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Boudego

Boud√©go, bodega s.f. « grande cornemuse de la Montagne noire languedocienne faite dans une peau de ch√®vre enti√®re »¬† m’√©crit une visiteuse. Cliquez sur le lien pour beaucoup plus d’informations! « cornemuse » (Aude); « personne ventrue » (Alibert). Mistral donne aussi le sens « vessie » et boudeo, boudego√ļ « petite cornemuse »: boudegaire « joueur de cornemuse ».

      !  

Ci-dessous, √† gauche: Les peintures du plafond datant du XVe s. du ch√Ęteau de Capestang. Cr√©dit photo : Association de sauvegarde du patrimoine capestanais. A droite : Un tambourina√Įre et un bodega√Įre entament peut-√™tre une « carole » sur un des chapiteaux polychrome de Villardonnel . Cr√©dit photo : JL Matte.

        

Dans le FEW le mot est class√© dans les Incognita, vol.23, p.147a., mais l’auteur ajoute qu’il fait probablement partie de la famille de mots qui sont sortis d’une racine onomatop√©ique *bod-, ce qu’il avait fait d’aiulleurs 50 ans plus t√īt dans le vol. I, p.423a : « boudego « cornemuse » Toulouse, Aude id. M. » Il a d√Ľ l’oublier.

La racine *bod- a le sens de quelque chose de « gonfl√©, renfl√©, lippu ». A ce groupe appartiendraient des mots comme fran√ßais boudin, languedocien boudeno « ventre », occitan boudenfla « enfler », fran√ßais bouder, etc. L’article *bod- du FEW a paru en 1926 et ne fait pas partie des articles revis√©s. 1

Je pense que les repr√©sentants de buttis « tonneau », principalement ancien occitan bot et bouto « outre » ont jou√© un r√īle important dans l’histoire de ce mot. ( Voir bout « outre, tonneau » ci-dessous. Le FEW classe le verbe boudenfla « enfler » dans l’article *bod mais boutenfla dans l’article buttis. Il est √©vident que dans l’evolution les deux familles de mots se sont mutuellement influenc√©es. Il est impossible de distinguer les repr√©sentants de *bod- des repr√©sentants de buttis « sorte de vase » voir bout.

En Catalogne il y en a d’autres: El sac de gemecs « le sac des g√©missements « est un des noms de la cornemuse catalane. Suivant les lieux d’autres vocables seront utilis√©s, dont bot et cabreta (< capra « ch√®vre »). Cette cornemuse poss√®de trois bourdons pendant vers le bas. On la trouve en Catalogne nord (Pyr√©n√©es Orientales), en Catalogne sud (Principat de Catalunya), et √† Mallorca, avec de faibles variantes chaque fois. El bot aran√®s vient du Val d’Aran, cette partie de l’√©tat espagnol qui est en r√©alit√© de langue occitane mais qui a coutume d’utiliser √©galement le catalan. Le bot est une cornemuse rustique qui poss√®de au moins deux particularit√©s :

  • - le pied fonctionne avec une anche simple (comme sa proche voisine gasconne, la boha, et contrairement au sac de gemecs).
  • - il n’a pas de bourdon, ce qui est rare pour une cornemuse… Il se joue en doigt√© ouvert ou ferm√©, en fonction de la fabrication.

 

                                                                                    Bot aranes et                                                                                       el sac de gemecs

Dans Wikipedia catalan il y a une page sur les cornemuses en Europe!

Voir aussi l’article bout « tonneau, outre ».

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Notes
  1. Pour les tr√®s int√©ress√©s il y a l’article prelat.bot(t)-; bond-/bold-; but(t)-;pott- ‘gonfiore; cavit√†’ dans le LEI

Bouf-

Boufadou, ¬ę¬†soufflet rustique en sarbacane¬†¬Ľ, d√©riv√© de l‚Äôancien occitan bufa ¬ę¬†soufflet de forge¬†¬Ľ.¬† Un bouffadour¬† √† Murat (Cantal) √©tait un ¬ę¬†canon de fusil avec lequel on allume le feu en soufflant dedans¬†¬Ľ. Un des nombreux repr√©sentants d‚Äôune onomatop√©e *bouf- ou *pouf- qui d√©signent quelque chose de ¬ę¬†gonfl√©¬†¬Ľ, puis ¬ę¬†souffler¬†¬Ľ, aoc. bufar, bofar ¬ę¬†souffler¬†¬Ľ. Bouffer, fr.r√©g. ¬ę¬†souffler¬†¬Ľ dans l‚Äôexpression ¬ę¬†le vent n‚Äôarr√™te pas de bouffer.¬†¬Ľ (Mathon,2003).

Boufounados « fac√©ties » dans le titre du livre du n√ģmois Roustan, Boufounados en vers patois ount√© y a d√© qu√© rir√© √© d√© qu√© ploura, N√ģmes, Durand-Belle, 1829, fait partie de la m√™me famille de mots, mais le sens a √©t√© emprunt√© √† l’italien buffone comme le fran√ßais bouffon.

En n√©erlandais existe le mot bof¬† « oreillons, maladie des enfants ». Le sens le plus ancien de bof est « coup, baffe » (ca.1350). Cf. EWN. Le r√©sultat d’un coup est souvent que la partie du corps frapp√©e *boffe « gonfle », sens attest√© en moyen n√©erlandais. Mais √† la fin du XIXe si√®cle l’√©volution du sens a pris une tournure inattendue > « chance », et le verbe boffen « avoir de la chance » a √©t√© cr√©√©, probablement sous l’influence d’expressions een slag slaan comme fran√ßais r√©ussir un coup.

Boufar√®ou¬† ¬ę¬†santon de la cr√®che, l‚Äôange boufar√®ou¬†¬Ľ Ce d√©riv√© de bouf- est d√©j√† attest√© dans S. avec le sens ¬ę¬†joufflu¬†¬Ľ. Dans la chanson des santons¬†: ¬ę¬†L’ange Boufareou qui sonne la trompette¬†¬Ľ.

Boufaire, ¬ę¬†jeune lapin¬†¬Ľ. Le sens attest√© est ¬ę¬†grand mangeur¬†¬Ľ, du verbe boufa ¬ę¬†manger gloutonnement¬†¬Ľ, d√©r. de l‚Äôonomatop√©e *bouf-¬† ¬ę¬†gonfl√©¬†¬Ľ.

Boufigue ¬ę¬†ampoule dans les mains¬†¬Ľ . D√©r. de *bouf-¬† En occitan le sens va de ¬ę¬†petite enflure¬†¬Ľ jusqu‚Äô√† ¬ę¬†vessie¬†¬Ľ.

Bouirons ‘civelles’ et la pisciculture...

Les bouirons¬† sont les toutes petites anguilles, en fran√ßais les « civelles : Jeune anguille, de la taille d’un gros ver, ainsi nomm√©e √† la fin de sa p√©riode larvaire,…TLF). En cherchant des attestations du mot arabic « esp√®ce de moustiques », j’ai suivi les indications de E.Rolland Faune et j’ai retrouv√© l’article du baron de Rivi√®re sur les anguilles en Camargue intitul√© :

Le baron¬† de Rivi√®re1, un homme tr√®s cultiv√©, donne un aper√ßu de l’histoire de la pisciculture depuis l’antiquit√©.¬† Il fait des propositions pour¬† d√©velopper l’√©levage des anguilles en Camargue. Il a beaucoup voyag√© et il conseille aux p√™cheurs camarguais de suivre l’exemple des Hollandais.¬† En effet l’√©levage et la consommation de l’anguille¬† y est/√©tait importante. Mais la capture des civelles pour le march√© asiatique et la pollution¬† menacent la reproduction de l’anguille. Voir l’article dans Wikipedia. Plusieurs copains qui connaissent bien la Camargue, m’ont dit qu’il n’y en a plus pratiquement. Dans le cadre de l’Europe, il y a actuellement des tentatives de faire revivre l’aquaculture ou pisciculture des anguilles. Voir cet article en anglais.

tête de civelle de 12 jours

Dans ses  Considérations2 , le baron nous fournit plusieurs mots locaux camarguais.

Bouirons

      

L’ennemi le plus dangereux a √©t√© l’homme. Il n’y en a presque plus.

L’√©tymologie de bouiron¬† est le latin botryo, botryonem « grappe de raisins », mot emprunt√© au grec.¬†¬† L’image ci-dessus explique bien l’√©volution s√©mantique « grappe de raisins » > « grappe de civelles ». Antoine Thomas¬† nous fournit une signification analogue et une explication plus pr√©cise:

bouiron1Thomas

bouiron2

Le FEW (I, 467a) suit Mistral et¬† classe birounado¬† comme d√©riv√© de bouiron. Comme il s’agit d’un article du FEW qui ne sera pas revu ni corrig√©, j’ai consult√© le LEI¬† s.v. botryo, -onem. L√†, il y a une remarque int√©ressante concernant l’influence du grec dans la Gallia Narbonenis . Le gr√©cisme botro se serait r√©pandu √† partir de la colonie phoc√©enne en Asie Mineure et le type botryone aurait √©t√© cr√©√© dans le latin parl√© dans la Gallia Narbonensis, ce qui expliquerait la survivance de bouiroun « grappe de vers enfil√©s pour la p√™che des anguilles » en occitan (cf. ci-dessous Mistral)¬† et botiro¬† avec le m√™me sens ¬† en catalan.

A plusieurs reprises nous avons constat√© qu’un mot grec a √©t√© introduit en occitan et notamment en languedocien, directement par les Grecs et non pas par les Romains.¬† Si cette explication vaut √©galement pour bouiron¬† c’est le grec ő≤őŅŌĄŌĀŌÖŌČőĹ √©volu√© en botryon en latin languedocien de l’√©poque,¬† qui est √† son origine.¬† Voir aussi l’article petas ou pedas.

Fréderic Mistral  a plusieurs significations et deux dérivés  dans son Trésor:

Bouiroun1 Mistral

 

Les autres mots camarguais que j’ai trouv√©s dans les Consid√©rations¬† du baron de Rivi√®re, sont:

Les pougaou « anguilles de 500 gr environ ».

Les bomarenques¬† « anguilles de 125 gr »

Les pounchurotes¬† « petites pointues » synonyme de lufru.

Les margagnons¬† ou¬† lachinans,¬† qu’on appelle¬† soufflards¬† dans quelques localit√©s.

Le¬† cod¬† « filet √† anguilles »

Les¬†¬† boutiques ou bascules, appel√©s¬† serves¬†¬† dans le Midi. Ce sont des bateaux perc√©s de trous en communication avec l’eau.

Les¬† anguilles de d√©gout¬† et¬† d√©goutter les anguilles.¬†¬†¬† Degouttar avec le sens¬† « √©goutter » est un d√©riv√© de goutte¬† du latin gutta qui avait le m√™me sens. Le verbe¬† et le substantif¬†¬† d√©gou(t) sont assez courants en est-occitan.

En languedocien il y a un dicton s√© noun pl√≥ou d√©gouto¬† « se dit par rapport √† tous ceux √† qui √©choit une chance au-dessous de leurs pr√©tentions, mais encore passable »

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Notes
  1. Il s’agit probablement de Louis de Rivi√®re, maire de Saint-Gilles. C’est lui aussi qui a d√©montr√© la possibilit√© de la culture du riz en Camargue.
  2. Consultable ici en format PDF: Considerations_Rivière

Bouisserola "raisin d'ours"

Bouisserola « raison d’ours » ou « busserole, bousserole »¬† en fran√ßais qui a¬† emprunt√© ce dernier √† l’occitan √† la fin du XVIIIe si√®cle. Le nom courant en fran√ßais est « raisin d’ours ».¬† Le nom¬† botanique est arctostaphylos officinalis. Etymologie : bouisserola est¬† d√©riv√©¬† de bouisso « touffe, branche de buis » un¬† d√©riv√© de bouis¬† « buis » buxus en latin.

Pouzolzdonne une description exhaustive dans le tome 2 de sa
Flore du département du Gard :

qu’il termine ainsi:

Les feuilles de la busserole sont encore utilis√©es en phytoth√©rapie et en hom√©opathie, mais pour d’autres maladies.

Un bouissiero¬† est un « lieu plant√© de buis », nom qu’on retrouve dans de nombreux toponymes. Quelques exemples tir√©s de¬† Longnon:

La toponymie est une science qui pose beaucoup de pi√®ges!¬† Un¬† Boisset¬† n’est pas un petit bois!

 

Boulechou

Boulechou « filet de p√™che utilis√© sur l’√©tang (sc. de Thau), tir√© par deux nacelles » (Cov√®s). Alibert boleg, bolieg « boulier (filet de p√™che); p√™che √† la tra√ģne. D√©riv√© bolejon « filet de p√™che √† mailles √©troites ». Catalan bolitx.¬† Bouletchou¬† vient du grec¬† ő≤őŅőĽőŅŌā (bolos) emprunt√© par les Romains¬† > latin bolus « coup de filet ». Une vid√©o sur la p√™che au bouletchou. √† M√®ze.

Le boulechou [boul√©tchou] qui s’appelle ailleurs bouli√©, bouliech (Mistral) et en ancien occitan bolech (Levy) a subi une m√©tamorphose en passant au fran√ßais pour devenir un »boulier« .

  

Pourtant le boulechou « boulier »¬† n’a rien √† voir avec la p√©tanque.

L’histoire de ce mot est assez amusante et montre l’ignorance des Fran√ßais de la langue occitane. En occitan existe le mot b√≤u « coup de filet; produit d’une p√™che par bateau; poste que doit occuper un p√™cheur pour ne point endommager les filets des autres ». Mistral donne les formes b√≤u, vol et bol pour le languedocien. Tira lou b√≤u « lever le filet ». L’√©tymologie de ce mot est le latin bolus « coup de filet » ou directement le grec ő≤őŅőĽőŅŌā .

Mais il y a un autre b√≤u ou buou en occitan. Il faut dire que ce b√≤u¬†venant du latin bovem « boeuf », est plus¬† connu¬† et les francophones ont confondu bolus > b√≤u « coup de filet » et bovem > b√≤u « boeuf » de sorte que nous trouvons dans le TLF s.v. boeuf :¬† « Bateau-bŇďuf, chalut-bŇďuf.¬† Le chalut-bŇďuf est un filet tir√© par deux bateaux op√©rant comme une paire de bŇďufs tra√ģnant une charrue«  (A. BOYER, Les P√™ches mar., 1967, p. 54). »¬† Cette explication de A.Boyer est erronn√©e bien s√Ľr. Il s’agit d’une forme d’explication qu’on appelle √©tymologie populaire, mais l’image est tellement forte qu’on a appel√© le m√™me type de filet tir√© par un seul bateau une vache.(Je n’ai pas encore retrouv√© l’attestation). Voir pour une histoire analogue l’article ser volant.

une vache

D’apr√®s le TLF le boulechou s’appelle en fran√ßais la ¬ę dreige ¬Ľ, le ¬ę gangui ¬Ľ, la ¬ę drague ¬Ľ ou ¬ę chalut ¬Ľ (…) et est constitu√© par une poche conique ou quadrangulaire fabriqu√©e en filet, qui est tra√ģn√©e sur le fond, l’ouverture b√©ante (BOYER, P√™ches mar., 1967, p. 53).


Mon texte et l’image ci-dessus viennent de Henri de la Blanch√®re, La p√™che et les poissons. Paris 1868. Vous voyez qu’en 1830, bien avant les d√©crets de Bruxelles, il y avait d√©j√† une r√©glementation tr√®s stricte concernant la p√™che avec lou boulechou.

Le contr√īle n’a pas √©t√© assez s√©v√®re, puisque de nos jours le Chalut p√©lagique ou le boulouchou ou boulier ou gangui est un pi√®ge √† c√©tac√©s. Prises accessoires de c√©tac√©s, une menace pour la biodiversit√©.La flotte fran√ßaise de chalutiers p√©lagiques est, de loin, la plus importante d’Europe. Voir le site de¬† Greenpeace pour plus d’information.

Le mot fran√ßais boulier « long filet √† poche tra√ģn√© par bateau le long des c√ītes ou tendu aux embouchures des √©tangs sal√©s » est un emprunt √† l’occitan. Le dictionnaire de Bescherelle de 1845 h√©site entre diff√©rentes graphies : boulier, bouli√®che, boulli√®re, bouillette, bouliche, boul√®ch. Voir √† ce propos le TLFboulier.

Le fils de Raymond Jourdan de Montagnac¬† m’a envoy√© en commentaire :

Bonjour,
dans ses souvenirs, mon p√®re √©voque un bateau, au Grau d‚ÄôAgde, qu‚Äôil appelle ¬ę¬†mourr√© d√© porc¬†¬Ľ(bateau √† l‚Äô√©trave camarde) qui servait pour la p√™che avec un filet tir√© par deux bateaux appel√©s en fran√ßais bateaux-boeufs.
Dans Mistral (page 1078), je trouve à l’article VACO, BACO, BAQUE, VACHO la définition suivante :
¬ę¬†faire la vaco¬†¬Ľ : se dit d‚Äôune tartane qui tra√ģne un filet de p√™che, par opposition √† ¬ę¬†faire lou buou¬†¬Ľ, qui se dit de deux tartanes qui tra√ģnent un filet de conserve.
On retrouve donc la vache et le boeuf comme vocabulaire de la pêche en Méditerranée.

J’aimerais conna√ģtre la source de Mistral.¬† Dans son article boulier, boulietch¬† il √©crit que le bouliech est une m√©thode de p√™che s√©toise.

     

La forme¬† b√≤u du latin bovis¬† « boeuf » est tr√®s, tr√®s rare en occitan, et m√™me¬† inconnue en languedocien o√Ļ on dit biou¬† (Voir le Thesoc).¬†¬† B√≤u, bol signifie « coup de filet » et vient en effet du grec ő≤őŅőĽőŅŌā comme il √©crit.¬† A un moment quelqu’un, un estranger ?, a confondu¬† le b√≤u¬† et le biou,¬† pour rigoler, ¬† ce qui a abouti au chalut-boeuf, et la vache.¬†¬† Faire un b√≤u blanc « ne rien prendre »¬† (Mistral).¬†¬†

 

 

 

Boulegàr

Bouleg√†r ¬ę¬†secouer, agiter¬†¬Ľ. Verbe tr√®s usit√© pendant la saison des lotos.

En principe ¬ę¬†avec un mouvement de va-et-vient ». En ancien occitan est attest√© se bolegar ¬ę¬†se remuer, s‚Äôagiter¬†¬Ľ, d‚Äôun latin *bullicare, d√©riv√© de bullire ¬ę¬†bouillir¬†¬Ľ ou de bullare ¬†¬ę¬†s‚Äôagiter, remuer en parlant de l‚Äôeau¬†¬Ľ = ¬ę¬†faire des bulles¬†¬Ľ.¬† Le mot occitan a √©t√© pr√™t√© au patois du nord, et d‚Äôautre part la forme d‚Äôo√Įl bouger ¬†a p√©n√©tr√© dans le Midi¬† d√©j√† au XIVe si√®cle¬†: aoc. bojar ¬ę¬†remuer¬†¬Ľ en g√©n√©ral, languedocien bouj√° ¬ę¬†verser, transvaser¬†¬Ľ (Al√®s), o√Ļ la notion de va-et-vient est absente.

Le grand poète toulousain Goudouli compare Henri IV à un lion qui boulègue. 

 

Bouler ‘mesurer’

Boul√°, bolar, (a)bouler¬† ¬ę¬†mesurer¬† les coups au jeu de boules¬†¬Ľ. (Voir Ren√© Domergue, Avise, la p√©tanque!). ¬†¬† A Die bolar ¬ę¬†mesurer la distance entre les palets et boules¬†¬Ľ Schook, bolaire ¬ę¬†but, cochonnet (p√©tanque)¬†¬Ľ¬† Schook.¬† boul√° ¬ę¬†mesurer la distance entre les boules et le but¬†¬Ľ (Schook, Tri√®ves).

 

Dans le Midi la racine, probablement celtique, est  *botina L’étymologie de boulà, bolar mériterait des recherches approfondies1  *Botila  est attestée comme bodula dans des textes en latin médiéval de Toulouse et du Limousin. Plusieurs pages avec les variantes dans Ducange , dont:

En ancien occitan existaient existaient : borna, boina, bozola, bodne et bola.Ce dernier surtout en Auvergne. Bola¬† ¬ę¬†borne¬†¬Ľ est attest√© chez Borel en 1655.

Mistral nous fournit toute une série de formes des différentes langues d’oc:

En occitan moderne nous retrouvons les mêmes variantes  d’après les données très incomplètes du  Thesoc : boina* CORREZE, CREUSE DORDOGNE, HAUTE-VIENNE. bòla ALLIER, CORREZE  LOT-ET-GARONNE, PUY-DE-DOME. bolièra TARN-ET-GARONNE. bosòla TARN-ET-GARONNE

et le d√©riv√©¬† ¬ę¬†borner¬†¬Ľ : boinar* CREUSE,¬†HAUTE-VIENNE. bolar CORREZE,¬†PUY-DE-DOME. bornar CORREZE,¬†CREUSE
DORDOGNE, HAUTE-VIENNE, PUY-DE-DOME. botar CORREZE.

Une¬† racine gauloise ¬† *bodina a √©t√© reconstruite √† partir du vieux irlandais buden,buiden ¬ę¬†troupe, groupe arm√©e¬†¬Ľ, et le gallois¬† byddin.¬† Il reste le probl√®me s√©mantique; on voit mal¬† le sens ¬ę¬†troupe, arm√©e¬†¬Ľ passer √† ¬ę¬†borne¬†¬Ľ.¬† Il y a d‚Äôautres racines celtiques qui sont phon√©tiquement proches¬† comme boduo ¬ę¬†combat¬†¬Ľ et bodio ¬ę¬†jaune, brun¬†¬Ľ, mais¬† le passage au sens ¬ę¬†borne, limite¬†¬Ľ n‚Äôest pas non plus facile √† expliquer.

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Notes
  1. Nous le trouvons¬† dans le¬† FEW , une fois dans l‚Äôarticle bulla¬† ¬ę¬†bulle, petite boule¬†¬Ľ,¬† et ensuite¬† dans l‚Äôarticle¬† *botina¬† ¬ę¬†borne¬†¬Ľ o√Ļ il cite l‚Äôabb√© de Sauvages (S1)¬† boulejha ou voulejha ¬ę¬†√™tre limitrophe, √™tre contigu, se toucher¬†¬Ľ.¬† D‚Äôapr√®s J.-P. Chambon il faut corriger : Die boular ¬† de¬† bulla¬† I, 611a vers¬† botina¬† I, 466a(1.¬†TrLiPhi n¬į 664).

Bouligoulo

Bouligoulo, boligoulo « agaricus eryngii », un genre de pleurote.¬† Je trouve par hasard¬† ce nom¬† dans le tome V du Dictionnaire des sciences naturelles¬† de 1817 :

bouligoulo autre

J’ai d√©j√† √©crit un article sur ce champignon: barigoulo.

Vous verrez qu’il faut se m√©fier des auteurs de dictionnaires. Le mot boligoule n’est pas « proven√ßal et languedocien, mais limit√© √† Aix en Provence, Et¬† l’√©tymologie bonis gulae¬† litt√©ralement a « bonne gueule » mais a aucun fondement.

Par contre il me semble que la recette  À la barigoule. Manière d’apprêter les artichauts en remplaçant le foin par une farce à base de champignons et d’oignons, et en les faisant cuire dans l’huile (TLF)  vaut **

Boulmière-bolmeria

Boulmi√®re « local du bain; cuves des tanneurs ».¬† Depuis plus d’un an mon amie ¬† La dormeuse¬† me poursuit pour conna√ģtre¬† le sens exact et l’√©tymologie de boulmi√®re.¬† Ci dessous un extrait de son blog:

Carte dress√©e en 1766, du ‚Äúmoulon du pont de Raillette jusqu‚Äôau ruisseau de Contirou et √† la rivi√®re de l‚ÄôHers jusqu‚Äôau grand pont sur la dite rivi√®re‚ÄĚ. En haut √† gauche le n¬į 1 en bordure d’un ruisseau¬† (!!), 1. Jacques Rivel, marchand tanneur : maison servant d‚Äôadoubairie √† tanner des cuirs7 avec un patu8 ou boulmi√®res9, jardin et breil √† Countirou

J’ai fait des recherches sans trouver la r√©ponse.¬† C’est elle qui l’a trouv√©e en fin de compte:

La source est l’article de J.-L. Abb√©, Paysage urbain et rural √† Limoux, d’apr√®s une source m√©connue: le terrier royal de 1316. Trouv√© par la Dormeuse¬† dans le Bulletin de la Soci√©t√© Scientifique de l’Aude, CIII (2003), 91-100.

cuve de tanneur

La suite de cette trouvaille est un magnifique article sur les boulmières,  avec de très nombreuses images dans  la Dormeuse blogue 3.

Il y a encore beaucoup de travail à faire pour les philologues et linguistes occitanistes. Voir à ce propos  J.-P. Chambon, Développement et problèmes actuels des études occitanes.

Dans les articles du FEW¬† balneare, balnearia, balneator, balneolum, balneum ,¬† il n’y a aucun mot en rapport avec la tannerie1.

Pourtant il y a une petite phrase dans l’article balnearia¬† du FEW qui va dans la direction¬† que nous cherchons √† savoir le sens « cuve ».¬†¬† En occitan est attest√© bagniero¬† « lieu o√Ļ l’on se baigne; bains d’eau thermale », √©galement dans les toponymes Bagni√®res. L’auteur se demande si le r√©toroman2 bagn√®ra¬†¬† « cuve pour le linge; grande cuve » viennent directement de balnearia¬† ou qu’il s’agit de cr√©ations √† partir du verbe balneare « baigner ».

Le plus int√©ressant est le fait que d’apr√®s les donn√©es de l’ALF, presque partout dans le Sud-Est¬† « mouiller, tremper » est traduit par¬† le verbe banhar ¬† du latin ¬† balneare . Ci-dessous la carte tir√©e du livre¬† Lectures de l’ALF par Guylaine Brun-Trigaud3

L’emploi de balneare¬† > banhar pour¬† « mettre les peaux dans des cuves » par les tanneurs¬† a logiquement entra√ģn√© le sens de balnearia > boulmi√®re > « cuve pour les peaux ».

Les attestations de¬† Limoux (Aude) de 1316 ne sont certainement pas les plus anciennes, mais nous n’avons pas mieux pour le moment.

Le nom de lieu¬† Bagni√®res¬† est attest√© pour la premi√®re fois en 1258 :¬† Decimarium Beate Marie de Banheriis. (par l’abb√© Sabarth√®s).

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Notes
  1. Il faut dire que le premier vol. du FEW date de 1922-1928 et la lettre A a √©t√© enti√®rement refaite √† partir des ann√©es ’70 (3 volumes maintenant), mais la lettre B est rest√©e la parent pauvre.¬†¬† A part les mots d’origine germanique ou autre¬† 13 nouvelles r√©dactions ont vu le jour et il y a encore une quarantaine en pr√©paration, dont balneare. Je pense que le d√©riv√© balnearia « bains, salle de bains » y sera inclus
  2. parlé en Suisse
  3. cf. Sources et liens s.v. ALF

Bounitou et sardina

Français bonite est le nom vernaculaire donné à plusieurs espèces de poissons, cousins des thons, et appartenant à la famille des Scombridae.

Les gourmets consid√®rent la bonite comme le meilleur de tous les thonid√©s, sup√©rieur au thon et √† tous les autres, d’ailleurs le terme d√©rive de l’italien bonito qui lui-m√™me d√©riverait du latin bonus qui signifie ¬ę¬†bon¬†¬Ľ. Il est parvenu aux fran√ßais via le sud est de la France, du Languedoc-Roussillon o√Ļ on l’appelle Bounitou, de la Provence, Bounicou, Boussicou ou Palamida. (Wikipedia).

Pour le TLF l‘origine est espagnole, qui l’a pr√™t√© par une lettre √† l’italien, qui l’a fait passer au languedocien pour enfin arriver en fran√ßais.

Pour dire la v√©rit√© ce genre de « recherches » √©tymologiques ne m’int√©resse pas du tout. L’auteur de l’article du TLF non plus; il donne comme √©tymon latin bonnus qui n’existe pas.¬† D’ailleurs, je ne suis pas convaincu. Pour que des Italiens 1¬† ou des Languedociens appellent le meilleur de tous les thonid√©s¬† bounitou, ils n’attendent pas le XVIe si√®cle et la parole des Espagnols.

bounito ou palamys sarda

Sardina du latin sardina « clupea sardina » est un d√©riv√© de sarda un emprunt au grec sarda « sorte de thon p√™ch√© autour de Sardaigne ».

En ancien occitan sarda est le nom d’un « poisson du genre scombre, sardine, clupea pilchardus » (1153-15e s.), pass√© en fran√ßais au XIIIe s.¬† TLF : Poisson de la famille des Scombrid√©s appel√© aussi bonite ou p√©lamide.

 

Notes
  1. D’apr√®s le LEI , Bd.¬†6,¬†Sp.¬†1047, les attestations de bounitou viennent surtout de la Ligurie, qui voisine avec la Provence; l’italien pr√©sente la forme¬† bonita