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Agachar ‘regarder’

Agachar « regarder attentivement, guetter, √©pier ». L’√©tymologie est compos√© du pr√©fixe ad-¬†et un verbe d√©riv√© du francique *wahta« sentinelle, homme qui fait le guet », conserv√© √©galement en allemand die Wacht¬† « la sentinelle »,en anglais to watch¬†« √™tre alerte, regarder attentivement », n√©erlandais wacht¬†« sentinelle ».¬† 1

Nombreuses attestations en ancien occitan dans le¬†Dictionnaire de l’Occitan M√©di√©val¬† s.v. agachar et d√©riv√©s comme agachonar «  pourvoir une borne de t√©moins » une activit√© du g√©om√®tre « arpenteur »¬† comme Bertrand BOISSET. Voir mon¬† article canna.

agachon canadien

agachon canadien

La langue s’adapte toujours au besoin des utilisateurs. R.Cov√®s signale dans son S√®te √† dire le mot s√©tois agachon¬†« cabanon de chasseur », qui dans l’expression chasser en agachon signifie « chasser en apn√©e au fond de l’eau en attendant le passage d’un poisson √† port√©e de fusil ».

en agachon

en agachon

Agacho signifie aussi « baliveau » en proven√ßal d’apr√®s Thomas dans Romania 41, p.61¬† que je copie ci-dessous pour montrer que les linguistes ont lutt√©¬† apr√®s la r√©forme propos√©e par P.Meyer en 1905 (! ) pour une simplification¬† de l’orthographe. (Lien directe vers son rapport). Une lutte h√©las perdue,¬† qui co√Ľte au moins un an d’√©tudes¬† √† tous les Fran√ßais, avec les r√©sultats qu’on sait.

agachoRomania41_61

 

Notes
  1. FEW XVII, 451-457, agachar p.456

Abraser ‘br√Ľler’

Abraser « foncer en parlant d’un chauffard;¬† mettre le paquet, insister (au sujet d’une femme);¬† br√Ľler¬† (en parlant d’un alcool, du piment). » ¬† Raymond Cov√®s, S√®te √† dire. Montpellier, 1995 sugg√®re l’√©tymologie abrasif et traduit¬† « cogner » en parlant d’un alcool, mais l’occitan abrasar vient d’une racine germanique *bras¬†« charbon ardent », que nous retrouvons dans toutes les langue romanes, √† l’exception du roumain. Il est vrai que l’√©l√©ment *bras ne se trouve que dans les langues scandinaves, mais l’anciennet√© des attestations dans les langues romanes, permet de supposer qu’il a aussi exist√© en gotique. FEW XV/1, 257

Le compos√© abrazar signifie en ancien occitan¬† « remplir d’ardeur » : Dinz el cor me nais la flama / Q’eis per la boch’ en chantan, / Don domnas e druz abras.¬† ou « br√Ľler d’ardeur »:¬† Abrazar e cremar / Mi fai cum fuecs carbo. (Voir les tr√®s nombreux exemples dans le Dictionnaire de l’Occitan M√©di√©val.)¬†Le deuxi√®me sens donn√© par Cov√®s¬† « mettre le paquet »¬† « Vas y, abrase cousi! » montre que l’ardeur des troubadours est toujours vivante √† S√®te.

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Est-ce que Gustav Klimt a connu cette miniature ?

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Le dernier troubadour de Sète a chanté Les amoureux des bancs publiques

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En occitan moderne abrasa a surtout le sens concret « mettre des braises, embraser » ( Mistral).¬† D’apr√®s¬† Cov√®s il est vivant dans le fran√ßais r√©gional¬† √† S√®te et environs, avec des emplois figur√©s originaux, qui s’expliquent tous √† partir de la notion « embraser, mettre le feu ». Le sens concret « br√Ľler » se retrouve dans le dernier exemple de Cov√®s :

Aouf. Il abrase  quicon, ce cognac !

apiastro ‘renoncule sc√©l√©rate’

Apiastro « renoncule sc√©l√©rate ». Apiastro est un d√©riv√© de apium « c√©leri »¬† devenu api, lapi en occitan. . D’apr√®s Rolland Flore le nom¬† apiastrum¬† est d√©j√† attest√© chez Pline, mais je ne l’ai retrouv√© dans aucun dictionnaire latin. Dans mon article api « c√©leri », j’ai ajout√© un paragraphe sur l’apiastro¬† copi√©¬† partiellement de Wikipedia:

¬†L’auteur de l’article Wikipedia √©crit : « La plante √©tait connue au Moyen √āge comme « C√©leri du rire » car son ingestion provoquait un rictus sur le visage de la personne empoisonn√©e. », mais je ne l’ai pas retrouv√© dans les articles en allemand ou n√©erlandais qui disent que son ingestion rend gravement malade. Par contre frotter la peau avec le lait de cette plante provoque des ampoules, un moyen pour les mendiants pour se faire prendre en piti√©.

apiostra

apiostra

Ayant fait quelques recherches sur le nom c√©leri j’ai d√©couvert que ce mot n’a √©t√© introduit en fran√ßais qu’au XVe si√®cle (CNRTL c√©leri). En r√©alit√© elle s’appelait¬† ris sardonien¬† ou l’ (h)ache riante :

Extrait de: Gr√©vin JacquesDeux livres des venins , ausquels il est amplement discouru des bestes venimeuses, th√©riaques, poisons & contre-poisons, par Jacques Gr√©vin,… Ensemble les oeuvres de Nicandre,… traduictes en vers fran√ßois., Anvers, Plantin, 1568. En ligne sur Gallica

Dans Rolland Flore populaire I, pp. 55-56¬† vous pouvez voir que le ranunculus sceleratus ne s’appelait nulle part « c√©l√©ri du rire »., mais ache de ris, ache de ris√©e, etc. ou avec un adjectif d√©riv√© de¬† sardonia , comme ¬†herbe sardonique,¬†ache sardoine en fran√ßais. Ache de ris doit √™tre une abr√©viation de ache de ris sardonique, le ris sardonique est d√©fini pour la premi√®re fois par Ambroise Patr√©¬† (XVIe s.) comme « un rire convulsif caus√© par une contraction des muscles du visage et qui donne √† la bouche un caract√®re de moquerie m√©chante ». (FEW XI, 229).

D’apr√®s Rolland Flore I, p.57 passait cette plante autrefois pour causer des empoisonnements qui provoquaient un rire particulier, le rire sardonique. A¬†La Seyne¬† tronche d’√†pi est une insulte, ce qui pourrait √™tre une r√©miniscence du rire sardonique.

En ancien occitan est attest√© le nom apiastro pour le « ranunculus sceleratus« ,¬† la renoncule sc√©l√©rate ou renoncule √† feuilles de c√©leri, en fran√ßais.

 

 

Gara ‘croix de Malte’

Gara « tribulus terrestris » 1

Wikipedia :

Le Tribule terrestre (Tribulus terrestris L.), √©galement appel√© Croix-de-Malte, est une plante appartenant √† la famille des Zygophyllac√©es, dont elle est l’un des rares repr√©sentants en Europe. Indig√®ne en M√©diterran√©e, …… Certains utilisent l’extrait de cette plante pour une stimulation de la production de testost√©rone, qui n’a jamais √©t√© d√©montr√©e scientifiquement. Le fruit porte des piquants suffisamment solides pour crever un pneu de v√©lo.

gara

gara

D’apr√®s Mistral, s.v. garo « croix de Malte » cette plante s’appelle aussi clavelado ou trauco-peirau. D’autres compos√©s avec¬†trauc-¬† noms de plantes dans l’Alibert, mais pas celui-ci.

√Čtymologie¬† de gara inconnue.

D’apr√®s Solerius il y a 2 sortes de tribulus: le tribulus palustris, inconnu des officines et appel√©e « chastaigne d’eau » par les Gaulois; et le tribulus terrestris , la chauchetrappe des Gaulois; en Provence (litt.  » dans notre r√©gion ») caucotreppo¬† ou autuolo.

Solerius_TribulusEn ce qui concerne¬† l’√©tymologie de chausse trappe ou¬† caucotreppo voir le FEW II, 65 ou le CNRTL.

Notes
  1. Flore de Montpellier ou analyse descriptive des plantes vasculaires de l’H√©rault par H. Loret et A/ Barandon, Seconde √©dition revue et corrig√©e par Henri Loret. Montpellier, Paris,1888.

Pradet de Ganges, un reboussier

Ceci est un article d’Histoire Litt√©raire.

Un¬† dicton que j’ai appris il y a des ann√©es √† Valleraugue o√Ļ j’ai fait des enrigistrements disait: Reboussi√© coumo Prodet de Gangj√© : ¬ę¬†sa femme s‚Äô√©tant noy√©e, Pradet de Ganges remontait le cours de l‚Äôeau pour la chercher¬†¬Ľ.

Fenno negado

Fenno negado

En cherchant des attestations de rachalan « ouvrier agricole √† N√ģmes », j’ai trouv√© dans¬† les Po√©sies en patois limousin: √©dition philologique compl√©tement refondue pour … Par Emile M. Ruben. Paris, 1866. la fable de la Femme noy√©e, racont√©e en patois n√ģmois par un po√®te inconnu, que vous retrouvez ci-dessous:

Fenno negadoIl s’agit d’un extrait de ; Bourbouyado

 

L’origine de cette fable remonte tr√®s loin, mais la version¬† et l’interpr√©tation de Valleraugue est √† l’oppos√© de la version originale: un reboussier.¬†¬† Si vous voulez en savoir plus de celle de La Fontaine., il y a par exemple :

La FontaineLa femme noyée (Explication de texte) -

www.litteratureetfrancais.com/article-la-fontaine-la-femme-noyee-explic…

19 mars 2012 – EXPLICATION DE TEXTE : LA FONTAINE, LA FEMME NOYEE INTRODUCTION Jean de La Fontaine a commenc√© √† publier ses Fables en¬†…

ou une dissertation !

Annalyse linéaire de la femme noyée РEtudier.com

www.etudier.com/dissertations/Annalyse…Femme-Noy√©e/325848.html

La femme noy√©e ¬Ľ de Jean De La Fontaine (1621-1695) 1. … Dans la fable ¬ę La femme noy√©e ¬Ľ, on distingue 3 mouvements principaux : – Les vers 1 √† 8¬†…

Baude, rue de la -, Manduel

Rue de la Baude à Manduel
Mon informateur sur l’histoire de Manduel (Gard) m’ √©crit √† ma demande d’informations:

« A l’origine, d’au plus loin que je me souvienne, on ne parlait pas du quartier ou de la rue de la Baude. Cette rue n’existait pas mais il y avait le « pont de la Baude« , sur lequel la rue de Bellegarde enjambait ce ruisseau. Ce pont √©tait l’entr√©e du village o√Ļ se trouvait √† droite l’usine √† √©ther et √† gauche l’h√īpital et sa chapelle, o√Ļ se trouvent maintenant les Services techniques. Dans le cadastre de 1809 la rue de Bellegarde s’appelle Rue du Pont de la Baude.

Manduel n’est pas le seul village avec une rue de la Baude. Le m√™me nom existe √† Saint-Andr√©-d’Apchon (42370), √† Rochefort sur mer (17300), √† Sainte Colombe (77650) et √† Albi.

Après de longues recherches je suis enfin tombé sur une source fiable avec plusieurs attestations, le Glossaire Nautique :

« Bauda, baude, baudo, bando, b√≤udo, baoude, booudo s.f. (lat. validus). 1415: « …barcam munitam… I¬į librino et Ia bauda… Archives D√©p. BdR. 351 E 142 f¬į74v¬į. 1758: « …les battudaire calleront sans signal et sans fer ou baude… » A.D. BdR. 250 E 5231. 1878-86: cabli√®re, pierre qui sert √† fixer l’extr√©mit√© d’un filet au fond de la mer. V. peirrau. F. M. L. A. 1973: grosse pierre o√Ļ l’on a m√©nag√© une cannelure qui en fait le tour et dans laquelle passe un cordage; pierre ou gueuse tenant lieu de grappin. Meffre. »

Bauda ne vient pas du latin validus, mais du germanique *bald « hardi, joyeux », attest√© en ancien fran√ßais et en ancien occitan. Comme substantif baut, baud d√©signe en moyen fran√ßais « un chien qui ne chasse que le cerf », mais dans le Sud de la France nous trouvons les deux variantes du sens du mot germanique. A Grenoble une bauda est une « bourde, plaisanterie », √† Puisserguier baudo est la « joie ». En proven√ßal la b√°oudo est une »pierre attach√©e √† une nasse », √† Nice aussi. Dans le Val d’Aran la b√°wda est la »barre horizontale qu’on fixe √† la porte de la maison pour l’assurer ».A Mende la baudo¬†d√©signe la « grosse cloche ». Tous ces sens se rattachent √† la notion « fort, grand ».¬† Nous retrouvons de sens « grosse pierre » dans des dictionnaires fran√ßais de la fin du XVIIe si√®cle:¬† baudes d√©signe les « pierres qu’on attache aux filets des madragues » ou « la cabli√®re o√Ļ l’on fixe les filets ». Ce terme de p√™cheur est certainement emprunt√© √† l’occitan.

En ce qui concerne le Pont de la Baude, ll faudrait faire des fouilles arch√©ologiques pour savoir quelle type de baude s’y trouve …

FEW XV/1,30 du germanique *bald

Rachalan

Inspir√© par une visite de la Combe des Bourguignons √† Marguerites, j’ai cherch√©, l’√©tymologie de rachalan.
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Wikipedia ;

La ¬ę¬†combe des Bourguignons¬†¬Ľ¬†: Le 2 ao√Ľt 1989, un violent incendie ravageait les collines dominant Marguerittes au nord, mettant au jour d’anciens enclos agricoles, avec leur cabane et murs en pierre s√®che, √©difi√©s par les petites gens de Marguerittes (ou rachalans) au lieu-dit ¬ę¬†la combe des Bourguignons¬†¬Ľ. Les ouvrages, b√Ętis √† l’aide du mat√©riau calcaire extrait du sol, ont √©t√© restaur√©s tandis que certaines parcelles √©taient replant√©es de vignes et d’oliviers comme autrefois. Depuis 2002, un parcours d’interpr√©tation, long de 1,9 kilom√®tre, fait d√©couvrir ce qu’√©tait la vie dans la garrigue. Un conservatoire vari√©tal permet √©galement de mieux conna√ģtre l’olivier3,4.

Ectrait du site http://www.nemausensis.com/

Le Rachalan  (lien vers la page)
A l’√©poque o√Ļ, sous l’impulsion particuli√®re des tisserands, la Garrigue se transforma, de nombreux terrains, incultes jusqu’alors se couvrirent de vignes, d’olivettes, d’amandiers et d’une flore toute nouvelle. Pour mettre ces terrains en culture et les entretenir, terrains dont beaucoup aujourd’hui sont retourn√©s √† l’√©tat d’inculte, N√ģmes eut alors un type local, devenu introuvable de nos jours : le Rachalan.
Le Rachalan, en langage vulgaire lou racho ou travaiadou, √©tait l’ouvrier agricole travaillant dans la Garrigue, cultivant un bout de champ √† lui, soignant particuli√®rement ceux des autres et faisant les travaux de culture et d’entretien que ne pouvait faire le masetier lui-m√™me, taffetassier, artisan ou bourgeois, occup√© ailleurs.
A-dessus dou rache proprement dit, il y avait lou baile rachalan ou chef de colle, qui √©tait un petit entrepreneur de travaux agricoles, ayant sous ses ordres trois ou quatre ouvriers, qu’il employait, concurremment avec lui, aux divers travaux de la Garrigue. La plupart des rachalans poss√©daient un √Ęne, leur ins√©parable compagnon de travail : .. lou bechar sus l’espalo, la biasso au col, l’ase davan, lou rachalan camino ver la vigno ; … a √©crit Bigot.

Cet √Ęne constituait un v√©ritable capital pour le travaiadou ; il portait un b√Ęt auquel on suspendait de chaque c√īt√© une banaste, servant √† transporter dans les champs les outils du rachalan, le fumier et tout ce qui √©tait n√©cessaire aux cultures, et √† descendre en ville les r√©coltes diverses de la Garrigue : olives, raisins amandes, etc.
Quelquefois, en plus de son √Ęne, le rachalan avait un chien loubet, ce qui √©tait un luxe et lui valait le surnom de rachalan di double.
ait rachalan d√© d√©lai vivi√© d√© soun traval et d√© quaouqui soou, emb√© si fiyo, un ase et soun chin gardo-biasso-loub√© qu’√† l’oucasioun √®ro un paou chin de casso (Bigot : l’Ase et lou Chin).

Etymologie.

D’aor√®s E.Serran, Les masets nimois.¬† (Revue du Midi. Tome XXII, 1898, pp314-334) p.322 cit√© par Claude Achard :

Le rachalan est le cultivateur n√ģmois se rendant √† son travail mont√© sur son √Ęne. Dans l’idiome local rache signifie « √Ęne »

Dans le Tr√©sor de Mistral, les mots racho et racahalan sont bien pr√©sents, mais pas avec le sens √Ęne:

RachalanMistralIl sugg√®re une racine romane rascalau¬† et le sens serait alors « racler » , mais normalement le -s- est conserv√© dans cette famille de mots qui viennent d’une racine rasicare. Voir par exemple l’article rascar.¬† Voir aussi le verbe racher dans le CNRTL

¬†D’autres sobriquets pour les N√ģmois dans l’article reboussier.¬†

 

 

Escapoulaire ‘√©baucheur de jais’

jais brute

jais brute

Sans le vouloir, je pense, la dormeuse de Mirepoix me fournit¬† r√©guli√®rement des sources d’inspiration. Dans son dernier article, intitul√©:Le dioc√®se de Mirepoix vu en 1776 par Antoine de Gensanne, ing√©nieur g√©ologue, commissaire des Etats du Languedoc¬† elle cite¬† un long passage sur le travail du¬†jais.¬†

Avant la retraite j’√©tais artisan lapidaire, un m√©tier non r√©glement√©¬† et tr√®s peu connu en France.¬† Cet article est un compl√©ment int√©ressant et utile √† mon bouquin¬†La taille des pierres fines pour d√©butants. 2012. 92 p. avec de nombreuses illustrations. (15 ‚ā¨ pour mes lecteurs!) Le jais n’√©tant plus √† la mode quand j’ai d√©crit le travail des pierres semi-pr√©cieuses , je n’y ai pas consacr√© une description d√©taill√©e.

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La voici:

Travail du jais ou jayet.

Le jais est une substance fossile, bitumineuse, très-noire, passablement dure, et d’un grain très-luisant, lorsqu’il est poli. On le tire de ces veines qui sont semblables à celles du charbon de terre, dont le jais est une espèce : en général plus ces veines sont fortes, moins le jais a de dureté, et moins il est précieux. On le tire par morceaux de différentes grosseurs, qui ne passent guères quatre pouces d’épaisseur, et souvent beaucoup plus petits. Les Mineurs le vendent en cet état à tant la livre, Il y en a de plusieurs prix, depuis quatre jusques à dix sous la livre, suivant sa dureté et sa finesse. Celui qu’on tiroit à une petite demi-lieue au- dessus des Bains de Rennes, sur la petite rivière qui descend de Bugarach au Diocèse d’Alet, passoit pour le meilleur qu’on ait vu ; mais le travail de ces Mines a cessé, quoiqu’elles y soient encore abondantes.

Les N√©gocians qui font commerce de cette esp√®ce de bijouterie, ach√®tent le min√©ral, et le remettent √† des ouvriers qu‚Äôon appelle, dans le pays, Escapoulaires ; ce sont ceux qui d√©grossissent la mati√®re et donnent la premi√®re forme √† l‚Äôouvrage. Ils travaillent sur une esp√®ce de billot ou forte √©tablie, et se servent de couteaux dont la lame est large et fine. Ils ont √† c√īt√© d‚Äôeux plusieurs petites s√©billes de bois ; dans l‚Äôune ils mettent les boutons d√©grossis ; dans une autre les grains de chapelets ; dans une troisi√®me les grains de collier, et ainsi de suite, avec cette attention que chaque s√©bille ne contient que des pi√®ces de m√™me grosseur, soit en boutons d‚Äôhabits, ou autres ouvrages.

Les sébilles remplies de ses ouvrages dégrossis, sont remises à des femmes pour les percer ; ce qui se fait avec des forets de différentes grosseurs, et dont quelques-uns sont extrêmement fins. Ils sont montés sur des petits tours à bobèche qu’on tourne avec l’archet. Chaque espèce de grosseur et d’assortiment est remise dans une petite sébille, après avoir été percé. Tout ce travail jusqu’ici se fait dans la chambre et dans des maisons particulières.

Les ouvrages ainsi pr√©par√©s, sont port√©s au moulin pour y √™tre polis, et recevoir leur derni√®re forme. I1 n‚Äôy a ici que des jeunes filles ou des jeunes femmes qui soient propres √† ce travail, parce qu‚Äôil faut avoir la vue bonne. Il y en a, comme vous avons dit, quatre √† chaque meule, deux √† droite et deux √† gauche : elles ont chacune deux s√©billes de bois devant elles ; dans l‚Äôune sont les ouvrages d√©grossis, et dans l‚Äôautre ceux qui sont finis. La planche qui forme la lunette dans laquelle la meule tourne, leur sert de table. Elles sont assises sur des scabelles ou petits si√®ges plac√©s deux de chaque c√īt√© de la meule ; et par l√† deux travaillent de la main droite, et deux de la main gauche, afin d‚Äôavoir tout le jour de la crois√©e sur leur ouvrage.

La fille qui travaille de la main droite, appuie sa main gauche sur son genouil gauche ; et avec le pouce et l‚Äôindex de la droite, elle prend une pi√®ce d√©grossie dans la s√©bille, et l‚Äôapplique sur la meule, le coude appuy√© sur la table ; elle forme de cette mani√®re la premi√®re facette √† la pi√®ce ; elle n‚Äôa pas besoin de l‚Äôautre main pour former la seconde facette : l‚Äôhabitude lui apprend √† tourner sa pi√®ce avec les deux doigts de la droite, et √† lui donner toutes les faces dont elle a besoin, suivant la nature de l‚Äôouvrage ; d‚Äôo√Ļ l‚Äôon voit qu‚Äôil n‚Äôy a que la main droite qui op√®re ; la gauche reste toujours appuy√©e sur le genouil, afin d‚Äôaffermir l‚Äôattitude de la fille. La pi√®ce √©tant finie, ce qui est fait en tr√®s peu de temps, elle la met dans la s√©bille qui lui est destin√©e, et en prend une autre d√©grossie dans la s√©bille qui est aupr√®s, et ainsi de suite. Il n‚Äôest pas besoin de dire ici qu‚Äôa l‚Äô√©gard des deux filles qui sont √† l‚Äôopposite et en face, c‚Äôest la main gauche qui fait ce travail, et la droite est appuy√©e sur le genouil.

Les ouvrages finis, sont ensuite remis à d’autres femmes qui les enfilent, et en font des colliers, des chapellets, etc. qu’elles arrangent très proprement sur du papier, et dont on fait des paquets pour être vendus.

Tout ce travail se paie à tant la grosse2 ou au cent, suivant leur qualité.

(s√©bille¬† est une orthographe de s√©bile « petit r√©cipient creux et de forme ronde ». Genouil « genou ».)

jais_roules roulés jais_taillé_cab cabochon

jais_taillefacetté

Les trois m√©thodes de travail sont d√©crites dans « La taille des pierres fines pour d√©butants ».

Etymologie

Escapoulaire¬† est un d√©riv√© du verbe escapoular, escapolar « √©baucher, d√©grossir; hacher », compos√© de ex- + *cappare« ch√Ętrer ».¬†Cappare¬†¬†est d√©riv√© de la racine *capar¬† qui avec le sens « ch√Ętrer »¬† est uniquement conserv√© √† Bar√®ges (Htes-Pyr), en catalan, en espagnol et en portugais capar et curieusement aussi dans des parlers allemands comme le Tirol et en Suisse kappen.¬† Le sens¬† g√©n√©ralis√© « couper » a √©t√© conserv√© en n√©erlandais kappen « couper des arbres » et dans d’autres langues germaniques. En galloroman ce sens ne s’est maintenu que dans des d√©rives comme¬†¬† √† Die chaplar « hacher, couper menu », chaplaire « hache-paille (bac en bois mini d’un grand couteau) », chaplosa « coupe racines ». Languedocien chaplun « chapelures », chapladis « d√©bris »(Sauvages S1).

La premi√®re attestation du verbe capolar « couper en petits morceaux » vient de l’Ari√®ge ! Languedocien capoulado est un « hachis ». Escapoula « √©baucher, d√©grossir » attest√© √† Puisserguer et dans l’Ari√®ge signifie « couper les billots dont on fait des sabots », les autres attestations viennent √©galement du travail du bois. Pierre Larousse l’a adopt√© pour le fran√ßais escapouler « d√©grossir (dans la forge) », mais ses successeurs ne l’ont pas retenu.

quicoun ‘quelque chose’

Quicoun « quelque chose » vient du latin quidamcum Voir FEW II, 1469a s.v. quidam « un certain ».¬† D’apr√®s les donn√©es du FEW¬† la zone g√©ographique du mot est¬† limit√© au languedocien et √† l’auvergnat.

Joel Pon, Histoires extraordinaires de patients presque ordinaires, paru en 2005, note p. 55¬† √©crit : Quicoun como aco¬† expression en patois occitan qui signifie « quelque chose comme √ßa ».

Un quicomet, quicoum√© est un « petit quelque chose »

L’√©volution des formes pose quelques probl√®mes. Si vous voulez en savoir plus, il faut lire l’article de Schulz-Gora dans la Zeitschrift f√ľr romanische Philologie 53, p.93 et suivantes. (en allemand)

En ancien occitan a exist√© aussi la forme quezacom « une petite quantit√© », ce qui me donne l’occasion de faire une petite note de phon√©tique historique. Hier j’ai visit√© la Coll√©giale Saint Didier √† Avignon¬†¬† o√Ļ se trouve le Gisant de¬† Saint B√©nezet .

Gisant StBénezetEn dessous est écrit son nom en latin : Sanctus Benedictus.  Bénezet est la forme occitane écrite avec un -é-pour que les francophones arrivent à la prononcer correctement.

Le nom Benezet est la forme régulière en provençal du latin Benedictus, en particulier le passage du -d- entre deux voyelles qui passe à -z-.  Autres exemples  sudare > suzar, audire > auzir.  Cette  évolution est relativement récente parce que dans les plus anciens monuments de la langue comme dans la Chanson de Sainte Foy, de -d-intervocalique est maintenu : audi,  Judeu, etc.

Dans le Limousin par contre¬† le -d- intervocalique¬† a disparu sans laisser de traces, comme en fran√ßais (laudare > louer), toutefois les Limousins ont combl√© souvent l’hiatus en y ins√©rant un¬†-v- : laudare > lauvar, audire > auvir.

 

 

api ‘c√©leri’

Api « c√©leri »¬† vient du latin apium¬† FEW XXV, 14b . Gr√Ęce √† Racine et¬† Daudet¬† le mot se trouve encore dans le TLF :

« … sa fa√ßon de donner aux objets des tas de noms baroques, d’appeler les c√©leris des api, les aubergines des m√©rinjanes, la faisaient, elle [Audiberte], Fran√ßaise du Midi, aussi √©gar√©e, aussi √©trang√®re, dans la capitale de la France, que si elle f√Ľt arriv√©e de Stockholm… A. Daudet, Numa Roumestan,1881, p. 107.
Rem. Attesté ds Littré (qui écrit apy), DG et Quillet 1965.
Etymologie … Empr. au prov. api ¬ę ache ¬Ľ (lat. apium, ache*) dep. Daud√© de Prades, xiiies. ds Rayn., 1.2, p. 104a; l’api empl. par Daudet, supra est le mot prov. lui-m√™me;
ache des marais

ache des marais

D’apr√®s le TLF s.v. ache , le latin apium ne d√©signe pas seulement « appium graveolens » ou l’ache sauvage, mais plusieurs ombellif√®res:

Du lat. apium (plur. apia) d√©signant un groupe de 6 plantes ombellif√®res, d’apr. Andr√© 1956, s.v., cf. Pline, Hist. nat. 19, 123 ds TLL s.v., 239, 62 : plura genera sunt … apia. Id enim quod sponte in umidis nascitur, helioselinum vocatur …, rursus in siccis hipposelinum …, tertium est oreoselininum … et sativi; attest√© dep. Virgile, √Čglogues, 6, 68, ibid. 240, 22 (floribus atque apio crinis ornatus amaro) o√Ļ il d√©signe l’apium graveolens L., var. sativum (d’apr. Andr√©, loc. cit.). Le fr. du nord ache et la plante qu’il d√©signait furent √©vinc√©s par le c√©l√©ri*, plante comestible, obtenue en culture par modification de l’ache et import√©e de Lombardie; ache conserv√© dans la langue des botanistes, et sporadiquement comme nom d’une vari√©t√© comestible cultiv√©e dans les jardins; voir aussi api2.

Api ou apit en ancien occitan, ache, aiche en ancien fran√ßais d√©signe le c√©leri sauvage ou ache des marais.¬† Les attestations¬† de api « c√©leri » en fran√ßais sont rares; le mot se trouve uniquement¬† dans les parlers franco-proven√ßaux et occitans, api, apit et avec agglutination de¬† l’article dans l’est-languedocien et le gascon lapi.

Dans le Nord de la France ache est remplac√© par c√©leri depuis le XVIIe si√®cle. Le progr√®s de ¬† c√©leri au d√©pensde api est bien illustr√© dans la Loz√®re o√Ļ , d’apr√®s les donn√©es recueillies par Rudolf Hallig entre 1932 et 1934, le nord du d√©partement a le nom c√©leri, le sud a conserv√© lapi. La zone¬†api¬† s’√©tendait plus vers le nord au d√©but du si√®cle¬†quand Edmond a fait les enqu√™tes pour l’ALF. Ci dessous la carte c√©leri tir√©e du livre Lectures de l’ALF ¬†¬†.

CeleriALF

céleri

céleri

Dans le Var¬† est attest√© le d√©rive¬† apioun « ache ». L’apium graveolens¬† s’appelle¬† eppe en ne√©randais, eppich en allemand,¬†appio¬† en italien,¬†api, apit en catalan, apio¬† en espagnol, aipo en portugais.

D’autres ombellif√®res ont un nom compos√© avec api. Dans le Gard la berle ou cresson sauvage (berula erecta) s’appelle¬† api bouscas¬† (bouscas « sauvage, b√Ętard).

api bouscas

api bouscas

Dans l’H√©rault, le Lot et le Tarn l’ammi √©lev√© s’appelle api fol, dans le Tarn-et-Garonne lapi fol, √† Frcalquier api fer.

api fol

api fol

En ancien occitan est attest√© le nom apiastro pour le « ranunculus sceleratus« ,¬† en fran√ßais la renoncule sc√©l√©rate ou renoncule √† feuilles de c√©leri, ce qui me rappelle qu’√† La Seyne¬† tronche d’√†pi est une insulte.¬† L’auteur de l’article Wikipedia √©crit : « La plante √©tait connue au Moyen √āge comme « C√©leri du rire » car son ingestion provoquait un rictus sur le visage de la personne empoisonn√©e. », mais je ne l’ai pas retrouv√© dans les articles en allemand ou n√©erlandais qui disent que son ingestion rend gravement malade. Par contre frotter la peau avec le lait de cette plante provoque des ampoules, un moyen pour les mendiants pour se faire prendre en piti√©.¬† Une tronche d’√†pi ?

apiostra

apiostra

Le mot c√©leri vient de la forme lombarde seleri emprunt√© au grec ŌÉőĶőĽőĻőĹőŅőĹ . Voir FEW XI, 416.¬†¬† En moyen fran√ßais √©crit avec sc-. ¬† Je ne sais qui a d√©cid√© de supprimer le s- pour simplifier l’orthographe.

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