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Aura

Aura « vent » vient du latin aura « soufle, air, brise ».

Le massacre de la toponymie provençale par les gĂ©ographes français a conduit Ă  de nombreuses appellations curieuses. Un visiteur me signale: « … près de Toulon, le « baou de l’aure » (le sommet du vent du nord) est devenu le Baou de l’Heure. » (Source  ll faut dire que Google ne le connaĂ®t pas)). Un autre  me signale: dans la sĂ©rie des dĂ©formations, on a le chemin du Moulin de Laure Ă  Alès et l’Ă©cole du Moulin de Laure Ă  Lançon de Provence. Le « molin de l’aura « , en territoire provençal n’est-il pas l’Ă©quivalent du « molin de vent » en Languedoc.

Fabien, qui a visitĂ© mon site m’Ă©crit le11-10-2016:

A l’article aura, vous mentionnez le baou de l’heure Ă  Toulon. Il s’agit du Baou de 4 Heures, c’est bien le contresens de la traduction du Baou des 4 Vents : Mistrau, TrĂ©mount, LabĂ©, Ponant selon une Ă©tude de l’AcadĂ©mie du Var de 1976.

Le sens du mot aura s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© dans les langues romanes. En latin c’Ă©tait surtout « une brise agrĂ©able et rafraichissante ». En galloroman aure, aura dĂ©signe tous les vents possibles, de la brise Ă  l’orage, et il fait le tour de la boussole suivant les rĂ©gions.

Suivant les attestations anciennes le mot a dĂ» exister en langue d’oĂŻl comme en langue d’oc, mais il a Ă©tĂ© concurrencĂ© par le mot « vent » venant de la rĂ©gion parisienne et n’est plus vivant qu’en franco-provençal et dans l’est du domaine occitan, jusqu’Ă  Trèves et Alzon dans le Gard, et en Lozère. Une autre aire se trouve en Wallonie. (voir la page Fandaou pour une histoire analogue de gĂ©olinguistique).

En occitan nous trouvons dès les plus anciens textes une sĂ©rie de dĂ©rivĂ©s d’aura avec le sens « fou »: Que m vol aitals amors aurane (Que me veut une telle amour lĂ©gère) Bertrand de Ventadour, (Raynouard I,p. 148); auria adj. avec le mĂŞme sens. En languedocien moderne on trouve le sens littĂ©ral et figurĂ© dans aurat « lĂ©ger, Ă©vaporĂ©; tĂŞte au vent, Ă©tourdi, imprudent ». En ancien occitan, je trouve une forme qui fait très moderne aurania « lĂ©gèretĂ©, extravagance ».
D’après le FEW, on peut retracer cette signification dès le latin classique. Par exemple chez Ovide aura veut dire « inconstance ».

Une autre attestation se trouve dans une » tablette d’exĂ©cration » ou defixio.  J’ai dĂ©jĂ  parlĂ© de ces tablettes Ă  propos du mot fan. Je les trouve passionnantes, tellement loin du latin classique que j’ai appris au lycĂ©e, le latin d’ Ovide, de Virgile et de Seneca, mais tellement proches des hommes et des femmes qui vivaient dans notre rĂ©gion il y a 20 siècles. Alors j’ai cherchĂ© le texte dont le FEW parle et je l’ai trouvĂ© grâce Ă  Gallica. Il s’agit d’un compte-rendu d’un livre de Maurice Jeanneret La langue des tablettes d’exĂ©cration latines. Thèse de Neuchâtel, 1918, par J.Jud dans Romania 45, p.500. Les tablettes ont Ă©tĂ© dĂ©crites par Auguste Audollent en 1904 : (A. Audollent, Defixionum tabellae quotquot innotuerunt tam in Graecis Orientis quam in totius occidentis partibus praeter Atticas in corpore inscriptionum Atticarum editas, Thèse de doctorat d’État, Paris, A. Fontemoing, 1904 ; rĂ©Ă©d. Francfort, 1967.tĂ©lĂ©chargeable) Voici une partie du texte de J.Jud :

J.Jud discute l’interprĂ©tation de M.Jeanneret de auram patiatur et propose de le traduire par « souffrir d’un accès de folie« .

Un sujet passionnant. J’ai rĂ©uni des images et des explications: Tablettes d’exĂ©cration

Un exemple pour vous donner envie.  Cliquez sur l’image.

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