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agoutar ‘écoper; tarir’

Dans l’inestimable œvre du Commandant Noël Fourquin et de Philippe Rigaud

De la Nave au Pointu

Glossaire nautique de la langue d’oc

Provence-Languedoc

Des origines à nos jours

se trouve un article Agotar, agoutar, agouta, agoutter « écoper, pomper, asécher » avec de nombreuses attestattions de la région d’Arles qui s’étalent du XIVe à la fin du XIXe siècle.

L’étymologie est le latin gutta « goutte » ce qui n’a aucun intérêt; par contre le riche développement sémantique est intéressant. Regardez les multiples significations très spécifiques fournies par le FEW IV,p.351 pour le domaine occitan.

 

Agotar 1 FEW IV,349

Il semble que le sens vider jusqu’à la dernière goutte » est à la base des sens dans les parlers occitans et franco-provençaux jusqu’à la fameuse ligne formée par la Loire. .Typique pour les parlers franco-provençaux est le sens « tarir une vache pleine ».

 

Agotar 2 FEWGl 1,184 revoie vers le Glossaire des patois de la Suisse romande.

Un autre travail inestimable  de GŒANTS de la linguistique ce Glossaire des Patois de la Suisse Romanden, abrégé GPSR, mais dans le FEW tout simplement Gl. Commencé en 1899 le dernier fascicule n°127 contient le début de la lettre H- Allez voir un peu.

Glossaire des patois de la Suisse romande

(GPSR)

C’est du sérieux ! Surtout ne pas comparer à

Le Glossaire des patois de la Suisse romande (GPSR) est, depuis 1899, un acteur essentiedans la mise en valeur du patrimoine linguistique romand. Etabli à Neuchâtel, il est l’un des quatre Vocabulaires nationaux de la Confédération helvétique. Tout comme ses confrères alémanique, grison et tessinois, il a pour mission de documenter le plus complètement possible les patois de son domaine linguistique, d’en faire l’analyse lexicologique et de rendre celle-ci accessible au public et au monde scientifique sous la forme d’un dictionnaire dialectal de grande ampleur.

arne, arnos ‘mites’

Arne : Mite microscopique qui a une prédilection pour les plumes. Les taxidermistes amateurs qui naturalisaient leurs leurres (Vanneaux, Pluviers, étourneaux et autres limicoles) pour la chasse au poste, mettaient du sel pour conserver la peau et y ajouter du poivre pour protéger les plumes de ces arnes. (Jean Daumas, Marsillargues).

arna

Pierrepiaf; vétérinaire vous explique tout sur les mites des plumes.

Les dictionnaires occitans en ligne ne donnent que les mots arne, arna et arnadura « vermoulure », mais Alibert nous fournit des compléments:

Arna AlibertLe Thesoc dans l’article mite montre que le mot  était vivant  dans une grande partie du domaine occitan. La variante darna est limité aux départements ARDECHE, CANTAL, DORDOGNE, HAUTE-GARONNE, ISERE, HAUTE-LOIRE, LOT, LOT-ET-GARONNE, LOZERE, TARN, TARN-ET-GARONNE. PUY-DE-DOME.et CORREZE,

ans FEW XIII/1, p.122  dans l’article tarmes « ver à bois » nous trouvons des attestations depuis le XIIIe siècle.arnaFEW13-1

L’auteur réunit les 3 types arta, arna et darna dans le même article, mais dans son commentaire il précise que pour le moment il n’a pas d’explications de ces formes, la disparition du t- initial, le -t- devenu -n- dans de nombreux patois et le d- initial.

Par contre les évolutiçns sémantiques ne posent aucun problème. Jetez un coup d’œil sur l’article du FEW XIII/1, p.122   pour vous en rendre compte.

emperau, imperaou

Emparau « Travail que fait un ouvrier après sa journée régulière; temps qui reste à l’ouvrier après sa journée régulière ».(Alibert). Deux définitions dans le style du Code du travail.
Impéraou :( Travailler plus, pour gagner plus ! )
Temps de travail supplémentaire hors horaire normal d‟un ouvrier agricole pour arrondir les fins de mois. (8 heures en été, 7 heures en hiver). Les jeunes ouvriers agricoles qui laissaient leur semaine à la maison, faisaient leur argent de poche avec ce moyen (adieu les 35 heures !) Définition du blog de marsillargues.

 

L’auteur des Mots de Marsillargues donne un exemple de travail pour les impéraous

Réguons :
Au printemps dans les vignes on dégageait le pied des ceps avec des solides
charrues a soc recourbé fabriquées en majorité à Potelières prés d‟Alés que l‟on
appelaient des sareuses ou des kerpis. Ces déchausseuses laissaient entre les
ceps une liste de terre qu‟il fallait enlever à la pelle, à la sape ou au râteau suivant la
nature du terrain pour bien dégager et aérer les souches. C‟est dans ces réguons
que l‟on mettait le fumier ou l‟engrais. Ce travail se faisant à journée ou à tant le pied,
était un des travaux privilégiés pour les impéraous.

Étymologie d’après Alibert : le verbe  emperar « dominer, régner » du latin ĭmpĕrare » (à ajouter au FEW IV, 584 ). Le verbe emperer avec le sens « diriger le cheval’ est en effet attesté en ancien français, mais rarement.Gaston Fesquet atteste le mot emperadou « impérieux » dans le canton de Lasalle-St.Pierre (Gard). Revue des Langues romanes vol.26 page 55.

D’après une note dans le FEW il s’agit d’un emprunt au latin, mais les données sont trop rares pour le confirmer. L’évolution sémantique ne m’est pas très claire; peut-être s’agit-il d’une obligation pour les travailleurs de faire certains travaux qui ne permettent pas de délais. Cela doit exister dans la viticulture.

Boutels

Boutels :
Grappillons : À la glorieuse époque de la vigne, hélas révolue, après les vendanges
c‟était le Maire du village qui fixait la date d‟autorisation du grappillage. Pouvait aussi
désigner des mollets .(La chanson en patois de Marion disait (méi boutels fasien tiba méi guêtra)s Marsillargues .

Bouteiller :
Grappiller : Les familles se transformaient en “Bouteillaïres“ pour faire leur provision
de vin ou leur cartagène en allant ramasser ces boutels. (Grappillons )

Bouteillier est aussi un nom de famille.

Etymologie : du latin buttĭcula « sorte de vase ». Les grapillons ont la forme d’une bouteille. Voir FEW I, 661 et commentaire

Bachas ‘flaque d’eau’

Une flaque d’eau s’appelle à Manduel bachas (avec le -s final bien prononcé):

bachas Manduel ThesocSource1
Flaques d‟eau qui se forment par temps de pluies dans les trous ou nids de poule des routes et des chemins mal entretenus et qui accélèrent leurs dégradations. ( Mots et expressions de Marseillargues).

L’abbé de sauvages donne plusieurs significations dans la première édition, article qu’il a transformé en 3 articles dans la deuxième édition:

bachas 1 et 2 Sauvages   bachas3Sauvages2

En effet d’après le Thesoc le sens « flaque d’eau est limité aux départements du Languedoc, mais nous retrouvons ce mot avec le sens « auge » dans de nombreux patois. Voir le Thesoc s.v. auge pour les attestations les plus récentes.

Étymologie: bacca, baccus  » vase pour l’eau » probablement d’origine celtique. FEW I, 197-198

On constate un très riche développement sémantique que l’abbé de Sauvages essaye d’expliquer.

Notes
  1. Le Thesoc, qui reprend l’Atlas linguistique du Languedoc oriental.

blesta ‘tranche de terre retournée par le so...

Blesta « tranche de terre reournée par le soc » est attesté en Ardèche dans 3 villages (Thesoc):

blesta 'motte' Ardeche

L’étymologie proposée par von Wartburg dans le FEW I,p.410  blĭsta « motte de terre », n’a pas été reprise dans la nouvelle rédaction des étyma germaniques. Je ne sais où en sont les recherches.

Le mot est attesté en ancien  et moyen français et en ancien provençal et en occitan moderne. Voir les différentes significations dans le FEW. Le sens de l’étymon serait  » ballonné, gonflé, bourrelet ».

Par association de forme j’ai pensé au mot anglais « blister » courant en français moderne mais refusé par le TLF.

L’étymologie du mot anglais blister d’après etymonline:

blister etymonlineJe suis toujours étonné par ces liens avec des langues étrangères.

Le sens javelle « 1 Terme d’agriculture. Nom donné à des poignées de blé scié, qui demeurent couchées sur le sillon jusqu’à ce qu’on en fasse des gerbes. » attesté à Chirons, se retrouve dans de nombreux patois. Voir l’article du FEW.

gabion, mur –

Mur gabion. Dans le journal je lis que des éléments peu recommandables utilisent les « murs gabions » pour caillasser les bus municipaux dans le quartier de Valdegour à Nîmes. Le mot français gabion m’était inconnu et un grand article très élaboré et intéressant dans Wikipedia m’a bien éclairé.

L’étymologie de gabion est l’italien gobbione » grand panier cylindrique rempli de terre  qui sert à protéger les soldats et les travailleurs dans la tranchée »  devenu gabion en français. Gabbione est dérivé du latin cavea « cage ». 1

Cavea est devenu cage en français, gabia, dzabia en occitan; Voir les attestations dans le FEW II, 552-553. Vous trouverez plusieurs significations dans mon article gabieu.

 

Des paniers gabions

Des paniers gabions de l’artillerie au XVIe s.

Les murs gabions sont très à la mode et sont au service des caillasseurs-casseurs.

gabionJardin

Un mur gabion pour jardin (plus joli que les quérons).

Voir le Thesoc ‘cage’  pour les attestations récentes de gabja « cage ».

En provençal et langedocien existe le verbe engabia « mettre en cage ».

Un ami photographe Thomas Zumbiel a publié une belle photo de autos engabiadas:

Casse de Manduel vue du ciel

Aucune description de photo disponible.

En ancien occitangabion signifie  « petite pièce », ce qui semble être un emprunt aux parlers piemontais ou ligures voisins. Voir FEW II, 554

 

Notes
  1. Je n’essaie pas de résumer les différents essais d’explication de l’évolution phonétique. Si cela vous tracasse consultez les le FEW II, 554

récate ‘repas de midi’

récate « repas que le travailleur dans les champs ou les vignes emporte pour midi (de nos jours) ou pour la journée (autrefois).

recate en 2019

Les camionnettes réapparaissent dans les vignes et vers midi les travailleurs récatent .

L’étymologie est d’après le FEW un verbe non-attesté *coacticare « cacher », qui a connu un riche développement notamment dans le domaine occitan. Voir les nombreuses significations locales dans le FEW vol. 2 p.814 colonne de gauche.

Le sens « pique-nique »  s’explique par le fait que les aliments sont bien empaquetés pour les emporter aux champs.

Voir aussi l’article acatar

cadis ’tissu, grossier’

Cadis « tissu de laine du genre de la bure ou de la flanelle ».

Un visiteur qui fait de la généalogie, me signale ce mot cadis, qui est aussi un nom de lieu, Cadix en Espagne et dans le Tarn et un nom de famille dans l’ouest du domaine occitan. Dans  le Trésor de Mistral nous trouvons  en effet 3 articles « cadis »:

!

cadis1 Mistral

Cadis2 Mistral Il y a donc Cadix  en Espagne; ensuite  Cadix  une commune française située dans le département du Tarn, en région Occitanie. Ses habitants sont appelés les Cadixois. (230 habitants). Cadis « textile », cadis « fèves en cosse »  que Mistral a mis avec  cadis « étoffe », mais ce n’est pas le même mot.

Le mot cadis « toile  » appartient à l’histoire. Comme tant d’autres produits, le cadis n’est plus utilisé. Wikipedia a trouvé quelques images:

cadis Wikipedia_Pâtres_du_village_de_Grip_(i.e._Gripp),_Vallée_de_Campan_-_Fonds_Ancely_-_B315556101_A_PINGRET_016

Étymologie. Pour une raison mystérieuse cadis ne se trouve pas dans le FEW, en tout cas je ne l’ai pas trouvé. Par contre K. Georges a fait des recherches qui sont reprises par le TLF:

Tissu de laine du genre de la bure ou de la flanelle. Deux grands coquins de bergers drapés dans des manteaux de cadis roux (A. Daudet, Lettres de mon moulin,1869, p. 10).

Prononc. : [kadi]. Étymol. et Hist. 1352 (Comptes roy., fo79 dans Gay). Empr. à l’a. prov. cadis « étoffe de laine grossière » 1330-32 [Basses-Alpes] (ds Quem. Fichier); lui-même empr. au catalan cadirs (var. cadissos ou cadins) « id. » 1308 [Perpignan] (ds R. Lang. rom., t. 7, p. 55) d’orig. inc.; à l’appui de l’orig. catalane de l’a. prov. v. attest. dans Höfler, p. 85, note 9 et Gay. L’hyp. d’une dérivation du nom de la ville de Cadix en Espagne (DEI; Dauzat 1968) n’est confirmée par aucune source hist. (Höfler, loc. cit.); d’autre part, l’esp. cadiz « serge grossière » n’est attesté qu’en 1726 dans Al. Mot du prov mod. chez A. Daudet, supra; v. aussi Mistral.
BBG. − George (K.E.M.). L’Emploi anal. de qq. n. d’étoffes dans le domaine gallo-rom. In : [Mél. Boutière (J.)]. Liège, 1971, t. 1, p. 267. − Quem. 2es. t. 3 1972, p. 28.
L’origine du mot français est l’ancien provençal, qui l’a probablement emprunté au catalan, et la trace s’arrête là. Aucune preuve de Cadix, ville espagnole, comme ville originaire de ce tissu.
Alphonse Daudet a contribué à l’introduction de beaucoup de mots occitans dans la langue française.

 

 

 

enquestre ‘vieillerie’

Enquestre souvent au pluriel enquestres « vieux objets inutiles  et encombrants ». A Marsillargues
enquestre
peut aussi prendre le sens « gêneur qui est toujours au milieu comme le jeudi et auquel on dit :

lève toi de là vieil enquestre » (Source : jeandumas.unblog.fr).

Il semble que le mot est assez courant dans la région nîmoise, en tout cas je l’ai entendu régulièrement à Manduel.I Le mot ne se trouve pas dans le dictionnaire d’Alibert, et dans le Trésor de Mistral il est caché avec un autre signification dans l’article Enquesto.

enquestoMistralEnquestro pour ourquestro.

Mais  enquesto peut aussi avoir le sens de « chose de peu de valeur ».

Mistral nous fournit aussi encastre mais pas le sens « vieillerie »:

encastr

Il y a plusieurs années j’ai rattaché enquestre au nom d’un marché aux puces toulousain l’Inquet, « hameçon »,mais cela me semble un peu tiré par les cheveux maintenant.

 

 

 

 

 

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