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Cabessaou "coussinet"

Cabessaou « tortillon, bourrelet, coussinet qui sert Ă  porter un fardeau sur la tĂȘte ». Une image d’un cabessaou  par RenĂ© Domergue (Montpezat).  L’Ă©tymologie est  capitium  qui en latin signifie « ouverture pour la tĂȘte dans une tunique ». Mistral donne les formes suivantes:

La forme la plus courante est cabessaou  avec un -e-.   

Il y a un autre groupe de mots qui y ressemble beaucoup, dont le verbe cabussar « plonger avec la tĂȘte  en avant ».  Ce verbe   et ses dĂ©rivĂ©s, qui sont trĂšs frĂ©quents dans tout le domaine occitan, sont  classĂ©s par le FEW dans l’article caput « tĂȘte,  pour des raisons d’ordre phonĂ©tique.

Dans le Thesoc je trouve s.v. « tortillon » les formes cabessal, cabessala, cabelhada, capelada et capeluda  dans lesquelles il y a manifestement de l’influence du mot caput  et de ses nombreux dĂ©rivĂ©s.

Un visiteur originaire de la  Vaunage m’Ă©crit:

Bonjour,
Je ne trouve nulle part le mot cabusaou ou cabusau.
Le cabusaou Ă©tait confectionnĂ© avec un « sac Ă  patates  » bourrĂ© de paille.
Il enserrait la tĂȘte et portait sur les Ă©paules du porteur pendant les vendanges.
Il fallait bien sûr quelques coutures pour lui donner la bonne forme.
La comporte Ă©tait posĂ©e dans un rang, le porteur (qui ne portait rien Ă  ce moment lĂ ) ou les coupeurs vidaient les seaux dans la comporte. Une fois pleine, un vendangeur aidait le porteur Ă  poser la comporte sur la tĂȘte du porteur (d’oĂč le nom comporte, porter avec), ou plutĂŽt sur le cabusaou. Le poids Ă©tait donc rĂ©parti sur la tĂȘte et les Ă©paules du porteur.
Double avantage par rapport Ă  la hotte, on ne porte que quand c’est plein ou vide; on porte sur la tĂȘte et les Ă©paules.
Ici, en Vaunage, 10 km Ă  l’ouest de NĂźmes.
J’ai Ă©tĂ© porteur en 1969, et le tombereau Ă©tĂ© encore tirĂ© par un cheval.

N’ayant pas trouvĂ© cabussaou  avec  ce sens dans l’Alibert, ni dans le TrĂ©sor de Mistral1, je me suis adressĂ© Ă  GĂ©rard Jourdan, qui m’avait envoyĂ© la description de la  Culture de la vigne ne Languedoc  au dĂ©but du XXe siĂšcle faite par son pĂšre. Il m’a donnĂ© la rĂ©ponse dĂ©taillĂ©e que voici:

Bonjour Robert,
hĂ© non ! ce terme de cabusaou n’est pas dans le vocabulaire de Montagnac ; chez moi, donc, les ustensiles de la vendange Ă©taient les suivants :
un seau (d’environ 8 litres) rempli par le coupeur ( lou coupaĂŻrĂ©),
le leveur de seaux récupérait le seau plein (lou farrat) et le vidait dans une comporte en bois (environ 100 litres) la semal dans laquelle lou quichaïré, avec lou quichadou, comprimait cette vendange.
Quand la semal était pleine, elle était soulevée par deux porteurs avec deux gros leviers : les sémaillés et transportés jusque sur la charrette équipée de ridelles en fer (vous avez un schéma de cette charrette dans le document de mon pÚre).
Donc chez nous rien de ce cabusaou.

Mais j’ai quelques souvenirs qui s’apparentent un peu Ă  cet objet.
Lors de vendanges dans la rĂ©gion de Lunel ( donc pas trĂšs loin  de la Vaunage), dans les annĂ©es 1970, je me souviens d’avoir utilisĂ© le seau comme chez moi mais on le vidait dans une comporte en zinc, plus petite que la nĂŽtre, emportĂ©e vers le tombereau par un porteur qui la plaçait sur sa tĂȘte protĂ©gĂ©e par un tortillon de jute et de ficelle.
Je me demande d’ailleurs comment le porteur de la Vaunage portait une comporte mĂȘme plus petite que la nĂŽtre, ou alors c’Ă©tait plutĂŽt une hotte qu’il portait sur les Ă©paules.

De la mĂȘme façon, je me souviens d’avoir vu ma grand-mĂšre espagnole ( native de la rĂ©gion de Murcie) transporter un cuvier plein de linge de sa maison au lavoir du village ( Ă  Montagnac) sur la tĂȘte qu’elle protĂ©geait avec le mĂȘme tortillon que pour les vendanges.
Enfin, toujours Ă  Montagnac, je me souviens d’avoir « badĂ© » (regardĂ© curieusement) l’ouvrier du fournisseur de charbons, François Carminati ( qui Ă©tait un copain Ă  mon pĂšre) en train de transporter des sacs de boulets de charbon (qui devaient faire au moins 50 kg) sur la tĂȘte et les Ă©paules qu’il protĂ©geait avec un sac de jute qui lui couvrait la tĂȘte et les Ă©paules, mais je ne me souviens pas s’il Ă©tait rempli de paille.

GrĂące Ă  la coopĂ©ration de mes visiteurs, nous apprrenons que non seulement les formes variaient beaucoup, mais aussi l’utilisation du tortillon. La description de la vendange Ă  Montagnac par Raymond Jourdan  est trĂšs instructive.

Notes
  1. J’avoue avoir mal cherchĂ©

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