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Masada "fourmi"

Masada « fourmi » et le d√©riv√© masadier, masedera¬† « fourmili√®re » t√©moignent¬† d’apr√®s le FEW de la pr√©sence des Goths dans les d√©partements de la Hte Loire, le Puy de D√īme, la Creuze et le Cantal, qui ont fait partie du royaume Ouest-gothique.¬† L’√©tymon est d’apr√®s le FEW un gotique *af-maitj√ī « forumi »¬† qui fait partie de la m√™me famille que l’allemand Ameise « fourmi ». Cette √©tymologie est discut√©e. Voir ci-dessous.

masad carte tir√©e de¬† Lectures de l’Atlas linguistique de la France¬† de Gilli√©ron et Edmont.¬† (Voir s.v.¬† ALF), qui ne pr√©sente que les d√©riv√©s de maz-.

En ce qui concerne cette √©tymologie, il y a une nouvelle proposition par Gaston Tuaillon, qui pense plut√īt √† un substrat pr√©roman.¬†¬† A consulter dans une biblioth√®que universitaire: Tuaillon, Gaston,¬† Les d√©signation de la fourmi dans les parlers romans.¬† G√©olinguistique 1(1984) 7-29 , qui doit fournir une explication des formes¬† du domaine d’o√Įl comme mazel¬† (Allier) et franco-proven√ßales comme mozoy.

Le Thesoc fournit quatre types masada, madasa, masadis, masela,¬† mais elles reposent toutes sur la m√™me origine.¬† Les formes donn√©es¬† √† Edmont pour l’ALF varient fortement.¬† Nous avons d√©j√† remarque ce ph√©nom√®ne pour d’autres mots comme le nom du sureau.¬† De nombreuses attestations et formes dans¬† Albert Dauzat,¬† Essais de g√©ographie linguistique. 1921. pp85-86.

Codou, code "caillou"

C√≥dou « caillou », code en fran√ßais r√©gional vient d’un d√©riv√©¬†¬† *c√≥tulus « petit caillou » d√©riv√© du latin cos, cotis « pierre √† aiguiser ». Cf. l’article cot, acout « pierre √† aiguiser ».¬† 1 C√≥dou¬† est attest√© en proven√ßal et est-languedocien¬† jusqu’en Loz√®re et dans l’Aveyron. Nous le retrouvons en catalan codol¬† en corse¬† codule¬† et dans le Nord de l’Italie.

Un visiteur m’√©crit:

Ma grand m√®re chauffait son lit l’hiver avec une grosse pierre lisse en forme de galet qui lui servait de bouillotte. Elle appelait √ßa « une code« .
Elle faisait chauffer sa code dans le four de sa cuisinière, et ça gardait longtemps la chaleur.

Quand j’√©tais gamin je ramassais des cailloux pour les lancer, et on appelait √ßa aussi¬† des codes...

Les habitants de Vauvert sont appel√©s Li roula code, car √† Vauvert lors des grosses pluies, les cailloux plus ou moins gros √©taient entra√ģn√©s par le ruissellement dans les rues de l’agglom√©ration. Voir¬† le site de N√ģmes et du Gard avec les sobriquets utilis√©s dans le Gard.

Dans la m√™me r√©gion on a cr√©√© le diminutif coudoul√© , coudoulet .¬† Mistral cite un verbe¬† acoudoulha¬† « poursuivre √† coups de pierres » pour le Languedoc.

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Notes
  1. La forme¬† codol¬† donn√©e par Alibert est une reconstruction d’un ancien occitan codol rarement attest√©.

Malhol, mayol, maliòou "bouture"

Malhol, mayol, mali√≤ou « bouture,¬† jeune plant de vigne » vient du latin malleolus¬† « petit marteau ». L’image ci-dessous prouve cette √©tymologie. D’ailleurs¬† malleolus¬† signifiait d√©j√† « crossette de vigne ou d’arbre » chez les Romains (Gaffiot)

Le mot malhol¬† est proven√ßal et languedocien, attest√© depuis le XIIe si√®cle, et¬† avec le sens « vigne nouvellement plant√©e » d√©j√†¬† en latin m√©di√©val du IXe si√®cle. Nous le retrouvons en italien magliuolo¬† et en catalan mollol.

L’abb√© de Sauvages¬† s.v.mali√īou ou avantin¬† est tr√®s pr√©cis dans sa description:

Mali√īou ou Avantin, jeune Plan de vigne, il y en a de deux sortes, les¬† crossettes &¬† les¬† barbues,¬† appell√©es¬† sautelles¬† dans quelques Provinces; il n’y a que la¬† barbue¬† qui est du chevelu & qui, √† cause de cela, reprend plus ais√©ment. L’ avantin est toujours un sarment de vigne qu’on plante dans des tranch√©es pour avoir des ceps.

Barbue¬† veut dire « qui a des racines ». Voir Thesoc s.v. « plant racin√© » : barbat (Dordogne), capeluda (Charente)

Quinsar, quinson "pinson"

Quinsar¬† ou quinson¬†¬† et le fran√ßais « pinson »¬† sont des onomatop√©es bas√©es sur le chant de ce petit oiseau. Pour l’√©couter cliquez¬† ici¬† ensuite cliquez sur le mot « zang » (2 minutes) dans la premi√®re ligne.

pinson

Le latin fringilla¬† « pinson »¬† a √©t√© remplac√© par le type *pinc- ¬† avec le suffixe -ione¬† en fran√ßais , en toscan pincione,¬† en corse pinziolo, binziglione et en catalan avec un¬† changement de suffixe¬† pins√°.¬† Des mots comparables ont √©t√© cr√©√©s independamment en cymrique (la langue du pays de Galles)¬† pinc,¬† en breton¬† pint,¬†¬†¬† en slovaque pinka, tch√®que pinkava, n√©erlandais vink,¬† allemand¬† Finke, etc.

En galloroman, nous trouvons le type pinson uniquement dans le domaine d’o√Įl;¬† dans le domaine d’oc et en franco-proven√ßal c’est le type quinson, qui domine, avec un changement de l’initiale p > k , probablement sous l’influence de verbes comme¬† quillar¬† « pousser des cris aigus » (A.).

La forme¬† quinsar avec le changement de suffixe ne se trouve que dans laVaucluse, le Gard et l’H√©rault, d’apr√®s les donn√©es du FEW.¬† D’apr√®s le Thesoc aussi √† Mende (Loz√®re).

Parabole de l’Enfant Prodigue

La Parabole de l’Enfant Prodigue et les dialectes .

La Parabole de l’Enfant Prodigue, particuli√®re √† l’√©vangile selon Saint Luc (XV 11-32), a des lettres de noblesse dialectologiques. En effet, en 1807, M. de Champagny, ministre de l’Int√©rieur, charge Charles Coquebert de Montbret, homme de science et ancien diplomate, d’entreprendre, pour le bureau de la statistique, une enqu√™te sur les langues parl√©es dans l’Empire fran√ßais. Celui-ci envoie aux pr√©fets, qui transmettent aux maires, notaires, juges de paix de leur d√©partement, un questionnaire comportant notamment la traduction en langage local de la Parabole de
l’Enfant Prodigue. Les r√©ponses re√ßues nous sont conserv√©es dans un ouvrage publi√© par son fils, Eug√®ne Coquebert de Montbret : M√©langes sur les langues, dialectes et patois, Paris 1831, in 8¬į.
Par la suite, la traduction de la Parabole de l’Enfant prodigue en patois est devenu un exercice relativement courant.¬† (Aredius44)

1.2.1.Le XIXe siècle : naissance de la dialectologie (1807-1876)

Le XIXe si√®cle est marqu√© dans l’histoire de la linguistique fran√ßaise par la naissance de la dialectologie, qui s’affranchit du monde des √©rudits locaux et de la philologie, pour devenir une discipline scientifique √† part enti√®re aux environs de 1870. C’est d’ailleurs moins par les acquis du terrain, puisque jusqu’√† cette date il n’y a pas eu de v√©ritable enqu√™te scientifique, que par l’apport des m√©thodes allemandes profess√©es par P. Meyer et G. Paris dans leurs cours de philologie essentiellement consacr√©s aux textes anciens, que cette science qui allait devenir la dialectologie s’est constitu√©e. Ainsi en 1883, le premier enseignement de dialectolologie donn√© par J. Gilli√©ron est encore rattach√© √† l’√©tude des ¬ę variations dialectales de l’ancien fran√ßais ¬Ľ (Romania, 1883, XIII, p. 138).
N√©anmoins, certains travaux philologiques pr√©c√©dant cette p√©riode doivent √™tre pris en compte en raison de leur int√©r√™t particulier et de leur influence sur les √©tudes qui leur ont succ√©d√© (cf. Pop, 1950, p. 14 et sq.). Cependant avant de parcourir ces enqu√™tes, on remarquera l’absence de r√©ponse concernant les parlers du Croissant dans l’enqu√™te de l’Abb√© Gr√©goire qui s’est d√©roul√©e pendant la R√©volution. Il est vrai qu’il s’agissait moins de recenser les patois que de mesurer l’emploi de la langue nationale par les Fran√ßais.

1.2.1.1. L’enqu√™te de l’Empire et les Coquebert de Montbret (1807-1812)

Cette enqu√™te par correspondance, dirig√©e par les Coquebert de Montbret, p√®re et fils, se d√©roula de 1807 √† 1812. Son but √©tait essentiellement statistique, puisqu’elle tentait de d√©nombrer les locuteurs de chaque dialecte parl√© sur le vaste territoire r√©sultant des conqu√™tes napol√©oniennes. Elle prit un aspect particulier dans le Croissant, o√Ļ les investigations et les √©changes de correspondances s’intensifi√®rent lorsque les Coquebert de Montbret se rendirent compte de l’importance de la limite oc-o√Įl, √† partir de 1808 (cf. Brun-Trigaud, 1990, pp. 33-82). D√®s lors, il s’est agi pour les informateurs d’√©tablir avec le plus de pr√©cision possible (commune par commune) ¬ę la ligne de d√©marcation qui s√©pare le fran√ßais proprement dit de l’idiome du Midi ¬Ľ, en illustrant la diff√©renciation dialectale par des traductions de la Parabole de l’Enfant prodigue.
Un rapport manuscrit dat√© de 1812 √©tablit un premier bilan de cette enqu√™te, avant les deux publications d’un choix de Paraboles en 1824 et 1831. Cette derni√®re est accompagn√©e d’un ¬ę Essai d’un travail sur la g√©ographie de la langue fran√ßaise ¬Ľ donnant les m√©thodes et les r√©sultats de cette enqu√™te. Aujourd’hui la correspondance et les versions de la Parabole sont conserv√©es √† la Biblioth√®que Nationale et aux Archives Nationales (cf. Bibliographie).

la parabole¬† enregistr√©e par moi dans les ann√©es ’60 √† Giaglione; 10050 Giaglione TO (Italie)

ICI vous pouvez écouter le Parabole en occitan languedocien (CNRS)
ICI vous pouvez écouter le Parabole en occitan gascon (CNRS)
ICI
vous pouvez écouter le Parabole en occitan en occitan limousin de Puynormand (CNRS)

La parabole de l’enfant prodigue
en patois du canton de Lasalle-Saint Pierre(Gard),
publié par E.Fesquet dans la revue Romania XI (1884), pp.55-56

Semblanso de l’Efan bourgal (prodigalis)

Un ome avi√© dous efans. Lou mendre li diguet : « Paire, baiIo mi ce que deu mi reveni de toun be »; e lou paire lus despartiguet soun avedre. √Ä cauque tems d’aqui quand aguet amassat tout ce qu’avi√©, lou mendre s »enanet i√®n din l’estrange, ounte debouriguet soun deque a visquet din lou mau gouvern. E quand aguet tout degavahiat, uno caresti√© folo, cazet sus la countrado. S’atroubavo sens res. Intret adoun p√®r sirven aco d’un del pais, que lou mandet √† sa borio garda lous poucels. Auri√© be viergut aqi manja soun ramplimen de las couroubios que si trajieu as qu√®chous, m√®s degus noun l’en teni√©. A la fi, si remembran, el digu√®t: » Que de travahiadous √† l’oustau pairoulau qu’√≤u de pan mai que soun prou, e ieu mourisse de fam ! Vau parti ; anarai trouba moun paire e li dirai :  » Paire, ai pecat cronto lou ciel e cronto tu ; noun amerite que mi digou toun filh ; fai mi coumo √† l’un de tous sirvens  » Piei partiguet e anet trouba soun paire, qu’en lou devistan de i√®n, seguet tout pietadous, couriguet √† soun endavan, si traguet √† soun col a l’abrasset. – M√®s soun filh li diguet:  » Paire, ai pecat cronto lou ciel e cronto tu, a noun amerite que mi digou toun filh. » – Adoun lou paire diguet √† sous sirvens: » Anas qu√®rre la pus poulido raubo e cargaz lo-li ; mett√®z-li uno bago al det e bailaz-li per si causs√†. Menaz aici lo bedel gras e aucis√®z-lou. Mangen e larguejen, quar moun filh que ves√®z ero mort e es reviendrat, ero perdut e es retroubat. E coumenc√®rou de largueja.
Sus aco, soun m√†jou qu’ero per chestres tournet, e, si sarran de l »oustau, auziguet que s’i cantavo, e que s’i dansavo. Sounet sus lou cop un des sirvens per saupre d’el deque ero tout ac√≤. Aqueste li diguet:  » Toun fraire es tournat; e toun paire o fatz sanna lou bedel gras, peroc que o retroubat soun filh en bon pourtamen. Lou jouve ni seguet escouf√®s e noun vierguet intra. Adoun soun paire sourtiguet per l’en prega ; m√®s el repouteguet √† soun paire:  » Io sai pas quan que ti servisse sens avedre jammai fatz qu’√† toun voul√©, e pamen noun m’as jammai bailat un cabrit per largueja emb√© mous counpans. M√®s, quand tourno toun autre filh qu’o fatz putofi emb√© de descabestrados, tu fas sanna per el lou bedel gras!  » « Moun filh li respoundeguet soun paire, si√®s toutjourn emb√© ieu e tout ce qu’ai es tieune ; m√®s cahi√© be fa regalo, e roio, peroc que toun fraire que vezes ero mort e qu’es revieudat, qu’ero perdut e es retroubat.  »

Bourgal a pour synonymes: larguié, boubancié, degahié, degavahiadou degahiou, degatiboul, manjaire mannjarèl, etc.
Degavahia,  » dissiper, prodiguer.  » (par le latin gabalus)
Couroubios,  » carouges « , se dit aussi esparx.
Quèchou, cochon, porc, = sp. GOCHO,
Soun deque « son avoir.  » Au lieu de semblanso, on dit aussi paraulo (parabola).
Si traguet √† soun col = l’acoulet.
Sirven. On dit aussi doumège (domesticus).
Peroc que = ital. perroche X persoque = ital. perciocche.
Dansa, = balla, ital. ballare.
Lou mendre, le plus jeune (minor).
Majou  » l’a√ģn√©  » d’une famille (majorem)

Parabole de l Enfant prodigue en langue vaudoise extraite d un Nouveau Testament de la Secte des Vaudois manuscrit du treizième siècle de la Bibliothèque de Grenoble . Tiré de : Nouvelles recherches sur les patois; ou, Idiomes vulgaires de la France, et ...
Par Champollion-Figeac (Jacques-Joseph, M.). Lien direct vers la page : Vaudois, 13e siècle

Parabole de l Enfant prodigue en patois du canton de l’Oysan au sud-est de Grenoble. Tir√© de : Nouvelles recherches sur les patois; ou, Idiomes vulgaires de la France, et ...Par Champollion-Figeac (Jacques-Joseph, M.). Lien direct vers la page : Oysan 19e s.

Parabole de l Enfant prodigue en patois de l’ancien pays de Tri√®ves au sud de Grenoble. Tir√© de : Nouvelles recherches sur les patois; ou, Idiomes vulgaires de la France, et ...Par Champollion-Figeac (Jacques-Joseph, M.). Lien direct vers la page : Tri√®ves, 19e s.

M. Coquebert de Montbret a publi√© des M√©langes sur les langues, dialectes et patois, renfermant entre autres la collection de la parabole de l’ENFANT PRODIGUE, en cent idi√īmes diff√©rens, presque tous de France, Paris, 1831, in-8¬į de 571 pag. Ces paraboles sont tir√©es de la collection des M√©moires des antiquaires de France, t. vi, 1824, pp. 432-545. Cette collection renferme une infinit√© d’articles sur les patois, fournis par des savans, entre autres par MM. Monnier, Richard, etc. — Nous ne tarderons pas √† mettre sous presse une Biblioth√®que idio-bourguignone, contenant la liste raisonn√©e de tous les ouvrages qui ont paru en patois bourguignon. Cet ouvrage est termin√©.

Les traductions commencent √† la page 457. Regardez d’abord la « Table des mati√®res ».

En patois de Nahrte, Auvergne p.457

En patois de Rodez (Aveyron) p.498

En patois de Montauban (Tarn et Garonne) p.499

En patois de La R√©ole (Gironde) p.500 suivi de la traduction en patois du Gers (p.501), du d√©p. de la Haute Garonne (p.502), en patois de Pamiers (Ari√®ge),p.503, en patois de l’arrondissement de Foix (p.504) en patois de l’extr√©mit√© de l’arrondissement de Foix, du c√īt√© de l’Espagne, p.505. etc.

En 2005 j’avais trouv√© la note ci-dessus, mais sans le lien vers les M√©moires. Un ami me l’a signal√©e et je l’ins√®re dans cette page en le remerciant. C’est un vieux projet que j’avais con√ßu lors des recherches faites pour le BDP dans les ann√©es ’60… Il y a un projet analogue dans le site de Lexilogos. qui semble dormir un peu.

Et une grande quantit√© de patois italiens. Un travail formidable fait √† l’Universit√© Humboldt √† Berlin. Un Atlas linguistique Acoustique. Le son et la transcription phon√©tique. Vous y trouverez 4 villages o√Ļ on parle proven√ßal:

Limone, Pontebernardo, Rochemolle et Sauze de Cesane.

A suivre et surtout à compléter par vous!

Uganaud "huguenot" et deganau "niga...

Uganaud « huguenot » vient de l’allemand Eidgenosse « conf√©d√©r√© ».¬† L’histoire ou l’√©tymologie de ce mot n’a de sens que quand on raconte toute l’histoire.

La premi√®re attestation en occitan¬†iganauds¬† « huguenots, calviniste » date de 1581. ¬† A la m√™me √©poque on trouve d’autres formes iganau √† N√ģmes, eganaou, higounaud¬† dans l’Aveyron, etc. La premi√®re attestation en fran√ßais date, pour le moment, de 1483 et vient d’une lettre du duc Ren√© II de Lorraine¬† √† son cousin:¬† dans laquelle il √©crit :

En somme les Esguenotz n’ont delib√©r√© laisser passer en mani√®re quelconques gens de cheval ne de pied qui viennnent par de√ßa; et de ce lesdictz Esguenotz escripvent √† la Seigneurie et √† nous, nous priant que nous desportons de ceste emprise.

Escript à Padue le XIII jour d aoust 1483

Vostre cousin RENE

Esguenotz-Huguenot DMF2012  (texte complet)

René II de Lorraine

Au XVe si√®cle les¬† Eidgenossen,¬† les Conf√©d√©r√©s suisses,¬† avaient d√©j√† instaur√© le service militaire obligatoire √† partir de l’√Ęge de 16 ans. (Cf. le NZZ online). Les¬† Esguenotz qui ne laissaient passer personne d’apr√®s¬† la lettre du duc Ren√© II,¬† sont donc des soldats.¬† Plus tard, le¬† m√™me mot √©crit¬† aguynos d√©signe les¬† « partisans du parti politique qui d√©fendait la libert√© de la ville de Gen√®ve contre les tentatives d’annexion du duc de Savoie » comme en t√©moigne¬† un document¬† de 1519 provenant de la ville de Gen√®ve .¬† La graphie du mot varie beaucoup dans les textes, ce qui se comprend facilement parce qu’il s’agit d’un mot allemand prononc√© par des francophones.¬† Il y a m√™me une variante avec la nasalisation de la¬† premi√®re syllabe: hangenots.¬† Dans la seconde moiti√© du XVIe si√®cle appara√ģt la forme huguenots toujours avec le sens « partisans… etc. ».¬† Entretemps¬†¬† la ville de Gen√®ve¬† avait r√©ussi √† faire reconna√ģtre son ind√©pendance en 1530.

La R√©forme protestante,¬† une volont√© d’un retour aux sources du christianisme, est amorc√©e au XVe si√®cle et culimine au XVIe si√®cle. (Wikipedia)¬†L’adoption de la R√©forme a aussi un caract√®re politique. C’est un moyen pour les princes d’affirmer leur ind√©pendance face √† une papaut√© revendiquant une th√©ocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se r√©volter face un souverain mal accept√© comme en √Čcosse et aux Pays-Bas espagnols. La R√©forme se traduit donc au XVIe¬†si√®cle par de nombreux conflits, entre l’empereur Habsbourg et les princes allemands mais aussi des guerres civiles en France, en Angleterre et en √Čcosse.

Mur de la Réformation à Genève

Monument international de la Réformation à Genève 1

A Gen√®ve la R√©forme commence en 1532.¬† Calvin le co-fondateur de la doctrine des Eglises R√©form√©es, appel√©e le calvinisme, s’installe √† Gen√®ve en 1540.¬† Le¬† calvinisme¬† s’est r√©pandu en Europe √† partir de cette ville.¬† Le nom ou surnom¬† des ind√©pendantistes genevois Eidgenossen,¬† prononc√©¬† √† la fran√ßaise¬† aignos,¬†¬† ou¬† iganau¬† en languedocien,¬†higounaud¬† dans l’Aveyron, passa aux « protestants de langue fran√ßaise » dans la deuxi√®me moiti√© du XVIe si√®cle.¬† Dans la r√©gion de B√©ziers, P√©zenas et dans l’Aveyron¬† na√ģt une forme avec un¬† d-¬† agluttin√© degan√†u¬† √† partir d’une expression dans le genre diable d’egenau.¬† Il est aussi possible que¬† le type egenau a fusionn√© avec le mot duganau « imb√©cile » d√©riv√© de dugon « grand duc ». Voir l’article duc, dugou.

Nous sommes bien arriv√©s dans la p√©riode des guerres de religion.¬†¬† Dans certains milieux le mot¬† huguenot¬† est lourdement charg√© de haine.¬† En proven√ßal un dugan√®u est un « nigaud », √† B√©ziers ou √† Puisserguier¬† un¬† deganau est¬† un « impie, un d√©bauch√© »,¬† √† Cahors c’est un¬† iganaou,¬†¬† dans l’Aveyron un igounaou¬† « un m√©cr√©ant, quelqu’un qui ne vas pas √† la messe »! comme en Loz√®re, en Ard√®che et dans la Hte-Loire. Ces sens p√©joratifs se trouvent un peu partout en France, mais il y a une forte concentration des¬† attestations¬† en languedocien.

Le mot √©tait encore vivant au d√©but du XXe¬† si√®cle √† Montagnac (H√©rault). Voici le t√©moignage d’un de mes¬† visiteurs qui ¬† est¬† entrain de retranscrire les m√©moires de son p√®re2. Ces m√©moires¬† rapportent ses souvenirs de jeunesse entre 1914 et 1944.¬† Il m’√©crit¬† √† propos du mot deganouaous:

Au long de ces cahiers, je rencontre des termes occitans (il parle plut√īt de patois) qu’il √©crit phon√©tiquement. Dans le cahier n¬į8, je rencontre un terme pour lequel je ne trouve pas d’explication pr√©cise.
Le contexte est celui de ma grand-m√®re disant √† mon p√®re, amoureux d’une fille c√©venole et protestante habitant le Pont-de-Montvert (48), « tu n’as qu’√† te faire protestant pour pouvoir √™tre accept√© par les parents » (mes grands-parents et mon p√®re √©taient ath√©es).
Mon p√®re √©crit donc cette phrase :  » …et puis ton p√®re (mon grand-p√®re) pr√©f√©rera te voir « deganouaous » que catholique, car ils √©taient (les protestants) sectaires en religion, mais sinc√®res, farouches la√Įques et r√©publicains ».
Ce terme de « Deganouaous » s’applique aux protestants de Montagnac (34) et je pense qu’il s’agit l√† d’une expression p√©jorative critiquant le comportement des protestants.

La rivalit√© entre catholiques et protestants existait aussi √† Valdr√īme et les villages voisins o√Ļ les cathos aimaient dire ¬†Las campanas de Vaudroma fan dan√ßar los uganauds, los fan far de sauts coma de crapauds. (Communication de Han Schook)

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Notes
  1. : Guillaume Farel (1489-1565), l’un des instigateurs de la R√©forme √† Gen√®ve, Jean Calvin (1509-1564), le personnage central du mouvement, Th√©odore de B√®ze (1513-1605), recteur de l’Acad√©mie de Gen√®ve, et John Knox (1513-1572), fondateur du culte presbyt√©rien en √Čcosse.
  2. Voir Sources s.v. Montagnac

Carreira "quartier des Juifs" et le chou...

Carreira, carièra  a la même étymologie que le français carrière mais pas la même signification !
Un film sur Arte de¬† Marek Halter¬† et sa¬† conf√©rence au Salon de la Biographie √† N√ģmes (2012) sur le Birobidjan¬† , o√Ļ le yiddish est encore parl√© par quelques milliers de personnes, m‚Äôa rappel√© qu‚Äôen Provence, il y avait le Comtat Venaissin , lou Coumtat Venessin,¬† o√Ļ¬† les Juifs¬† parlaient le shuadit ou chouadit, √©galement appel√© jud√©o-proven√ßal, jud√©o-comtadin, une¬† langue morte appartenant √† la famille de l‚Äôoccitan , anciennement utilis√©e par les Juifs.¬† Le dernier locuteur connu est l’√©crivain Armand Lunel,¬† d√©c√©d√© en 1977.

Comtat Venaissin

Une brève description avec une bibliographie de cette langue se trouve ici (Judeo-Provençal РJewish Language Research Website).

En surfant et cheminant de lien en lien, j‚Äôarrive aux Carri√®res .¬† Les Carri√®res sont le terme employ√© sur les terres des Papes d‚ÄôAvignon, pour d√©signer la rue ou le quartier juif o√Ļ la population juive en son entier devait r√©sider.¬† Le mot ghetto n‚Äôa jamais eu cours √† propos des quatre Saintes¬† Communaut√©s d‚ÄôAvignon, de Carpentras, de Cavaillon, de l‚ÄôIsle-sur-la-Sorgue.¬† Plus de renseignements ici
Le mot carri√®re avec le sens ¬ę rue, quartier des Juifs ¬Ľ est une francisation erron√©e¬† de carreira¬† qui peut m√™me pr√™ter √† confusion quand on ne conna√ģt pas le mot occitan.

Entr√©e de la Jutari√© d'AptEntr√©e de la Carr√®ira d’Apt.

Rougnes

Rougnes « d√©bris, vieux objets en mauvais √©tat, vieilleries » en fran√ßais r√©gional. Je ne crois pas que le mot rougnes¬† qui signifie aussi « balayures » d’apr√®s Alibert s.v. ronha¬† a la m√™me origine que ronha « gale », en tout cas l’√©volution s√©mantique « gale > crasse > balayures > vieux objets inutiles » me fait h√©siter.

Je vois deux possibilités.

  1. Il y avait en ancien occitan le mot ronha venant du latin ruina « ruine » avec le sens « debris d’un √©difice ».
  2. Ou¬† le d√©riv√© tr√®s r√©pandu dans les parlers occitans rougnaduro « d√©bris ou fragments sans valeur » de *rotundiare « arrondir > rogner ».

Pour enrichir votre vocabulaire lors des vides-greniers, je vous fais part de la remarque d’un visiteur: « Synonyme de « rougnes » (en moins violent) : « trastes« . Les couillandres sont des objets de mauvais go√Ľt dont on ne sait que faire » En catalan un traster est un « d√©barras ».

Sauvages donne trasso « √©pith√®te ordinaire des choses vieilles, us√©es et de peu de valeur ».¬† Unos trassos de groulos « de vieilles savates » (S1).

Il y a des rougnes, trastes et couillandres, ainsi que des rebaladisses et des enquestres.

Ronha

Ronha¬† « gale inv√©t√©r√©e », vient d’un tr√®s ancien *roneo « √©gratignure », probablement une transformation de aranea « √©gratignure » sous l’influence du verbe rodere « rogner ».

Le mot est vivant dans toutes les langues romanes : italien rogna « √©gratignure », catalan ronya « idem », espagnol ro√Īa, portugais ronha. En fran√ßais r√©gional l’adjectif rougnous signifie « galeux, sale » d√©j√† attest√© en ancien occitan ronhos « raboteux ».

Ronha¬† « balayures, d√©bris » voir rougnes.

 

Enregistrements mp3 proverbes

Enregistrements

Patois de Taleyrac, commune de Valleraugue (30570)

enregistrés le 15 février 2008

Dictons et proverbes en usage à Valleraugue

Pour les entendre Cliquez sur les textes en occitan.

Sap y fa√Įre, touto pe√Įro li fo contou « Il (sc.un ma√ßon) conna√ģt son m√©tier, de toute pierre il fait une pierre d’angle »

Cal bol de bel tens, cal qu√© l’esp√®r√© « Celui qui veut de beau temps doit l’attendre »

Reboussi√© coumo Prodet de Gangj√© : « sa femme s’√©tant noy√©e, Pradet de Ganges remontait le cours de l’eau pour la chercher ».

Pitchot fa√Źs bien liat es mietch pourtat « petit fardeau bien attach√© est √† demi port√© »

Pesca√Įr√© d’a√Įgo dou√ßo √© cossa√Įre d√© brousso, djoma√Į n’ocampo bousso « P√©cheur d’eau douce et chasseur de brousse ne deviennent jamais riche ».

¬†Tr√®s poulos √© un gal, lou bon Diou b√©niro lou tr√©bal « Trois poules et un coq, le bon Dieu b√©nira le travail », ce qui veut dire qu’il faut mettre les oeufs √† couver quatre par quatre

Qu√© poudo lon, b√©ou un on, que poudo court, b√©ou toudjour « Celui qui taille long, boit un an, celui qui taille court, boit toujours »

Lo bigno dis : poudo mi doban qu√© plour√©, fou√Į mi doban qu√© bour√©, bino mi et agu√©s pa lagui d√© bi. « La vigne dit : taille-moi avant que je pleure, laboure-moi avant que je bourgeonne, et n’ai pas peur de manquer de vin.

Lo p√®s fo l’ordjen, mai l’ordjen fo lo guerro. La paix produit de l’argent, mais l’argent engendre la guerre.

Djoma√Į piel d√© cabro n’o pa estouffat loup. Jamais poil de ch√®vre n’a √©touff√© un loup.

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