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Bachin, bachino 'Génois'

Bachin « Génois, Sarde » vient du nom de personne Baptiste,  du latin baptista « celui qui baptise ». Le nom Baptiste  est souvent utilisé dans les théâtres de foires pour un personnage « niais, crétin« .  Nous le retrouvons en piémontais  batšitša , en piémontais et en lombard tištša et à Como batista.

Dans Les Cris de Marseille, (Voir Sources s.v. Marseille), j’ai trouvé la description que voici:

Les attestations dans le premier volume du FEW qui date de 1928 sont rares. Heureusement nous avons à notre disposition sur internet le Lessico Etimologico Italiano  (abrégé LEI), s.v. baptista de nombreuses attestations dans les parlers nord-italiens. Ci-dessous  l’extrait de l’article du LEI avec l’explication de l’évolution sémantique.

Voir aussi le TLF s.v. baptiste,  qui mentionne spécialement les Canadien français: « Nom donné au Canadien français… Par extension, Baptiste et Baptisse désignent aussi le contribuable canadien : Le gouvernement vient d’augmenter les taxes : paye, Baptisse!«  (Canada 1930). »

Badar

Badar « béer, bayer » bader en français régional, badailler, badetcher (Lhubac). L’étymon doit être un latin vulgaire batare « bayer, béer », qui n’est pas attesté avant le VIIIe siècle. Déjà en ancien occitan badar signifie: « être ouvert, s’ouvrir; ouvrir la bouche; béer; regarder bouche béante » etc. Dans le Donatz proensal du XIIe siècle : badar = os aperire.

Vous pouvez consulter et télécharger en format pdf. la nouvelle version de l’article du FEW batare à cette adresse.  Voir aussi le riche développement de cette famille de mots en Italie décrite dans leLEI s.v. batare.

Badar  a eu un riche développement sémantique, souvent plus ou moins péjoratif.  Dans les arènes camarguaises un taureau peut bader les gens en contre piste ou sur les gradins : les regarder en se désintéressant des raseteurs. (Domergue).  A Nîmes badar « regarder », signifie aussi  « admirer ». Ma grand-mère disait :‟celui-là il bade tellement sa femme qu’elle le mène par le bout du nez”.  Dans la pétanque un  Jeu qui bade est un  jeu facile. V+ G+ C+ M+. Boule qui bade, boule facile à tirer.(Domergue, Avise, la pétanque!)

On a créé de nombreux dérivés, surtout des adjectifs,   avec le sens « fou, niais, sot »  badaul, baduel, badaluc, badarel, baduec. En ancien occitan: badoc  subst. est le  « fou » du jeu d’échecs.  (Raynouard) . D ‘après Mistral ma badino a un sens positif  « ma mignonne » en languedocien.

Dans l’Aveyron est attestée une jolie expression: un badobec « une parole ou une action qui jette dans l’étonnement ». Alibert donne les sens: « musard, badaud, nigaud, bâillon ».
Dérivé : abadalhar « ouvrir; faire bailler », en v.r. « se crevasser » (Alibert).

Anglais bay dans bay window a la même origine, comme français baie et néerlandais baai « petit golfe ». (Voir TLF). Anglais abeyance de l’ancien français abeance a pris le sens « propriété qui n’apparient à personne temporairement ».

Français badiner, badinage sont dérivés de badar  et empruntés au provençal badin « nigaud », adj. et subst. (Mistral). L’adjectif estseulement  attesté à la fin du XVIe s. (PANSIER, t. 3), dérivé du provençal badar « bayer » fin XIIe s.-début XIIIe s. . Le changement de sens au XVIIe s. s’explique par le fait que badin a été employé pour désigner le bouffon dans les comédies au XVe s. et au XVIe s., personnage qui fait le sot, par conséquent qui provoque un rire facile. Voir TLF qui donne comme « vieilli » le sens « Plaisanter, taquiner, amuser, tromper par jeu « , mais en Camargue badiner s signifie bien  « tromper »  (Domergue)
Badarela adj fem. « qui ne fait que bailler ou crier » d’après Alibert, « femme qui n’arrête pas de pleurnicher« , d’après Nicole de Rodilhan (30). Un dérivé de badar. Badarel est déjà attesté en ancien occitan avec le sens «  »badauderie ».

Badarela

Badarela adj fem. « qui ne fait que bailler ou crier » d’après Alibert, « femme qui n’arrête pas de pleurnicher », d’après mon témoin  de Rodilhan (30). Un dérivé de badar. Badarel est déjà attesté en ancien occitan avec le sens «  »badauderie ».

Badobec

Badobec « une parole ou une action qui jette dans l’étonnement ». voir badarUne très belle formation de mot

Badoc

Le badoc   est le  « fou » du jeu d’échecs;  voir badar pour l’étymologie.

Un visiteur originaire de Montagnac (Hérault) m’écrit:

Dans Montagnac (34), mon village natal, se trouve une rue Badoc. Dans le document intitulé « Etudes Toponymiques sur les territoires de Montaganc, Aumes, St-Pons-de-Mauchiens« , par Alain Garcia (un copain du village), édité par les Amis de Montagnac en juin 1993, se trouve l’explication suivante :
Rue Badoc : en occitan « badoc » signifie sot, imbécile. Est-ce que dans une des anciennes  maisons de cette rue regroupait-on les simples d’esprit ?

Bagassa 'putain, morbleu'

Bagassa « prostituée, imbécile; interjection peste, morbleu » (Alibert) Etymologie pré-indo-européen  *bakassa

J’ai rencontré ce mot par hasard dans les Coutumes de Seix-en-Couserans1

Un mot de la même origine a existé en langue d’oïl en ancien et moyen français mais le sens est  « serveuse » et ensuite « jeune fille », avec de nombreux exemples dans le Godefroy et un exemple dans le DMF

Au XVIe siècle le mot occitan  bagassa  « prostituée »  a éte introduit en français mais il est considéré comme « vieux » actuellement. Le TLF écrit « juron provençal »! Bougre de bagasse.  Il semble être vivant en occitan. Pierre Gastal, l’auteur de  Nos racines celtiques,  me fournit les compléments que voici:

bagassa, terme méprisant (femme aux mœurs légères, prostituée) resté vivant comme interj. et insulte, bagassar (mener une vie de débauche), bagassièr (qui fréquente les prostituées). Dans l’Ain il y a un Bois de la Bagasse.  catalan bagassa (prostituée).

Dans l’article  *bacassa  du premier volume du FEW publié entre 1922 et 1928, von Wartburg énumère plusieurs pistes étymologiques sans tirer une conclusion. Hubschmied, spécialiste du pré-indo-européen,  y revient dans le volume XXIII,p.1402 publié en 1968, avec beaucoup d’attestations  dans les autres langues romanes et en conclut qu’il faut postuler une racine pré-indo-européenne *bak- avec un suffixe également pré-indo-européen -assa , *bakassa « serveuse ».

 

 

 

Notes
  1. Source: Bulletin de la Société Ariégoise…p.253 ss  Coutumes municipales de Seix-en-Couserans. datée de 1280 (?)
  2. mots d’origine inconnue

Bagnà

Bagnà « mouillé » du latin balneare « baigner ». Le glissement de sens, qui est évident,  se trouve surtout dans le Midi. La recette d’origine du pan bagna telle qu’elle est  donnée par Andolfi  correspond à celle du « pain perdu » et n’a rien à voir avec les sandwichs qu’on trouve de nos jours dans les snack-bars.

. pan bagnat ?

Bagnaduro «  mouillure, sauce », est dérivé de bagnà.  Bagnaduro  signifie aussi « rosée »  dans les départements 13, 30 et 11 d’après les données de l’ALF.

Baiasse, badasso 'lavande fine'

Baiassa « lavande fine » en dauphinois,  bayáso  dans les Hautes-Alpes  est un mot d’origine inconnue. Le Thesoc donne plusieurs attestations dont badafo  dans la DROME  et  les   HAUTES-ALPES, et.  avec la remarque « lavandin sauvage, vieilli ».

Le FEW1 réunit dans le même article baiassa  et les formes avec un -d- comme provençal badasso « nom générique des plantes ligneuses aromatiques »,  le « thym » à Forcalquier et à Apt,  le « pulicaire »  à Marseille,  appelé badaflo  à Arles, mais le badaflo est un « plantain pucier » dans les Bouches-du-Rhône2. Le suffixe avec tantôt un -f- tantôt un -ss-, suggère comme origine le gaulois -asta  ajouté à une racine préromane *bat- > *batasta.

Solerius (1549). Le psyllium  s’appelle chez nous badassos.  En botanique c’est  maintenant le   plantago psyllium L., en français le  plantain des sables ou herbes aux puces.

 

pulicaire pulicaire   plantain pucier

A Marseille on utilisait une badafo « un rameau de bruyère sur lequel on faisait monter les vers à soie pour faire des cocons »,  mais pour l’abbé de Sauvages(S1) la badafo est la lavande fine dont on tire une huile essentielle fort chère. Un badafié ou badassièiro  est un « lieu rempli de lavandes » (M). Autres dérivés : baiassar « couper la lavande », baiassièra  s.f. « côteau de lavande » (Die, Schook),

Rolland Flore VIII, 195  ne connait pas ce mot avec le sens « lavande », mais il cite un article:

Dans son numéro de mai 1909 la Revue Alpine de Lyon a publié, pages 187-196, un intéressant article sur la lavande par M. L. LAMOTHE, de Grand-Serre (Drôme). Nous y apprenons que « la livande pousse d’elle-même dans les zones incultes de dix-neuf de nos départements ». Suit la liste. « Nous lui devons beaucoup dans les communes pauvres du Sud-Est, nourries par le troupeau, de là, l’affection que nous avons pour elle et ce mot très juste : bonne baïassière vaut mieux que champ de blé. » M. Lamothe cite, à cette occasion, une lettre provençale que lui a écrite Mistral après la publication de son propre livre : Lavande et Spic. – L’article de la Revue Alpine traite des variétés, de la distillation et de l’essence. – H. G.

Mon collègue Pierre Gastal, auteur de Nos Racines Celtiques – Du Gaulois Au Français. Dictionnaire. Editions Desiris, 2013,  propose une origine ligure:

BAIASSA (nf, nord-prov.) : lavande.

Fr. rég. bayasse (fleur de lavande) ð baïassière (pente montagneuse où pousse la lavande sauvage). Du gaulois ou plutôt du ligure car c’est une plante méditerranéenne. Toponymes : Bayasse, hameau du Mercantour (com. Uvernet-Fours/AHP) ; Bayasse, lieu-dit de Ventavon/HA (dont la géographie confirmerait une origine ligure).

Vous trouverez une description des différentes sortes de lavande dans le site du Musée de la lavande :

La raccolta della lavanda selvaggia si praticava nelle baiassières (compluvi), luoghi dove crescevano le lavande chiamate in dialetto « baiasses« 

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Notes
  1. vol.21,177-178
  2. Voir Rolland Flore II, 210 Cistus salvi folius; VII,84 Solidago virgo;  VII,98 Pulicaria graveolens; IX,27 Thymus  pour les plantes dénommées avec ce type lexicologique.

Bajana

Bajana « soupe de châtaignes ». La Bajana est une soupe de châtaignes sèches cuites à l’eau » (Vallée Borgne des Cévennes). D’après l‘abbé de Sauvages les brizos ou bajhanos sont des « châtaignes brisées. L’abbé écrit que la bajhana ou couzina est le potage et la bajhanado le ‘bouillon aux bajanes qui est un excellent incrassant dont on a vu de bons effets sur les poitrines délabrées, lorsqu’elles se rencontrent avec un estomac robuste; rencontre fort rare.

Charles Atger raconte p.9 qu’autrefois; à Valleraugue (Gard)  les Caussenards après la saison remontaient sur leur plateau à la fin de l’automne avec les blanchettes ou badjanat « châtaignes sèches » leur revenant. Bajanar signifie ‘tremper dans l’eau’ en parlant des légumes, de la morue etc.’ Les paysans de la région au nord d’Uzes sont des bachalan, ceux de Marsillargues des bajan. Voir sous bachalan.  Pour une recette suivez ce lien

La bajana est aussi connue en Provence, mais quand on n’a pas de châtaignes, on se débrouille avec des haricots; Simon-JUde HONNORAT donne pour le mot

bajanada :dial. Languedoc.: « bouillon de bajanes. »
Dial. Haute-Provence : « quantité de haricots ou de lentilles, qu’on a fait cuire en bajanes,
c-à-d. pas entièrement, pour être mangés en saugrenée.

Etymologie : dans l’antiquité la ville Baiae (région de Naples actuellement appelée Baia, un quartier de la commune Bacoli) était fameuse pour ses eaux thermales. Voir l’article intéressant Baïes de Wikipedia. Virgile et Horace en font l’éloge dans leurs poèmes.  L’adjectif bajanus, fém. bajana a pu signifier « baigné, mouillé, trempé ».  Le FEW I, p.205 explique l’évolution sémantique et la généralisation du sens  « eaux termales » > « trempé » en parlant des légumes secs.  Ensuite au figuré bajan a pris le sens « nigaud » , très fréquent  pour les fèves et autres légumes secs.

Baiae d'après Turner

Baiae d’après Turner (Wikipedia°

Une autre possibilité est que les bajanae étaient une espèce de fève provenant de Bajae, qu’on préparait en les faisant tremper . (Voir ci-dessous à propos de l’italien baggiana). Dans mon dictionnaire latin je trouve : . bajanas elixas «des… ?  cuites à l’eau ». Le nom du plat a ensuite été transféré à d’autres légumes trempés et cuits.
Voir aussi ci-dessus bachalan.

J.P DurandEtudes de philologie et linguistique aveyronnaises, explique le sens de   baja  ‘fou’ dans l’Aveyron du XIXe siècle:

Le grand philologue Paul Meyer conteste cette étymologie dans son compte-rendu dans Romania 1880, p.153 et il propose comme étymologie l’italien baggiano. Mais en consultant le Garzanti linguistica je vois que baggiano signifie ‘niais, crédule, peu intelligent’ et qu’il s’agit d’un emploi au figuré de baggiana  » une fève avec des grains très gros » et au pluriel des « mensonges ». L’étymologie qu’il propose est bajana dérivée du nom de la ville de Baiae. Dans le dictionnaire italien baggiana est défini par sciocco qui signifie non seulement ‘niais’ mais aussi ‘insipide, fade’. Là nous sommes tout près du Donatz proensals de Hugues Faydit qui traduit baias par ‘insipidus’. L’association d’idées ‘fève’ > ‘niaiserie, bête’ semble être internationale. Voir favalise et favasso.
D’autres propositions dans le Dizionario Etimologico Italiano .

Balandrar, balandra

Balandrar « balancer, brinbaler, flaner », v.r. « se dandiner »; balandra « bascule de puits de campagne ».

Dans la nouvelle version du FEW, consultable et téléchargeable ici, cette famille de mots est rangée dans l’étymon bilanx « balance » Tous les mots, formes et significations relevés dans les parlers galloromans se trouvent aux pages 38 à 40. L’explication à la p.60. Je cite : « Le type (I.2.c.a.c’.d’. = balandra), d’époque moderne et presque exclusivement francoprovençal et occitan, pourrait avoir été influencé par la famille lexicale classée sous LANDEL (FEW 16, 443ab; ML 4885a)157). En tout cas ce type n’est pas seulement galloroman, cf. milanais. bàlàndrâ v.a. « andare girando qua e là per ozio, per passatempo e a piccole distanze; bighellonare, girandolare, andare in giro svogliatamente, fermandosi e osservando ogni cosa, ma senza scopo e senza interesse; gingillarse, perdere il tempo senza far nulla »(Angiolini 1897) que le DEI propose de rattacher à moyen haut allemand  landern « flâner », ce qui n’explique pas la syllabe initiale.

Les formations expressives (I.2.c.a.d’.) avec redoublement sont propres aux domaines occitan et, marginalement, francoprovençal.

Voir aussi l’article aland(r)a « cajoler pour tromper »

Une excellente occasion de visiter ce site et de voir l’énorme travail fait par von Wartburg,  ses collaborateurs et successeurs!

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