettre les √©volutions s√©mantiques et par cons√©quence les √©tymologies donn√©es pour ces mots.

Gavach, gavatch, gavot

Gavot « paysan haut c√©venol ou loz√©rien » , gavatch, gavach d√©signe toujours des habitants des montagnes1 . L’√©tymon est une racine *gaba« gorge, jabot, goitre » qui vit en Italie et dans les parlers galloromans. (FEW IV, p.4)¬† Dans le TLF gavache¬† est d√©fini comme « vieux » ou « r√©gional ». Dans le DMF est signal√© un sens sp√©cifique pour la Provence : « celui qui fqit le m√©tier de portefaix ».

Pour l’abb√© de Sauvages un gavo est un « montagnard du G√©vaudan » et il dit que les

Espagnols appliquent le mot gavacho aux montagnards du Gévaudan qui vont faire leur moisson et à tous les François.

Un visiteur me signale: « En Roussillon un gavatch est un habitant de l’Aude. Il semble donc qu’un Gavatch vienne toujours du nord et pas n√©cessairement de la montagne. » Je pense que c’est la nuance p√©jorative qui a pris le dessus. C. Achard donne une dizaine de sobriquets provenant de plusieurs d√©partements dont gaba est la base .

Nous retrouvons gaba dans les parlers du nord de la France p.ex. en picard gave « jabot de volaille ». En ancien proven√ßal existe le d√©riv√© gavaych « goitre » qui existe toujours dans les parlers modernes, p.ex.¬† √† Aix gavagi « gosier » et languedocien s’engavach√† « s’obstruer en parlant de la gorge » (S), √†¬† Manduel c’est « avaler de travers » (ALLOr 1181).

Le d√©riv√© gavaych orthographi√© gavach en occitan et fran√ßais r√©gional est tr√®s vivant, nomm√© par ex. dans¬† le¬† ML 8-2004 comme son cousin gavot, mais le sens a bien chang√©! Au XVe si√®cle il y a des attestations de l’occitan gavag ou gavach « ouvrier √©tranger ». Le mot est m√™me pass√© dans les dictionnaires fran√ßais gavache « injure que les Espagnols adressent aux Fran√ßais des Pyr√©n√©es et du G√©vaudan, qui vont exercer en Espagne les emplois les plus vils ». Nous voyons que les temps changent!

Je ne peux m’emp√™cher d’√©num√©rer les autres d√©finitions donn√©es, parce que cela vaudrait une √©tude sociologique approfondie! A Lasalle (Gard) gavache « montagnard, homme grossier », √† Puissergier « montagnard de la Loz√®re, du Tarn, de l’Aveyron »; dans l’Aveyron « un habitant du G√©vaudan », et dans le Gers « une personne √©trang√®re au pays ». Dans les vall√©es de la Seudre et de la Seugne dans le d√©p. de la Charente on appelle gavache « l’idiome saintongeais des environs de Blaye » qui est peut-√™tre Occitan ???. A La R√©ole gavache est¬† « la population de langue d’o√Įl install√©e dans le pays du bas Dropt , la Gavacherie ».

Le d√©riv√© gavot d√©signe depuis les premi√®res attestations en proven√ßal du XIVe si√®cle « un habitant de la partie montagneuse de la Provence » et en languedocien « un montagnard » avec une nuance p√©jorative de « homme grossier, individu gauche » etc.

M√©nard traduit gavotus par « montagnard » dans son Histoire civile, eccl√©siastique¬† et litt√©raires de la ville de Nismes, vol.IV, p.332

Un texte du XVe siècle, dit simplement que M. Claude Lantelme  est un gavot:

La¬† relation s√©mantique entre la racine¬† *gaba « gorge, go√ģtre » et gavot, gavache « montagnard »¬† est la maladie du goitre.¬† Le go√ģtre √©tant plus fr√©quent en montagne que dans la plaine: « On parle d‚Äôend√©mie go√ģtreuse lorsque 10 % au moins de la population est go√ģtreuse; Certaines aires g√©ographiques sont √©lectivement repr√©sent√©es notamment mais non exclusivement les zones de montagne). Les facteurs √©tiologiques sont multiples et peuvent √™tre associ√©s : – carence iod√©e surtout ( mais non constante) avec iodurie inf√©rieure √† 50¬Ķg/jour ». Les exemples donn√©s¬† par le TLF comme illustration du mot goitre¬† montrent que le¬† goitre end√©mique est souvent associ√© au cr√©tinisme.

Un gavot ou gavach est donc litt√©ralement « un goitreux » et ensuite un « cr√©tin ».

S’egargavatŇ°ar,¬†s’engavach√† « Avaler de travers ». Dans les villages autour de Montpellier les t√©moins pour l‘ALLor ont traduit « avaler de travers  » par¬† s’egargavatŇ°ar, s’engargalhar etc. probablement par confusion avec le type garg-; dans le Gard c’est le type s’engavach√† qui domine presque partout.

Dans un site en espagnol, il y a un r√©sum√© d’autres explications : http://www.1de3.com/2004/12/29/Gabacho/

Un visiteur, bon connaisseur de l’espagnol, a suivi le lien et m’√©crit: Sur le site espagnol que vous donnez en lien, je d√©couvre la locution « hablar en gavacho« . Il me semble que les Fran√ßais ont rendu aux Espagnols la monnaie de leur pi√®ce ! L’√©tymologie de « parler [fran√ßais] comme une vache espagnole«  est donn√©e comme une corruption de « parler comme un basque espagnol » ; mais il me semble qu’il est plus convainquant de dire que c’est une adaptation de l’espagnol « hablar en gavacho » ! Une explication plus convaincante que celle qui propose le confusion de basque et vache.

Les derni√®res compl√©ments d’informations viennent du Chili! gabacho

A mon avis il n’y a pas de contradiction entre le toponyme Gave, anciennement Gaba « rivi√®re » en B√©arn, et le sens « goitre ». (Voirgaba) Surtout en montagne, les rivi√®res passent souvent par des gorges. Cf. Wikipedia¬† Gave¬† .¬† Mais d’apr√®s le TLF des recherches r√©centes montrent qu’il s’agit plut√īt d’un mot pr√©roman gabatro* :

D’apr. leur forme et celle de leurs d√©r. Gabarret, Gabarrot (v. Raymond, op. cit.), ces mots semblent reposer sur une base pr√©romane *gabaru, *gabarru (Rohlfs Gasc.3, ¬ß 69, 479; cf. fin viiie-d√©but ixes. lat. m√©di√©v. gabarus Th√©odulfe d’apr. Dauzat Topon. √©d. 1971, p. 138); v. aussi J. Hubschmid, Pyrena√ęnw√∂rter vorrom. Ursprungs, ¬ß 42 qui rapproche les termes pyr√©n√©ens de l’a. prov. gaudre ¬ę ravin, ruisseau ¬Ľ reposant sur une base pr√©romane *gabatro √† laquelle il rattache le lat. imp. gabata, gavata ¬ę jatte, √©cuelle ¬Ľ [v. jatte] – et Id., Sardische Studien, ¬ß 23. Une base pr√©romane *gava ¬ę cours d’eau ¬Ľ (FEW t. 4, p. 83a) para√ģt moins satisfaisante. Bbg. P√©gorier (A.). √Ä travers le Lavedan. Vie Lang. 1962, p. 468.

 

Notes
  1. D’apr√®s Ren√© Domergue, les Gardois disent gavot. Du c√īt√© de l‚ÄôH√©rault le mot gavach ou gabach est pr√©f√©r√©. (article √† para√ģtre

Gavèla, gabel

Gav√®la « fagot de sarments » dans les d√©p. de la Charente et de la Dordogne (Thesoc). « javelle, poign√©e de bl√©, gerbe » (Alibert), a la m√™me √©tymologie que fran√ßais javelle (TLF). Suivant les r√©gions et l’agriculture locale, *gav√®la¬† signifie « javelle de bl√© » ou « botte de sarments » et peut prendre enfin un sens tr√®s g√©n√©ral « monceau », qui √† son tour se sp√©cifie dans « tas de sel retir√© du marais salant (Larousse depuis 1877).

Gav√®la appartient √† une famille de mots d’origine gauloise *gabella « javelle » reconstruit √† partir de la racine irlandaise gabal « saisir », et gabalus « javelot ». Les repr√©sentants de *gabella se retrouvent dans le Nord de l’Italie, en catalan gavella, espagnol gavilla « gerbe »,¬† portugais gavela « gerbe » et a √©t√© emprunt√© par le basque gabila « fagot ».

(et anglais gavel « ce qu’on coupe en une fois avec la faux » d’apr√®s le FEW, mais je n’ai retrouv√© ce sens dans aucun dictionnaire anglais: un gavel est un « petit marteau d’un pr√©sident d’une r√©union »).

Gazeta, gaseta, gazette

Gazeta s.f. « journal ». Il y a deux propositions concernant l’√©tymologie du mot gazetta.¬†¬† Mais¬† voyons d’abord l’histoire de la premi√®re Gazetta « journal ».

Au milieu du XVIe si√®cle, avant 1580 en tout cas (TLF), les gouvernants de Venise d√©cidaient d’√©diter une fois par semaine un petit journal avec des informations sur les voyages des bateaux qui se trouvaient en haute mer un peu partout dans le monde. Le port de Venise √©tait √† l’√©poque un des ports les plus importants du monde occidental.¬† Ci-dessous¬† une image d’un chantier naval¬† √† Venise qui date du XVIe si√®cle.

               

Un chantier naval à Venise au XVIe s.                                                                                 Andrea Gritti, doge de Venise

Dans ce journal √©taient¬† publi√©es aussi¬† les nouvelles r√©glementations et les d√©cisions prises par le doge et ses conseillers . Le titre de cette « feuille volante d’information » √©tait la Gazeta de le novite (TLF).1.

On suppose que le nom Gazeta a √©t√© choisi parce qu’elle √©tait vendue une¬† gazeta ou gazzeta qui valait deux soldi (sous), frapp√©e depuis 1538 par le doge Andrea Gritti .¬† J’ai trouv√© une description de cette pi√®ce de monnaie : C√īt√© face il y a la repr√©sentation d’un lion ail√©¬† et c√īt√© pile celle de la Justice assise sur deux autres lions, avec la devise Justitiam diligite. ¬† Le titre de la pi√®ce √©tait de 452 carats par marc2.¬† (Source)¬† Sur le c√īt√© pile est √©crit SANCTVS MARCVS VENETVS. Elle √©tait en argent.

gazeta de Venise

Gazeta en argent, frappée de1559-1567

Voici des extraits de deux dictionnaires du vénitien du XIXe siècle:

gazeta    Gaza

(Source de 1821; c’est la 3e √©d.)¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† (Source de 1829)

Ensuite le nom¬† gazetta, gazette¬†¬† a eu beaucoup de succ√®s depuis¬† le XVIIe si√®cle en fran√ßais, anglais, allemand etc. et a √©t√© adopt√© par beaucoup d’√©diteurs.

Voil√† pour l’histoire de l’objet.

L’√©tymologie du mot gazette¬† la plus r√©pandue3 ¬† est gazeta¬† « petite pie », un d√©riv√© du v√©nitien gaza « pie ».¬†¬†¬† Le lien s√©mantique entre¬† gaza¬† « pie » et gazeta « pi√®ce de monnaie »¬† serait la repr√©sentation d’une pie sur la gazeta « monnaie ».¬† La linguiste Henriette Walter √©crit ¬† « du v√©nitien gazeta,¬† pi√©cette sur laquelle se trouvait¬† repr√©sent√©e une petite pie » (p.170) . D’autres ont √©crit qu’il y avait l’image d’une pie sur l’ent√™te du journal, mais¬† dans les plus anciens num√©ros conserv√©s¬† √† Florence il n’y en a pas. (Harper)

Pourtant une¬† gazeta¬† n’est pas une pi√©cette et il n’y pas de repr√©sentation d’une petite pie dessus.¬† De plus, la renomm√©e de la pie est qu’elle est tr√®s bruyante et qu’elle jacasse et bavarde.¬† Il est inimaginable que les doges de Venise aient approuv√© comme¬† titre de leur bulletin un nom qui signifie quelque chose comme La Bavarde. Ce n’est que plus tard que le mot gazette est devenu p√©jorative. Selon le Dictionnaire universel de Antoine Fureti√®re (1688-1689),

« Gazette est un mot qui d√©signe ¬ęun petit imprim√© qu’on d√©bite toutes les semaines, qui contient des nouvelles de toutes sortes de pays. On appelle figur√©ment Gazette, une femme qui scait toutes les nouvelles de son quartier & qui les va publier en tous lieux de sa connoissance. En ce sens, il ne se prend qu’en mauvaise part. Ce mot vient de gazetta, qui signifie une esp√®ce de monnaie de Venise, qui estoit le prix ordinaire du cahier des nouvelles courantes, Ce nom a √©t√© depuis transport√© au cahier m√™me. »

L’√©volution du contenu des Gazettes,¬† de « bulletin d’information » vers « un petit imprim√© qu’on d√©bite toutes les semaines, qui contient des nouvelles de toutes sortes de pays » a entrain√© un jeu de mots avec gaza¬† « pie », un oiseau qui jacasse.¬† Ensuite¬† la comparaison a √©t√© compl√©t√©e par la¬† transformation¬† fantaisiste du¬† leone alato (le lion ail√©) de la gazeta v√©nitienne¬† en pie.¬† Les √©tymologistes avant internet n’avaient pas la possibilit√© de v√©rifier l’image frapp√©e sur la gazeta v√©nitienne. Cette √©tymologie est donc fausse.

La deuxi√®me √©tymologie propos√©e par Devoto et reprise par le TLF¬† est le latin classique gaza « tr√©sor, richesse » emprunt√© au grec ő≥ őĪ ŐĀ ő∂ őĪ (gadza ) « tr√©sor du roi de Perse ».¬† Le nom gazetta¬† « petit tr√©sor » aurait plu¬† √† Andrea Gritti.¬† Quand ses successeurs ont d√©cid√© d’√©diter un bulletin d’information, ils ont choisi le nom Gazetta¬† et fix√© le prix de ce petit tr√©sor d’information¬† pour les V√©nitiens qui √©taient rest√©s sur le quai √†¬† 1 gazeta.


leone alata        gaza in bagno

 

Notes
  1. Je n’ai pas encore r√©ussi √† trouver un exemplaire num√©ris√©, mais je pense que la Gazeta √©tait r√©dig√©e en v√©nitien, puisque destin√©e aux Venitiens.
  2. Aveva impresso un leone alato¬† in piedi e la immagine della Giustizia seduta sopra altri due leoni col motto Justitiam diligite Il suo titolo a peggio era di carati 452 per marca  »
  3. Le FEW l’a class√© dans l’article gajus « geai ».

Geek

Geek « fou d’informatique » n’est pas encore¬† occitan mais international. Les puristes trouveront certainement un autre¬† mot comme alfi que personne n’utilisera.

Geek¬† est un emprunt √†¬† l’anglais geek qui l’a emprunt√© au bas allemand, peut-√™tre le n√©erlandais. En n√©erlandais le mot gek, √©coutez la prononciation ici¬†, est tr√®s courant comme substantif¬† « fou » mais surtout comme adjectif ou il a pris le sens de « fou de quelque chose; curieux, √©trange », par exemple « il est fou de chocolat »¬† hij is gek op chocola.

Dans le nouveau dictionnaire √©tymologique du n√©erlandais (EWN), je trouve dans l’article gek¬† « fou » qu’il y a peut-√™tre un lien avec le substantif gek « extracteur de fum√©e sur une chemin√©e » qui tourne au gr√© du vent1


¬†et il¬† relie le norv√©gien gek au verbe geiga¬† « chanceler, tituber » et l’allemand geigen « vaciller, flageoler » de l’ancien allemand giga « instrument de musique √† trois cordes ». En bas-allemand le gek √©tait le « fou du roi ».

Bien s√Ľr, il y a d’autres explications, mais celle-ci est assez s√©duisante. Elle nous raconte que des musiciens ambulants allemands, √† une √©poque ancienne, probablement pendant les Carolingiens (750-1002), venaient jouer de la giga, Geige en allemand moderne, dans les cours en France. A partir du substantif gigue a √©t√© form√© en moyen fran√ßais le verbe giguer « gambader, folatrer » ou dans la r√©gion de Verdun et Ch√Ęlons-sur-Saone « sauter, remuer les jambes; s’amuser bruyamment ».

La suite de cette histoire dans l’article giga 1 et 2.

Dave Wilton, dans le site Wordsorigin.org d√©crit l’√©volution du mot en anglais et en am√©ricain.

Notes
  1. Pour les chercheurs germanophones il y a pas mal d’attestations¬† dans¬† K√∂bler, Gerhard, Mittelniederdeutsches W√∂rterbuch, 3. A. 2014¬† :

    gek (1), geck, jeck, mnd., M.: nhd. ‚ÄěGeck‚Äú, drehbarer Deckel eines Gef√§√ües, Narr, Tor (M.), Wahnsinniger; Vw.: s. erse-; Hw.: vgl. mhd. gec; E.: s. mhd. gec, st. M., Geck, alberner Mensch, Narr; wohl lautmalerisch; s. Kluge s. v. Geck; R.: de gek plńĀget ńďne: nhd. ‚Äěder Geck plagt ihn‚Äú, er ist verr√ľckt, er ist toll; L.: MndHwb 1/2, 46 (gek), L√ľ 111b (geck)

    gek (2), geck, jek, mnd., Adj.: nhd. verdreht, t√∂richt, n√§rrisch, toll, wahnsinnig, wild; Hw.: s. geklńęk; E.: s. gek (1); L.: MndHwb 1/2, 46 (gek), L√ľ 111b (gek)

gerbo baude ‘f√™te’

Gerbo baude . Etymologie germanique bald « hardi ».

A La Rochette

La Gerbaude à  La Rochette

Un visiteur m’√©crit:

BAUDE – : de l’ancien fran√ßais « baud » = joyeux ‚Äď ardent, (a rapprocher aussi de Ebaudir).
Origine probable de la mythologie Balte.
Du dieu LAUKOSARGAS, gardien des champs et protecteur du blé, auquel il convenait d\'offrir la dernière gerbe fauchée.

Normalement la « Gerbe baude » est le nom de la f√™te qui termine les moissons.
Les gros travaux des champs √©taient faits en commun avec l’aide de tous les habitants du village. A la fin des moissons, si tout s’√©tait bien pass√©, on hissait la derni√®re gerbe du dernier gerbier au sommet de celui-ci. C’√©tait l’offrande au ciel, de la gerbe la plus belle et la plus grosse en guise de remerciement pour sa protection.
Il est probable que dans les temps anciens, la gerbe derni√®re √©tait br√Ľl√©e sur un autel et devenait ainsi cette gerbe ardente, √† la fois gerbe d’or et gerbe joyeuse qui assurait la bienveillance des dieux.
C√©r√©monie pa√Įenne √† l’origine, la tradition s’est maintenue au fil du temps et s’est transform√©e en f√™te religieuse avec la b√©n√©diction des bl√©s puis en f√™te populaire pour marquer la fin des moissons.
Avec la m√©canisation et dans certaines r√©gions o√Ļ le bl√© ne repr√©sente qu’une culture minoritaire, la f√™te de la gerbe « baude » s’est d√©plac√©e vers d\’autres saisons et d’autres gros travaux. Dans les pays de vignes, par exemple, la gerbe baude (dite aussi gerbaude) sanctionne la fin des vendanges. C’est l’occasion de r√©unir tous les participants autour d’une table bien remplie avant la dispersion des ouvriers saisonniers.

Dans l’article *bald- « hardi » du FEW XV/1,30 je trouve le paragraphe suivant:

Gerbo_baudeFEW

Le message de mon visiteur m’a sugg√©r√© de chercher aussi la combinaison de deux mots gerbaude dans le FEW et en effet dans le volume XVI,p.14 je vois que l’extension g√©ographique est bien plus importante, elle va de Nantes jusqu’√† Villefranche-de-Rouergue:

FEW XVI,14 garba

FEW XVI,14 garba

Le mot gerbe est aussi d’origine germanique.
L’√©tymologie de ce baude est la m√™me que celle de baudo « grosse pierre », mais les deux significations sont tellement √©loign√©es l’une de l’autre que la gerbe baude m√©rite cet article √† part.¬† Les noms de rue¬† de la Baude, que j’ai trouv√©s¬† √† Saint-Andr√©-d‚ÄôApchon (42370), √† Rochefort sur mer (17300), √† Sainte Colombe (77650) et √† Albi doivent √™tre √©tudi√©s de plus pr√®s. Il me semble m√™me probable qu’il faudra les rattacher √† ce sens de « f√™te de moisson » et non pas √† baudo « grosse pierre ». ¬† A Manduel dans le Gard par contre il n’y a pas de culture de bl√©, c’est un village vinicole et la Baude y est un pont ou une rivi√®re ou autre chose.
Aujourd’hui je re√ßois un message de M.Honor√© de Saint Amans de Pellagal dans le Quercy qui m’√©crit :
Dans mon village, Saint Amans de Pellagal, se trouvent quatre lieux-dits comportant le mot Baoudo qui a √©t√© traduit par Baude, dont Tuquo de Baoudo, lieu d’une ancienne motte castrale. Mes recherches vont dans le m√™me sens que les v√ītres et m’am√®nent √† cette conclusion : La jierbo baoudo ou garbo baoudo¬† (la gerbe joyeuse) est la traditionnelle f√™te et le r√©gal (repas) offert √† la fin de la moisson. La francisation donne baude qui a donn√© s’esbaudir « rire, s’amuser ». Mais pourquoi appeler ainsi cette « colline de la joie »? Peut-√™tre parce que c’est sur cette √©minence que se d√©roulait la f√™te pa√Įenne o√Ļ il √©tait d’usage dans certaines r√©gions de br√Ľler la derni√®re gerbe r√©colt√©e sur un autel.
J’en suis arriv√© √† cette conclusion en consultant une ancienne chronique locale du d√©but du XVII√®me si√®cle, parlant d’anciennes traditions, traduite par un habitant.
Je vous remercie infiniment de partager vos connaissances dans votre page.
Cela fait énormément plaisir, une réaction comme celle-ci.

Voir aussi l’article Baude nom d’une rue √† Manduel