cat-right

Boscalhar

Boscalhar « couper du bois » voir buscalhar

Botanique et occitan

La valeur des noms vernaculaires et patois  des plantes.

Un article de Jacques Rousseau, Le champ de l’ethnobotanique dans le Journal d’agriculture tropicale et de botanique appliqu√©e Ann√©e 1961 Volume 8 Num√©ro 4 pp. 93-101, a attir√© mon attention parce qu’il y a un grand nombre de noms de plantes dans ce site. Dans Plantnet vous trouverez une liste de noms de plantes en fran√ßais suivis des noms occitans li√©s aux articles dans mon site. Ensuite les m√™mes √† partir des noms scientifiques.¬† Voici le paragraphe concernant les noms:

RousseauEthnobotaniqueUn bon exemple dans l’article¬† de R.A.A .Oldeman « Sur la valeur des noms vernaculaires des plantes en Guyane fran√ßaise« de 1968 qui ouvre un large horizon sur la valeur des noms patois et la compr√©hension des variations.¬† En patois les plantes ont des noms qui correspondent √† des crit√®res qui n’ont aucun rapport avec le concept scientifique de species. Oldeman √©crit :

Oldeman-Oldeman-2

La classification des arbres en Guyane est bas√©e entre autres sur le crit√®re¬†¬† « l’√©corce¬† se d√©tache en larges bandes textiles« . Ces arbres sont class√©s dans la cat√©gorie ¬†mahot.

L’ethnobotanique ne se limite pas √† l’ethnopharmacologie ! Un exemple int√©ressant Les noms des plantes des femmes

1. Int√©ress√© par la botanique et l’occitan ?

Il y a dans le m√™me site une Introduction¬† au Flore Populairee ou histoire naturelle des plantes dans leurs rapports avec la linguistique et le folklore. Paris 1896-1914¬† d’Eug√®ne Rolland avec des liens vers 11 tomes de ce travail de g√©ant.

A vos téléphones mobiles !telephone

Dans le site de Plantnet vous trouverez aussi une application d’aide √† l’identification des plantes¬† pour t√©l√©phones mobiles. Ajoutez-y le nom en occitan de votre r√©gion ainsi que des informations compl√©mentaires comme utilisations, traditions, jeux, m√©dicaments,¬† etc. Par exemple lafatou (origine inconnue¬† FEW 21, 299) ou prunier de Brian√ßon sert √† faire¬† Huile de marmotte .¬† Wikipedia : En patois on dit l’arbre l’Afatoulier et le fruit l’Afatous ou « abrignons ». Le fruit, proche de l’abricot, est comestible. Ils sont de petite taille, 2,5 cm , arrondis, √† peau jaune, √† chair verd√Ętre, consistante et acide et arrivent √† maturit√© en septembre-octobre.

Boudéflà, bodiflar

Boud√©fl√°, bodiflar « s’enfler ». L’abb√© de Sauvages √©crit que boud√ęfla signifie aussi « tourner = m√Ľrir en parlant des figues uniquement ». Un emploi du verbe tourner qui doit √™tre du fran√ßais r√©gional de l’√©poque.
Il conna√ģt toute une s√©rie de mots qui font partie de la m√™me famille *bod- « gonfl√©, renfl√©, lippu »,¬† (voir boudego « cornemuse ») comme boud√ęna « crever d’embonpoint », Boudiflo, boudouflo « vessie urinaire d’un animal ».

Au pluriel¬†boudouflos ¬† sont « les cloches ou ampoules qui s’√©l√®ves sur l’eau par la chute des grosses gouttes de pluies ».¬† Avez-vous un nom pour √ßa? J’ai cherch√© des images sur internet des boudiflos ,¬† mais je n’en ai pas trouv√©!¬† Peut-√™tre parce que je n’en connais pas le nom.

Un boudoli « un nabot; un outre ou un bouc √† huile »; boudougno « une loupe = une excroissance sur le bois; une bosse, enflure »; boudissou « terme d’injure: grosse et petite femme » ; boudoul « ventru ».

Boudego

Boud√©go, bodega s.f. « grande cornemuse de la Montagne noire languedocienne faite dans une peau de ch√®vre enti√®re »¬† m’√©crit une visiteuse. Cliquez sur le lien pour beaucoup plus d’informations! « cornemuse » (Aude); « personne ventrue » (Alibert). Mistral donne aussi le sens « vessie » et boudeo, boudego√ļ « petite cornemuse »: boudegaire « joueur de cornemuse ».

      !  

Ci-dessous, √† gauche: Les peintures du plafond datant du XVe s. du ch√Ęteau de Capestang. Cr√©dit photo : Association de sauvegarde du patrimoine capestanais. A droite : Un tambourina√Įre et un bodega√Įre entament peut-√™tre une « carole » sur un des chapiteaux polychrome de Villardonnel . Cr√©dit photo : JL Matte.

        

Dans le FEW le mot est class√© dans les Incognita, vol.23, p.147a., mais l’auteur ajoute qu’il fait probablement partie de la famille de mots qui sont sortis d’une racine onomatop√©ique *bod-, ce qu’il avait fait d’aiulleurs 50 ans plus t√īt dans le vol. I, p.423a : « boudego « cornemuse » Toulouse, Aude id. M. » Il a d√Ľ l’oublier.

La racine *bod- a le sens de quelque chose de « gonfl√©, renfl√©, lippu ». A ce groupe appartiendraient des mots comme fran√ßais boudin, languedocien boudeno « ventre », occitan boudenfla « enfler », fran√ßais bouder, etc. L’article *bod- du FEW a paru en 1926 et ne fait pas partie des articles revis√©s. 1

Je pense que les repr√©sentants de buttis « tonneau », principalement ancien occitan bot et bouto « outre » ont jou√© un r√īle important dans l’histoire de ce mot. ( Voir bout « outre, tonneau » ci-dessous. Le FEW classe le verbe boudenfla « enfler » dans l’article *bod mais boutenfla dans l’article buttis. Il est √©vident que dans l’evolution les deux familles de mots se sont mutuellement influenc√©es. Il est impossible de distinguer les repr√©sentants de *bod- des repr√©sentants de buttis « sorte de vase » voir bout.

En Catalogne il y en a d’autres: El sac de gemecs « le sac des g√©missements « est un des noms de la cornemuse catalane. Suivant les lieux d’autres vocables seront utilis√©s, dont bot et cabreta (< capra « ch√®vre »). Cette cornemuse poss√®de trois bourdons pendant vers le bas. On la trouve en Catalogne nord (Pyr√©n√©es Orientales), en Catalogne sud (Principat de Catalunya), et √† Mallorca, avec de faibles variantes chaque fois. El bot aran√®s vient du Val d’Aran, cette partie de l’√©tat espagnol qui est en r√©alit√© de langue occitane mais qui a coutume d’utiliser √©galement le catalan. Le bot est une cornemuse rustique qui poss√®de au moins deux particularit√©s :

  • - le pied fonctionne avec une anche simple (comme sa proche voisine gasconne, la boha, et contrairement au sac de gemecs).
  • - il n’a pas de bourdon, ce qui est rare pour une cornemuse… Il se joue en doigt√© ouvert ou ferm√©, en fonction de la fabrication.

 

                                                                                    Bot aranes et                                                                                       el sac de gemecs

Dans Wikipedia catalan il y a une page sur les cornemuses en Europe!

Voir aussi l’article bout « tonneau, outre ».

______________________________________

Notes
  1. Pour les tr√®s int√©ress√©s il y a l’article prelat.bot(t)-; bond-/bold-; but(t)-;pott- ‘gonfiore; cavit√†’ dans le LEI

Bouf-

Boufadou, ¬ę¬†soufflet rustique en sarbacane¬†¬Ľ, d√©riv√© de l‚Äôancien occitan bufa ¬ę¬†soufflet de forge¬†¬Ľ.¬† Un bouffadour¬† √† Murat (Cantal) √©tait un ¬ę¬†canon de fusil avec lequel on allume le feu en soufflant dedans¬†¬Ľ. Un des nombreux repr√©sentants d‚Äôune onomatop√©e *bouf- ou *pouf- qui d√©signent quelque chose de ¬ę¬†gonfl√©¬†¬Ľ, puis ¬ę¬†souffler¬†¬Ľ, aoc. bufar, bofar ¬ę¬†souffler¬†¬Ľ. Bouffer, fr.r√©g. ¬ę¬†souffler¬†¬Ľ dans l‚Äôexpression ¬ę¬†le vent n‚Äôarr√™te pas de bouffer.¬†¬Ľ (Mathon,2003).

Boufounados « fac√©ties » dans le titre du livre du n√ģmois Roustan, Boufounados en vers patois ount√© y a d√© qu√© rir√© √© d√© qu√© ploura, N√ģmes, Durand-Belle, 1829, fait partie de la m√™me famille de mots, mais le sens a √©t√© emprunt√© √† l’italien buffone comme le fran√ßais bouffon.

En n√©erlandais existe le mot bof¬† « oreillons, maladie des enfants ». Le sens le plus ancien de bof est « coup, baffe » (ca.1350). Cf. EWN. Le r√©sultat d’un coup est souvent que la partie du corps frapp√©e *boffe « gonfle », sens attest√© en moyen n√©erlandais. Mais √† la fin du XIXe si√®cle l’√©volution du sens a pris une tournure inattendue > « chance », et le verbe boffen « avoir de la chance » a √©t√© cr√©√©, probablement sous l’influence d’expressions een slag slaan comme fran√ßais r√©ussir un coup.

Boufar√®ou¬† ¬ę¬†santon de la cr√®che, l‚Äôange boufar√®ou¬†¬Ľ Ce d√©riv√© de bouf- est d√©j√† attest√© dans S. avec le sens ¬ę¬†joufflu¬†¬Ľ. Dans la chanson des santons¬†: ¬ę¬†L’ange Boufareou qui sonne la trompette¬†¬Ľ.

Boufaire, ¬ę¬†jeune lapin¬†¬Ľ. Le sens attest√© est ¬ę¬†grand mangeur¬†¬Ľ, du verbe boufa ¬ę¬†manger gloutonnement¬†¬Ľ, d√©r. de l‚Äôonomatop√©e *bouf-¬† ¬ę¬†gonfl√©¬†¬Ľ.

Boufigue ¬ę¬†ampoule dans les mains¬†¬Ľ . D√©r. de *bouf-¬† En occitan le sens va de ¬ę¬†petite enflure¬†¬Ľ jusqu‚Äô√† ¬ę¬†vessie¬†¬Ľ.

Bouirons ‘civelles’ et la pisciculture...

Les bouirons¬† sont les toutes petites anguilles, en fran√ßais les « civelles : Jeune anguille, de la taille d’un gros ver, ainsi nomm√©e √† la fin de sa p√©riode larvaire,…TLF). En cherchant des attestations du mot arabic « esp√®ce de moustiques », j’ai suivi les indications de E.Rolland Faune et j’ai retrouv√© l’article du baron de Rivi√®re sur les anguilles en Camargue intitul√© :

Le baron¬† de Rivi√®re1, un homme tr√®s cultiv√©, donne un aper√ßu de l’histoire de la pisciculture depuis l’antiquit√©.¬† Il fait des propositions pour¬† d√©velopper l’√©levage des anguilles en Camargue. Il a beaucoup voyag√© et il conseille aux p√™cheurs camarguais de suivre l’exemple des Hollandais.¬† En effet l’√©levage et la consommation de l’anguille¬† y est/√©tait importante. Mais la capture des civelles pour le march√© asiatique et la pollution¬† menacent la reproduction de l’anguille. Voir l’article dans Wikipedia. Plusieurs copains qui connaissent bien la Camargue, m’ont dit qu’il n’y en a plus pratiquement. Dans le cadre de l’Europe, il y a actuellement des tentatives de faire revivre l’aquaculture ou pisciculture des anguilles. Voir cet article en anglais.

tête de civelle de 12 jours

Dans ses  Considérations2 , le baron nous fournit plusieurs mots locaux camarguais.

Bouirons

      

L’ennemi le plus dangereux a √©t√© l’homme. Il n’y en a presque plus.

L’√©tymologie de bouiron¬† est le latin botryo, botryonem « grappe de raisins », mot emprunt√© au grec.¬†¬† L’image ci-dessus explique bien l’√©volution s√©mantique « grappe de raisins » > « grappe de civelles ». Antoine Thomas¬† nous fournit une signification analogue et une explication plus pr√©cise:

bouiron1Thomas

bouiron2

Le FEW (I, 467a) suit Mistral et¬† classe birounado¬† comme d√©riv√© de bouiron. Comme il s’agit d’un article du FEW qui ne sera pas revu ni corrig√©, j’ai consult√© le LEI¬† s.v. botryo, -onem. L√†, il y a une remarque int√©ressante concernant l’influence du grec dans la Gallia Narbonenis . Le gr√©cisme botro se serait r√©pandu √† partir de la colonie phoc√©enne en Asie Mineure et le type botryone aurait √©t√© cr√©√© dans le latin parl√© dans la Gallia Narbonensis, ce qui expliquerait la survivance de bouiroun « grappe de vers enfil√©s pour la p√™che des anguilles » en occitan (cf. ci-dessous Mistral)¬† et botiro¬† avec le m√™me sens ¬† en catalan.

A plusieurs reprises nous avons constat√© qu’un mot grec a √©t√© introduit en occitan et notamment en languedocien, directement par les Grecs et non pas par les Romains.¬† Si cette explication vaut √©galement pour bouiron¬† c’est le grec ő≤őŅŌĄŌĀŌÖŌČőĹ √©volu√© en botryon en latin languedocien de l’√©poque,¬† qui est √† son origine.¬† Voir aussi l’article petas ou pedas.

Fréderic Mistral  a plusieurs significations et deux dérivés  dans son Trésor:

Bouiroun1 Mistral

 

Les autres mots camarguais que j’ai trouv√©s dans les Consid√©rations¬† du baron de Rivi√®re, sont:

Les pougaou « anguilles de 500 gr environ ».

Les bomarenques¬† « anguilles de 125 gr »

Les pounchurotes¬† « petites pointues » synonyme de lufru.

Les margagnons¬† ou¬† lachinans,¬† qu’on appelle¬† soufflards¬† dans quelques localit√©s.

Le¬† cod¬† « filet √† anguilles »

Les¬†¬† boutiques ou bascules, appel√©s¬† serves¬†¬† dans le Midi. Ce sont des bateaux perc√©s de trous en communication avec l’eau.

Les¬† anguilles de d√©gout¬† et¬† d√©goutter les anguilles.¬†¬†¬† Degouttar avec le sens¬† « √©goutter » est un d√©riv√© de goutte¬† du latin gutta qui avait le m√™me sens. Le verbe¬† et le substantif¬†¬† d√©gou(t) sont assez courants en est-occitan.

En languedocien il y a un dicton s√© noun pl√≥ou d√©gouto¬† « se dit par rapport √† tous ceux √† qui √©choit une chance au-dessous de leurs pr√©tentions, mais encore passable »

___________________________________

Notes
  1. Il s’agit probablement de Louis de Rivi√®re, maire de Saint-Gilles. C’est lui aussi qui a d√©montr√© la possibilit√© de la culture du riz en Camargue.
  2. Consultable ici en format PDF: Considerations_Rivière

Bouisserola "raisin d'ours"

Bouisserola « raison d’ours » ou « busserole, bousserole »¬† en fran√ßais qui a¬† emprunt√© ce dernier √† l’occitan √† la fin du XVIIIe si√®cle. Le nom courant en fran√ßais est « raisin d’ours ».¬† Le nom¬† botanique est arctostaphylos officinalis. Etymologie : bouisserola est¬† d√©riv√©¬† de bouisso « touffe, branche de buis » un¬† d√©riv√© de bouis¬† « buis » buxus en latin.

Pouzolzdonne une description exhaustive dans le tome 2 de sa
Flore du département du Gard :

qu’il termine ainsi:

Les feuilles de la busserole sont encore utilis√©es en phytoth√©rapie et en hom√©opathie, mais pour d’autres maladies.

Un bouissiero¬† est un « lieu plant√© de buis », nom qu’on retrouve dans de nombreux toponymes. Quelques exemples tir√©s de¬† Longnon:

La toponymie est une science qui pose beaucoup de pi√®ges!¬† Un¬† Boisset¬† n’est pas un petit bois!

 

Boulechou

Boulechou « filet de p√™che utilis√© sur l’√©tang (sc. de Thau), tir√© par deux nacelles » (Cov√®s). Alibert boleg, bolieg « boulier (filet de p√™che); p√™che √† la tra√ģne. D√©riv√© bolejon « filet de p√™che √† mailles √©troites ». Catalan bolitx.¬† Bouletchou¬† vient du grec¬† ő≤őŅőĽőŅŌā (bolos) emprunt√© par les Romains¬† > latin bolus « coup de filet ». Une vid√©o sur la p√™che au bouletchou. √† M√®ze.

Le boulechou [boul√©tchou] qui s’appelle ailleurs bouli√©, bouliech (Mistral) et en ancien occitan bolech (Levy) a subi une m√©tamorphose en passant au fran√ßais pour devenir un »boulier« .

  

Pourtant le boulechou « boulier »¬† n’a rien √† voir avec la p√©tanque.

L’histoire de ce mot est assez amusante et montre l’ignorance des Fran√ßais de la langue occitane. En occitan existe le mot b√≤u « coup de filet; produit d’une p√™che par bateau; poste que doit occuper un p√™cheur pour ne point endommager les filets des autres ». Mistral donne les formes b√≤u, vol et bol pour le languedocien. Tira lou b√≤u « lever le filet ». L’√©tymologie de ce mot est le latin bolus « coup de filet » ou directement le grec ő≤őŅőĽőŅŌā .

Mais il y a un autre b√≤u ou buou en occitan. Il faut dire que ce b√≤u¬†venant du latin bovem « boeuf », est plus¬† connu¬† et les francophones ont confondu bolus > b√≤u « coup de filet » et bovem > b√≤u « boeuf » de sorte que nous trouvons dans le TLF s.v. boeuf :¬† « Bateau-bŇďuf, chalut-bŇďuf.¬† Le chalut-bŇďuf est un filet tir√© par deux bateaux op√©rant comme une paire de bŇďufs tra√ģnant une charrue«  (A. BOYER, Les P√™ches mar., 1967, p. 54). »¬† Cette explication de A.Boyer est erronn√©e bien s√Ľr. Il s’agit d’une forme d’explication qu’on appelle √©tymologie populaire, mais l’image est tellement forte qu’on a appel√© le m√™me type de filet tir√© par un seul bateau une vache.(Je n’ai pas encore retrouv√© l’attestation). Voir pour une histoire analogue l’article ser volant.

une vache

D’apr√®s le TLF le boulechou s’appelle en fran√ßais la ¬ę dreige ¬Ľ, le ¬ę gangui ¬Ľ, la ¬ę drague ¬Ľ ou ¬ę chalut ¬Ľ (…) et est constitu√© par une poche conique ou quadrangulaire fabriqu√©e en filet, qui est tra√ģn√©e sur le fond, l’ouverture b√©ante (BOYER, P√™ches mar., 1967, p. 53).


Mon texte et l’image ci-dessus viennent de Henri de la Blanch√®re, La p√™che et les poissons. Paris 1868. Vous voyez qu’en 1830, bien avant les d√©crets de Bruxelles, il y avait d√©j√† une r√©glementation tr√®s stricte concernant la p√™che avec lou boulechou.

Le contr√īle n’a pas √©t√© assez s√©v√®re, puisque de nos jours le Chalut p√©lagique ou le boulouchou ou boulier ou gangui est un pi√®ge √† c√©tac√©s. Prises accessoires de c√©tac√©s, une menace pour la biodiversit√©.La flotte fran√ßaise de chalutiers p√©lagiques est, de loin, la plus importante d’Europe. Voir le site de¬† Greenpeace pour plus d’information.

Le mot fran√ßais boulier « long filet √† poche tra√ģn√© par bateau le long des c√ītes ou tendu aux embouchures des √©tangs sal√©s » est un emprunt √† l’occitan. Le dictionnaire de Bescherelle de 1845 h√©site entre diff√©rentes graphies : boulier, bouli√®che, boulli√®re, bouillette, bouliche, boul√®ch. Voir √† ce propos le TLFboulier.

Le fils de Raymond Jourdan de Montagnac¬† m’a envoy√© en commentaire :

Bonjour,
dans ses souvenirs, mon p√®re √©voque un bateau, au Grau d‚ÄôAgde, qu‚Äôil appelle ¬ę¬†mourr√© d√© porc¬†¬Ľ(bateau √† l‚Äô√©trave camarde) qui servait pour la p√™che avec un filet tir√© par deux bateaux appel√©s en fran√ßais bateaux-boeufs.
Dans Mistral (page 1078), je trouve à l’article VACO, BACO, BAQUE, VACHO la définition suivante :
¬ę¬†faire la vaco¬†¬Ľ : se dit d‚Äôune tartane qui tra√ģne un filet de p√™che, par opposition √† ¬ę¬†faire lou buou¬†¬Ľ, qui se dit de deux tartanes qui tra√ģnent un filet de conserve.
On retrouve donc la vache et le boeuf comme vocabulaire de la pêche en Méditerranée.

J’aimerais conna√ģtre la source de Mistral.¬† Dans son article boulier, boulietch¬† il √©crit que le bouliech est une m√©thode de p√™che s√©toise.

     

La forme¬† b√≤u du latin bovis¬† « boeuf » est tr√®s, tr√®s rare en occitan, et m√™me¬† inconnue en languedocien o√Ļ on dit biou¬† (Voir le Thesoc).¬†¬† B√≤u, bol signifie « coup de filet » et vient en effet du grec ő≤őŅőĽőŅŌā comme il √©crit.¬† A un moment quelqu’un, un estranger ?, a confondu¬† le b√≤u¬† et le biou,¬† pour rigoler, ¬† ce qui a abouti au chalut-boeuf, et la vache.¬†¬† Faire un b√≤u blanc « ne rien prendre »¬† (Mistral).¬†¬†

 

 

 

Boulegàr

Bouleg√†r ¬ę¬†secouer, agiter¬†¬Ľ. Verbe tr√®s usit√© pendant la saison des lotos.

En principe ¬ę¬†avec un mouvement de va-et-vient ». En ancien occitan est attest√© se bolegar ¬ę¬†se remuer, s‚Äôagiter¬†¬Ľ, d‚Äôun latin *bullicare, d√©riv√© de bullire ¬ę¬†bouillir¬†¬Ľ ou de bullare ¬†¬ę¬†s‚Äôagiter, remuer en parlant de l‚Äôeau¬†¬Ľ = ¬ę¬†faire des bulles¬†¬Ľ.¬† Le mot occitan a √©t√© pr√™t√© au patois du nord, et d‚Äôautre part la forme d‚Äôo√Įl bouger ¬†a p√©n√©tr√© dans le Midi¬† d√©j√† au XIVe si√®cle¬†: aoc. bojar ¬ę¬†remuer¬†¬Ľ en g√©n√©ral, languedocien bouj√° ¬ę¬†verser, transvaser¬†¬Ľ (Al√®s), o√Ļ la notion de va-et-vient est absente.

Le grand poète toulousain Goudouli compare Henri IV à un lion qui boulègue. 

 

Bouler ‘mesurer’

Boul√°, bolar, (a)bouler¬† ¬ę¬†mesurer¬† les coups au jeu de boules¬†¬Ľ. (Voir Ren√© Domergue, Avise, la p√©tanque!). ¬†¬† A Die bolar ¬ę¬†mesurer la distance entre les palets et boules¬†¬Ľ Schook, bolaire ¬ę¬†but, cochonnet (p√©tanque)¬†¬Ľ¬† Schook.¬† boul√° ¬ę¬†mesurer la distance entre les boules et le but¬†¬Ľ (Schook, Tri√®ves).

 

Dans le Midi la racine, probablement celtique, est  *botina L’étymologie de boulà, bolar mériterait des recherches approfondies1  *Botila  est attestée comme bodula dans des textes en latin médiéval de Toulouse et du Limousin. Plusieurs pages avec les variantes dans Ducange , dont:

En ancien occitan existaient existaient : borna, boina, bozola, bodne et bola.Ce dernier surtout en Auvergne. Bola¬† ¬ę¬†borne¬†¬Ľ est attest√© chez Borel en 1655.

Mistral nous fournit toute une série de formes des différentes langues d’oc:

En occitan moderne nous retrouvons les mêmes variantes  d’après les données très incomplètes du  Thesoc : boina* CORREZE, CREUSE DORDOGNE, HAUTE-VIENNE. bòla ALLIER, CORREZE  LOT-ET-GARONNE, PUY-DE-DOME. bolièra TARN-ET-GARONNE. bosòla TARN-ET-GARONNE

et le d√©riv√©¬† ¬ę¬†borner¬†¬Ľ : boinar* CREUSE,¬†HAUTE-VIENNE. bolar CORREZE,¬†PUY-DE-DOME. bornar CORREZE,¬†CREUSE
DORDOGNE, HAUTE-VIENNE, PUY-DE-DOME. botar CORREZE.

Une¬† racine gauloise ¬† *bodina a √©t√© reconstruite √† partir du vieux irlandais buden,buiden ¬ę¬†troupe, groupe arm√©e¬†¬Ľ, et le gallois¬† byddin.¬† Il reste le probl√®me s√©mantique; on voit mal¬† le sens ¬ę¬†troupe, arm√©e¬†¬Ľ passer √† ¬ę¬†borne¬†¬Ľ.¬† Il y a d‚Äôautres racines celtiques qui sont phon√©tiquement proches¬† comme boduo ¬ę¬†combat¬†¬Ľ et bodio ¬ę¬†jaune, brun¬†¬Ľ, mais¬† le passage au sens ¬ę¬†borne, limite¬†¬Ľ n‚Äôest pas non plus facile √† expliquer.

_______________________________

Notes
  1. Nous le trouvons¬† dans le¬† FEW , une fois dans l‚Äôarticle bulla¬† ¬ę¬†bulle, petite boule¬†¬Ľ,¬† et ensuite¬† dans l‚Äôarticle¬† *botina¬† ¬ę¬†borne¬†¬Ľ o√Ļ il cite l‚Äôabb√© de Sauvages (S1)¬† boulejha ou voulejha ¬ę¬†√™tre limitrophe, √™tre contigu, se toucher¬†¬Ľ.¬† D‚Äôapr√®s J.-P. Chambon il faut corriger : Die boular ¬† de¬† bulla¬† I, 611a vers¬† botina¬† I, 466a(1.¬†TrLiPhi n¬į 664).