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Alapeda ‘asphodèle’

Alapeda « asphodèle », attesté à Nice, Lezan (Thesoc) et à Alès. L’étymologie  est inconnue, (FEW XXI, 188-18/9),  L’abbé de Sauvages l’appelle alêdo, attesté aussi  dans l’Aveyron, le Gard et surtout dans l’Hérault (Thesoc); dans l’Aveyron on dit ausst l’ orouódo, tous avec un changement de suffixe, à Tarascon c’est alègue d’après Mistral.  Ces noms   ,  seraient d’origine pré-indoeuropéen.  A ne pas confondre  avec arapède  « mollusque ».    .

asphodèleWikipedia Asphodelus albus Mill., 1768

L’abbé de Sauvages donne dans la 2z édition de son dictionnaire les noms que voici:

aledo S    et Coutelo_ aledo S

 Il y a donc encore des recherches à faire.

Un occitaniste a cru devoir  enrichir sa langue avec en empruntant asfodèl au français dans Wikipedia occitan:

Los asfodèls tanben nomenat correntament porraca o alapeda son de plantas vivaças monocotiledonas, apartenent a la familha de las Liliacèas dins las clissificacion classica e dins la classificacion filogenetica son dins la familha dels Asphodelaceae e del genre Asphodelus.

Pour l’étymologie du  nom asphodèle voir l’article asphodelus du FEW, XXV, 491  en français !

dourna ‘cruche’

Un visiteur me demande:
« Bonjour, le mot « dourne » est bien occitan ? On m\’a raconté qu\’il veut dire « pot » (et « tête »). »/

J’ai pu lui répondre :

« En effet dourna « cruche » du latin urna idem. est occitan.  . Le sens « tête » n’est attesté qu’en français urne,  chez Huysmans (1879). Voir FEW XIV, 63 et l’explication du d- p. 64. ».

Le mot est inconnu en provençal.

Dérivés avec la même étymologie:
dournado « contenu d’une cruche », dournedo, dournet « petite cruche »,  dournhè« évier »  (Toulouse).

Le Pégorier donne les toponymes suivants: Dournié : évier – Gers. Dourneto : petite cruche – Toulouse anc. Dourno nf. : cruche – Toulouse, Gers. Il y a aussi âs mal de familles Dournes.

Un peu de pub : Château de Dournès, F-81700 Blan, www.chateau-de-dournes.fr

Dournes Chateau de
,

dailler ‘tacler’

dailler ‘tacler’, voir  l’article  dalio, dalià

Espargoule ‘pariétaire; asperge’

Espargoule « pariétaire; asperge » vient d’un latin médiéval des botanistes spergula « plante du genre Galium« (?). Les botanistes du Moyen Âge, qui étaient en général médecins et pharmaciens, ont latinisé le mot provençal espargoulo un dérivé  du latin asparagus « asperge ».  Le nom espargoulo  est limité au provençal + le département du Gard, attesté notamment à Saint-André de Valborgne. Voir Le FEW XXV, 464 pour les attestations, colonne à gauche, à partir de 2aα. En  languedocien espargola, espargou(l) désigne « l’asperge » ! Attestations dans la même page, en bas à partir de 2aβ.

L’histoire de ce mot provençal se trouve à la page 466 et est rédigée en FRANÇAIS.  Il suffit de cliquer sur le lien !

parietaire    pariétaire Parietaria_officinalispariétaire.      asperge-sauvage asperge sauvage

Spergula a été adopté par Linné (1753) comme nom d’un genre de plantes herbacées de la famille des Caryophyllacées. (Wikipedia)

spergula arvensis spergula arvensis

ampouleto ‘mâche’

Ampouleto, ampouleta est le nom de la mâche (Valerianella locusta) dans le Gard, l’Hérault et la Lozère. L’étymologie est un croisement du latin pullus + ampula. (FEW IX,537).

Vous pouvez vous demander quel est le rapport entre une salade, une poule et une ampoule ou vase à large ventre ?

Or, dans les parlers franco-provençaux et quelques parlers occitans  la mâche s’appelle grasso poulo ou poulay grasse. Ce nom est même mentionné dans l’Encyclopédie de Diderot et le premier Larousse poule grasse.
Mario Rossi donne une réponse dans son Dictionnaire étymologique et ethnologique des parlers brionnais : bourgogne du sud. 2 juin 2004., hélas sans nous fournir  sa source. Il écrit qu’à l’origine la poule grasse est la lampsane1  :

Rossi MacheCette  histoire de poult  me semble peu convaincante.  Un premier problème est posé par  le fait que pou, pous rarement poul du latin pŭls « bouillie » est en général masculin, ce qui aurait donné *le pous gras. Secondo, dans les dérivés c’est un -t- qui apparait et non pas un -l-: par exemple potie « grain de poussière », Barcelonnette poutilhas « bouillie de farine », occitan poutigno « chassie ». Voir pour beaucoup  d’exemples le FEW IX, 549 et suivantes. Enfin la lapsana s’appelle Gallina grassa ou  Erba delle mammelle en italien; il est donc très probable que poule grasse est une simple traduction du nom latin ou italien.

Déjà le Lozérien  Guy de Chauliac  (1298-1368)  parle de gallina grassa qui entre dans la composition de l’ onguent verd des herbes qu’il recommande à mettre sur de vieilles playes. (Dans la Grande chirurgie de Guy de Chauliac p,677.La recette se trouve à la p.617-618. )  Il est donc possible qu’il ait simplement traduit le nom régional en latin, mais je pense que c’est plutôt l’inverse.. ( Cf. RollandFlore 6,p.294, que vous pouvez consulter dans le site de Plantnet ). D’après l’éditeur du texte de Guy de Chauliac il existe dans la bibliothèque du Vatican un manuscrit du Moyen Âge avec la traduction en provençal. Il serait intéressant de savoir comment  le latin gallina grassa a été traduit.

La lampsana et la mâche ont ceci en commun que les feuilles se mangent en salade, ce qui explique le transfert du nom poule grasse.

ampouleto

ampouleto

poule grasselapsana

 Le FEW suppose que  la forme ampouletta   est née par étymologie populaire de la poula > la pouletta > l’ampouletta.
L’étymologie populaire est un procédé analogique par lequel le sujet parlant rattache spontanément et à tort un terme ou une expression dont la forme et le sens sont pour lui opaques à un autre terme ou expression mieux compris par lui, mais sans rapport.
Dans ce cas la forme du bouton de la fleur est associée à une ampoule.

Voir  FEW IX,537

 

Notes
  1. poule grasse « lampsana communis » ou lapsane  est attesté en français depuis 1784, signification répandue surtout dans la langue d’oïl

trenaire ‘tresseur’

Trenaire « tresseur » un mot occitan et franco-provençal, est dérivé de l’ancien occitan trena « tresse, chaîne tressée ». Les formes occitanes, arpitanes, catalanes et autres ibéro-romanes1 avec -e-  obligent à supposer une étymologie *trĭnus avec un -ĭ- court, inexpliqué, tandis que l’italien trina vient du latin trīnus ‘triple, trois fois » avec un -ī- long.

Henri Bel écrit « Lou poulit trenayre de deskos »

 

 

 

Notes
  1. Voir FEW XIII/2, 286-287.

Desco ‘panier’

ShareHenry Bel, dont j’ai déterré l’étude de phonétique historique sur le patois de Valleraugue,  s’est lancé aussi dans la traduction de Mireio de Frédéric Mistral. Je n’en ai retrouvé que trois groupes du Chant 5.  Voici les premiers vers:

Mistral:
Un vèspre dounc, en la Crau vasto,
Lou bèu trenaire de banasto
A l’endavans d’Ourrias venié dins lou droiòu.

Henri Bel
Un vèspre doun, din lo Kràw basto
Lou poulit trenayre de deskos
Ol doban d’Ourrias benyò din lou koroyrou.

Traduction
Un soir donc, dans la vaste Crau,
le beau tresseur de bannes,
à la rencontre d’Ourrias, venait dans le sentier.

Henri Bel a  adopté non seulement  une graphie qui lui permettait de bien rendre la prononciation locale, mais aussi un vocabulaire différent de celui de Mistral, dont

Desko(s)

« grande corbeille ronde; panier rond; personne à la démarche lourde et gauche »(desca Alibert).

Etymologie: latin discus emprunté au grec δίσκος « disque à lancer ». Le mot avait déjà pris le sens « assiette, plat » chez les Grecs au premier siècle. Discus chez les Romains est un palet en pierre ou en fer, un plat ou un plateau ou un cadran solaire. Dans la langue latine écrite un palet ou un disque s’appelle orbis, mais dans la langue parlée, l’origine des langues romanes, c’est plutôt discu.

Le sens « disque à lancer » s’est perdu avec la pratique de ce sport à la fin de l’empire romain.

Les langues germaniques et celtiques ont adopté très tôt discus avec le sens « grand plat rond ».

Nous le retrouvons en breton disk, en anglais dish « plat, vaisselle », en danois disk « assiette », mais curieusement pas dans les langues romanes à quelques exceptions près. Ensuite discu prend le sens « table » comme en allemand Tisch et néerlandais dis « table », opdissen « mettre sur la table » 1, ce qui s’explique par le fait que les Germains mangeaient souvent avec des petites tables individuelles. Tacite 2 écrit « separatae singulis sedes et sui cuique mensa« (pour tous une chaise séparée et sa propre table) .

desc2

Les premières attestations de  discu devenu  deis  en ancien français et  des(c) en ancien occitan désignent une « (grande) table« , mais elles sont plutôt rares.

Le mot deis désigne par la suite aussi le « pavillon qui surmonte une table seigneuriale, puis aussi un lit un trône, un autel, ou qui est porté au-dessus du Saint Sacrément dans les processions. L’ancien occitan dèi est un « dais d’église ».

dei

Comme le sens « disque » de des(c)  avait disparu depuis longtemps, il faut supposer que le sens « grande corbeille » s’est développé en occitan à partir du sens « table ». Il a du s’agir d’abord de grands paniers ronds et peu profonds.

desco

L’ancien occitan disc« panier » est encore utilisé à Lézignan, Béziers, et quelques autres endroits. Le dérivé desca, desco est plus répandu.

Un lecteur italien m’informe : « En Italien, on trouve le mot masculin « desco » ( = « table »). On l’ultilise que dans la poésie.« . Merci !

Notes
  1. Actuellement uniquement au figuré « raconter des balivernes« .
  2. La Germanie 22

Acuchar « mettre en tas, charger &...

Acuchar « charger (le foin) » vient probablement du gaulois *kūkka que nous retrouvons dans les parlers du sud-est, en franco-provençal avec le sens « cime » et en provençal avec le sens « tas ». Voir FEW II, 1491. Il n’est pas clair si les deux significations existaient déjà en gaulois?

En ancien provençal est attesté cucho « tas de paille », en provençal moderne au Queyras cucho « tas, tas de bois qu’on met dans le four ».

Le verbe acuchar « entasser, amonceler » se trouve dans les parlers de l’Est, du francontois jusque dans le Var.

A Die on dit acucha lo ben! en offrant du vin (Han Schook). Claudette Germi, Les mots de Gap écrit « entasser; charger au maximum (un véhicule) ». Le verbe acucher est encore très vivant à la campagne.

acuchar

Couladou, chemin du -. Manduel

Le chemin du Couladou  à Manduel.  (Plan A4). Etymologie : Couladou  est dérivé du latin lare  « filtrer, épurer ». Le verbe ancien occitan   colar signifie « faire passer un liquide (surtout le lait) à travers un filtre »; de nos jours c’est devenu « filtrer » tout court. Voir  FEW II, 877 ss

Dans l’article de Chantal Lombard, LES TARAIETTES, JOUETS POPULAIRES DE PROVENCE MUSÉE D’HISTOIRE DE MARSEILLE. Chantai LOMBARD Chargée d ‘étude j’ai  trouvé  dans le paragraphe 9  une taraiette  : «  Pour filtrer – filtre à eau, couladou. ».

Il est sûr que le chemin du Couladou  à Manduel  ne doit pas son nom à un jouet, mais je pense qu’il y a (eu) une station d’épuration d’eau ou de ruisseau.

D’après google ce chemin se trouve à la sortie du village direction Bouillargues.

CouladouManduel

Je dois encore aller faire une photo. Il n’y a pas de ruisseau, ni de station.  Peut-être un filtre pour le lait? ou le vin?

Mistral nous donne les sens suivants

1. Ce qui coule en une seule fois; éboulis, avalanche.
2. Bout de linge qu’on met dans le trou du cuvier pour conduire l’écoulement de la lessive.
3. Panier qui sert à filtrer le vin.
4. Ustensile qui soutient l’étamine pour couler le lait.
5. Couloir, filtre, crible.
6. Cordon ombilical.

Mon informant pour Manduel m’écrit  qu’il y avait un tout petit ruisseau à cet endroit qui a pu servir pour la lessive. . Il y a en effet un trait bleu sur la carte Google.

 

braietos ‘primevère; narcisse’

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Braietos, braïettes en français rég.  ‘primevère », à Valleraugue (Gard) « narcisse des prés ». L’étymologie est le celte braca  » pantalon ».  Cette formulation est  un bon exemple d’une étymologie de dictionnaire qui nous apprend rien.  Par contre  lhistoire de ce mot qui nous vient de loin, nous renseigne entre autres sur l’évolution de l’habillement, bref  de la Mode. (FEW I,482)

Les Romains n’ont jamais eu l’idée de couvrir les jambes avec du tissu, à Rome il faisait trop chaud pour cela. En conquérant la Gaule, où régnait un autre climat, les centurions, jambes nues, voyaient les Astérix et Obélix avec des bracae  qui couvraient les jambes jusqu’aux chevilles. Malins,  ces Gaulois!

 

                                             centurions   guerrier celte

Les centurions  les ont certainement vite adoptées, en dehors des combats bien sûr, et parfois ils  les portaient quand ils revenaient de la Gaule passer leur permission.   A Rome c’était considéré  barbare et ridicule. Au  premier siècle on les montrait encore du doigt, mais on n’osait  quand-même pas trop se moquer de ces soldats. Deux siècles plus tard tout le monde portait des bracae.

C’est comparable à l’histoire du jean en denim.

La Mode  s’en est occupée et le pantalon gaulois, très long, a été de plus en plus raccourci.    Au temps des Mérovingiens on portait un genre de « short’ qui couvrait les cuisses qu’on appelait chausses:

vêtements mérovingiensEnsuite au cours du Moyen Âge les chausses ‘s’allongent et couvrent les braies, qui changent de « classe sociale » et deviennent  « caleçon, culotte, pantalon de travail, langes », bref,  un vêtement qu’on ne montre pas ou peu.

Avant que les braies disparaissent de la vue et de la rue, on a comparé la fleur de la primevère  à la jambe d’une braie :

Primula_veris0_clean     chausses longues

Déjà au Xe siècle nom coculobraca se trouve dans une liste de plantes en latin, une combinaison de cŭcūlus + bracae, littéralement « braies de coucou » ou « braies de niais ». S’agit-il d’un souvenir que la braie n’était pas « classe »? En occitan braguet signifie aussi « canon de culotte.

Par abréviation braies de coucou ou coucu devient braies, braiettes, ou bien  coucüt, coouguioulo etc1 un peu partout en France.  D’après le Thesoc le type coucu est le plus répandu.

La primevère et la narcisse des prés ont deux traits en commun : elles fleurissent au printemps et elles sont jaunes. Cela suffit pour un transfert  du nom.  Par exemple à  Saint-André de Valborgne, comme dans l’Aveyron et ailleurs (voir FEW II, 1454b) coucüt désigne aussi la « narcisse des prés ». A Valleraugue c’est l’inverse  ce sont des  braiettes. 

Dans plusieurs parlers du Nord et dans les Ardennes le coucou/cocu a été remplacé par le chat : braille de chat à Maubeuge Ailleurs braies a été remplacé par chausses; toujours dans l’Aveyron la primevère est aussi appelée calsos de coucüt. 2

PS. Le Thesoc  fournit  4 autres noms pour la narcisse des prés: coutèlo , courbadona, barbeluda et aneda.

braïettes

Notes
  1. Latin cŭcūlus « coucou » devient régulièrement cocu,  forme qui en français s’est maintenue jusqu’au XVIe siècle et de nos jours  dans l’occitan de l’Aveyron où  la primevère s’appelle coucüt  ou bragos de coucüt (FEW II,1454).  En languedocien existe aussi le dérivé coouguioulo « primevère »(FEW II, 1453).
  2. Dénomination qui est passé au flamand voisin kattekous.