cat-right

tapets-tapas

Tapas « bouch√©e »(voir l’article tapar)¬† ou « bouchon »?¬†Dans¬† la¬† Statistique du d√©partement des Bouches-du-Rh√īne, avec atlas 1,¬†¬† M. le comte de Villeneuve¬† √©crit:

       

 

Les tapets¬† ou¬† tapados¬†¬† sont¬† des escargots¬†tap√†s « bouch√©s » , ¬† qu’on sert comme « bouch√©es ».

Voir l’article tapar.

_______________________________________

 

Notes
  1. Tome 1, Marseille 1821.¬† p. 788. Une description exhaustive de cette h√©lice se trouve dans l’Encyclop√©die m√©thodique: ou par ordre

    de matières

    , Volume 121:helix naticoides Enc.Method.

En "seigneur" par Robert lo don

En « seigneur » vient du latin dominus « seigneur ». Je l’ai mentionn√© dans l’article¬† Na « madame »,¬† sans l’approfondir. Un visiteur me signale:

Concernant En, on trouve dans les noms de rues de Montpellier des En :¬† Impasse de la Tour d’En Canet

En v√©rifiant sur le web je constate que dans la grande majorit√© des cas ce En¬† est √©crit en.¬† Cette graphie montre que en¬† n’est plus compris.¬† Il est dommage qu’il est impossible de trouver avec un moteur de recherches d’autres noms de lieu avec¬† en¬† suivi d’un nom de seigneur.¬† Dans le Dictionnaire topographique de l’H√©rault par contre j’ai trouv√© un bon exemple1

¬†¬†¬†¬† Th√©√Ętre Jacques Coeur √† Lattes dans le Mas d’Encivade

Dans le Gard sont mentionn√©s¬† le Clos d’Auriac,¬† en latin Claustrum d’En-Auriac ,¬† et¬† la ferme¬†¬† Endevieille¬† dans la commune du Vigan, appel√©e en 1472¬† Territorium d’En-Devielha alias el Camelho.

Dominus¬† a √©t√© abr√©g√© d√©j√† en latin √† domnus¬† qui est devenu don¬†¬† en italien,¬† don¬† ou dons¬† en ancien fran√ßais et¬†¬† don ou¬† en¬† en ancien occitan, domne¬† en ancien b√©arnais.¬† Dans la f√©odalit√© don¬†¬† prend le sens de « seigneur, suzerain »; en plus il devient synonyme de sanctus¬† « saint », ce qui a donn√© de nombreux noms de villages comme¬† Domr√©my, Domjulien, Dommartin¬† etc.¬† En basque done¬† signifie « saint », ¬† non seulement¬† dans les toponymes comme Donostia¬† « San Sebastian ».

On se sert aussi du titre¬† Don¬† pour¬† nommer un « ma√ģtre, un propri√©taire, un administrateur » , mais ce titre a trouv√© tr√®s t√īt un fort concurrent dans senior qui l’a rapidement battu.¬† Pourtant on trouve en ancien occitan encore¬† le don¬† pour « le vieux, l’ain√© ». Senior¬†¬† a subi une √©volution en sens inverse de celle de dominus.

Il est √©vident que les linguistes ont longuement d√©battu sur¬† l’origine de le forme En. L’explication la plus probable est que En¬† vient du vocatif domine¬† utilis√© devant le nom propre, et abr√©g√© en N’¬†devant une voyelle, En¬† devant consonne. En, N’¬† existe aussi en catalan.En catalan Institut d’Estudis Catalans – Diec2

Un extrait de l’article¬† En de Mistral:

Comme mes enfants m’appellent « le vieux, ou l’anc√™tre » je peux me permettre de signer cet article:

Robert Geuljans lo don

______________________________________

Notes
  1. D’apr√®s P√©gorier cet emploi de En¬† serait limit√© au Lauragais, l’Albigeois et le Gers, ce qui n’est manifestement pas le cas; cf. aussi l’extrait de Mistral

Prat du Ra√Įs, dans l’Aude, ou les pi√®ges de ...

Prat du Ra√Įs¬† √† Coursan (Aude) et Prat du Rais √† Cuxac. D√©versoir du Prat del Ra√Įs¬† et vers le nord-ouest¬† le Chemin de Prat de Rais, 11590, √† Cuxac-d‚ÄôAude.

A premi√®re vue, j’avais l’impression que le Ra√Įs,¬† Gamal Abdel Nasser, avait achet√©¬† dans les ann√©es ’60 un petit refuge pour se retirer¬† √† la campagne audoise, en cas de probl√®me.

Heureusement j’ai pu consulter le Dictionnaire Topographique du d√©partement de l’Aude¬† par l’abb√© Sabarthes, Paris 1912, qui me donne les noms anciens.¬† Ce n’est pas¬† le Ra√Įs¬† mais un ou plusieurs Juifs qui √©taient¬† propri√©taires du pr√©, nomm√© en latin pratum judaicum.¬†

L’histoire des Juifs en Languedoc nous explique l’histoire du nom du pratum judaicum.

Le XIIe¬†si√®cle est une p√©riode de prosp√©rit√© pour le juda√Įsme proven√ßal et languedocien qui profite de l’esprit de tol√©rance qui r√®gne alors dans les cours de Toulouse et de B√©ziers. Armand Lunel peut √©crire¬†: ¬ę¬†Sous le ciel des troubadours et par la douceur native des temp√©raments, l’√Ępret√© des rapports entre l’√Čglise et la Synagogue put peu √† peu se r√©duire et le poids de la r√©probation th√©ologique s’all√©ger jusqu’√† rendre pacifique la cohabitation des chr√©tiens et des juifs.¬†¬Ľ

Benjamin de Tud√®le, le rabbin voyageur du XIIe¬†si√®cle, cite certaines communaut√©s du midi, √©voque leurs nombreuses √©coles talmudiques et leurs ma√ģtres de l’√©poque. Les Juifs peuvent s’adonner √† l’agriculture comme au commerce. Une des plus importantes communaut√©s juives est alors celle de Narbonne, forte de trois cents personnes et o√Ļ les Juifs disposent d’un h√īpital.

Apr√®s la mort de Raymond VII en 1249¬† ses terres passent¬† sous la possession d’Alphonse de Poitiers, fr√®re de Saint Louis et mari de l’h√©riti√®re de Ryimond VII. D√®s lors, les Juifs sous sa domination souffrent d’un arbitraire semblable √† celui qui r√®gne √† leur √©gard dans le royaume de Saint Louis. Alphonse de Poitiers ne manque pas de les pressurer¬†: taxes pour dispense de rouelle¬†; fonds pour la croisade en 1248 puis nombreuses extorsions de fonds avec menaces d’expulsion et imposition forc√©e qui lui rapporte autant que celle sur les chr√©tiens pour la Huiti√®me croisade. Les Juifs √©migrent alors vers la Provence, sous la domination de la maison d’Anjou. (Wikipedia)

Deux si√®cles¬† plus tard on √©crit en languedocien¬† Prat Jusayc, mais les Narbonnais ne connaissait plus le sens du nom¬† Jusayc.¬† Les Juifs √©taient partis en Provence. Quelques ann√©es plus tard ils l’√©crivent Jurayc,¬† ou avec un -t final Jurait.¬† Ensuite le -t¬† final de prat « pr√© »a fondu avec¬† le j-¬† initial (prononc√© dzj-)¬† de¬† Juraic¬† pour devenir¬† PratDuraic.¬†¬†¬† Au XVe si√®cle d√©j√† on h√©sitait sur la consonne finale:¬† -t¬† ou -c ?¬†¬† La finale ne se pronon√ßait plus, peut-√™tre sous l’influence du fran√ßais, obligatoire¬† dans les documents administratifs depuis l’ordonnance de Villers-Cotterets¬† (1539).¬† Ainsi le¬†¬† Prat Juraic¬† devient¬† le Prat Durais.

Le nom¬† Durais¬† n’avait pas de sens non plus, alors pourquoi pas du Raix avec un -x¬† comme dans¬† Cuxcac. Au XVIIIe si√®cle on simplifie dans les archives communales et √©crit du Ray, mais l’ancienne graphie Prat du Rais¬† reste dans le cadastre napol√©onien, probablement copi√© du compoix.

Ce nom est rest√© √† Cuxac d’Aude, mais √† Coursan on a voulu continuer et donner un sens au nom Rais¬† en y mettant un tr√©ma Ra√Įs « le chef » en arabe,¬† peut-√™tre en souvenir des l’invasion du Languedoc par les¬† Sarrasins.

Dans les Annales du Midi de 1896, p.195-199,¬† Alphonse Blanchet a √©crit un article¬† intitul√© « Les transformations du latin judaicus¬† √† Narbonne. »

Ribiera 'bord de l'eau'

Ribiera « bord de l’eau ». En latin a √©t√© cr√©√© un adjectif¬† riparius « qui se trouve sur la rive », qui en combinaison avec un substantif comme terra¬† est devenu substantif¬† *riparia avec le sens  » bords d’un cours d’eau, terrain qui borde une rivi√®re; rive de la mer »,¬† en ancien occitan¬† ribi√®ra, rib√®ira, ribera.¬†

Ribi√®ra¬† a donn√© des d√©riv√©s comme ribeyrolo « airelle des marais » √† Chavanat (Creuse), ribeir√≤u « celui qui habite sur la rivi√®re »,¬† « portefaix » √† Marseille, ribeiroun « habitant des terrains le long d’une rivi√®re » ribair√©s « vari√©t√© de ch√Ętaignier » dans les C√©vennes (Alibert), rabeireso (d’Hombres-Firmas en 1819).

RABEIRESO très bonne grosse près des ruisseaux moyenne très productive. Tire son nom des rivières, au bord desquelles elle réussit à merveille.

Source1

Il est difficile de d√©terminer le sens des noms de lieux comme Ribeyrolles qui ont¬† *riparia comme origine.¬† Cela peut √™tre¬† un¬† « mur de sout√®nement de terrasses le long d’un rivi√®re » ou un « terrain o√Ļ poussent des airelles ou des ch√Ętaigniers », mais on peut supposer que dans des cartulaires et autres documents ribeire¬† est synonyme de condamine, abstraction faite de la notion fiscale.

Le toponyme Riviera¬† a √©t√© emprunt√© √† l’italien, qui l’avait emprunt√© √† l’ancien fran√ßais ou occitan.

Allemand revier¬† « quartier », basque erribera.¬†¬† Anglais riverain, espagnol¬† ribere√Īo¬† « riverain »; n√©erlandais¬† rivier¬† « rivi√®re, fleuve ».

Riviera

Notes
  1. Source: « Recueil de M√©moires et d’observations de Physique, de M√©t√©orologie, d’Agriculture et d’Histoire Naturelle » par le Baron Louis-Augustin d’HOMBRES-FIRMAS, Nismes, 1838, volume 3, page 81: M√©moire sur le ch√Ętaignier et sur sa culture dans les C√©vennes (1819).

Ribeyrolle et condamine

Riba « terrain qui borde une rivi√®re, un lac, etc. »¬† est¬† le mot courant dans tout le domaine occitan.¬† Riba¬† prend des sens secondaires comme « bord du chemin, lisi√®re d’un champ ».¬† Le d√©riv√© rib√†s¬†¬† d√©signe un « talus, talus couvert de ronces, une planche de jardin le long d’un mur; bord du fromage gras »; rib√©j√† est  » confiner, limiter » √† Al√®s.¬† Toute cette famille de mots a le latin ripa « rive »¬† comme origine. En latin a √©t√© cr√©√© un adjectif¬† riparius « qui se trouve sur la rive », qui en combinaison avec un substantif comme terra¬† est devenu substantif¬† *riparia avec le sens  » bords d’un cours d’eau, terrain qui borde une rivi√®re; rive de la mer »,¬† en ancien occitan¬† ribi√®ra, rib√®ira, ribera.¬†¬† Ribi√®ra¬† a donn√© des¬† d√©riv√©s comme ribeyrolo « airelle des marais » √† Chavanat (Creuse), ribeir√≤u « celui qui habite sur la rivi√®re »,¬† « portefaix » √† Marseille, ribeiroun « habitant des terrains le long d’une rivi√®re » ribeir√©s « vari√©t√© de ch√Ętaignier » dans les C√©vennes. Il est difficile de d√©terminer le sens des noms de lieux comme Ribeyrolles qui ont¬† *riparia comme origine.¬† Cela peut √™tre¬† un¬† « mur de sout√®nement de terrasses le long d’un rivi√®re » ou un « terrain o√Ļ poussent des airelles ou des ch√Ętaigniers », mais on peut supposer que dans des cartulaires et autres documents ribeire¬† est synonyme de condamine, abstraction faite de la notion fiscale.

Condamine « terre alluvionnaire » . Etymologie *condominium « domaine commun » ( compos√© de con + dominium ) une expression qui vient de la constitution f√©odale.¬† Dans le latin m√©di√©val on le trouve dans la forme condamina, condemina,¬† etc.¬† probablement cr√©√©e √† partir du pluriel.¬† Le terme est courant dans le Midi et en catalan.¬† Le sens est en g√©n√©ral « terre affranchie de charges » , en occitan « terres fertiles » ou « bonne terre r√©serv√©e dans un domaine » (Nant dans l’Aveyron, Paulhan dans l’H√©rault, Ladern et Axat dans l’Aude; quatre attestations dans le Suppl√©ment de l’ALF p.217). En catalan le sens de conomina, coromina a √©volu√© jusqu’√† «  »p√©ninsule dans une rivi√®re ».¬† Condamine¬† est surtout conserv√©¬† comme toponyme. O. de Labrusse¬† donne¬† dans UN ESSAI de GEOHISTOIRE du FONCIER des GARRIGUES du GARD et de l‚Äô HERAULT la description suivante :

Condamine: au moyen-√Ęge, terres lourdes, ¬ę¬†grasses¬†¬Ľ, alluvionnaires, en g√©n√©ral situ√©es pr√®s de cours d’eau, particuli√®rement fertiles consacr√©es, essentiellement, √† la c√©r√©aliculture intensive. Tr√®s pr√©sentes encore dans la toponymie, elles t√©moignent de l’appropriation seigneuriale ainsi que de l’am√©nagement et de la mise en valeur des ¬ę¬†rives¬†¬Ľ des cours d’eau entre l’an Mil et le XIIIe si√®cle. Ce sont, le plus souvent de tr√®s grandes parcelles avec des moyennes d’une trentaine d’hectares au XIIe et XIIIe si√®cles, alors que les parcelles ¬ę¬†ordinaires¬†¬Ľ n’ont des moyennes que de 0,25 hectares. Elles jouxtent souvent les ortales* et les ferragines*(d’apr√®s A.Durand, 2003, p.259-256). Elles sont travaill√©es √† l’araire tract√©e par des boeufs, ce travail √©tant 15 fois plus productif que le labour √† la main √† l’aissade (la houe coud√©e) (A.Durand, 1999, p.1).

Clausado "enceinte"

Clausado « enceinte » est d√©riv√© du latin clausus le participe pass√© du verbe claudere¬† « fermer ». Dans de nombreux cas cette forme verbale a √©t√© substantiv√©,¬† comme dans¬† clau « enclos, jardin ».¬† Clausado¬† est un terme de droit ancien comme il ressort du dictionnaire de l’abb√© Sauvages (S2):

L’abr√©viation¬† v.l.¬† signifie « vieux langage ». En effet O. de Labrusse¬† le mentionne dans sa d√©finition des 3 types de Compoix ou¬† coup√©s:

Compoix √† clausades¬†: ¬ę¬†il n‚Äôest plus tenu compte de la nature des cultures mais de la proximit√© de la parcelle cultiv√©e par rapport au village. Le terroir est divis√© en zones d‚Äôallivrement plus ou moins nombreuses, nomm√©es , selon les r√©gions, cercle, circuit, clauzade, vaute, termine¬†¬Ľ. C‚Äôest la zone la plus rapproch√©e du village qui est la plus impos√©e, l‚Äôallivrement d√©cro√ģt avec l‚Äô√©loignement du village¬†¬Ľ. Exemple de compoix (1597 et 1652) √† 3 clausades, celui de Langlade (30) en Vaunage¬†:

Compoix Clausade par Barry J.P.1955

Sur cette carte on note également, que les zones d’allivrement, les clausades, prennent en compte la diversité, les différences de terroir (et pas seulement la distance au village). La clausade 1 est en plaine, la clausade 3  recouvre les reliefs (garrigues) (O. de Labrusse).

Le vocabulaire a chang√©, mais les principes sont rest√©s! Vous retrouverez¬† les coump√©s¬† et¬† clausades¬† dans votre feuille d’imp√īts fonciers, qui distingue fonds b√Ętis et fonds non-b√Ętis. Cherchez par exemple les d√©finitions du mot allivrement.

 

Compoix, coumpés

Compoix, coump√©s « cadastre dans le Midi sous l’ancien r√©gime ». J’ai utilis√©¬† le mot des dizaines de fois √† propos du Compoix de Mirepoix d√©crit magnifiquement par la Dormeuse,¬† et du Compoix de Valleraugue¬† sans donner sa d√©finition et son √©tymologie. ¬† Dans IGPDE vous trouverez la d√©finition compl√®te1

O. de Labrusse a eu la gentillesse de me faire parvenir le lexique de¬† l’avant-projet¬† d’ UN ESSAI de GEOHISTOIRE du FONCIER des GARRIGUES du GARD et de l’ HERAULT.¬† Il¬† √©crit

Les plus anciens compoix apparaissent¬† au XVe si√®cle (Le Roy Ladurie,1969,p.8). Ce sont des registres d√©crivant avec pr√©cision, les biens, le foncier, en localisation, surfaces, occupation du sol, et valeur ou cat√©gories¬†: terres ¬ę¬†maigres¬†¬Ľ, ¬ę¬†grasses¬†¬Ľ, …etc…. Ils sont √©tablis √† des intervalles de temps d’une ou 2 g√©n√©rations. Les mutations, √©changes fonciers etc‚Ķ sont¬† consign√©s en surcharge sur les registres.
Ils servent de base √† l’√©tablissement annuel des ¬ę¬†r√īles de taille¬†¬Ľ, par les greffiers des Communaut√©s,¬† c’est √† dire la liste de r√©partition de l’imp√īt (¬ę¬†globalis√© –¬† ¬ę¬†l’allivrement¬†¬Ľ – par Communaut√©s ou paroisses) par¬† propri√©t√©s, c’est √† dire la ventilation par ¬ę¬†taillables¬†¬Ľ.
Lorsqu’au fil des g√©n√©rations et des changements le compoix devient par trop surcharg√© d’annotations et trop √©loign√© des nouvelles r√©alit√©s terrain, ne permettant plus d’allivrer correctement les tailles, il est refait. (Le Roy Ladurie, 1969, p.29 et 30).
Les compoix ne recensent que la ¬ę¬†partie taillable¬†¬Ľ du territoire de la Communaut√© ou paroisse. (Blanchemain, 2005, p.96).
Voir aussi sa d√©finition sur le site des archives d√©partementales de l’H√©rault¬†:¬† et aussi le compoix .
On notera que certains compoix comportent des plans de propriétés ou parcelles.

Un plan du "moulon" 3 du Compoix de Mirepoix

L’√©tymologie est le latin compensus « sorte de cotisation  » attest√© avec ce sens dans des textes en latin du VIe au XIVe si√®cle √©crits dans le Midi de la France. (Du Cange Compensus). « Cotisation » est bien s√Ľr un euph√©misme, c’est bien d’un imp√īt qu’il s’agit.

La premi√®re attestation en ancien occitan compes avec le sens « cadastre » vient de B√©ziers et date de la fin du XIVe si√®cle.

On distingue le coumpes terri√© « cadastre des biens-fonds » et le coump√©s cabalisto « cadastre des revenus mobiliers ».¬† Apr√®s l’ordonnance de Villers-Cotter√™ts (1539) , coump√©s¬† a √©t√© francis√© en compoix (Albi 1601) mais le mot ne s’appliquait qu’au domaine occitan. Il est rest√© dans les dictionnaires fran√ßais jusqu’au XIXe si√®cle. Il ne se trouve pas dans le TLF, m√™me pas comme terme de droit ancien.

O. de Labrusse distingue dans son Lexique foncier 3 types de compoix:

  1. Compoix √† degr√©s¬†: ¬ę¬†l’allivrement s’√©tablit suivant plusieurs degr√©s qualitatifs propres √† chaque culture et fix√©s par les estimateurs nomm√©s par les habitants du lieu¬†¬Ľ.
  2. Compoix √† clausades¬†: ¬ę¬†il n’est plus tenu compte de la nature des cultures mais de la proximit√© de la parcelle cultiv√©e par rapport au village. Le terroir est divis√© en zones d’allivrement plus ou moins nombreuses, nomm√©es , selon les r√©gions, cercle, circuit, clauzade, vaute, termine¬†¬Ľ. C’est la zone la plus rapproch√©e du village qui est la plus impos√©e, l’allivrement d√©cro√ģt avec l’√©loignement du village¬†¬Ľ. Exemple de compoix (1597 et 1652) √† 3 clausades, celui de Langlade (30) en Vaunage¬†:

    Compoix Clausade par Barry J.P.1955

    Sur cette carte on note √©galement, que les zones d’allivrement, les clausades, prennent en compte la diversit√©, les diff√©rences de terroir (et pas seulement la distance au village). La clausade 1 est en plaine, la clausade 3¬† recouvre les reliefs (garrigues) (O. de Labrusse).

  3. Compoix cabaliste : il dénombre les têtes de bétail.

Le  comperayre   est le cadastreur (Béziers, fin XIVe s.) .

Dans le Tarn existe le verbe coumpesia « enregistrer » d’apr√®s le dictionnaire de J.P. Couzinie de 1850.

__________________________

Notes
  1. Dans certaines provinces, registres publics servant √† √©tablir l‚Äôassiette de la taille r√©elle et autres impositions. Le compoix terrien servait √† constater la valeur des immeubles roturiers, en vue de la perception de la taille r√©elle. Le compoix cabaliste √©tait dress√© dans le pays o√Ļ une partie de l‚Äôimposition devait √™tre support√©e par les habitants, √† raison de biens d‚Äôune autre nature que des fonds et √† raison de leur industrie. (Dictionnaire encyclop√©dique, Larousse, 1960, t.¬†3, p.¬†339.)

    Il s’agit d’une matrice cadastrale, établie seulement dans les pays de la taille réelle, donc dans le Sud du royaume. Les plus anciens compoix du Languedoc remontent au xive siècle. Ils énumèrent avec précision la surface, la nature et la valeur des biens-fonds, pour permettre de fixer le prélèvement fiscal. Périodiquement, il faut refaire le compoix afin de tenir compte des défrichements, des abandons, des changements de culture. Le compoix cabaliste énumère les biens mobiliers : cheptel, meubles, industries, créances, etc. (Guy Cabourdin et Georges Viard, Lexique historique de la France d’Ancien Régime, Paris, Armand Colin, 1978, p. 74.) Voir : Emmanuel Le Roy Ladurie, Les Paysans du Languedoc, Paris, 1966, 2 vol.

Garri, jarri "souris, rat"

Garri « souris »¬† est attest√© en proven√ßal depuis le XVe si√®cle. L’√©tymologie est un *garrium « souris », non attest√©. Dans l’article *garrium « souris » von Wartburg explique que la r√©partition g√©ographique, notamment le fait que le type *garrium « souris » est limit√© √† l’est de l’occitan et au pi√©montais, rend l’√©tymologie *garr-¬† « bigarr√© »¬† improbable. Je ne suis pas 100% convaincu.

Garri , prononc√©¬† jarri √† Die par exemple, ¬† avec les sens « souris, rat, loir, gros rat » est tr√®s vivant dans les parlers proven√ßaux. Voir le Thesoc¬† √† ce propos.

Voir les nombreux sens et composés dans le Trésor du Félibrige de Mistral. Voici un extrait :

garii chez Mistral

Un jeu presque oubli√©¬† est¬† faire kou garri-baboou « projeter sur quelqu’un avec un miroir les rayons de soleil ».

garri-babaou

Garrel 'bigarré'

Garrel « bigarr√©, de plusieurs couleurs ».¬†¬† Gar√©l ou garil¬†¬† « bigarr√© » se dit surtout animaux, pourceaux, brebis et ch√®vres.¬† L’abb√© de Sauvages donne l’exemple de Jacob qui arrive √† faire des brebis bigarr√©es en mettant des b√Ętons bigarr√©s dans l’abreuvoir (Bible, Gen√®se 30).

garrel

Garrel avec ce sens est un d√©riv√© d’une racine myst√©rieuse *garr- « bigarr√©, tachet√© ». Cette racine garre ne se trouve que dans la Haute-Bretagne et la r√©gion voisine en bordure de la Loire.¬† Des d√©riv√©s se trouvent un peu partout dans le Centre et le Midi. En ancien rouergat est attest√© le verbe¬† garrezir « rendre gris » et en proven√ßal lou garroun est « le m√Ęle de la perdrix ». D’apr√®s le FEW le proven√ßal garre « gris fauve » et le substantif la garro « entr√©e de la nuit » (Mistral) appartiennent √† la m√™me famille et la racine *garr- aurait pris le sens « gris » en occitan.

perdrix

J’√©tais¬† √©tonn√© que des mots¬† comme berrichon rat gariau « loir »¬† et gariau, -elle « de couleur bariol√© » sont rang√©s dans l’article *garr-¬† du FEW et que les mots proven√ßaux¬† garri, gari « souris »(Thesoc), ou « rat » (Thseoc) et¬† garrioun « petit rat »¬† n’y sont pas mentionn√©s1.

Dans l’article *garrium « souris » von Wartburg explique que la r√©partition g√©ographique, notamment le fait que le type *garrium « souris » est limit√© √† l’est de l’occitan et au pi√©montais, rend l’√©tymologie *garr-¬† improbable.

Garr√©l « boiteux, pied-bot, d√©traqu√© »,¬† de garrel « de travers » vient d’un gaulois *garra « partie de la jambe, jarret ».

____________________________________

Notes
  1. Si cela vous int√©resse voir l’article dans la Zeitschrift¬† 40, p.644 et 51, p.558

Cairado ‘cendre de la lessive’

Cairado « cendres pour la lessive ».¬†L’√©tymologie est le grec ¬†őļőĪőłőĪŌĀőŅŌā¬† (katharos,)¬†« pur » + le suffixe -ata. Le mot et la chose se sont r√©pandus dans toute la Gaule √† partir des colonies grecques dans le Midi. La premi√®re attestation en fran√ßais carr√©e « cendre de lessive »¬† a encore la forme occitane. Le TLF √©crit dans l’article charr√©e:

L’usage des cendres dans l’eau de lavage du linge ¬†« √©taitconnu des Grecs et des Romains. ¬†Cet usage et le mot, ont pu se r√©pandre √† partir des colonies grecques du Sud de la Gaule (FEW t. 2, p. 506a) » . Les peuples nordiques utilisaient le savon. ¬†Savon¬† est un mot d’origine germanique *saip√īn¬† , voir FEW XVII, 3-

 

cendres de lessive     

 

Mistral nous fournit l’article ci-dessus.¬† Le mot est presque oubli√©:¬† ciari√®r¬† (form√© avec le suffixe -ariu) dans les Hautes-Pyr√©n√©es (Thesoc) est le seul endroit o√Ļ il est conserv√©, mais la m√©thode a pris¬† une nouvelle vie!

Katharos,¬†őļőĪőłőĪŌĀőŅŌā « pur » est aussi √† l’origine de cathare « Membre de diff√©rentes sectes religieuses h√©r√©tiques se disant compos√©es de ¬ę purs ¬Ľ refusant le monde en tant que cr√©√© par le principe du Mal. »

Voir FEW II,506a

Page 10 sur 105« Premi√®re page‚Ķ89101112‚Ķ203040‚ĶDerni√®re page »