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Escambarlat

Escambarlat « qui a un pied dans chaque camp ». est un mot utilis√© par Ren√© Merle dans sa conf√©rence donn√©e √† la Soci√©t√© d’histoire moderne et contemporaine de N√ģmes et du Gard, le 19 octobre 1991, intitul√©e Nimes et la langue d’Oc. Voil√† un mot qui serait bien utile dans les discussions politiques, mais qui n’existe pas en fran√ßais. En France il faut choisir, (jambe) gauche ou droite. Le sens figur√© que lui donne Ren√© Merle est d√©j√† attest√© en b√©arnais au XVIe si√®cle : escarlambat « celui qui, pendant les guerres de religion, marchait avec les deux parties ».

Escambarlat est d√©riv√© du latin camba, gamba « articulation entre le sabot et la jambe du cheval » qui a remplac√© le latin classique crus dans presque toutes les langues romanes, √† l’exclusion des langues ib√©ro-romanes et une partie du gascon qui l’ont remplac√© par le type perna « cuisse des animaux, jambon », espagnol pierna ‘jambe’. Camba a √©t√© emprunt√© au grec kamp√® ‘articulation’ d’abord par les v√©t√©rinaires. Ce mot montre clairement que le latin que nous parlons est une langue populaire.

    
Une analogie ?

Escambarla « enjamber » s’escambarla « se mettre √† califourchon, √©carter les jambes », est limit√© √† l’occitan et au franco-proven√ßal; il est peut-√™tre compos√© avec ou influenc√© par cabal ‘cheval’. L’abb√© de Sauvagesajoute qu’il est « ind√©cent d’√©carquiller les jambes en compagnie » et il ajoute l’adjectif escambarla ‘libertin, celui qui est libre dans ses propos’.

Tir√© du livre de Andr√© BERNARDY ¬ęLes sobriquets collectifs (Gard et pays de langue d‚ÄôOc)¬Ľ – AHP – Uz√®s. Et Jean-Marie Chauvet – Historique de la commune de Rodilhan.Lenga de Pelha.

« A Bouillargues, les gens avaient tendance √† marcher les jambes √©cart√©es. Est-ce la pratique du cheval qui avait provoqu√© cette d√©formation g√©n√©rale, propre aux cavaliers, et cela parce qu‚Äôils utilisaient leurs chevaux de labour pour aller √† la rencontre des taureaux lors des ¬ęabrivados¬Ľ ? Ou bien, au temps des guerres de religion, jouaient-ils le double-jeu et avaient-ils un pied dans chaque camp ? Ou bien leur d√©formation √©tait-elle cong√©nitale ? Ou bien encore √©tait-elle sortie de l‚Äôimagination de leurs voisins ? Qu‚Äôimporte, ils furent bel et bien ¬ęlis escambarla¬Ľ ou jambes arqu√©es. »¬† Voir le site g√©n√©alogique de Rodilhan.

    
deux escambarlats

Escampar "jeter"

Escampar « r√©pandre, faire couler (du vin), distribuer », intransitif « jaillir »; escampa d’aigo « pisser ».

Ce verbe compos√© de ex + campus + are est attest√© en occitan et en franco-proven√ßal depuis le moyen √Ęge.¬† En ancien occitan un escapaire est un « dissipateur ». Quand on r√©pand des solides dans des champs, on le jette en g√©n√©ral,¬† de l√† escampar « jeter, lancer » et s’escampar « s’√©lancer » verbe fr√©quemment utilis√© dans la course camarguaise.¬†

En fran√ßais r√©gional escamper « jeter √† la poubelle » vient de l’occitan et non pas de l’italien. (Lhubac)

A ne pas confondre avec l’italien scampare « √©chapper » proven√ßal escampo « pr√©texte, √©chappatoire » d’un *excappare « √©chapper », influenc√© par notre escampar. Sur le web en occitan on trouve les deux significations pour s’escampar. Il s’agit d’homonymie.


D’apr√®s le TLF le verbe¬† escamper « s’esquiver » vient du proven√ßal et¬†¬† escamper¬† « jeter, faire disparaitre » de l’italien « scampare », mais le verbe italien n’a pas cette signification.

Escanar

Escanar  » √©trangler, √©touffer ; resserrer, √©gorger ; crier √† tue-t√™te  » n’a rien √† voir avec le scanner, un mot anglais emprunt√© au latin scandere « monter, grimper » et qui au 16e si√®cle a √©t√© utilis√© pour  » scander des vers « . A l’√©poque, les √©l√®ves frappaient de leurs mains ou de leurs pieds √† chaque syllabe accentu√©e pour en marquer le rythme montant ou descendant des vers. » Le sens « regarder attentivement » date de 1540 et son contraire dans scan a page « jeter un coup d’oeil sur une page » en 1926. Je ne sais si mon scanner est suppos√© de regarder attentivment ou superficiellement.

Notre escanar est d√©riv√© du substantif canna  » roseau, tuyau  » que les Romains ont emprunt√© aux Grecs. A partir du sens « tuyau » beaucoup d’autres se sont d√©velopp√©s : cheneau « robinet, bobine » ; cannelle ; occitan cano¬† « mesure de longueur : 1.98 m (voir cet article); b√Ęton et de l√† jambes en argot ; cruche, cannette ».

Celui qui nous concerne est : « trach√©e-art√®re » dans l’expression canne du poumon.¬† Ex + canna + are prend alors le sens de « achever de tuer, un porc par exemple ; √©gorger « . Le mot est bien occitan, attest√© avec le sens « √©gorger » de la Val Soana jusqu’en b√©arnais. Dans le Midi on aime les expressions fortes. A Al√®s par exemple s’escan√† veut dire « travailler dur, s’√©reinter ».

                          canna canne du poumon

escanada

Deux problèmes :

Mathon donne dans son site : escana « chapard√© « , escana « chaparder » et escana√Įre « chapardeur » . (N√ģmes) Ce sens est confirm√© par mon copain de Manduel. Escana « d√©rober » est attest√© comme mot marseillais et dans des dictionnaires d’argot depuis 1838. A quel sens de excannare faut-il le rattacher?

Le « bleuet » (la fleur ou l’oiseau ??) est appel√© escanapols √† Saurat en Ari√®ge; confirm√© sans localisation par Alibert.

Escandalh, escandilh

Escandalh, escandilh s.m.’peson; balance; √©talon de poids et mesures; jauge; sonde (maritime); mesure de capacit√© pour la chaux et l’huile’.
Un visiteur me pose la question suivante: « Je trouve √† l’instant un¬† qui me pose probl√®me : une quantit√© de chaux dite « ….un escandal de chaux? Merci! Et j’ai pu lui r√©pondre:
Bonjour!
Escandal se trouve dans l’Alibert √©crit escandalh , escandilh avec le sens « peson, …etc. ». L’origine est le latin *scandaculum du verbe scandere « monter, s’√©l√©ver; gravir ». *scandaculum n’est pas attest√© en latin, mais dans un texte de Genua en latin du moyen √Ęge on trouve la forme scandaglium avec le sens « sorte de mesure de capacit√© ». On suppose que l’√©volution du sens de « monter » > « mesure de capacit√© » est pass√© par l’utilisation de traits √† l’int√©rieur d’un tonneau , d’un vase , etc. qui permettaient de controler les quantit√©s. Le mot est indig√®ne en occitan.

Le sens « balance » et plus sp√©cialement une « balance romaine avec un seul plateau » s’est pobablement d√©velopp√© √† partir de la mont√©e rapide de ce plateau pendant l’utilisation. Avec ce sens on le retrouve dans le Piemont.

En fran√ßais le m√™me √©tymon a abouti √† √©chantillon , mais c’est une autre histoire que vous pouvez lire en suivant le lien

Escaoumer ‘br√Ľler’

Escaoumer ¬ę¬†br√Ľler¬†¬Ľ Lhubac1 vient du grec őļőĪŌÖőľőĪ (cauma) « chaleur du soleil ».¬† FEW II,538b

Le premier sens attest√© en occitan de cauma, caumo est « grande chaleur » . Le d√©riv√© caumasso devient  » chaleur √©touffante »,le verbe¬† escauma « √©chauder » et escaumarrado « chaleur accablante ».

Pendant la grosse chaleur on ne peut pas faire grand chose, m√™me pas manger : chaoumar √† Barcelonnette « cesser de brouter et se reposer √† l’ombre (en parlant des moutons) », coum√† dans l’Aveyron,¬† devenu chomer « se reposer  » en ancien fran√ßais, et les jaloux qui ne peuvent pas faire la sieste appellent ceux qui la font chomeur « homme paresseux ».¬† Chomer perd ce sens p√©joratif et devient « ne pas travailler faute d’ouvrage », mais ce sens est relativement r√©cent, d√©but du XVIIe si√®cle. Avant cette √©poque on ne chomait que pendant les jours de f√™te, f√©ries ». Les deux sens co-existent en fran√ßais moderne.

D’apr√®s le FEW cauma est devenu calma en italien et a pris le sens sp√©cifique de « cessation compl√®te de vent » comme terme de marine, emprunt√© au XVe si√®cle. Depuis le XVIIe si√®cle calme est utilis√© au figur√© avec le sens¬† « absence de passion », etc.

 

 

Notes
  1. Qui raconte une histoire d’un cuisinier qui v√©rifiait la temp√©rature de l’huileescaouder avec son doigt sans s’escaumer. Un ami de Montagnac me confirme : « je me suis escaum√© », pour dire « je me suis br√Ľl√© »

Escapoulaire ‘√©baucheur de jais’

jais brute

jais brute

Sans le vouloir, je pense, la dormeuse de Mirepoix me fournit¬† r√©guli√®rement des sources d’inspiration. Dans son dernier article, intitul√©:Le dioc√®se de Mirepoix vu en 1776 par Antoine de Gensanne, ing√©nieur g√©ologue, commissaire des Etats du Languedoc¬† elle cite¬† un long passage sur le travail du¬†jais.¬†

Avant la retraite j’√©tais artisan lapidaire, un m√©tier non r√©glement√©¬† et tr√®s peu connu en France.¬† Cet article est un compl√©ment int√©ressant et utile √† mon bouquin¬†La taille des pierres fines pour d√©butants. 2012. 92 p. avec de nombreuses illustrations. (15 ‚ā¨ pour mes lecteurs!) Le jais n’√©tant plus √† la mode quand j’ai d√©crit le travail des pierres semi-pr√©cieuses , je n’y ai pas consacr√© une description d√©taill√©e.

Taille-titre_PP

La voici:

Travail du jais ou jayet.

Le jais est une substance fossile, bitumineuse, très-noire, passablement dure, et d’un grain très-luisant, lorsqu’il est poli. On le tire de ces veines qui sont semblables à celles du charbon de terre, dont le jais est une espèce : en général plus ces veines sont fortes, moins le jais a de dureté, et moins il est précieux. On le tire par morceaux de différentes grosseurs, qui ne passent guères quatre pouces d’épaisseur, et souvent beaucoup plus petits. Les Mineurs le vendent en cet état à tant la livre, Il y en a de plusieurs prix, depuis quatre jusques à dix sous la livre, suivant sa dureté et sa finesse. Celui qu’on tiroit à une petite demi-lieue au- dessus des Bains de Rennes, sur la petite rivière qui descend de Bugarach au Diocèse d’Alet, passoit pour le meilleur qu’on ait vu ; mais le travail de ces Mines a cessé, quoiqu’elles y soient encore abondantes.

Les N√©gocians qui font commerce de cette esp√®ce de bijouterie, ach√®tent le min√©ral, et le remettent √† des ouvriers qu‚Äôon appelle, dans le pays, Escapoulaires ; ce sont ceux qui d√©grossissent la mati√®re et donnent la premi√®re forme √† l‚Äôouvrage. Ils travaillent sur une esp√®ce de billot ou forte √©tablie, et se servent de couteaux dont la lame est large et fine. Ils ont √† c√īt√© d‚Äôeux plusieurs petites s√©billes de bois ; dans l‚Äôune ils mettent les boutons d√©grossis ; dans une autre les grains de chapelets ; dans une troisi√®me les grains de collier, et ainsi de suite, avec cette attention que chaque s√©bille ne contient que des pi√®ces de m√™me grosseur, soit en boutons d‚Äôhabits, ou autres ouvrages.

Les sébilles remplies de ses ouvrages dégrossis, sont remises à des femmes pour les percer ; ce qui se fait avec des forets de différentes grosseurs, et dont quelques-uns sont extrêmement fins. Ils sont montés sur des petits tours à bobèche qu’on tourne avec l’archet. Chaque espèce de grosseur et d’assortiment est remise dans une petite sébille, après avoir été percé. Tout ce travail jusqu’ici se fait dans la chambre et dans des maisons particulières.

Les ouvrages ainsi pr√©par√©s, sont port√©s au moulin pour y √™tre polis, et recevoir leur derni√®re forme. I1 n‚Äôy a ici que des jeunes filles ou des jeunes femmes qui soient propres √† ce travail, parce qu‚Äôil faut avoir la vue bonne. Il y en a, comme vous avons dit, quatre √† chaque meule, deux √† droite et deux √† gauche : elles ont chacune deux s√©billes de bois devant elles ; dans l‚Äôune sont les ouvrages d√©grossis, et dans l‚Äôautre ceux qui sont finis. La planche qui forme la lunette dans laquelle la meule tourne, leur sert de table. Elles sont assises sur des scabelles ou petits si√®ges plac√©s deux de chaque c√īt√© de la meule ; et par l√† deux travaillent de la main droite, et deux de la main gauche, afin d‚Äôavoir tout le jour de la crois√©e sur leur ouvrage.

La fille qui travaille de la main droite, appuie sa main gauche sur son genouil gauche ; et avec le pouce et l‚Äôindex de la droite, elle prend une pi√®ce d√©grossie dans la s√©bille, et l‚Äôapplique sur la meule, le coude appuy√© sur la table ; elle forme de cette mani√®re la premi√®re facette √† la pi√®ce ; elle n‚Äôa pas besoin de l‚Äôautre main pour former la seconde facette : l‚Äôhabitude lui apprend √† tourner sa pi√®ce avec les deux doigts de la droite, et √† lui donner toutes les faces dont elle a besoin, suivant la nature de l‚Äôouvrage ; d‚Äôo√Ļ l‚Äôon voit qu‚Äôil n‚Äôy a que la main droite qui op√®re ; la gauche reste toujours appuy√©e sur le genouil, afin d‚Äôaffermir l‚Äôattitude de la fille. La pi√®ce √©tant finie, ce qui est fait en tr√®s peu de temps, elle la met dans la s√©bille qui lui est destin√©e, et en prend une autre d√©grossie dans la s√©bille qui est aupr√®s, et ainsi de suite. Il n‚Äôest pas besoin de dire ici qu‚Äôa l‚Äô√©gard des deux filles qui sont √† l‚Äôopposite et en face, c‚Äôest la main gauche qui fait ce travail, et la droite est appuy√©e sur le genouil.

Les ouvrages finis, sont ensuite remis à d’autres femmes qui les enfilent, et en font des colliers, des chapellets, etc. qu’elles arrangent très proprement sur du papier, et dont on fait des paquets pour être vendus.

Tout ce travail se paie à tant la grosse2 ou au cent, suivant leur qualité.

(s√©bille¬† est une orthographe de s√©bile « petit r√©cipient creux et de forme ronde ». Genouil « genou ».)

jais_roules roulés jais_taillé_cab cabochon

jais_taillefacetté

Les trois m√©thodes de travail sont d√©crites dans « La taille des pierres fines pour d√©butants ».

Etymologie

Escapoulaire¬† est un d√©riv√© du verbe escapoular, escapolar « √©baucher, d√©grossir; hacher », compos√© de ex- + *cappare« ch√Ętrer ».¬†Cappare¬†¬†est d√©riv√© de la racine *capar¬† qui avec le sens « ch√Ętrer »¬† est uniquement conserv√© √† Bar√®ges (Htes-Pyr), en catalan, en espagnol et en portugais capar et curieusement aussi dans des parlers allemands comme le Tirol et en Suisse kappen.¬† Le sens¬† g√©n√©ralis√© « couper » a √©t√© conserv√© en n√©erlandais kappen « couper des arbres » et dans d’autres langues germaniques. En galloroman ce sens ne s’est maintenu que dans des d√©rives comme¬†¬† √† Die chaplar « hacher, couper menu », chaplaire « hache-paille (bac en bois mini d’un grand couteau) », chaplosa « coupe racines ». Languedocien chaplun « chapelures », chapladis « d√©bris »(Sauvages S1).

La premi√®re attestation du verbe capolar « couper en petits morceaux » vient de l’Ari√®ge ! Languedocien capoulado est un « hachis ». Escapoula « √©baucher, d√©grossir » attest√© √† Puisserguer et dans l’Ari√®ge signifie « couper les billots dont on fait des sabots », les autres attestations viennent √©galement du travail du bois. Pierre Larousse l’a adopt√© pour le fran√ßais escapouler « d√©grossir (dans la forge) », mais ses successeurs ne l’ont pas retenu.

Escaravida et actualités

La dormeuse de Mirepoix, à qui on a enlevé le précieux Compoix pour des raisons de centralisation,  se venge en exploitant le Cartulaire de Mirepoix, numérisé par les Canadiens et  en libre accès au Canada à Toronto (Internet Archive).

Elle y a trouvé le Dénombrement des biens et valeurs de Jean V à Mirepoix en 1510.   . Elle écrit:

Ce qui fait aujourd‚Äôhui l‚Äôint√©r√™t de ce relev√©, c‚Äôest moins l‚Äô√©valuation de la fortune du seigneur que l‚Äô√©vocation de la cit√© de 1510, de ses ressources, de ses travaux et de ses jours ordinaires. Mirepoix passe pour avoir connu sous le r√®gne de Jean V et sous l‚Äô√©piscopat de Philippe de L√©vis son √Ęge d‚Äôor. En quoi consistait cet √Ęge d‚Äôor ? On tirera du relev√© reproduit ci-dessous une esquisse de r√©ponse.

Le texte √©tait une traduction de l’original¬† en latin avec quelques mots languedociens comme¬† guitou « canard »(guit, guito chez Mistral).¬†¬† Je n’ai pas pu m’emp√™cher de feuilleter le livre. Comme historien de l’occitan je suis toujours √† l’aff√Ľt de mots nouveaux et¬† de datations nouvelles.¬† A la page 226 je tombe sur les¬† Tarifs et r√®glements de la leude (= taxe) √† Mirepoix et √† la Roque d’Olmes¬† dat√© de 13431 Ces tarifs nous donnent¬† un dessin aux gros traits noirs de la vie de tous les jours¬† √† Mirepoix et ailleurs. Par exemple¬† (p.235)

« Juif¬† – chaque Juif ou Juive, qui passera par la ville ou le leudaire, doit payer, chacun, 8 deniers, par t√™te ».

Ce qui est toujours actuel et¬† n’ a pas chang√© depuis le d√©but du XIVe si√®cle est la complexit√© des charges, taxes et autres imp√īts. ¬† Un nom de marchandise¬† parmi les dizaines de produits de tous les jours qui √©taient imposables, a fait tilt: Escaravidas

(Le jour de foire ou de march√© une personne venant¬† de l’ext√©rieur doit¬† donner une somada¬† sur 25 ,¬† les autres jours, rien.¬† Les¬† escaravidas¬† sont normalement transport√©es et vendues par somada¬† et si elles passent par le pays il faut payer. )

Qu’est-ce qu’une escaravida2¬† pour qu’elle m√©rite une taxe sp√©ciale? Avec GoogleLivres j’obtiens un extrait d’un glossaire botanique de 1871 :

du « cumin des pr√©s » donc mais¬† d’apr√®s¬† l’√©dition du¬† Ramelet Moundi¬†¬† de¬†Goudouli¬† (1re moiti√© XVIIe si√®cle) par Philippe Gardy (1984)¬† du « chervis ».

¬†Un tr√≥c d’escaravida : un morceau de chervis, plante de la famille des ombellif√®res, autrefois largement cultiv√©e, dont les racines √©taient sp√©cialement consomm√©es pendant le Car√™me.

Mistral confirme: escarabi (gascon), escharavi et

L’attestation de¬† escaravida chez Goudouli √©tait jusqu’√† aujourd’hui la premi√®re¬† en occitan, maintenant elle¬† recule de trois si√®cles: 1343.

L’√©tymologie est le mot arabe¬† karawńęya¬† « sium sisarum; carum carvi »,¬† devenu,¬†¬†¬† escaravi en occitan moderne, chervis¬† et beaucoup plus tard carvi en fran√ßais.¬† L’histoire de ce mot arabe est assez compliqu√©e.¬† Chez Lucius Junius Moderatus Columella ( AD 4 ‚Äď ca. AD 70) et Pline le cumin s’appelle careum,¬† őļőĪŌĀŌČőĹ en grec d’apr√®s le nom de la r√©gion d’origine Caria en Turquie. Le nom grec a √©t√© emprunt√© par les Syriens et ensuite par les Arabes, qui appelaient le chervis et le cumin des pr√©s tous les deux karawńęya. Les deux plantes se ressemblent beaucoup, leur utilisation par contre est tr√®s diff√©rente.¬† Le chervis est cultiv√© pour ses racines, le carvi pour ses graines.

Le chervis est une plante herbacée vivace de la famille des Apiacées, autrefois cultivée comme légume pour ses racines comestibles. Nom scientifique : Sium sisarum L., famille des Apiacées (Ombellifères). Noms communs : chervis, berle des bergers, chirouis, girole; allemand : Zuckerwurzel, anglais : skirret, espagnol : escaravía, italien : sisaro. (Wikipedia) néerlandais skirrei, suikerwortel. Suivez le lien vers la page de Rolland Flore pour les noms dialectaux du sium sisarum.

Le¬†¬† carvi¬†¬† est le cumin des pr√©s (Carum carvi L.), une plante bisannuelle de la famille des Apiac√©es (Ombellif√®res), cultiv√©e pour ses feuilles et surtout ses graines, utilis√©es pour leurs qualit√©s aromatiques (comme condiment) et m√©dicinales. (Wikipedia),¬† a la m√™me origine, mais il nous est probablement venu par l’espagnol.

sium sisarum  chervis   carum carvi

racines de chervis    graines de carvi

¬†Il reste un autre probl√®me de botanique. Les noms¬† qui viennent de karawńęya¬† servent non seulement pour le chervis et le carvi, mais¬† aussi pour d’autres plantes.¬† Dans l’Ari√®ge escarrabit et √† Toulouse¬† escarabic d√©signe le « panais »,¬†¬† dans le Lot-et-Garonne la « carotte sauvage » est appel√©e¬† escarbichott.

Pourquoi Actualit√©s dans le titre?¬† Vous avez vu que¬† l’histoire de¬†¬† escaravida¬†¬† illustre une fois de plus ma devise

« Parcourir le temps c’est comprendre le pr√©sent »

La centralisation des Archives dans l’Ari√®ge date de 2012, le racisme ne date pas d’aujourd’hui,¬† les plantes oubli√©es sont tr√®s √† la mode, les imp√īts toujours tr√®s compliqu√©s;¬† les philologues occitans ont¬† toujours beaucoup de travail √† faire, comme les ethnobotanistes et m√™me les √©tymologistes.

 

Notes
  1. Leudaire: registre des taxes sur les ventes (leudes) de produits sur les foires et¬† march√©s. Ces taxes peuvent √™tre seigneuriales, royales (¬ę¬†leude majeure¬†¬Ľ), ou des communaut√©s. Indirectement les leudes nous permettent de conna√ģtre la valeur de telle ou telle production agricole ou marchandise.
  2. Pasquier traduit erron√©ment¬† par « √©crevisse » en suivant de vieux dictionnaires. Erreur compr√©hensible; voir l’extrait de Mistral

Escarougner

Escarraunhar « √©gratigner, √©corcher la peau », fr.r√©g. escarougner¬† est d√©rive de carraunha (Alibert) ou corrouogno « charogne » qui repr√©sente un latin *caronia « app√Ęt, charogne »¬† lui-m√™me d√©riv√© de carnem « chair ». Les formes avec -rr- se trouvent en occitan, catalan carronya et espagnol carro√Īa, probablement √† partir d’une¬† prononciation avec¬† double¬† -rr- qui augmente la valeur affective du mot¬† souvent utilis√© comme injure.

Le sens « √©corcher » qui est tr√®s vivant dans le Midi, s’est d√©velopp√© √† partir du sens « mal couper, d√©chirer la viande; d√©chiqueter ».

L’√©tymologie¬† *caronia est √† revoir; il s’agit d’une double √©tymologie, voir mon article escarrafi du germanique *skarr√īn.

L’injure est m√™me pass√© en n√©erlandais kreng « femme m√©chante; vieux « charogne », le k- s’explique par un emprunt aux parlers du nord-ouest (picard, normand).

Escarrafi ‘rider’

Escarrafi « rider, froncer », s’escarrafi « faire la grimace en mangeant ou buvant une chose acide ou am√®re » (Mistral),¬† escarafir¬† chez Alibert,¬†¬† est compos√© de deux √©tyma d’origine germanique *skarr√īn « r√Ęcler  » et raffen « recueillir, saisir rapidement ».

Le gotique *skarr√īn¬† a donn√© le gascon escarr√° « r√Ęcler, ratisser’, et plusieurs d√©riv√©s comme escarrat « individu qui n’a plus le sou », escarragn√° « √©rafler » qui vivent surtout en b√©arnais. Voir FEW XVII, p.102a-b.

L »√©tymon raffen a donn√© une grande famille de mots, dont nous parlerons dans l’article languedocien¬† rafi « rider, froisser ». Vous pouvez aussi jeter un coup d’Ňďil sur l’article du FEW XVI, p.654-656, sp√©cialement note 7

 

 

Escaume ‘dame de nage, tolet’.

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Escaume « tolet » ou « dame de nage » vient du grec¬†ŌÉőļőĪőĽőľőŅŌā¬† emprunt√© par les Romains¬†scalmus¬†¬† toujours avec le m√™me sens. Le mot se retrouve dans tous les parlers marins de la Romania, sauf en normand qui a gard√© un mot ancien nordique¬† √ĺollr ¬ę arbre; poutre ¬Ľ,¬† cf. le danois et le nor√©gien toll, le su√©dois tull ¬ę tolet ¬Ľ. (CNRTL tolet). Le type nordique a gagn√© du terrain sur la c√īte atlantique au d√©triment du type scalmus ( FEW scalmu XI,272b)

escaumo escaumos    escaumo2

Dans le travail inestimable du Commandant No√ęl Fourquin et de Philippe Rigaud :

De la Nave au Pointu

Glossaire nautique de la langue d’oc

Provence-Languedoc

Des origines à nos jours

Dans l’√Čdition sur CD de 2010, je trouve plusieurs attestations comme celui-ci:

1510: « …pour bois employe a faire pedagnes et escalmes… » Archives D√©partementales BdR. B 2551 f¬į148v¬į

et des dérivés :

Escaumado s.f « bordage qui porte les tolets et les toleti√®res d’un bateau. »; Escaumot s.m 1636: « Plus en rombauds, encentes, escaumots… » A.D. BdR. 14 E 403 (n. fol.).

Cotgrave √©crit dans son dictionnaire de 1611¬†scalme¬†« a thowel »=¬† thole¬† en¬† anglais moderne1 c’est-√†-dire « tolet ».

scalme_Cotgrave

et qu’en proven√ßal un peis escom√© est un « brochet de mer ».

peis_escomeCotgr

peis escomépeis escomé

Palavas escan « tolet » (faute de lecture ¬†u>n ?), et escaumieira « petite pi√®ce de bois plac√©e sur le plat-bord pour recevoir le tolet »¬† sont plac√©s par erreur¬† dans l’article¬† scamnum 11,278a¬†

Notes
  1. Contrairement au fran√ßais, l’orthographe de l’anglais a bien √©volu√©e.