cat-right

Clot. Planter une vigne avec le ‘clot’

« On plante au plantoir (plantadouira) ou Ă  la fourchette ou au clot Ă  l’intersection des lignes tracĂ©es par le rayonneur (enregaĂŻre).  Le «clot» est une tige de fer, un rondin de 12 mm pointu Ă  un bout que l’on plante Ă  l’intersection du rayonnage et avec la « trinca-fĂČrta« [trinqua-forta] on creuse Ă  cĂŽtĂ© une tranchĂ©e avec sur le cĂŽtĂ©, en repĂšre, la cheville. Ensuite, on place le plant racinĂ© que l’on met Ă  la place du « clot » et on rebouche le trou. »

Raymond Jourdan de Montagnac.  Tous ces dessins viennent de sa description de la Culture de la vigne en Languedoc.  Un travail inestimable sur le travail de la vigne, Ă  partir d’un harmas jusqu’Ă  l’arrachage pendant le pĂ©riode entre les deux guerres.

Plantadouilho_Jourdan    trinqua_fortaJourdan  enregou_Jourdan  enregajealaprovençala

Enregaje_alcarrament

Etymologie : dans plusieurs parlers occitans est attestĂ© le substantif  clota « creux dans la terre; fossette » et le verbe cloutĂ  « faire des trous pour planter la vigne », dans le Gers ce verbe est dĂ©fini comme « faire des clots » ! Je pense qu’Ă  Montagnac  l’instrument pour faire des trous pour planter la vigne Ă  pris le nom du rĂ©sultat.   Un changement sĂ©mantique qui n’est pas rare.

L’origine est d’aprĂšs le FEW un gaulois mais on n’a pas encore trouvĂ© des mots celtes qui soutiennent  cette hypothĂšse. Elle est basĂ©e sur la rĂ©partition gĂ©ographique.  Pour beaucoup plus d’info cliquer ici=FEW II, 796-798.

gabels et souqious pour la brasucade

Gabels et souqious.  Le temps des grillades, tostada ; grasilhada ; carbonada,  (gascon), grasilhada ˜ grilhada (provençal), brasucada, grasilhada, carbonada (Languedocien)  approche. Le choix des braises est important[1.Si vous utilisez des sarments ou des ceps de vignes, soyez sĂ»r qu’ils ne soient pas gorgĂ©s de pesticides.].  La qualitĂ© du bois l’est aussi. Dans son Dictionnaire francitan, Gilbert Lhubac donne l’article que voici: SouqiousLhubacL’Ă©tymologie de ces deux mots  comme les grillades d’ailleurs,  nous ramĂšne Ă  des temps prĂ©historiques. Souqious est un dĂ©rivĂ© d’une racine *tsukka « partie du tronc d’arbre, souche ».  Il y a eu plusieurs propositions d’explication de la rĂ©partition gĂ©ographique  notamment dans les Balkans et des diffĂ©rentes Ă©volutions phonĂ©tiques de cette trĂšs grande  famille de mots. La plus convaincante pour le FEW XIII,353 est celle de Hubschmied jr. qui propose une prĂ©-indo-europĂ©enne *tsukka, reprise par les Celtes et ensuite par les gallo-latins et les gallo-romans.

Gabel, gavel « fagot de sarments, sarment » dont l’Ă©tymologie proposĂ©e par le FEW IV,15 est un gaulois *gabella « andain d’herbes ou de blĂ©s » > « fagot de blĂ©s », « fagot de sarments, sarment », français javelle « chacune des poignĂ©es de blĂ© scie qu’on couche par terre pour laisser le grain jaunir »; gabĂ©lo en occitan.  Le sens « fagot de sarments, sarment » est  trĂšs rĂ©pandu dans tous les parlers. Cf. Le FEW IV,15

 souqious souqious   et gabels gabel

Le Dictionnaire Etymologique de Gilles Ménage ( (1613-1692)  de1650 mentionne gavel pour le Langedoc :

GillesMenage_gavel

 

 

 

pruzi ‘dĂ©manger’

Pruzi « dĂ©manger », pruzir en ancien occitan, vient du verbe latin prĆ«rÄ«re « dĂ©manger ». Coucon mĂ« pruzis « Quelque chose me dĂ©mange »Â  et KĂ« sĂ« grĂąto ountĂ« li prus fĂąi pa mĂąou Ă  dĂ«gus » ; pruzijhĂȘ « dĂ©mangeaison ».(S1)

La Fare d’Alais utilise le mot au figurĂ©:

La lengo qu’a lou mai de prusĂ© pouĂ©tiquo

La lengo qu’es touto musiquo

Per qu’aou sĂšn la fan dĂ© rima

Es la qué barboutis éfan, à la brassiÚro,

Es aquélo qué la prumiÚro

Nous appren à diré : Mama.

Avec 3 -r- (-r- roulĂ©s comme en italien moderne; essayez de le prononcer!) le verbe prĆ«rÄ«re gratte bien la langue  et est sujet Ă  la dissimilation.  DĂ©jĂ  en latin on trouve des formes plurire (encore vivant dans le Nord et le Sud de l’Italie) et prudere > italien prudere, catalan pruhir, portugais pruir et occitan pruzir.

A Alais (La Fare?) et Puisserguier le dĂ©rivĂ© prus a pris le sens « le fil d’une lame tranchante » et aussi « appĂ©tit » Ă  Puisserguier.  Mais je pense que La Fare et Rouquier l’ont crĂ©Ă© dans lou mai de prusĂ© pouĂ©tiquo. Pourtant Alibert l’a repris tel quel. Il fournit aussi la conjugaison complĂšte et d’autres dĂ©rivĂ©s.  Si cela vous prutzis..

Français prurit a la mĂȘme Ă©tymologie mais c’est un emprunt ancien au latin, ce qui explique le maintien du -r- intervocalique.

 FEW IX, 498

H

Gascons, si vous cherchez un mot qui commence avec une h-  et vous habitez au sud de la Garonne, cherchez plutĂŽt dans la lettre F- surtout s’il s’agit de mots anciens, c’est-Ă -dire de mots utilisĂ©s depuis toujours.  Par exemple « fumer » au sens de « fumer du tabac » est relativement rĂ©cent et dans beaucoup de villages on dit fuma, mais « fumier » hems;  « FĂ©vrier » se dit febrje ou hebre dans les PyrĂ©nĂ©es Atlantiques. Voir le Thesoc sous la lettre F. Un carte synthĂ©tique de cette Ă©volution phonĂ©tique, qui rattache le gascon au castillan, se trouve dans Lectures de l’Atlas linguistique de la France de GilliĂ©ron et Edmont : du temps dans l’espace. Auteur : DirigĂ© par Guylaine Brun-Trigaud | Yves Le Berre, Jean Le DĂ». Genre : Sciences humaines et sociales .

 

roupe ‘vĂȘtement’

Christine Belcikowski,  suit  toujours Les chemins de Jean Dabail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la RĂ©volution française, L’Harmattan, 2014. Il y a quelques jours elle a raconté  l’horrible assassinat d’un marchand colporteur, aux Pujols. Dans les archives elle trouve des documents originaux qui tĂ©moignent de la vie de tous les jours au dĂ©but de la RĂ©publique avec des dĂ©tails tirĂ©s d’un procĂšs verbal de l’administration.  Par exemple celui-ci:

Jean_Senesse_molinier1Et de suite le dit Jean Senesse, agent municipal, nous a conduit au lieu du hameau de Fournels, oĂč Ă©tait dĂ©posĂ© un cadavre d’une taille d’environ cinq pieds, cheveux gris, nez fort, couchĂ© sur son sĂ©ant, regard le ciel, habillĂ© d’une bonne chemise, d’un gilet et pantalon de drap gris mĂ©langĂ©, d’une vieille roupe 3 vert de bouteille, des bas gris, des souliers ferrĂ©s.

Note 3: Roupe : blouse en drap grossier, fendue par devant, portĂ©e dans la DrĂŽme par les bergers transhumants ; veste large ; sorte de redingote ; issu de l »espagnol ropa « paquet, bagage, vĂȘtement » ; manteau ample ; vĂȘtement de dessus.

A la fin de la lecture je n’ai pas pu m’empĂȘcher de suivre seon indication Ă©tymologique.  En effet le mot roupe  semble venir de l’espagnol.  Le Diccionario de la lenga española  donne les dĂ©finitions suivantes :

Espagnol ropa a des  sens assez vagues: « Prenda de vestir. »Â Â  ~ blanca. «  1. f. Conjunto de prendas de tela de hilo, algodĂłn u otras materias, usualmente sin teñir, que se emplean debajo del vestido exterior, y, por ext., las de cama y mesa.  »Â  ~ de cĂĄmara, o ~ de levantar.  1. f. desus. Vestidura holgada que se usaba para levantarse de la cama y estar dentro de casa.  ~ hecha. 1. f. La que para vender se hace en diversas tallas, sin medidas de persona determinada.   ~ interior.  1. f. La de uso personal, bajo las prendas exteriores.  ~ vieja.  1. f. Guisado de la carne y otros restos que han sobrado de la olla.   etc.

Ce dictionnaire indique que l’espagnol ropa vient du gotique *raupa   un dĂ©rivĂ© du verbe  raupjan « dĂ©chirer » rupfen ou raufen  en allemand moderne.  Mais il y a un problĂšme historique. Il n’y a pas d’attestations d’avant le XVIe siĂšcle, et en plus ce sont des dĂ©rivĂ©s comme français roupille « manteau ample, guenille », roupiho « guenille » Ă  Marseille et ils sont plutĂŽt rares. Le mot roupo qui dĂ©signe toutes sortes de vĂȘtements  amples en gĂ©nĂ©ral, est fortement attestĂ© dans tout le domaine occitan et franco-provençal.  En plus la premiĂšre attestation vient du gascon, dans le texte de GĂ©rard Bedout, Lou parterre gascoun coupouzat de quouate carreus. de 1642.  Pourtant l’extension gĂ©ographique de roupa, jusqu’Ă  la Suisse romande reste Ă  expliquer.  Voir  FEW XVI, 680

saouvomayre, mairesiouvo et la motivation d’...

Saouvo-mayre et  maire-siouvo « chĂšvrefeuille » viennent tous les deux du latin silvae mater « chĂšvrefeuille », littĂ©ralement « mĂšre de la forĂȘt ou  des feuillages ». Scribonius Largus Ă©crit que le nom latin correspond au grec πΔρÎčÎșÎ»ÏÎŒÎ”ÎœÎżÎœ (periklumenon) parce que les branches du chĂšvrefeuille « embrassent » les arbres comme une mĂšre son enfant. En italien existe le nom abbracciaboschi qui rappelle la mĂȘme image. D’aprĂšs Rolland Flore VI,219  il s’appelle Ă©tranlha-cabri1 Ă  St-Hilaire-des-Courbes (CorrĂšze)

Saouvo-mayre qui correspond au nom latin dans l’ordre des deux Ă©lĂ©ments n’a survĂ©cu qu’en occitan; d’aprĂšs le Thesoc dans 3 villages de l’Aveyron et 3 dans l’HĂ©rault et Ă  AvĂšze dans le Gard2. Au cours des siĂšcles la dĂ©clinaison latine a disparu et le gĂ©nitif silvae   est devenu silva ce qui a entraĂźnĂ© une inversion de ces Ă©lĂ©ments et parfois l’insertion du  de, comme Ă  Toulouse may de cibre, ou dans l’Aude ma dĂ© serbo.

Lonicera_caprifolium0

Comme le premier Ă©lĂ©ment silva « forĂȘt » avait pratiquement disparu de la langue par la concurrence des types « bois » et « forĂȘt« , on ne l’a plus compris et il a Ă©tĂ© remplacĂ© par des Ă©lĂ©ments qui donnaient un sens Ă  ce nom : silva > salva  > saouvo-  du latin salva « sauve ».  Dans l’Aveyron les sages-femmes font une infusion avec les feuilles de la plante.

Silva  est aussi remplacĂ© par saoubio  du latn salbia « sauge » , ce qui a donnĂ© Ă  Cahors salbiomayre.  Dans l’Aude  et en gascon ce n’est pas salvare mais servare qui remplace la silva: dans le Tarn et environs: serbomayre.

L’influence du nom caprifolium donne dans le Gers serbofulho, dans la Haute-Garonne serbocrabo, parfois abrĂ©gĂ© en krabo.

Le type avec les deux Ă©lĂ©ments inversĂ©s maire-siouvo a Ă©galement subi de nombreuses transformations.  L’Ă©lĂ©mĂ©nt maire ‘a  Ă©tĂ© compris comme une rĂ©fĂ©rence Ă  la pĂ©riode de floraison, le mois de Mai,  le deuxiĂšme a Ă©tĂ© associĂ© Ă  seba du latin cepa « oignon »; l’ensemble a donnĂ© Ă  Apt mayo-sĂ©bo, le chĂšvrefeuille devient ainsi une sorte d’oignon de Mai. Plus d’exemples de changements dans le FEW XI, p.615

Tous ces changements viennent d’une tendance naturelle Ă  motiver le vocabulaire, c’est-Ă -dire Ă  lier les sens des mots  Ă  leur formes et de crĂ©er ainsi des familles de mots facilement mĂ©morisables. Le chĂšvrefeuille n’est pas un sujet de conversation inter-communautaire. Il est donc normal de trouver des motivations diffĂ©rentes dans les parlers occitans. La richesse de ces parlers se trouve aussi dans cette grande variĂ©tĂ© de motivations et il est dommage qu’actuellement les occitanistes veulent surtout « normaliser » l’occitan au nom d’une lutte politique.

Plus sur la motivation du vocabulaire Ă  la fin de mon Introduction.

Voir Rolland Flore vol. VI, p.215 ss pour les noms du chĂšvrefeuille dans toute la France

 

Notes
  1. A ajouter Ă  l’article strangulare du FEW XII, 289
  2. Ailleurs dans l’est-languedocien c’est le type pentacosta du latin pentecosta empruntĂ© au grec πΔΜτηÎșÎżÏƒÏ„Î· (le 50e jour aprĂšs PĂąques) qui domine Cf. FEW VIII, 207

Erugo ‘chenille; roquette’

Erugo, rugo, arugo « chenille »Â  et « roquette » (eruca sativa)

Erugo S2

L’Ă©tymologie est le latin erĆ«ca  qui est attestĂ© avec les deux significations « roquette » et « chenille ». L’Ă©tymologie de erĆ«ca n’est pas claire, en particulier du point de vue sĂ©mantique. Quel est le point commun de la roquette et d’une chenille?. Ernout-Meillet fait la proposition suivante:

eruca_ErnoutMLa forme Ć«rĆ«ca qui est Ă  l’origine de l’espagnol oruga  et attestĂ©e chez Pline est expliquĂ©e par le FEW comme une simple assimilation, tandis que  Ernoult pense à  Ć«rƍ « enflammer, exciter » ce qui reste Ă  prouver.

Les attestations de eruga, auruga « roquette » sont plutĂŽt rares1, parce qu’au dĂ©but du XVIe siĂšcle le diminutif roquette a Ă©tĂ© empruntĂ© Ă  l’italien par les Parisiens, de sorte que le nom roquette a gagnĂ© tout le pays et a remplacé  russe ou  de l’eruce, d’un dĂ©rivé *erucia,  noms attestĂ©s dans l’ouest de la France.

La roquette vendue sur le marché actuellement est un cultivar produit en Italie.  A Manduel et je pense ailleurs dans le Mdi, la roquette à fleurs jaunes pousse un peu partout en bordure des chemins et des vignes. Elle est comestible mais les feuilles sont plus dures.

roquette

FEW III, 241

Notes
  1. Voir RollandFlore II,p.83 eruca sativa

TĂČra, toro ‘aconit; chenille’

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Toro « cormier des oiseleurs » (sorbus aucuparia) dans la premiĂšre Ă©dition du Dictionnaire de Sauvages.(1756, S1). Dans la deuxiĂšme Ă©dition il ajoute 3 autres significations de toro: « aconit Ă  fleur jaune ou le Napel », « la chrysomelle de l’osier-franc; scarabĂ©e rouge tachetĂ©e de rouge qui rĂ©pand au loin une odeur forte et puante »; toro ou canilio « chenille » voir Erugo.  Il ajoute la remarque suivante:

Toro_S2

 aconitfleurjaune

   sorbier_oiseleurs

 

 

L’Ă©tymologie de toro ou tora est le mot latin tĆ­ra « aconit’ qui l’a empruntĂ© au grec Ï†ÎžÎżÏÎ± (phthora). Ce nom a Ă©tĂ© adoptĂ© par les mĂ©decins au IVe siĂšcle.  Marcellus Empiricus , un aristocrate et haut fonctionnaire impĂ©rial en retraite,  a composĂ© un traitĂ© mĂ©dical pour ses fils vers 360  et il mentionne la tora  : turam et anturam herbas virentes (tora et antora des herbes verdoyantes). Dans un glossaire appelĂ© Alphita du XIIIe siĂšcle, les deux plantes sont Ă©galement mentionnĂ©es:

anthora_alphitaD’aprĂšs le FEW XIII/2,p.419  tora et anthora sont deux espĂšces d’aconit et le nom anthora a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© comme anti-thora , contre-poison.  Si vous voulez en savoir plus1 suivez les indications dans la note12 de l’Alphita

Tora, tora « aconit » est attestĂ© en ancien occitan (XIVe siĂšcle) en en moyen français tore depuis1544. Dans les parlers provençaux nous trouvons la forme touero, touara « aconit (napel) ».
Dans la langue des mozarabes2 l’aconit s’appelle touera, en catalan tora, comme en piĂ©montais et en portugais herba toura].

Il reste  Ă  expliquer la seconde signification de tora Ă  savoir « chrysomĂšle » et « chenille ».  Or, aprĂšs les 4 dĂ©finitions, l’abbĂ© de Sauvages a ajoutĂ© une remarque trĂšs intĂ©ressante:

« Il parait qu’on a donnĂ© en gĂ©nĂ©ral le nom de toro aux plantes et aux insectes en qui on a soupçonnĂ© une qualitĂ© malfaisante dont il fallait se dĂ©fier. C’est probablement ensuite de cette idĂ©e dĂ©favorable que pour exprimer l’amertume de quelque chose, on dit, ama coumo la toro , amer comme  le fiel.

C’est le spĂ©cialiste des parlers gascons Gerhardt Rohlfs qui y consacre un article dans la Zeitschrift 56, p.386-387 (ToraRohlfs0015906_PDF_409_411DM)  Il ne mentionne pas notre cher abbĂ©, mais je crois qu’il est bien l’inspirateur.  J’ai traduit la partie la plus importante de cette explication.

Dans les parlers montagnards des PyrĂ©nĂ©es centrales, qui appellent l’aconit toro, la chenille s’appelle brĂ© (Ă  Gavarnie, GĂšdre, BarĂšges). Le mĂȘme mot sert Ă  dĂ©signer le « venin ». BrĂ© est une contraction d’un ancien berĂ© (c’est ainsi qu’il se prononce dans les Basses-PyrĂ©nĂ©es) qui vient d’une dissimilation du latin venenum ( cf. l’ancien occitan verĂ©, verĂ©n « venin »). La chenille est donc considĂ©rĂ©e comme un animal vĂ©nĂ©neux, de sorte que « chenille » et « venin » sont devenus des concepts identiques. Ainsi tout devient clair. L’aconit est une des plantes les plus vĂ©nĂ©neuses connues des botanistes,, ce qui explique Ă©galement son nom en moyen haut allemand eitergift (gift « venin »). La signification d’origine (comme tertio comparationis) des deux noms a dĂ» ĂȘtre « venin ».

Avec cela nous entrons dans le domaine de la mĂ©dicine et de la pharmacologie. L’ensemble des faits suggĂšre de penser Ă  l’ arabe comme source Ă©tymologique, ce qui est encore renforcĂ© par la rĂ©partition gĂ©ographique du mot (le Sud de la France et l’Espagne). Le professeur Paret de Heidelberg me confirme sur ma demande qu’un mot arabe

thora arabe  existe, attestĂ© dans le dictionnaire de Dozy avec le sens « aconit ». Ce mot arabe est comme l’a vu dĂ©jĂ  Dozy est un emprunt au grecÂ Ï†ÎžÎżÏÎ± (phthora) « anĂ©antissement; corruption » qui dans la forme thora avec le sens « venin » est passĂ© dans des documents en latin tardif. Par exemple dans le Ducange VIII, 102  un texte du XIVe siĂšcle : Dixit publice quod ipse vellet thoram vel aliud mortiferum comedisse ad finem ut breviter expiraret. (Il a dit publiquement qu’il voulait manger de la tore ou un autre venin mortel de sorte qu’il expirerait dans le plus bref dĂ©lai.)

 

Alibert  donne encore plus de sens Ă  tĂČra :

  1. cormier des oiseleurs (sorbus aucuparia). Crus, ses fruits ne sont pas comestibles pour les humains, puisqu’ils contiennent de l’acide parasorbique (acide du sorbier) au goĂ»t Ăąpre et amer, pouvant provoquer des vomissements Ă©ventuellement.
  2. aconit (Aconitum)
  3. chlora perfoliée (chlora perfoliata L.)
  4. scrofulaire (Scrofularia canina L.)
  5. Chenille; chrysomĂšle du peuplier
  6. Gerçures circulaires Ă  la queue du porc et d’autres animaux
  7. Chancre des arbres
  8. paresse, fainéantise

 

Notes
  1. Anthora_AlphitNote
  2. Le nom donnĂ© aux chrĂ©tiens vivant sur le territoire espagnol conquis Ă  partir de l’an 711 par les armĂ©es musulmanes , l’Andalousie actuelle. Les mozarabes avaient dans la sociĂ©tĂ© arabe le statut de dhimmi, statut d’infĂ©rioritĂ© inscrit dans la loi. Ils partageaient ce statut avec les juifs, en tant que non-croyants Ă  l’Islam. C’est seulement dans la pratique, et non dans la loi, que leur culture, leur organisation politique et leur pratique religieuse Ă©taient tolĂ©rĂ©es.

bidalbo ‘clĂ©matite’

Bidalbo vient du latin vitalba, attestĂ© chez Columella (1 er siĂšcle  aprĂšs JC.) au nominatif vitis alba. Les formes conservĂ©es dans des parlers   occitans viennent  de l’accusatif vite(m)alba(m) > bidalbo ou du nominatif vitis alba > guissaubo et dĂ©signe la clĂ©matite. Dans le Var, le Gard, l’Aveyron et Ă  Marseille existe aussi la forme inversĂ©e aubavit, aoubovi(s). Voir la grande variĂ©tĂ© des formes ici;  vous verrez que le type vitalba est surtout attestĂ© dans l’ouest-occitan. Autres formes qui viennent de vitis : avissano, rabissano. Dans albavit les deux Ă©lements sont inversĂ©s. Du latin vitex  « gattilier, arbre Ă  poivre, poivre de moine, agneau chaste »(cf. vige) vient le composĂ© entrevidze « viorne » d’aprĂšs l’abbĂ© de Sauvages,  « clĂ©matis » d’aprĂšs RollandFlore, et bijano Ă  PĂ©zenas. Voir FEW XIV, 551b

Le type entrevedilh est composĂ© avec le latin viticula « vrille de la vigne »Â  Voir FEW XIV,552.

Les sarments de cette clĂ©matite servaient surtout Ă  lier des fagots, Ă  tel point qu’il s’appelle dans beaucoup d’endroits redorta littĂ©ralement « tordue ».

Chez Columella le vitis alba dĂ©signe une autre plante, la bryone blanche, mais quand on compare celle-ci Ă  la clĂ©matite on comprend que le nom a passĂ© de l’un Ă  l’autre:

Bryone blanche bryoneblanche     clématite  Clematis_vitalba1

Le nom vitalba  qui est aussi courant en italien et espagnol, a été adopté par les botanistes du XVIe siÚcle avec le nom du genre clematis emprunté au grec : clematis vitalba

 

ravanet, rabet, rafet ‘radis’

Ravanet,rabanet, rabe, rabeta, rabet, rafe, rafet  « radis » vient du latin   raphanus qui l’a empruntĂ© au  grec ÏÎŹÏ†Î±ÎœÎżÏƒ. FEW X,65.

Ce type est vivant dans les langues romanes voisines, comme par exemple ravaneta  en catalan. Il n’est pas impossible que la forme avec -f- vient directement du grec. Les formes avec -f- sont frĂ©quents dans les dialectes du sud de l’Italie, oĂč la langue grecque s’est maintenue jusqu’Ă  nos jours dans certains endroits. Cela me rappelle mon article sur  petas/pedas, une histoire de Grecs et de Romains.

On peut aussi supposer que les moines avaient gardĂ© le nom latin  raphanus pour le radis, qu’ils cultivaient dans les jardins des abbayes et que la forme rafe, rafet a Ă©tĂ© adoptĂ© dans les villages environnants. Ces formes avec  -f- se trouvent dans les parlers de l’Aveyron et la LozĂšre jusqu’aux Landes, mais ell es sont inconnues en provençal. (Voir le FEW et le Thesoc radis).

D’aprĂšs le Thesoc,  le type rafec dĂ©signe le « raifort », mais la forme avec  -c final n’est attestĂ©e que dans un texte albigeois du XVIe siĂšcle; par contre d’autres dĂ©rivĂ©s comme ravanasso ou gascon raflĂ  dĂ©signent bien le raifort.

Le dĂ©rivĂ© ravanello dĂ©signe souvent le « radis sauvage » ou la « ravenelle, giroflĂ©e des jardins »

Un dĂ©rivĂ© spĂ©cial  ravaniscle « ravanelle » est attestĂ© dans le Gard par Pouzols de Manduel. (Rolland, Flore 2,130)

Cf. Rolland Flore, 2 p.129 ss pour les noms des différentes espÚces de raphanus.
L’ethnobotanique  n’est pas une science simple. Rolland fait les deux remarques que voici:

Tome II, p.69

RollandFl2_69

Tome II, p.129

RollandFl2_129

Français radis « raphanus sativus » est un emprunt Ă  l’italien radice qui date du XVIe siĂšcle, du latin radix  FEW X,27 radix . En ancien et moyen français le radis s’appelait rafle, ravene, rave du latin raphanus.

sinapis arvensis

sinapis arvensis

raifort

raifort

ravanet

ravanet